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SIDA ET TIERS-MONDE, ENDA, Dakar, 1987, 139 pages
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Ethiopiques numéro 53
revue semestrielle
de culture négro-africaine
1er semestre 1991
Hommage à Senghor
Forum d’Asilah (Maroc)

Auteur:Annette Prinz

Avant SIDA et Tiers monde (1), très peu de livres ont été publiés sur le SIDA qui est, selon la préface, « la plus grande épidémie de ces cinquante dernières années » (p. 1 V). La plupart des publications sont des articles parus dans des journaux, hebdomadaires ou dans des revues scientifiques. Mais celles-ci ne sont pas aptes à fournir des informations plus précises à un grand public.
Cependant, comme l’écrit Le professeur Mboup dans la préface, « Le maître mot pour lutter contre le SIDA reste la prévention pour laquelle une information de qualité occupe une place essentielle » (p. 1 V).
La première partie de L’ouvrage donne une information générale sur le SIDA : dans le premier chapitre on explique le Syndrome de l’Immuno-Deficience Acquise, la structure du virus HIV provoquant cette maladie, le système immunitaire qui est la cible du virus ainsi que le processus d’infection et le développement du Sida à travers les différents stades qui vont de l’infection primaire au Sida franc et l’atteinte cérébrale. Ensuite, les auteurs s’appesantissent sur les différents tests leur exactitude et leurs prix élevés lesquels posent en particulier un problème dans les pays en voie de développement : un exemple est cité au premier chapitre : Si l’on voulait tester les populations de l’Afrique centrale en se limitant au test le moins cher qui est l’Elisa, le coût serait à peu près trois fois plus élevé que le budget annuel du Sénégal, à savoir 1.500 milliards F CFA (p. 15).
Le deuxième chapitre est consacré à quelques questions brûlantes auxquelles on n’a pas encore reçu des réponses :
- Est-ce que tous les porteurs du HIV vont développer un Sida franc et en mourir ? Les estimations vont de 10 à 30 % de mortalité (pour une période de cinq ans après l’infection) jusqu’à près de 100% de mortalité, ce qui est l’« hypothèse la plus pessimiste, mais qu’on ne peut pas exclure » selon le Pr. Montagnier (Jeune Afrique 17.3.1987 Sida le maître mot la prévention).
- Est-ce qu’on trouvera un vaccin bientôt ? Les auteurs démontrent les différentes démarches possibles, entre autres les expériences des PR Lurhuma et Zagoury au Zaïre.
- Est-ce qu’on peut espérer trouver bientôt un traitement efficace contre le Sida ? Les différentes substances, qu’on connaît aujourd’hui pour traiter le Sida, ne sont pas capables de guérir la maladie mais, à la rigueur, de retarder son développement. Alors la prévention est la seule possibilité de limiter L’expansion de la maladie.
Dans les troisième et quatrième chapitres le livre expose une gamme exhaustive des modes de transmission ainsi que des mesures de prévention.
Les individus et les collectivités sont appelés à réagir le plus vite possible.
En dehors de sa portée pathologique, le Sida entraîne une série de problèmes d’ordre social et psychologique tels que la peur qui peut aller jusqu’à la psychose et des mesures de marginalisation entre malades et groupes à risque. Dans un article récent paru dans l’hebdomadaire Le Point on cite l’exemple d’une famille aux Etats-Unis dont trois enfants sont hémophiles et séropositifs : elle a été persécutée jusqu’à l’incendie de sa maison.(Le Point : Sida - Les malades et vous ; 21.2.88).
Il revient aux gouvernements de prendre des précautions efficaces afin de protéger la société, tout en respectant les droits élémentaires des individus.
Le cinquième chapitre est consacré au tiers monde où plus précisément au Sida en Afrique. On aborde la question de l’origine de la maladie, dont les réponses restent hypothétiques, ainsi que les obstacles économiques et le problème de manque d’information - parfois voulu par les responsables - qui empêchent de lutter efficacement contre ce fléau. Le Rwanda ayant commencé en 1985 à informer ses populations représente, par contre, un exemple positif. Entre autres on y a sorti un manuel pour les professionnels de la santé et en 1986, on a radiodiffusé un programme en dix séries sur le Sida.
Sida et Tiers monde aborde également deux questions qui paraissent très importantes dans le cadre de l’Afrique et au tiers monde en général, à savoir le problème de l’allaitement et des campagnes de vaccination. La contamination de l’enfant par le lait maternel n’est pas évidente au moins à l’heure actuelle car on n’a pas encore trouvé un cas de transmission de mère à enfant par cette voie.
Dans le sixième chapitre les auteurs exposent la stratégie de l’Organisation mondiale de la Santé.
Dans le septième chapitre on donne des statistiques du Sida dans des différents pays du monde et une description de leur situation. Pour ces statistiques comme pour d’autres chiffres dans ce livre les auteurs signalent l’inexactitude de ces données : les cas de Sida augmentent de mois en mois ; en plus, les cas déclarés à l’OMS ne peuvent qu’être une estimation non représentative vu les cas non déclarés et non diagnostiqués. Les études sur le Sida se limitent souvent à des groupes restreints et non représentatifs, c’est-à-dire aux prostitués et aux malades hospitalisés.
Il faut donc traiter ces chiffres avec grande prudence. Bien que la problématique soit d’une importance générale et concerne tout le monde, le livre s’adresse dans son approche et dans son langage uniquement à un public très restreint, c’est-à-dire universitaire. L’essentiel pour limiter la propagation du Sida, c’est d’éduquer « l’homme de la rue » (p. 64) qui est en Afrique comme partout dans le tiers monde le plus souvent illettré. Dans ce cas, le meilleur moyen d’informer reste toujours la radio ou la télévision dans des émissions en langues nationales. Le livre qui s’adresse surtout aux multiplicateurs d’information devrait être complété par des moyens pédagogiques comme p.e. des cartes, des schémas et des affiches destinés à informer tout le monde sur le Sida aussi bien dans les bidonvilles que dans les villages tels qu’ils existent déjà pour d’autres maladies (paludismes, maladies parasitaires dans p.ex. « Je suis fort ! Car je n’ai pas de vers » du « Centre de Formation pour la Promotion de la Santé », Kangu Mayombe, Zaïre).
Pour le Sénégal, il reste encore beaucoup de travail à faire : surtout au vu du manque relatif d’information en général et d’une campagne adaptée aux réalités du pays, en particulier : en février 1986 le Pr Bassirou Ndiaye déclarait encore : « Il n’y a aucun cas de Sida au Sénégal » (Wal Fadjiri, 14.2.86) ; en mars 1987 le nombre de cas du Cap-Vert s’élève déjà à 25 (p. 76) et, en mars 1988, on lit dans le Soleil : « En ce qui concerne le Sénégal la situation épidémiologique du Sida n’est pas inquiétante : 66 cas sont actuellement déclarés » (Le Soleil, 2.3.1988, Volonté de vaincre le Sida).
Il est cependant un fait que le Sida est découvert depuis le début des années quatre-vingt, et que des initiatives heureuses et franches ont déjà été prises dans d’autres pays africains, tels que le Rwanda, l’Ouganda, la Zambie et le Zaïre.
En guise de conclusion : les auteurs qui se sont principalement inspirés de l’ouvrage anglais PANOS : Aids and the third world en aménageant et complétant quelques chapitres, sont arrivés à présenter, enfin, aussi au public francophone un fascicule instructif, illustré par des statistiques et schémas sur une maladie pandémique dont nous sommes loin de pouvoir mesurer les conséquences catastrophiques à l’heure actuelle.





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