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DICTIONNAIRE DES CIVILISATIONS AFRICAINES
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Ethiopiques numéro 2
Revue socialiste
de culture négro-africaine
avril 1975

DICTIONNAIRE DES CIVILISATIONS AFRICAINES
Georges Balandier et Jacques Marquet
Fernand HAZAN
456 pages - 460 illustrations

Auteur : Malick FALL

Ce livre sérieux parcouru, on salue l’initiative des auteurs dont la contribution remarquable à une meilleure connaissance des civilisations africaines mérite notre attention.
Sans doute, dans le même domaine, des études respectables ont-elles été menées ici et là qui donnèrent parfois satisfaction aux lecteurs avertis. Mais, une synthèse aussi radicale, d’une telle limpidité, n’avait, auparavant, connu le jour. De ce livre méthodiquement charpente, se dégage, enfin, le visage de l’Afrique profonde, non des facettes privilégiées dont l’intérêt scientifique n’est pas évident.
Oeuvre d’une vingtaine d’africanistes de talent, ce livre embrasse tous les aspects des civilisations africaines et rend compte, sans complaisance ni outrance, de leur diversité, leurs imbrications, leur parenté, pour finalement, reconstituer ce tout qu’est la Culture négro-africaine.
C’est que, dans ce dictionnaire, se côtoient, en s’y exprimant, les éléments majeurs de la personnalité africaine ; les sites archéologiques y sont étudiés, l’âme des populations fouillée, les techniques définies, les cadres de vie décrits, le sens des arts et les formes littéraires examinés, les rites expliqués... Et pourtant, les auteurs ont su user de mesure. Ce livre, confessent-ils, met en relief les structures générales, en même temps que les particularités les plus typiques.
Une somme de connaissances indispensables, du moins utiles, est ici rassemblée, qui ne laisse indifférent aucun intellectuel soucieux de précision et de clarté. L’ouvrage répond à la plupart de nos interrogations avec l’avantage d’insérer dans ses définitions les acquis les plus récents de l’ethnographie et de l’anthropologie. A en consulter les pages, on évitera sûrement d’emprunter à l’arsenal faussement informé des africanistes superficiels.
Autre qualité du dictionnaire : sa lisibilité. L’érudition n’a, nulle part, terni la qualité de la langue. Et c’est un tour de force que d’employer un style élégant quand on a comme outil un lexique généralement abscons. Le lecteur pardonnera la longue illustration de ces propos.
Georges Balandier écrit à la page 291 : « Le poète Aimé Césaire a conçu le mot Négritude durant les années 1932-1934 ». Il l’a inséré dans son oeuvre pour affirmer et exalter son appartenance à l’humanité noire : « La négritude n’est pas une tour, ni une cathédrale. Elle plonge dans la chair rouge du sol... ». Léopold Sédar Senghor en est, à la fois, le co-inventeur et le théoricien. Il la définit : « la négritude, c’est l’ensemble des valeurs de civilisation - culturelles, économiques, sociales, politiques - qui caractérisent les peuples noirs ». Mais, c’est J. P. Sartre qui a donné à la théorie son statut philosophique, dans l’étude intitulée : Orphée Noir (1948). Il en manifeste la signification politique, elle est instrument de combat contre la domination coloniale ; et la portée littéraire, elle « envahit » le poète africain afin qu’il puisse s’identifier à son peuple. La négritude a déjà ses exégètes (Th. Melone, L. V. Thomas) ; elle a aussi ses critiques qui la dénoncent comme « une idéologie mystifiante ». Le plus inlassable de ses militants reste L. S. Senghor (voir son ouvrage : Liberté I). II l’explique ; il la justifie ; il la communique comme on transmet une foi. Elle n’est pas, pour lui, un simple moyen : celui du renouveau culturel ; elle a une valeur permanente ; elle exprime l’être profond de l’homme noir et sa vocation dans le monde actuel. Elle est une ontologie, en tant que système de pensée, un messianisme, en tant que système de conduite. La théorie de la négritude est l’un des moyens utilisés pour que les africains redeviennent des producteurs et non des « consommateurs de civilisation ». Le premier « Festival mondial des Arts nègres », réuni à Dakar en avril 1966, a tenu lieu d’Etats généraux de la négritude ».
On aura eu une idée de l’éclectisme de ce beau livre. Nous disposons, maintenant, d’un instrument qui suit l’itinéraire culturel de l’Afrique, l’explique et le commente. Avec les auteurs, nous retiendrons que cette encyclopédie discrète prétend contribuer à l’élaboration d’un humanisme élargi et actuel. Et ce n’est pas peu dire.





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