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LES HYDROCARBURES, SOUTIEN DU DEVELOPPEMENT ALGERIEN
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Ethiopiques numéro 2
Revue socialiste
de culture négro-africaine
avril 1975

Auteur : Bélaïd Abdesselam

La politique de l’Algérie en matière d’hydrocarbures fait partie intégrante de sa stratégie de développement et s’inscrit dans le cadre plus large de ses options socio-économiques fondamentales. Elle n’est donc pas fortuite, pas plus qu’elle n’est issue de la conjoncture. Elle constitue la conséquence logique de l’orientation que le pays s’est donnée afin de mettre sa souveraineté restaurée au service des aspirations profondes de ses masses.
En effet, l’Algérie n’a jamais fait mystère de sa conception de la souveraineté nationale ; elle a toujours affirmé que, pour elle, l’indépendance politique devait avoir pour corollaire un puissant développement socio-économique, faute de quoi le pays s’installerait dans une impasse qui non seulement bloquerait son essor, mais encore compromettrait gravement ses acquis révolutionnaires obtenus de haute lutte. Première étape dans la voie de l’émancipation totale, l’indépendance assure le droit au développement, mais non le développement lui-même. Comment, dès lors, un tel développement peut-il prendre forme et vigueur, si ses conditions de réalisation ne sont pas réunies ? Il n’était certes pas facile de les réunir et de les mettre au service de l’objectif visé, tant les obstacles de toutes sortes étaient nombreux qui se dressaient devant chaque initiative du pays pour exercer son droit au développement. C’est à cette entreprise que, sous l’impulsion du pouvoir révolutionnaire, l’Algérie s’est attelée, consciente que son édification était à ce prix.
Pour elle, comme pour d’autres pays qui l’ont précédée dans la voie du développement, sa transformation économique et sociale devait passer par la mise en valeur de ses ressources naturelles et le contrôle des moyens de production. Cela impliquait principalement, et de toute évidence, que le peuple algérien devînt maître de ses richesses et des moyens de leur valorisation. Or, ce n’était point le cas jusqu’aux grandes mesures de nationalisation des ressources du sol et du sous-sol qui, dotant le pays de moyens d’action accrus, lui ont permis de mettre en oeuvre une politique nationale de développement.


Contrôler pour développer

C’est donc bien sur la base de ces acquis historiques que le peuple algérien a engagé, dans le cadre de plans successifs, des actions de développement d’une ampleur exceptionnelle.
Il est clair qu’en instaurant son contrôle effectif sur les ressources de son sous-sol, le pays vit s’ouvrir devant lui de larges perspectives d’émancipation économique. L’industrie de base, la sidérurgie notamment, aurait-elle pu connaître l’essor qu’elle connaît aujourd’hui, si ses sources d’approvisionnement en minerais et en énergie avaient échappé au contrôle national ? Il en est de même de l’industrie des hydrocarbures que le pays entreprend d’édifier.
La récupération de nos matières premières, en l’occurrence les hydrocarbures liquides et gazeux, n’est pas une fin en soi. Que vaudrait, en effet, une telle récupération si elle n’apportait pas au pays les moyens de son réveil économique ? Elle équivaudrait, à la limite, à une opération démagogique, si, délaissant le fond, elle s’attachait à la forme et maintenait l’économie dans la léthargie. En fait, elle n’a de valeur que si elle confère concrètement aux richesses naturelles recouvrées une fonction stratégique dans le développement national.
Lorsque l’on songe que le relèvement socio-économique d’une nation en voie de développement exige d’elle qu’elle dispose de puissants moyens de paiement extérieur pour financer, au prix fort, durant une période prolongée, ses importations en biens d’équipement, en services et souvent même en produits de première nécessité, on mesure alors toute l’ampleur de l’impératif pour un pays comme le notre d’agir en permanence pour restituer à ses exportations d’hydrocarbures une valeur d’échange capable de faire face à ses importations, c’est-à-dire à son développement. Les hydrocarbures en Algérie sont tout à la fois source de financement, d’énergie et de matières premières industrielles. C’est dire l’importance capitale pour le pays de disposer, sans partage aucun, d’une liberté de décision sur tout ce qui touche au rôle moteur que joue cet important secteur au sein de l’économie. C’est là une position fondamentale qui ne saurait naturellement s’accommoder d’entraves, quelle qu’en soit la nature, tant en ce qui concerne la fixation du prix, la détermination des objectifs de production et la définition des méthodes d’exploitation, qu’en ce qui concerne la valorisation industrielle. En d’autres termes, on ne saurait en même temps mobiliser le pouvoir d’investissement que représentent nos hydrocarbures et tolérer qu’on le vide de sa substance par toutes sortes d’agissements.


Une vocation de promotion humaine

Il y va, par conséquent, de l’intérêt du pays qui doit être sauvegardé en permanence, sous peine de voir se détruire toute chance de développement. En cela, nous ne faisons preuve d’aucune innovation puisque c’est la pratique courante en pays industrialisés. S’agissant de coopération, l’Algérie s’est toujours montrée un partenaire respectueux de l’équilibre des intérêts et des avantages réciproques. Les relations de coopération dans les hydrocarbures qui ont été nouées ces temps derniers laissent présager dans ce domaine un avenir fructueux pour tous.
L’industrie des hydrocarbures ne se limite pas chez nous aux simples activités d’extraction, de transport et de commercialisation. Ces activités, pour aussi importantes qu’elles soient à l’heure actuelle, puisque leur création et leur mise en oeuvre concourent à hisser le pays au rang d’opérateur direct de ces richesses, doivent s’étendre à la valorisation industrielle afin de couvrir les besoins croissants de l’économie en produits d’origine pétrochimique et gazo-chimique. II s’agit donc, en définitive, d’une vaste entreprise tendant à utiliser les hydrocarbures comme levier de l’émancipation économique et sociale du pays.
Une telle vocation de promotion humaine, assignée à nos hydrocarbures, contraste violemment avec les agissements d’inspiration mercantiliste de certains milieux appartenant à des monopoles internationaux et à des firmes multinationales. L’enjeu est à ce point considérable pour l’avenir de nos masses que nous prenons peu au sérieux les campagnes de calomnies et d’intimidations que lancent de temps à autre ces mêmes milieux.
Comment peut-on soutenir raisonnablement qu’un pays en voie de développement accepte de brader son unique chance de s’affranchir de la pauvreté afin de permettre à ces firmes et monopoles de persévérer dans leurs pratiques de spoliation et aux pays riches de s’enrichir davantage par le biais du marché des matières premières qu’ils ont toujours dominé ? Une telle absurdité est pourtant implicite dans les attitudes de refus qu’opposent ces milieux aux revendications des pays du Tiers-Monde. C’est bien en ces termes que se pose à ces derniers -notamment aux peuples frères d’Afrique - le problème des matières premières qui constituent souvent pour eux l’unique espoir de développement.
Une telle constatation indique malheureusement que, si le droit de nos pays au développement a fini par s’imposer à la conscience universelle, son exercice continue d’être contingente, pour ne pas dire frappé d’interdit, par un ordre économique mondial ou les pays nantis assument une lourde responsabilité. C’est pour amender cet ordre économique et le rendre moins hostile à la concrétisation des aspirations de nos peuples à l’émancipation économique et sociale qu’une session extraordinaire de l’Organisation des Nations Unies s’est tenue en avril 1974, à l’initiative de l’Algérie, pour traiter de cette question vitale. D’autres débats internationaux seront nécessaires aussi longtemps que n’auront pas été abolies les graves disparités économiques, sociales et culturelles qui caractérisent le monde actuel. Comme l’a précisé le président Houari Boumediene dans son discours devant l’Assemblée extraordinaire de l’Organisation des Nations Unies :
« Pour les pays développés, il s’agit de savoir s’ils ont pris conscience de ce que leur avenir ne saurait être dissocié de celui des peuples du Tiers-Monde. Si c’est le cas, il leur revient d’assumer les responsabilités qu’implique, pour eux, une telle prise de conscience. En particulier, détenant actuellement les leviers de la puissance économique, ils doivent accepter, comme une exigence du maintien de la paix et comme un tribut au progrès, que les pays en voie de développement récupèrent et assument la part qui leur revient dans l’animation et la direction des activités économiques mondiales. En d’autres termes, ils doivent accepter les conditions de l’émancipation économique des peuples du Tiers-Monde et admettre les transformations que cette émancipation comporte pour l’ordre économique actuellement établi dans le monde ».





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