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TRIBALISME POLITIQUE ET CONFLITS SOCIAUX DANS LE ROMAN CAMEROUNAIS ET CONGOLAIS
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Ethiopiques n° 74.
Littérature, philosophie et art
1er semestre 2005. Altérité et diversité culturelle

Auteur : Antoine-Guillaume MAKANI [1]

L’œuvre littéraire participe à la fois de la réalité et de l’imaginaire. Produit d’une société, d’une culture qu’un artiste met en mots, en langages, en images et en symboles, il lui arrive de se présenter ou de réfracter les faits et gestes de l’univers où elle a vu le jour. Pour en rendre compte, nous nous proposons d’être attentif au fonctionnement interne de l’œuvre, et à son dehors, en étudiant les imaginaires sociaux en rapport avec la culture, la politique et même l’idéologie du « tribalisme politique » [2] qui nous préoccupe.

1. AUX ORIGINES DU PHENOMENE : LE SENS COMMUNAUTAIRE OU LA FAMILLE AFRICAINE TRADITIONNELLE.

L’éducation africaine traditionnelle consacre le respect et même la vénération de l’aîné, de l’autorité et de la famille. Cette dernière joue un rôle irremplaçable dans la formation, la socialisation et la personnalisation de l’enfant. Par devoir de reconnaissance, le jeune Africain se considère lui-même comme un « je » et un « moi » collectif. Ainsi, « quand les Africains parlent de leurs obligations envers les leurs, il s’agit de la loyauté envers le groupe de descendance aussi bien qu’envers la famille...[Ils] apprennent dès l’âge le plus tendre à élargir leurs horizons, leurs satisfactions et leurs préoccupations à des groupes très étendus » [3].

« Le récit romanesque négro-africain insiste et revient de façon récurrente sur cette relation contractuelle, à travers la citation des ancêtres, cette sagesse des nations condensée en des formules laconiques ».

« A Vémélé un seul bras ne pouvait monter un arbre », « un enfant n’était jamais grand pour sa mère », « un enfant n’était jamais grand pour les siens », rappellent Bekada et le chef Zongo à Bilanga. Sa propre mère, mama Véronika ajoutera d’ailleurs : « Tu allumes à Vémelé un feu qui t’encerclera comme du gibier, si tu ne reviens pas à des meilleurs sentiments envers tes frères » [4].
Aux yeux des Africains même les plus occidentalisés, mépriser ou négliger sa famille ou sa tribu est un péché mortel. Ce serait synonyme de scier la branche d’arbre sur laquelle l’on est assis. B. N’kama n’accède à la demande de ses oncles que sous la peur de voir « gâter son nom auprès de tous les gens de la tribu...Alors, il ne serait plus qu’un arbre sans racines » [5]. Dans la perspective de la conquête ou de la conservation du pouvoir, comme dans la recherche d’une petite place au soleil, la famille ou la tribu constitue un appui très déterminant. Intercédant auprès de M. le Ministre de la santé en faveur de son oncle Kondoa à la recherche d’un emploi domestique, B. N’kama devra faire valoir que « si ce haut cadre n’est pas de la même tribu [qu’eux], il provient du moins de la même région. Il devrait [par conséquent] prendre soin de tous ceux qui le soutiendraient en cas de retournement de la situation » [6].

Par fidélité à cette solidarité ethnique ou tribale, B. N’kama lui même, l’infirmier Mankoya et l’instituteur Mboueté ont pu obtenir un poste de diplomate ou bénéficier d’une bourse de formation à l’étranger. Zikisso, le protecteur de B. N’kama, professe donc sa foi au tribalisme :

« Tu es de la même tribu que moi...On a beau dire que nous combattons le tribalisme. C’est une réalité...Si tu veux devenir un homme fort, toi aussi, il faut placer les gens de ta tribu » [7].


2. LES LIEUX DE LA LISIBILITE DU PHENOMENE.

La Fonction publique et le mode de recrutement de son personnel constituent l’un des lieux de la lisibilité du phénomène et de la pratique du tribalisme. Motengui, le chef hiérarchique de Bilanga, voudrait faire remplacer ce dernier par « un parent, Tabella, un ancien commerçant ruiné qui avait été récupéré par la Fonction publique et qui moisissait dans des postes subalternes » [8].
A Brayza, sous le règne de Lokou, le juge Poaty attend longuement et vainement sa nomination au poste de procureur général de la république, et pour cause : « Le président a un cousin qui fait sa magistrature en France...Il y a donc domaine réservé » [9].
En Katamalanasie, le tribalisme affecte et gangrène le secteur vital de la santé avec le recrutement, au dispensaire de la localité, « d’un garçon de salle, cousin de Sir Amanazavou, qu’on y avait envoyé avec la mention de Docteur [et qui, ironie du sort] plaçait le fémur au cou et l’omoplate au ventre » [10].
Les projets d’investissement public épousent également la réalité ethnique ou régionale : « La capitale économique, la capitale minière et la capitale du parti [sont construites] au village natal du Guide-Henri-au -cœur tendre », tandis que Sir Amanazavou s’investit pour la construction « d’un camp de repos, à côté d’un musée d’art pygmée et d’un institut de pygmologie » au Darmellia [11].
La création des équipes de football n’échappe pas à cette pratique régionaliste avec d’un côté un club de montagnards et de l’autre un de côtiers. La vertu cardinale du sport collectif, à savoir unir et rapprocher les hommes et les peuples, s’en trouve profondément éprouvée. L’occupation matérielle de l’espace de l’Hôtel de la Lagune, à l’occasion de la clôture de la saison sportive, est une véritable proxémique de l’hostilité et de la ségrégation : « De petits groupes se constituaient...paquet de montagnards par-ci, paquet de côtiers par-là, chacun parlant dans son dialecte » [12].
Cette logique tribale, ethnique ou régionale influence et explique le partage des postes et départements ministériels au sein du gouvernement, delà la présence massive de « côtiers dans les ambassades », tandis que les « montagnards [monopolisent le] Cabinet de la présidence et les ministères où [d’autres] montagnards sont à la tête »[Idem., p. 54.]].
Le choix et l’exercice du métier deviennent ainsi une affaire d’ambition personnelle et de soutien familial plutôt qu’une question de vocation ou de mérite. B. N’kama et Mankoya exercent dans la diplomatie sans formation professionnelle préalable. Pour eux,

« La diplomatie on a ça dans le sang ou on ne l’a pas. [point n’est donc besoin de passer]des stages au Quai d’Orsay [de plus] tant que la caillasse tombe dans le porte- feuille, qu’on peut grailler et piper les femmes à sa convenance et sans souci, on reste dans le système. Pas question de quitter la diplomatie » [13].

Au népotisme qui gangrène le recrutement dans la fonction publique se greffe assez souvent des préjugés sociaux, fondés, eux aussi, sur l’appartenance tribale, ethnique ou régionale. Dans les sociétés des livres que nous explorons, très peu de personnages s’intéressent à l’activité commerciale ou à l’activité agricole, bien que le Cameroun et le Congo soient deux pays de la forêt. En revanche B. N’kama aime à s’entendre appeler « Delarumba, empereur du ballon rond », Bilanga, « Monsieur le Directeur », Motengui, « mon général », Zikisso, « Monsieur l’inspecteur », et tous les chefs d’Etat de la Katamalanasie, sont des « Guides providentiels ».


Au Cameroun par exemple, ces idées reçues en sont venues à faire croire que l’activité économique et l’esprit d’entreprise étaient congénitaux aux seules tribus de Bamiléké de l’Ouest. Une littérature d’inspiration scientifique a même tenté de soutenir ce point de vue. Dans sa thèse de doctorat d’Etat (Le Dynamisme Bamiléké), le géographe J.L. Ndogmo écrit, non sans fierté, que « la réussite économique est généralisée dans ce groupe » [14]. E. Kengne Pokam, dans Le Problème de l’unité nationale au Cameroun, abonde dans le même sens lorsqu’il n’identifie l’entrepreneur camerounais que sous les traits du Bamiléké [15]. Il n’est donc pas superflu de souligner que dans Les Chauves-Souris du Camerounis B. Nanga, tous les hauts cadres de l’administration et toutes les personnalités des professions libérales - sauf une - se recrutent dans les rangs de l’ethnie Beti, qui s’étend sur les provinces du Centre et du Sud. Or de l’avis de P. Tchungui, la particule « nti » signifie « seigneur » ce qui, en faisant des Beti « la tribu des seigneurs », expliquerait leur choix des professions nobles ou anoblissantes (P. Tchungui, 1973, p.350).
En revanche, les métiers de maison comme le gardiennage semblent être la spécialité des originaires du Nord Cameroun. C’est à ce titre que Oumarou et Tchalna exercent dans les résidences de Bilanga de Bordelchic et de Vémelé : « Un coup de klaxon et un garçon, un grand gaillard balafré, originaire du nord du pays vint ouvrir le portail » (CS, p.45). La profession ou le choix du métier n’est donc pas à l’abri des considérations tribales ou ethniques J.M Ela le souligne non sans amertume :

« L’appartenance ethnique ou régionale influence parfois l’exercice de certaines activités...A la veille de l’indépendance, de nombreux Dahoméens servaient encore plus dans l’administration, la santé, l’enseignement...La plupart des gardiens de nuit des quartiers résidentiels de Yaoundé sont généralement les gens du Nord Cameroun » ( J.M. Ela 1983 : 45).

C’est sur ce patron ethnico-tribal en apparence naturel et innocent que viennent se greffer toutes les stratégies du pouvoir en vue de la gestion et du contrôle de l’espace sociopolitique : l’équilibre régional, le développement auto centré, le parti unique, la majorité présidentielle, etc.

3. DE L’UNITE NATIONALE AU CLIENTELISME.

Aux lendemains des indépendances, la question de l’unité nationale et de la justice sociale préoccupe le nouveau dirigeant africain. Le parti unique est alors présenté comme étant le seul moule capable de fondre tous les particularismes et tous les égoïsmes tribaux ou ethniques et de forger un sentiment national autour d’une idéologie monolithique et d’un leader charismatique. Le narrateur du roman de B. Nanga évoque les circonstances et les objectifs qui ont conduit à la création du PDPUR : « Divisé en une multitude de fractions tribales, le pays avait connu une instabilité politique paralysante...L’instauration d’un parti unique avait depuis une quinzaine d’années ramené la paix. » (CS, p.84).
Au Cameroun par exemple, le discours politique de l’époque ne dit pas autre chose :

« C’est au sein d’un grand parti, d’un grand mouvement comme le nôtre qu’on doit nécessairement atténuer les effets de la diversité...C’est au sein de l’Union Camerounaise que nous devons, toutes les Camerounaises et tous les Camerounais de bonne volonté, militer » (Ahmadou Ahidjo, discours prononcé lors d’une tournée officielle dans le Département du Nyong et Sanaga, janvier, 1964).

L’expression : « Camerounais de bonne volonté » est en elle-même discriminatoire. Elle laisse sous-entendre que tous ceux viendraient à refuser de rejoindre les rangs du « grand parti » seraient étiquetés comme des hommes de mauvaise volonté et, plus encore, comme des ennemis du pouvoir. Pour avoir choisi la neutralité parce que « l’éthique [lui] interdit de prendre parti dans les conditions actuelles », c’est-à-dire de militer au sein du parti du président Lokou, le juge R. Poaty « s’était bêtement déclaré adversaire du parti unique. Adversaire du parti inique » (FA, p.40).


Refermons cette parenthèse pour rappeler que la nécessité de renforcer un sentiment national a donné lieu à la politique de justice sociale et « d’équilibre régional ». Il s’agit d’une politique de quotas, qui se ramène pour l’essentiel à un partage du gâteau national. Le chef de l’Etat, chef du parti unique, choisit des élites locales qui, au-delà de leur militantisme politique, représentent la tribu, l’ethnie ou la région. Cette logique qui est à la base de la partition de la fonction publique (ministères appartenant aux côtiers /ministères appartenant aux montagnards) semble correspondre aux remarques d’un observateur de la vie politique camerounaise :

« Lorsque M. Ahidjo composait son gouvernement, il ne se préoccupait pas uniquement de veiller à ce que les représentations provinciales soient assurées, à ce que les grands équilibres géographiques soient respectés. A l’intérieur de chaque province, il apparaît qu’il réalisait simultanément un microdosage qui assurait une représentation départementale, un macro-dosage qui se superposait aux macro-équilibres géopolitiques et permettait de mieux chevaucher les réalités sociopolitiques que sont les ethnies » ( P.F. Ngayap 1983 : 80-83).

Fondée sur la politique des quotas et de la représentation politique, la justice sociale a été purement et simplement pervertie au profit du tribalisme et même du tribalisme politique. Chaque haut responsable nommé ayant choisi de s’entourer des gens qui lui sont proches et par des liens de sang et par affinité idéologique. Dans Les Chauves-Souris de B. Nanga, l’inspecteur de police chargé de l’arrestation du professeur Biyidi s’appelle Hiloga. Dans la langue Bassa, cet anthroponyme qui signifie « garçon » ou « ami » autorise une allusion nette au passage de M.P. Pondi à la tête des services de la Sûreté Nationale Camerounaise.

4. LA RANÇON DU TRIBALISME : DES INEGALITES AUX CONFLITS SOCIAUX

Enraciné dans les mœurs à la manière d’un arbre dans le sol, le sentiment familial, tribal ou ethnique s’investit dans les comportements des personnages de façon inconsciente. Considéré à première vue comme un puissant atout aux mains des arrivistes de nos romans sélectionnés, le tribalisme et ses variantes constituent plutôt de véritables obstacles et de véritables dangers à l’épanouissement des individus, au développement et à la paix des Etats.
Au plan individuel, la famille africaine élargie freine l’émergence de celui qui en supporte la charge. Etant entendu que la société africaine contemporaine est régie par la loi du marché, fondée sur la « valeur d’échange » et non plus sur la « valeur d’usage » (L. Goldmann 1964 : 36-39).
Au niveau social, le prix du tribalisme n’est pas moins lourd, du moment où l’on s’attache à des individus médiocres et on leur confie des postes ou des responsabilités pour lesquelles ils ne justifient pas de compétence. Cela conduit à des situations désastreuses ! Diplomate de fortune, B. N’kama dévalise les caisses de son Ambassade à Bruxelles, si bien que l’institution est incapable de payer ses dettes de loyer, ce qui ternit l’image de son pays à l’étranger. De telles pratiques et situations ont d’ailleurs favorisé le préjugé selon lequel les Africains seraient de mauvais gestionnaires. M. Chauvin s’en sert pour rejeter la politique de l’africanisation des cadres dans les entreprises privées, politique préconisée par les autorités d’Eborzel : « M. Chavin avait dit qu’il préférait fermer sa boutique plutôt que d’y voir un cadre autochtone » (CS, p.99).


Par ailleurs, en faisant de la fonction publique une sorte de plantation familiale où chaque membre peut se servir sans avoir de comptes à rendre à personne, les responsables africains en sont venus à créer une situation des « effectifs pléthoriques de l’administration » (R.Gabriel Nlep 1990 : 8-9). Il n’est donc pas surprenant que les bailleurs de fonds aient prescrit, entre autres mesures, le « dégraissage de la fonction publique » en vue de la relance économique de certains pays africains dont le Cameroun. Pratique aux conséquences lourdes et fâcheuses, Kourouma la décrie dès les premières années des indépendances africaines. Mais sa voix, qui n’est pas différente de celle d’un prophète qui crie dans le désert, nous permet d’examiner la menace que la tribalisation de la vie politique fait peser sur la paix et sur l’unité des Etats :

« Le Secrétaire Général et le Directeur d’une coopérative, tant qu’ils savent dire les louanges du Président, du Chef unique et de son parti, le parti unique, peuvent engouffrer tout l’argent du monde sans qu’un œil ose ciller dans toute l’Afrique » (A. Kouroma 1970 :.23).

Une telle gestion de l’espace politique et de la composante sociologique s’apparente à de la corruption, la force du pouvoir reposant sur ce que le jeune R. Bilanga appelle « une petite élite bureaucratique et corrompue » (CS, p.128). C’est elle que D. Bourmand nomme

« Une bureaucratie clientéliste dont les membres entretiennent avec le chef suprême du parti et chef de l’Etat un rapport de dépendance personnelle non lié à la parenté, qui repose sur un échange réciproque de faveurs...entre le patron et les clients qui contrôlent les ressources inégales » (D. Bourmand 1991 :255).

Quant à la clientèle, elle se compose de ministres et autres hauts cadres choisis pour « leur capacité à s’affirmer comme leaders d’un espace politique local et à y réguler à leur tour la compétition » (D. Bourmand 1991 : 263). En d’autres termes, ces leaders doivent à leur tour et par tous les moyens attirer les membres de leurs familles dans le parti du chef suprême. A terme, l’Etat africain post colonial prend le visage d’un Etat patrimonial ou néo patrimonial. Autant le premier se caractérise par le népotisme, le clanisme, le tribalisme, le régionalisme, le clientélisme, la corruption, le factionnalisme, autant le second se singularise par la personnalisation du pouvoir, l’accumulation des ressources politico-économiques (J. F. Médard 1991 : 330-344). Il s’en suit donc la naissance de deux factions rivales, ennemies et opposées : la faction des fidèles et amis du pouvoir, qui vivent dans l’opulence, et la faction des ennemis du pouvoir, exclus du partage du gâteau national. De là les expressions telles que « les hommes du Guide » ou « les gens de Martial » (VE, p. 49-50, 133-34). La déception et le désenchantement des laissés-pour-compte développent un profond sentiment de haine. D’autant plus qu’ils se souviennent avoir combattu le bon combat, celui de la libération de l’Afrique colonisée. Aussi placent-il leurs espoirs dans la lutte pour une seconde libération de l’Afrique, et qui a pour nom la lutte pour la démocratie. Le roman négro-africain sur l’Afrique indépendante en rend compte à travers les chronotopes de l’enfer et du discours eschatologique. Convaincu qu’il « n’existait plus aucun espoir que [l’Afrique] s’améliore, la fin d’un monde corrompu constituait désormais une perspective prochaine » (J. Delumeu 1978 : 261).
Le tribalisme politique et les inégalités qu’il a générés ont ainsi conduit à la guerre civile. C’est le triste spectacle auquel l’on assiste dans le roman de Sony Labou Tansi, avec la destruction de Félixe-ville :
« En quelques heures, les mouches de Jean-calcium avaient causé autant de ravages dans le camp ennemi que n’auraient causé deux années de guerre classique [...]. Deux jours après, Félixe-ville puait. J. Coriace avait fait un télex au restant des responsables militaires de Félixe-ville. Il menaçait d’envoyer les mouches dans toutes les villes de la Katamalanasie si les troupes katamalanasiennes ne rentraient pas dans les casernes » (VE, p.167-168).


Ce drame aurait pourtant pu être évité, si les dirigeants africains et leurs rivaux avaient tenu compte de ce qu’un leader politique considérait comme « le danger du tribalisme et du régionalisme » lorsque à la veille de l’indépendance du Cameroun, il écrivait :

« Nous n’avons pas à nous servir de l’existence des ethnies comme moyen de luttes politiques ou de conflit de personne. Or à quoi assistons-nous ? Nous assistons précisément à l’utilisation du tribalisme et du régionalisme comme moyen de pression politique » (Um Yobè R 1957).

Peut-on conclure ?

Les tristes événements du Rwanda et du Burundi, la guerre qui déstabilise la République Démocratique du Congo, le conflit armé qui a conduit à l’éviction de M. Lisouba et au retour de M. Sassu Nguesso sur l’autre rive du fleuve Congo, les témoignages des médias sur les dernières élections présidentielles au Cameroun, constituent autant de signaux d’alarme quant à la tribalisation de la vie politique, en tant que menace permanente sur la paix et la stabilité des Etats (L’œil du Sahel,no 148, 30 novembre 2004 ; Mutations, no 1227, 02 septembre, 2004 ; 1310, 28 décembre, 2004 ; La Nouvelle Expression,no,1374,13 décembre, 2004. L’Action, no 492, 24 septembre, 2004). C’est donc un vibrant appel en faveur d’une réelle démocratisation de la vie politique africaine. La Bonne Gouvernance en fait l’un des lieux privilégiés de son combat et, nous semble-t-il, ce n’est pas un choix hasardeux.

BIBLOGRAPHIE

1. Le corpus

LOPES, Henri, La Nouvelle romance, Yaoundé, Clé, 1976.
NANGA, Bernard, Les Chauves-Souris, Paris, Présence Africaine, 1980.
LABOU TANSI, Sony, La Vie et demie, Paris, Seuil, 1979.
U’TAMSI, Tchikaya, Ces Fruits si doux de l’arbre à pain, Paris, Seghers, 1987, sigle (FA).

2 Ouvrages et études

KOUROUMA, Amadou, Les Soleils des Indépendances, Paris, Seuil, 1970.
BOHANNAN, Pierre et CURTIN, P., L’Afrique et les Africains, Paris, Nouveaux horizons, 1973.
BOURMAND, Denis, « L’Etat centrifuge au Kenya », in Etats d’Afrique Noire, Formation, Mécanismes et Crise (sous la direction de Jean-François Médard), Paris, Karthala, 1991.
DELUMEAU, Jean, La peur en Occident, XIV-XVIIIième siècle, Paris, Fayard, 1978.
ELA, Jean-Marc, La Ville en Afrique Noire, Paris, Karthala, 1983.
FANON, Franz, Les Damnés de la terre, Paris, Maspero, 1974.
GOLDMANN, Lucien, Sociologie du roman, 1964.
FOGUI, Jean-Pierre, L’Intégration politique au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 1990.
MBUYINGA, Elanga, Tribalisme et problème national en Afrique. Le cas du Kameroun, Paris, L’Harmattan, 1989.
KENYE, Pokam, Le Problème de l’unité nationale au Cameroun, L’Harmattan, 1986.
LONDALE, J., Ethnicité, morale et tribalisme politique, Londres, SOAS, Trinity College, Cambridge, traduit de l’anglais par C.Abel.
MEDARD, Jean-François (sous la direction de) « Etat néo- patrimonial », in Etats d’Afrique Noire, Formation, Mécanismes et Crise, Paris, Karthala, 1991.
NDOGMO, Jean-Louis, Le Dynamisme Bamiléké, Yaoundé, CEPER, 1981.
NGAYAP, Pierre-Flambeau, Cameroun qui gouverne ? Paris, L’Harmattan, 1983.
NLEP, Roger-Gabiel, « L’administration camerounaise en question... lorsque favoritisme rime avec concours et recrutements », in Le Messager, n°193, 31 juillet 1990.
UM NYOBE, Ruben, « Lettre à André-Marie Mbida, 1957, cité par Wonyu Eugène, in De L’UPC à L’UC, Paris, L’Harmattan ,1985.


[1] Centre National d’Education de Yaoundé, Cameroun.

[2] Nous empruntons l’expression « tribalisme politique » à LONDALE, J., Ethnicité, morale et tribalisme politique, Londres, SOAS, Trinity Collège, Cambridge, traduit de l’anglais par C. Abel.

[3] BOHANNAN, Pierre et CURTIN, P., L’Afrique et les Africains, Paris, Nouveaux horizons, 1973.

[4] NANGA, Bernard, Les Chauves-Souris, Paris, Présence Africaine, 1980, pp, 61,63, 190.

[5] LOPES, Henri, La Nouvelle romance, Yaoundé, Clé, 1976, p.15-16.

[6] LOPES, Henri, La Nouvelle romance, Yaoundé, Clé, 1976, p. 24.

[7] Idem., 57.

[8] NANGA, Bernard, Les Chauves-Souris, Paris, Présence Africaine, 1980, p. 91.

[9] U’TAMSI, Tchikaya, Ces Fruits si doux de l’arbre à pain, Paris, Seghers, 1987, sigle (FA), p. 70.

[10] LABOU TANSI, Sony, La Vie et demie, Paris, Seuil, 1979, p. 113.

[11] LABOU TANSI, Sony, La Vie et demie, op. cit., pp.113-114.

[12] LOPES, Henri, La Nouvelle romance, op. cit., p. 28.

[13] Idem., p. 57.

[14] NDOGMO, Jean-Louis, Le Dynamisme Bamiléké, Yaoundé, CEPER, t. 1, 1981, p. 10.

[15] KENYE, Pokam, Le Problème de l’unité nationale au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 1986, p. 106.




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