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LEOPOLD SEDAR SENGHOR ANCETRE
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Ethiopiques n°69.
Hommage à L. S. Senghor
2ème semestre 2002

Auteur : Janvier AMELA [1]

Senghor, tel qu’en lui-même l’éternité désormais le fige, buste énorme de Quirimus Pacifique dont l’ombre tutélaire veille sur l’Afrique entière, et par-delà le continent noir, toute la diaspora nègre, aux quatre coins du monde... Le vingtième siècle, commencé avec le poète sénégalais, s’achève avec lui, et parce que pour toujours son destin est scellé, l’on peut affirmer sans risque d’erreur que durant cette longue période aucun Africain comme lui n’a mobilisé autant de moyens, investis par la suite dans la défense de la dignité de l’homme noir et dans l’illustration de sa culture. Pas un mot, pas une phrase de l’écrivain et de l’Homme d’Etat qui ne soit chargé de cette énergie conquérante. Et pourtant... Dans sa majorité, l’intelligentsia africaine ne se reconnaît pas en Léopold Sédar Senghor, ni ne le considère comme son premier de cordée ; et les termes ne sont pas suffisamment durs pour fustiger sa prétendue imposture. Pêle-mêle on accuse L. S. Senghor d’avoir sous-estimé les capacités « adaptatives » de l’homme noir ou d’avoir exprimé sa tendresse à son épouse blanche [2], lui, le chantre de la beauté noire. Et ils sont nombreux, les négrologues démolisseurs de l’œuvre senghorienne, ces « nègres de service » [3], comme il les appelle.

Outre que cette méprise sur l’engagement de Senghor est une injustice, elle est davantage l’autodafé criminel d’un important « arsenal conceptuel » qui eût permis de continuer le combat avec des armes éprouvées.
Ma longue pratique d’enseignant et de critique littéraire m’a montré qu’il suffit à chaque fois d’expliquer brièvement que la pensée et l’action de Senghor ne sauraient se réduire au fameux aphorisme « l’émotion est nègre comme la raison est hellène » pour voir les visages s’illuminer et devenir graves : le miracle de la réconciliation se reproduit ainsi à tous les coups.
Une autre prévention vis-à-vis du grand poète concerne son hermétisme supposé. L’obscurité dont on lui fait grand reproche, ou, pour tenir un langage plus à jour, son illisibilité, rebuterait plus d’un. Il est vrai, comme le fait remarquer R. Jouanny, « l’oeuvre de Léopold Sédar Senghor n’est pas facile d’accès. Outre les difficultés propres à la poésie, elle témoigne d’une culture différente de la culture occidentale [4] ». Or les intellectuels africains sont, à peu de choses près, ignorants de leur propre culture. Au demeurant Senghor a fait de l’obscurantisme un principe de création, cherchant paradoxalement à satisfaire une esthétique populaire fondée, peut-on penser, sur le goût du mystère. Ainsi se crée, selon lui, « dans toutes les civilisations humaines, le charme qui émane du mystère, de l’obscur, et qu’on ne goûte que par l’intuition [5] ». Cette conception de la poésie comme une sorte de proposition oraculaire a trop souvent rappelé aux lecteurs l’archaïsme et l’éclectisme de sa culture classique, de même que son goût de l’énigme. Dans Les Elégies il écrit : « J’ai promu l’énigme au rang d’une institution, et seule la haute kôra fut à la hauteur de notre dessein [6] ». Toujours à la recherche de la forme inattaquable, celle que crée l’énigme, l’apophtegme, ce n’est qu’en 1972 qu’il proclamera être devenu « le maître magnifique de (son) instrument : la langue, qu’au prix de longs efforts et de longues veilles, (il) a dompté comme un pur-sang » [7]. Quoi d’autre pouvait choisir de « faire » le poète africain, désireux de passer à la postérité, alors que demeure pendante la question de la langue ? Ni Césaire, ni Tchikaya U’Tamsi et encore moins Soyinka ne sont faciles d’accès, eux non plus, contraints qu’ils sont, pour survivre à eux-mêmes, de tailler des « émaux et camées » dans une langue d’emprunt.
L’histoire de la poésie française dévoile deux courants majeurs : la poésie facile et populaire illustrée par Villon ou Prévert, et la poésie énigmatique et savante, celle des Rimbaud, Mallarmé ou Saint John Perse. Et d’ailleurs la notion d’hermétisme est tombée en désuétude, et l’on pourrait dire de Senghor ce que Breton, en 1920, écrivait de Rimbaud : « Le texte (est) parfaitement intelligible... Pas une obscurité [8] ».
En effet, il n’existe pas de parole poétique en retrait du sens, car même le non-sens signifie. Il est établi aujourd’hui que tout grand poète ne chante qu’un ou deux poèmes qu’il reprend à l’infini. Il s’agit de décrypter celui qui est au coeur de la rosace pour que tout le reste s’éclaircisse. Même la poésie de Sapho, parvenue jusqu’à nous, mais affreusement mutilée, se comprend parce que, nous le savons, la poétesse n’est consumée que d’une seule passion dévorante : l’amour. Ainsi malgré et à cause de l’état des textes, l’esprit peut facilement suppléer aux mots manquants et reconnaître ses mérites au premier créateur dans la littérature occidentale à proclamer l’autonomie du Je. L’unique objet auquel Senghor, lui, a consacré sa vie entière est l’Afrique, célébrée dans toutes ses analogons et dérivés thématiques : la terre mère, l’amante, la femme noire. Un même lexique thématise le continent noir, ses habitants, sa faune, sa flore, les us et coutumes, les travaux et les jours. Il est pour le moins regrettable que les Africains ne puissent pas lire la poésie de Senghor pour ce qu’elle est : une dénonciation vigoureuse de l’esclavage et de la colonisation, une proclamation de l’égale dignité de l’homme noir. En face de ses détracteurs, Senghor aurait pu dire, comme Achille, le héros, à qui les Achéens ont manqué de respect :

« On ne me sait gré de lutter contre l’ennemi sans relâche, toujours. Les parts sont égales, que l’on reste au camp ou que l’on combatte avec vigueur. Un seul et même honneur pour le lâche et pour le brave » [9].


Senghor vient de passer de vie à trépas, et voici que l’Afrique se trouve confrontée à un défi inédit : que faire pour conserver la mémoire du plus grand poète africain du vingtième siècle ? « Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle », a-t-on dit. Mais déjà, de son vivant, Senghor était une immense bibliothèque qui ne saurait brûler, celle-là, puisque le verbe créateur a été confié non pas aux griots, mais à l’écriture, sur des supports, des plus traditionnels aux plus modernes.
Nul doute que l’ambition la plus secrète du poète était de passer à la postérité. L’expression « Le Poète » désignait Homère chez les Anciens et Senghor s’appelait lui-même « Le Poète Sénégalais ».
Comme le vieil aède qu’il a tant imité, il sait « que seuls vivent les morts dont on chante le nom » [10]. Aucun grand poète ne meurt jamais et Goethe, V. Hugo, Pouchkine survivent dans la mémoire de leur peuple. Pour qu’il en soit ainsi de Senghor, il faut au préalable que l’âme du disparu atteigne le stade suprême de l’ancestralité, selon les coutumes africaines.
Claude Rivière a parfaitement analysé ce processus par lequel en Afrique le défunt devient ancêtre : comme pour la canonisation et l’honneur des autels dans la tradition catholique romaine, les conditions sont extrêmement rigoureuses et le résultat peut prendre du temps, des décades, sinon des siècles. Ici comme là, le processus peut être accéléré grâce à la diligence de l’instructeur qui est, en l’occurrence, le critique africain, producteur de culture et de civilisation [11]. Les avocats du diable, les détracteurs, ont achevé leur œuvre depuis longtemps déjà.
Dans le domaine politique, l’Histoire a ouvert toutes grandes ses portes à Léopold Sédar Senghor pour avoir présidé à la naissance de la République du Sénégal. Ce privilège exceptionnel, il le partage avec d’autres Pères Fondateurs de Républiques noires, depuis Toussaint Louverture Guinou de Haïti, descendant des rois d’Aného, d’Allada et d’Abomey. Mais, fait remarquable, L. Senghor est le seul dont les deux premiers successeurs se sont passé la main en douceur et selon les règles démocratiques, à telle enseigne qu’il aurait pu déclarer, souverain, à l’instar de son modèle César Auguste, « rem publicam legibus fundavi », ainsi que le proclame avec emphase le monument d’Ancyre.
Cependant, la certitude de l’immortalité n’appartient réellement qu’à l’écrivain. Il en est ainsi de Moïse, le conducteur de peuple, le législateur, le poète du Pentateute ; de César, Père Fondateur d’Empire, l’historien et le grammairien ; de De Gaulle, le Libérateur, l’Homme d’Etat, l’auteur de Au Fil de l’épée et de nombre d’aphorismes célèbres.
Au Sénégal même, une gloire éternelle est assurée au poète de Joal pour son action politique et pour son œuvre littéraire. Déjà de son vivant, une pléthore d’épigones cherchait à imiter le poète. Mais L. S. Senghor dépasse, et de loin, son pays natal et mérite la reconnaissance unanime de l’Afrique entière et de sa diaspora. Cela suppose l’examen des conditions de son accessibilité à l’ancestralité. Deviennent des ancêtres ceux qui, après une féconde et longue vie, sont parvenus au lieu de repos dans l’au-delà et sont désormais des régénérateurs « biologiques » et spirituels de la communauté. C’est davantage sur les morts, les ancêtres, que l’Africain compte pour préserver et accroître les valeurs de vie. Ainsi la mort d’une personne âgée, qui a rempli de son vivant toutes les conditions de vénérabilité, devient une bénédiction. « Partout en Afrique l’accès à l’ancestralité se trouve conditionné par l’exemplarité, l’intégrité physique et psychique, la longévité et la mort naturelle » [12].
Par-dessus tout, le défunt aura au préalable défendu l’honneur et l’intérêt du groupe, sinon il sera exclu de la chaîne de solidarité qui lie vivants et morts et il apparaîtra comme le sujet d’humiliation pour le clan qui l’a vu naître. « Le statut d’ancêtre a pour fonction de valoriser le phylum social et d’assurer la continuité du groupement humain avec lui-même » [13].


1. RACISME, NEGRISME ET INTEGRISME

S’il faut accuser Senghor d’une quelconque défaillance, c’est d’avoir exalté l’homme noir à l’excès. Ses premières déclarations en la matière auxquelles l’a poussé sa querelle pour l’homme noir relèvent d’un racisme pur, ce à quoi finalement J. P. Sartre réduit le mouvement de la Négritude, tout en concédant : « Ce racisme anti-raciste est le seul chemin qui puisse mener à l’abolition des différences de race » [14].
Les Africains l’ignorent peut-être, qui considèrent que le poète sénégalais est le Nègre au service du Blanc : la notion de race et l’idée de la pureté du sang nègre sont si prégnantes dans l’œuvre de L. S. Senghor qu’elles ne sont pas sans rappeler l’extrémisme de certains leaders noirs américains des années 50-60.
L’intelligentsia blanche, qui a une telle compréhension de la Négritude après les explications de J. P. Sartre ou d’E. Mounier, le lui a bien rendu. C’est à cause de cet intégrisme que le Prix Nobel de Littérature lui a été refusé et l’entrée à l’Académie Française n’a pas été une consolation à la mesure de la frustration. L’homme blanc a le ressentiment tenace, et aux funérailles de Senghor, « l’ami », « ils » étaient tous absents. Les excuses hypocrites postérieures n’ont pu rien changer.
Dans l’analyse que J. P. Sartre consacre à la poésie de la Négritude, dans Orphée noir, sur trente six pages d’une densité exceptionnelle, le mot race et ses dérivés reviennent trente fois. Nous pouvons abondamment citer le plus grand philosophe de son temps et nous abstenir de reprendre l’étude de la notion de race dans l’œuvre de Senghor.

J. P. Sartre insiste :

« Je voudrais montrer... que cette poésie (...) paraît d’abord raciale ; et puisqu’on l’opprime (l’Africain) dans sa race et à cause d ’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience ; aussi la conscience de race est-elle d’abord axée sur l’âme noire ; l’enfance de sa race... ; la hiérarchie solaire et la hiérarchie raciale ; et quand il fait l’amour avec une femme de sa race... ; la race noire est une race élue, etc.. ».

Et L. S. Senghor de commenter : « Racisme anti-raciste » : c’est ainsi que J. P. Sartre définissait la Négritude, et avec raison » [15].
Il faut savoir que la pensée conceptuelle de Senghor a pris naissance et s’est formée en Europe entre les deux guerres, à l’époque justement où les différentes théories racistes se sont constituées en systèmes politiques actifs. Théorie pour théorie, mythe pour mythe, au nazisme, Senghor opposait le négrisme, mot qu’il a inventé [16].
La maturité conceptuelle de Senghor correspond en Europe à la montée des fascismes et à la prise du pouvoir en Allemagne par les nationaux-socialistes ; l’idéologie dominante propagée par le théoricien des races Rosenberg est le ravalement de l’homme noir au niveau de la bête. Le racisme devint alors une institution et la France, la nation cousine et voisine, est déclarée dangereuse, accusée d’abâtardir la race blanche par l’enrôlement de soldats noirs dans son armée. Cette forte polémique avait pris naissance après la première guerre mondiale, à l’issue du Traité de Versailles. L’une des clauses du Traité avait décrété qu’en « garantie d’exécution » la France fît stationner des troupes d’occupation sur le territoire rhénan [17]. La France y envoya, entre autres unités, des contingents de soldats africains. L’Allemagne considéra que cette décision était « criminelle », d’employer des guerriers « sauvages » dans une guerre « civilisée ». Cette querelle s’exaspéra autour des années 30, et c’est ce que les Allemands appelèrent la « Schwarze schande », la « Honte noire » qu’évoque Senghor dans un de ses poèmes [18]. C’est en 1962, dans un essai dont le titre est « Négritude et Marxisme », publié dans Pierre Teilhard de Chardin et la politique africaine [19], que L. S. Senghor avoue s’être inspiré du nazisme pour construire ce mythe racial et ce postulat d’affirmation :

« Je le confesse, notre orgueil se transforma vite en racisme. Il n’est pas jusqu’au nazisme qui ne fût accepté pour renforcer notre refus de coopération » [20].

Le fait est là ; au début Senghor a emprunté au nazisme le culte du sang aryen pour développer à son tour l’idée de la pureté du sang nègre, le négrisme. Et c’est là la toute première préoccupation dans le premier texte connu de lui, « René Maran », dans la revue L’Etudiant noir, publié à Paris en 1935 :

« Je ne suis pas nègre pur sang.
Belle découverte... Il n’y a que 25 pour cent de Nègres pur sang en Afrique »
.

Senghor reconnaîtra être allé trop loin et ne manquera pas de prononcer son acte de contrition :

« Nous avions, alors, la sincérité de la jeunesse et de la passion... Nous comprenions enfin que le racisme, c’était la haine et la violence » [21].

Mais ce ne fut qu’après le triomphe du nazisme et la Deuxième Guerre Mondiale...


A un intégrisme, Senghor avait opposé un autre intégrisme avec les mêmes postulats et les mêmes arguments spécieux. « Intégrisme » caractérise mieux l’attitude de Senghor à cette époque mieux que racisme dont la connotation, en raison de l’histoire et de l’évolution des idées, est si abhorrée. Intégrisme, comme d’autres lexèmes français, a deux sens contraires ; intégrer signifie inclure alors que son dérivé intégriste qualifie celui qui combat pour la sauvegarde de l’homogénéité d’un état.
Certains se demandent si Senghor fut jamais guéri de son racisme, de son intégrisme. La pensée senghorienne a évolué dans la durée mais le fonds idéologique primitif est demeuré le même. A la première période, celle du négrisme, a correspondu le rejet de l’Occident : « Tout ce qui était de l’Europe blanche nous était fade : sa raison, son art, ses femmes » [22]. L’ostracisme dont il frappait Aristote et Descartes pour les mêmes raisons date de 1935 pour ne prendre fin qu’en 1950. Il déclarait : « Depuis Descartes, je dirai depuis deux mille ans, depuis Aristote, le Moyen Age excepté, l’Occident européen avait mutilé l’Homme en opposant la raison à l’imagination » [23]. Dans son discours de réception à l’Académie des Sciences Morales et Politiques, en 1969, il a pu confesser : « Jeune professeur, débarrassé des examens et concours, militant de la Négritude, j’avais pu oublier Descartes et ses principes ». Dès le texte sur Maran, en 1935, L. S. Senghor avait commencé la construction d’un mur idéologique de protection autour des « nègres pur sang » qui ne seraient que vingt-cinq pour cent en Afrique. Cet élitisme s’explique par le fait que seul « l’homme noir est resté homme » [24] pour être demeuré dans la brousse en parfaite symbiose avec la nature.
A la période du Négrisme a succédé celle de la Négritude, autour de 1945. Point n’est besoin d’instaurer de nouveau la polémique autour de l’historicité du mot. On peut souligner néanmoins qu’en 1952, Senghor révélait qu’en 1935 le mot n’était pas connu du grand public, mais circulait déjà en tant que mot de passe [25]. En 1945, le poète écrivait : « il est nécessaire d’affirmer l’existence d’une civilisation négro-africaine et son caractère d’originalité » [26] et de préciser, en se débarrassant en même temps de son intégrisme, « la négritude n’est ni racisme ni négation de soi » [27]. Heureusement pour lui et pour la pensée africaine, il a fait amende honorable : « après deux ans de captivité et de méditation, 1940-42, je suis sorti guéri de la négritude-ghetto, parce que du racisme » [28].
C’est à partir de ce moment que commence le long développement sur la Négritude, dont toutes les définitions n’ont jamais pu épuiser tout à fait le contenu. Concrètement Senghor découvre l’origine négroïde de tout le genre humain à la lecture d’Homère, d’Hérodote et de Diodore de Sicile, complétée par son commerce exégétique avec d’éminents professeurs noirs américains, férus de Lettres classiques. Pour couronner le tout, des découvertes scientifiques de première importance viennent confirmer les thèses et les hypothèses de Pierre Teilhard de Chardin, qui situent le berceau de l’humanité en Afrique, d’où sont parties les émigrations successives. Tirant les conséquences de ces découvertes, Senghor déclarera que tout le monde est métis, même la Grèce, foyer culturel et orgueil de l’Occident. C’est proprement « installer le doute au coeur de la raison ». De ce métissage biologique et culturel seraient sortis deux spécimens restés célèbres, Esope, le conteur de fable, et Socrate, le philosophe au nez camus [29]. « Au demeurant, écrit-il, les Grecs d’aujourd’hui ont 45% de sang 0, c’est-à-dire du sang africain » [30].
L. S. Senghor s’autorise de ce même métissage biologique et culturel pour ramener sous le boisseau de la Négritude des figures telles que V. Hugo, Saint John Perse, Paul Claudel, Beethoven etc., Saint augustin et tous les Pères Africains de l’Eglise.
A partir de 1958-60, les obligations de réserve du Chef d’Etat, la relecture des Philosophes du Portique et le retour à Aristote et Descartes amènent L. S. Senghor à professer désormais la théorie de la Civilisation de l’Universel qui postule qu’il n’existe qu’une seule civilisation humaine dont chaque race a développé, « avec délection particulière », [31] certains aspects, car toute civilisation est « l’expression singulièrement accusée de quelques traits de l’humanité » [32].
Comme on le voit, la pensée de Senghor est restée unique, sans faille, bien que progressive, dans la défense de la suprématie des hommes noirs, « les Fils aînés de la terre » [33], « les inventeurs de la religion, de la loi, de l’écriture et des Arts » [34], reprenant les auteurs grecs lus et relus.
Qu’un mouvement aussi violent que le racisme puisse être présenté comme étant à l’origine d’un processus créateur, Emmanuel Mounier, le père du personnalisme, en repousse même l’idée. Dans une lettre fictive à un ami africain, probablement Senghor, il écrit en 1948 :

« Parce qu’on vous a trop fait, dans le passé, sentir votre race, il arrive que vous en soyez encombré, que vous le retourniez comme un défi, qu’elle devienne pour vous une obsession orgueilleuse.. Tout est faussé à ce moment » [35].

A cette objection J. P. Sartre avait déjà répondu :

« La poésie noire de langue française est, de nos jours, la seule grande poésie révolutionnaire » [36].

« Et puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience... ; cette poésie qui paraît d’abord raciale est finalement chant de tous et pour tous » [37].

Ces déclarations prouvent qu’une réalité socio-historique peut être au principe du déclenchement d’un processus créateur. C’est l’hypothèse qu’émet Césaire, dans Discours sur le Colonialisme, [38] pour tenter d’expliquer la conjonction entre le mercantilisme de la bourgeoisie esclavagiste et colonialiste du XIXe siècle et la « révolution poétique » qui a surgi en Europe aux alentours de 1850. Cette perspective projette un éclairage nouveau sur l’œuvre « révolutionnaire » et « subversif » d’un Lautréamont ou d’un Mallarmé, comme l’a fait remarquer B. Mouralis [39]. Dans cette perspective, Césaire considère que les Chants de Maldoror seraient un grand discours anticapitaliste. Dès lors on peut comprendre que la poésie de la Négritude soit également une pure rhétorique anti-raciste.


L’interprétation « sociologique » que préconise le poète martiniquais inspire une lecture « matérialiste et historique » qui fait de Maldoror et de ses avatars ce que Rimbaud nommera la « Sorcière » ou la « Vampire », à savoir, la bourgeoisie exploiteuse et carnivore. La littérature de la révolte se métamorphose en « une implacable dénonciation d’une forme très précise de société, telle qu’elle ne pouvait échapper au plus aigu des regards vers l’année 1865 » [40].
Chez Rimbaud, l’identification au colonisé restera essentiellement une aventure psychologique et intellectuelle, alors que Lautréamont, faut-il le rappeler, est né à Montevideo, capitale d’un pays colonisé, l’Uruguay. Ce qui sous-tend la violence du « météore de Montevideo » est une situation vécue d’authentique colonisé. Les nombreux éléments exotiques des Chants ne sont étranges que pour les lecteurs de la métropole, pas pour l’auteur lui-même et ses compatriotes d’Uruguay.
Ce type de lecture réaliste ramène nécessairement au vécu. Comme le dit Aragon, la poésie est d’abord « un cri des entrailles avant de s’envisager comme un langage » [41], et ce sont des préoccupations personnelles qui motivent la poésie de Maldoror-Lautréamont :

« Ma poésie ne consistera qu’à attaquer par tous les moyens l’homme, cette bête fauve, et le Créateur qui n’aurait pas dû engendrer cette vermine » [42].

Le contexte social et historique explique le mouvement poétique tel qu’il se dessine à partir de 1850. La littérature est directement tributaire des contradictions sociales et des conséquences du développement du capitalisme. La critique de la poésie de la seconde moitié du XIXe siècle doit être complètement revue et corrigée.
Appliquant cette grille de lecture au texte de Rimbaud, Senghor arrive au même résultat que Césaire étudiant Lautréamont, et fait du poète de Charleville un précurseur de la Négritude :

« Rien ne ressemble plus aux poèmes négro-africains les plus authentiques que certains textes surréalistes. Et Rimbaud le voyant s’écriait déjà, dans Une Saison en Enfer : « Je suis une bête, un nègre » [43].

Un peu plus tard, le critique sénégalais devait être plus explicite : « Dans le domaine littéraire, Arthur Rimbaud allait se réclamer de la Négritude » [44]. Il conclut enfin en 1973 : « C’est ainsi que Rimbaud revient aux sources de l’originaire : à l’authentique » [45].
Dans mon ouvrage récent, Les Précurseurs français de la Négritude [46], j’ai démontré que la question ontologique du Noir était si englobante et avait tant envahi tous les domaines, les sciences, les arts, la philosophie, la théologie, qu’elle est à l’origine de la grande poésie française du dix-neuvième siècle. Avant Césaire, avant Senghor, des poètes français, et non des moindres, V. Hugo, Baudelaire, Nerval et Rimbaud, notamment, ont tenté l’expérience d’une descente aux enfers et d’une mue psychologique qui leur a permis de revêtir la tenue du nègre déporté et de l’Africain condamné par la couleur de sa peau. Comme l’a montré J. P. Sartre, un Blanc ne saurait parler de cette douleur à moins de l’avoir vécue. La grande poésie du dix-neuvième siècle porte les traces de cette nékuia. Le premier roman de V. Hugo Bug Jargal serait, écrit Régis Antoine, « le premier texte français dans lequel l’auteur s’identifie profondément à un homme noir » [47].
Si l’on se réfère à J. P. Weber [48], le premier à consacrer une thèse à la thématologie, mais dont les travaux doivent beaucoup aux catalogues hugoliens de Huguet et à la Psychanalyse de V. Hugo par Baudouin, le thème se définit comme la trace qu’un souvenir d’enfance a laissée dans la mémoire d’un écrivain et l’on entend par modulation tout analogon du thème.
Les rapports de ressemblance qui existent entre critique thématique et psychocritique deviennent évidents lorsqu’on évoque l’inconscient. Les deux méthodes empruntent au départ la même voie. Charles Mauron, le fondateur dela psychocritique, la définit comme ayant pour fonction de rechercher les associations d’idées involontaires sous les structures voulues. L’enquête consiste à découvrir les structures qui soutiennent l’architecture textuelle. On peut les résumer en suivant l’ordre dans lequel elles sont exposées dans l’ouvrage de Mauron. La méthode consiste à superposer les textes pour faire apparaître des réseaux d’associations ou des groupements d’images obsédantes et probablement involontaires ; à déterminer ensuite la fréquence des occurrences et à noter les modifications. A ce stade, doit se dégager l’image d’un mythe personnel. On procède ensuite à l’interprétation du mythe et de ses avatars ; les résultats ainsi acquis par l’étude de l’œuvre sont contrôlés « par comparaison avec la vie de l’écrivain » [49]. La psychocritique recherche les occurrences, les associations d’idées inconscientes, essentiellement individuelles dans toute l’œuvre de construction volontaire ; cette méthode s’intéresse à la personnalité inconsciente de l’écrivain. Mais lorsque la psychocritique débouche sur les archétypes, elle envahit le domaine de la thématologie. Cependant si le texte devient un prétexte à une étude sur la personnalité inconsciente du sujet écrivant, la critique s’engage alors sur la voie de la psychanalyse littéraire. Baudouin a eu recours à ce moyen pour explorer l’univers poétique de V. Hugo.
Le caractère intime, viscéral et irrationnel du racisme nous invite à appliquer au texte senghorien les règles méthodologiques de cette critique interne représentée par la psychocritique, la thématologie et la psychanalyse littéraire.

Dans le cas de V. Hugo, Baudouin avait établi le poème La Conscience comme le texte central, et le souvenir le plus ancien, celui des frères ennemis [50]. Or c’est bien dans Bug Jargal, le premier roman de V. Hugo, que se trouve pour la toute première fois ce motif : l’embrassade de ces « deux frères ennemis » signifiera la réconciliation des deux races, la blanche et la noire. On connaît aujourd’hui les origines de ce complexe hugolien : la rivalité avec ses frères, surtout Eugène, le bien né et le bien nommé. Ils furent rivaux dans l’affection de leur mère, rivaux dans l’amour de leur amie d’enfance ; à cause d’elle, Eugène sera près d’une crise de démence dont l’issue lui sera fatale. Victor en éprouvera toujours un profond remords. L’identification de Hugo à Caïn s’explique ainsi. Un de ses frères s’appellera d’ailleurs Abel.
Suivant la même démarche méthodologique, nous pouvons établir chez L. S. Senghor le souvenir le plus ancien cristallisé en thème : l’idée d’une différence raciale systématique et de la spécificité de la culture noire s’est enracinée en lui le jour où le père directeur du collège séminaire a fait honte aux élèves séminaristes de leurs origines en les renvoyant à la vie rude de leurs parents, alors que ces jeunes collégiens ont seulement réclamé un mieux-être matériel : l’idée, non pas le mot, d’une civilisation noire différente, mais égale, devint chez Senghor, se souvient-il, un mythe personnel [51].
Un peu plus tard, le sentiment d’honneur exacerbé de ce fils de paysan pas peu fier s’est amplifié au contact de l’Europe. Au Sénégal, en effet, la différence existait déjà : « les citoyens des Quatre Communes » et les autres. C’est cette vie rugueuse d’agriculteurs qu’évoque le premier texte connu de Senghor : ces hommes de la brousse restés hommes parce que non rouillés par la civilisation occidentale.


2. UN LANGAGE NOUVEAU : L’ELOGE DU SOLECISME ET DU BARBARISME

Analysant les conditions objectives de la naissance d’une véritable littérature africaine, Senghor en arrive à porter un jugement sévère sur l’écriture romanesque de son temps. J. Chevrier ne manque jamais de rapporter les mots de Senghor à ce sujet : « La littérature africaine, cette littérature d’instituteurs ». En effet, le critique littéraire avait en piètre estime les écrivains africains, leur préférant les artistes, peintres, plasticiens, musiciens, qui ont, eux, apporté des innovations dans leurs œuvres, illustrant ainsi les valeurs de la Négritude. Qu’est-il reproché à cette littérature « d’instituteurs » ? Sa trop grande servilité vis-à-vis du modèle occidental. De même que le maître d’école s’applique à faire reproduire par les élèves les normes et valeurs instituées, de même l’écrivain africain, n’ayant d’autres références que celles du colonisateur, recherche par le respect obséquieux des règles, reconnaissance, bénédiction et canonisation. Apparemment à juste raison, eu égard aux incertitudes de ces temps-là qui exigeaient des Africains qu’ils fissent leur preuve. Jusqu’à la fin des années 60, l’orgueil des étudiants africains en France était de pouvoir maîtriser mieux la langue française que les jeunes Français eux-mêmes. Et c’était un sujet d’orgueil et de fierté. Malheureusement, la littérature produite dans ces conditions-là était essentiellement normative et peu créative. J. P. Sartre dit des poèmes de Léro qu’« ils sont des devoirs d’élève, de tristes imitations » [52].
On serait tenté de croire que Senghor, l’agrégé de grammaire, est adepte du respect scrupuleux des conventions grammaticales et lexicales, un défenseur rigoureux de la pureté de la langue française. Grosse méprise. Celui dont l’ambition avouée était de pouvoir, un jour, créer une chaire de linguistique africaine au Collège de France, tenait l’iconoclaste R. Maran comme le modèle à imiter par les romanciers africains. Avant Kourouma, Ouologuem, Fantouré, Labou Tansi, Senghor avait compris qu’il fallait « enceinter » [53] la langue française. Le mot est de Sartre. Il s’agissait donc « d’exprimer l’âme noire avec le style nègre en français » [54]. L’analyse que fait Senghor de Batouala, véritable roman nègre, en 1960, confirme que l’africanisation de la langue française était déjà un principe de création dès ce tout premier roman négro-africain. Senghor écrit : « Après Batouala on ne pourra plus faire travailler, aimer, pleurer, parler les Nègres comme les Blancs. Il ne s’agira même pas de leur faire parler « petit-nègre » mais wolof, malinké, ewondo en français » [55].
Quels sont les caractères du style de Maran que Senghor propose en exemple et qu’adopteront par la suite les auteurs africains, dits nouveaux ? L’insémination à grande échelle de mots africains - sans même les expliquer dans le texte français - comme pour provoquer une implosion ; l’utilisation de proverbes africains dont la fonction reconnue est de résumer des situations et d’en définir rapidement la portée ; l’emploi de locutions africaines suggérant une association d’idées essentiellement africaines ; la resémantisation, la distorsion syntaxique, toutes techniques rendues désormais familières par les créateurs dits nouveaux de romans africains. Pour cela même R. Maran est sacré « précurseur de la négritude », l’aîné qui mérite un « hommage filial » [56].
Le danger que la littérature africaine se réduise à une imitation servile était bien réel. Les Bouts de bois de Dieu de Sembène Ousmane pose la problématique des réalités sociales dans les mêmes termes que Zola l’avait fait dans Germinal ; le motif de l’invasion du colonialisme blanc si bien stigmatisé par Rimbaud dans les Illuminations et Une Saison en Enfer devient le corps du développement même de l’Aventure ambiguë de Cheick Hamidou Kane, Une Tempête d’Aimé Césaire est une reprise de La Tempête de Shakespeare etc. Il ne s’agit pas ici du phénomène de palingénésie de thèmes ou de mythes, d’intertextualité ou d’une esthétique de la réception, mais de reprise pure, d’imitation simple suivant le principe classique défini par Horace, « ut pictura poesis » ; « poêsis mimêsis » disent les Grecs.
La question de la langue est ressentie comme essentielle par Senghor. Invité à répondre à une série de questions sur les conditions d’une poésie nationale au cours d’un débat organisé par Présence Africaine, son compatriote David Diop donne son opinion que résume ainsi Locha Matéso :

« L’écrivain noir privé de l’usage de sa langue ne peut prétendre créer un art national original, car la langue d’emprunt est déjà un élément d’aliénation, parce qu’elle contient toute une référence culturelle dont l’écrivain ne peut se débarrasser, l’eût-il voulu » [57].

Pour résoudre ces contradictions et pour prêcher d’exemple, Senghor fait dériver sa poésie des poétesses de son village dont il traduit les œuvres. Le résultat obtenu est cette poésie nouvelle devant laquelle J. P. Sartre ne tarit pas d’éloges. Le poète noir s’est apprêté à « défranciser » [58] les mots de la langue française, à « enceinter » celle-ci d’images nouvelles ; « il les concassera, ces mots, rompra les associations coutumières, les accouplera par la violence... faisant de cette langue en ruine un super langage solennel et sacré » [59]. J. P. Sartre est allé jusqu’à considérer que la poésie africaine a enfin créé un genre nouveau, le tam-tam, « comme le sonnet ou l’ode » [60], comblant ainsi un vide esthétique.


Il est remarquable que le premier texte connu de Senghor soit une critique du roman négro-africain. A mesure du temps, cette analyse dévoile toute sa pertinence : un art d’écrire que des générations d’écrivains négro-africains parmi les meilleurs confirment dans leur pratique. L’animisme universel que l’on découvre dans les romans de Kourouma ou de S. L. Tansi en fait un des modes essentiels de la pensée et de la religiosité négro-africaines, est pour Senghor un principe de libération d’une authentique littérature africaine. R. Maran s’est attaché à prendre des notes sur les aspects caractéristiques de la brousse et de sa « vie universelle » qu’il a restituée dans son œuvre. Ceci explique son originalité. Le premier, il a donné la preuve irréfutable de l’existence d’un style nègre qui est « floraison naturelle » de Pan-Physis-Ngakhoura-Nature. Il est parvenu à ce stade en ressuscitant « de vieux mots qui n’ont rien perdu de leur verdeur ni de leur suc ; sur d’autres il pratiquera une véritable greffe et, quand les mots lui manqueront, il en inventera » [61]. A vrai dire L. S. Senghor n’a commencé à prêcher d’exemple qu’à partir des années 1950, lorsqu’il est passé définitivement du Négrisme à la Négritude. En 1962, il proposera de procéder « par viol et retournement des mots français... de bousculer légèrement, pour rendre le halètement despotique du tam-tam, pour faire surgir... contretemps et syncopes » [62]. Ainsi le grammairien rejette la syntaxe au profit de la parataxe qui, semble-t-il, serait une spécificité des langues africaines. Les conséquences d’une telle prise de position sont bien prévisibles : l’invention d’une nouvelle langue, construite sur les barbarismes et les solécismes. L. S. Senghor savait depuis les bancs de l’école secondaire ce dont il parlait : pour ce fort en thème grec et latin - comme pour tout jeune Africain ayant eu à mener des études classiques - le passage des langues africaines aux langues anciennes qu’il fallait rendre en un français correct est un exercice particulièrement tonique et stimulant pour l’esprit. Les pièges qu’il fallait éviter sont ceux contre lesquels les Stoïciens mettaient en garde les étrangers qui apprenaient le grec :

« Parmi les défauts du discours, il y a le barbarisme qui consiste à employer les mots contraires au bon usage grec, le solécisme à employer des tournures ou des constructions incohérentes et contraires aux règles d’accord » [63].

Ce sont ces impropriétés que le professeur grammairien institue en règles afin « d’ensauvager » le français pour le bien des peuples qui le parlent et l’écrivent et pour celui de la langue française, elle-même. Il insiste : « Il nous faudra inventer une nouvelle méthode, voire un nouveau vocabulaire... des mots nouveaux » [64].
Très tôt, le poète sénégalais a pris mesure du rôle considérable qu’un négro-africain, agrégé de grammaire, et donc « maître-de-la-parole », pouvait jouer dans la lutte engagée pour la reconnaissance pleine et entière de l’humanité des hommes noirs. Car au-delà de tout discours, tel était l’enjeu : prouver que les Noirs sont des hommes. Rendant hommage à A. Camus, Senghor écrivait en 1960 : « Ce grand Africain nous a toujours considérés comme des hommes, nous a aimés comme des frères... » [65].
L’action politique est liée à la poésie, sorte de socle, de promontoire d’où il est plus facile de formuler une réponse humaine et fraternelle de Caliban pour abattre l’arrogance infatuée de Prospéro. A la toute-puissance du Blanc, il fallait opposer d’autres valeurs, et mieux ces nouvelles réponses étaient formulées, plus elles avaient de chance d’être entendues : contre l’avis de Hegel, l’Afrique est bel et bien intégrée à l’histoire humaine ; le continent noir a sa propre civilisation qu’il s’agit de défendre et d’illustrer.
Les sources de la pensée senghorienne sont diverses. B. Mouralis a, dans sa thèse, mis en parallèle la logique de cette pensée avec celle développée dans la Philosophie bantoue par le R. P. Tempels. Mouralis a d’abord laissé entendre que Senghor a beaucoup lu Tempels, puis aussitôt, affirme que l’ouvrage du philosophe belge a constitué une confirmation des thèses senghoriennes.
D’autres critiques n’ont pas hésité à rapprocher la pensée senghorienne des thèses de Gobineau ou du concept de la mentalité primitive formulé par Lévy-Bruhl. Chez Martin Steins, ce simple rapprochement devient affirmation.
Senghor a lu Gobineau, Lévy-Bruhl et le Comte de Kayserling. Il ne s’en cache pas, puisqu’il les interpelle chaque fois qu’il le trouve nécessaire. Césaire avoue par ailleurs :

« Oui, nous avons lu Gobineau, Senghor et moi...Il lui savait gré d’avoir dit "L’art est nègre".Le Nègre est artiste... Si dans la civilisation occidentale il y a des artistes, c’est parce qu’il y a quand même quelques gouttes de sang noir en eux » [66].

Senghor a reformulé des conceptions péjoratives sur le Noir : au lieu de voir là imposture et malice, il vaudrait mieux plutôt en savoir gré à Senghor d’avoir pris en compte les préjugés fondés sur des raisons pseudo scientifiques pour en souligner le caractère spécifique, montrant ainsi l’originalité de l’apport de l’homme noir. La Négritude, c’est « l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir » ; c’est, comme l’écrit Sartre, « une certaine attitude affective à l’égard du monde » [67]. Cette spécificité, l’auteur d’ « Orphée noir » l’a expliqué : il n’est pas facile d’assumer sa négritude. Le juif peut se dérober derrière la couleur de sa peau, pas l’homme noir. Ceci explique qu’il soit plus réceptif au monde environnant.


En réalité, s’il faut trouver dans la littérature européenne ceux qui ont formé la pensée de Senghor, il serait plus judicieux de se tourner de préférence du côté des Pères Africains de l’Eglise. Il y a d’ailleurs un phénomène que Paulin Hountondji a relevé. Ceux qui ont le plus cherché un fondement solide à la philosophie africaine sont des hommes d’Eglise. A quelques exceptions près. On connaît Tempels et Alexis Kagame ; ils sont en fait suivis d’une pléiade d’autres ecclésiastiques, « obligés de concevoir la philosophie africaine sur le modèle de la religion » [68]. En un sens on peut inclure parmi ces ecclésiastiques les anciens séminaristes Senghor et N’Krumah, l’auteur du Consciencisme.
Il est facile de concevoir que ces hommes d’Eglise ont beaucoup lu Saint augustin, Origène et Tertullien. Saint Augustin est un berbère. Dans l’histoire des idées en Occident, on considère l’évêque d’Hippone comme une figure de proue. Au début des siècles obscurs, la rigueur de sa pensée a concilié académisme et christianisme. Saint Augustin l’Africain a brisé la chaîne ininterrompue des rationalistes, des présocratiques à Platon. En proclamant que la foi doit précéder la raison, Saint Augustin a tempéré l’évhémérisme millénaire de l’Occident en apportant, comme dit Senghor, parlant de l’évêque berbère, « une puissance d’émotion créatrice » [69]. En fait le prélat a concilié paganisme africain et rationalisme hellénistique. Dans ses thèses contre les Académiciens, Saint Augustin soutient que dans le domaine de la recherche, la raison ne suffit pas : il faut quelque chose de plus qui est l’intuition.
Ce développement n’est pas sans analogie avec la thèse très célèbre de Senghor : « émotion est nègre comme la raison est hellène » [70]. D’ailleurs le poète sénégalais reconnaît l’évêque berbère comme un maître à penser :

« Que tous les Africains prennent exemple sur Saint augustin, le grand Africain qui avait parfaitement élucidé le problème. Ce dont il s’agit, ce n’est pas d’opposer la "ratio" et la foi, la raison discursive et la raison intuitive, la Loi et l’Amour ; c’est les unir dans une symbiose » [71].

Il serait également judicieux de rapprocher la fonction germinatrice reconnue à la Parole dans la philosophie africaine, telle que les chercheurs en ont rendu compte [72] du concept développé dans l’Apologéticum de Tertullien sur le spermatikos biôs et qui a peut-être fait dire à Sartre que la poésie africaine, comme reformulation du verbe créateur, dérivait d’une religion du sperme. Senghor, se référant à Calame Griaule, affirme que chez les Dogons la parole est assimilée

« A l’amour dans ce qu’il a de plus sentimental. Pour que l’amour du couple soit biologiquement fécond, il faut qu’il le soit d’abord, spirituellement : que les époux échangent de "bonnes paroles" » [73].

Le concept de la Négritude est une réponse. Elle dérive d’une philosophie qui postule comme principe l’unité du genre humain. D’où la référence constante, chez Senghor, à Teilhard de Chardin, le paléontologiste et philosophe chrétien. Senghor est d’accord avec le savant jésuite pour admettre que si le substrat primitif du règne hominal est constitué de Négroïdes, il faut en même temps accepter que l’Afrique soit à l’origine du développement des arts, des techniques et de la religion. Cette option conciliante qui « veut voir du noir partout » cherche toujours à inféoder sous la même unité Claudel, Saint John Perse, Apollinaire, Hugo etc. Et qui autorise des rapprochements aussi inattendus que celui-ci, repris, il est vrai, de Frobenius : « L’âme nègre et l’âme allemande sont sœurs », car elles sont « l’une et l’autre filles de la civilisation éthiopienne » [74].
Senghor vient de nous quitter.

Pour avoir consacré toute sa vie à défendre l’honneur de l’homme noir, le Poète Président mérite que son esprit accède au rang d’ancêtre tutélaire. A l’incipit de toutes nos œuvres à venir, aux libations de clôture de nos débats, nous invoquerons ses mânes. Cicéron, reprenant Platon, affirmait que la politique est la plus noble des actions humaines, parce qu’elle exige dévouement et abnégation au service des hommes. Senghor a renoncé à sa vocation sacerdotale pour l’enseignement, la poésie et la politique, c’est-à-dire qu’à la contemplation onaniste, il a substitué l’action. « Honte à celui qui chante alors que Rome brûle ». C’est à juste titre que le poète sénégalais a intitulé un de ses ouvrages critiques La poésie de l’action, parce que chez les meilleurs écrivains, la littérature est toujours action.
En effet, c’est peu pour Senghor de conduire le Sénégal à l’indépendance, il lui fallait encore écrire l’hymne national, inspiré d’un péan grec. Il a légué à la postérité noire un arsenal conceptuel pour nous aider à continuer le combat libérateur. Et pour cela, aucune action n’est superflue. Le retour des reliques de Sarah Baartman Dolorosa est tout un symbole... En outre, Senghor est le concepteur d’un langage nouveau pour une écriture nouvelle, celle que pratiquent désormais les Kourouma, Ouologuem ou Labou Tansi. Le théoricien a défini une esthétique spécifiquement négro-africaine qui systématiquement « voit du noir partout », comme l’enseignent désormais les sciences préhistoriques, établissant que partout où vivent des hommes, les Noirs sont arrivés les premiers ; la méconnaissance de cette nouvelle esthétique ainsi induite conduit parfois à des contresens regrettables parce qu’on n’aura pas lu le texte de Senghor « littéralement ». J. L. Joubert s’étonne que ce soit une épitaphe « In memoriam » qui inaugure toute l’œuvre poétique de Senghor, poème liminaire écrit un 2 novembre, jour des morts. Ce poème évoquerait des « images morbides » et « s’achève sur un appel aux Ancêtres »...
Quand on ignore que le Négro-africain n’entreprend rien au plan matériel ou spirituel sans l’évocation initiale des ancêtres, paradoxalement source de vie, on ne peut pas comprendre ce double vocatif inaugural :

« O morts qui avez toujours refusé de mourir, qui avez su résister à la mort... _O morts ! Défendez les toits de Paris... ».

Il ne s’agit nullement ici d’un combat contre la mort, mais plutôt du rappel du sacrifice historique, rédempteur et gratuit - « le sang gratuit répandu dans les rues » - des tirailleurs noirs que la France oublie et qui s’obligent quand même à défendre la France affaiblie, l’Homme et la Liberté. C’est tout l’engagement de Léopold Sédar Senghor.

BIBLIOGRAPHIE

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[1] Université de Lomé

[2] SENGHOR, L. S., Elégies majeures, « Elégie des Alizés », Œuvre poétique, Paris, Seuil, 1990, p.261.« Où es-tu donc, yeux de mes yeux, ma blonde, ma Normande, ma conquérante ? Te voilà perdue à me retrouver au labyrinthe des pervenches ».

[3] SENGHOR, L. S., « Pour une critique négro-africaine », in Actes du Colloque de Yaoundé sur Le critique africain et son peuple comme producteur de civilisation, Yaoundé du 16 au 21 Avril 1973. Liberté III, Paris, Seuil, 1977, pp. 427-429. « ... sur les rives de la Seine, des colloques s’organisent régulièrement, où les petits nègres de service vitupèrent les valeurs de la Négritude à la grande joie des Grands Blancs ».

[4] JOUANNY, Robert, Ethiopiques de Senghor, Paris, Hatier, 1997, p. 5.

[5] Liberté III, p. 388.

[6] SENGHOR, L. S., Elégies majeures suivi de Dialogue sur la poésie francophone, Paris, Seuil, 1979.

[7] Liberté III, p. 24.

[8] Lettre à Simone du 7 août 1920.

[9] HOMERE, Iliade, chant IX, 24 (156).

[10] SENGHOR, L. S., Poèmes, Paris, Seuil, 1984, p. 35.

[11] Le titre même du colloque de Yaoundé, avril 1973.

[12] Il importe donc à la critique d’effacer rapidement de la mémoire collective africaine la fausse image d’un L. S. Senghor compromis qui aurait bradé l’honneur des communautés noires du monde pour prix de son accès au monde des Blancs (cf. infra).

[13] RIVIERE, Claude, Anthropologie religieuse des Eve du Togo, Nouvelles Editions Africaines, Lomé, 1981, p. 52.

[14] ARTRE, J. P., « Orphée noir », in Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, Paris, Quadrige/P.U.F., 1985 (1948), p. XIV.

[15] SENGHOR, L. S., "Négrisme et Marxisme", dans Pierre Teilhard de Chardin et la Politique africaine III, Paris, Seuil, 1962, pp. 17-31.

[16] SENGHOR, L. S., Liberté III, pp. 268-274.

[17] Sur l’ensemble de la question voir PORRA, Véronique, L’Afrique dans les relations franco-allemandes entre les deux guerres, Frankfurt am Main, IKO, 1995.

[18] SENGHOR, L. S., Poèmes, Hosties Noires, Seuil, 1964, p. 62. « On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu. Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme".

[19] SENGHOR, L. S., « Négritude et Marxisme », pp. 17-31.

[20] SENGHOR, L. S., « René Maran », in L’Etudiiant noir, mars, 1935, n 1, p. 4.

[21] SENGHOR, L. S., Pierre et Teilhard de Chardin, p. 17-31.

[22] SENGHOR, L. S., « Négritude et Marxisme », pp. 17-31.

[23] Liberté I, p. 157.

[24] Id., ibid.

[25] Id., p. 135.

[26] Id., p. 45.

[27] Id., p. 69.

[28] SENGHOR, L. S., La poésie de l’action, Paris, Stock, 1980, p. 184.

[29] BOURGEOIS, Alain, La Grèce antique devant la Négritude, Paris, Présence Africaine, 1970, Préface de L. S. Senghor, p. 8.

[30] Liberté V., p. 87, note 5.

[31] Liberté I, p.67.

[32] Idem. Ibidem.

[33] SENGHOR, L. S., Cahiers Pierre Teilhard de Chardin, n3, 1962, p. 20.

[34] Liberté III., p. 223.

[35] MOUNIER, E., Lettre à un ami africain, Dakar/Abidjan, NEA/Présence Africaine, 1975.

[36] SARTRE, J. P., « Orphée noir », in SENGHOR, op. cit., p. XII.

[37] Id., p. XI.

[38] CESAIRE, Aimé, Discours sur le Colonialisme, Paris, Présence Africaine, 1955.

[39] MOURALIS, Bernard, « Césaire et la poésie française », Annales de l’Université du Bénin, Série Lettres, tome VII, 1980, pp. 33-59.

[40] CESAIRE, Aimé, Discours, p. 54.

[41] ARAGON, L., « Lautréamont et nous », in Lettres Françaises, n 1135, 1967, p. 67.

[42] LAUTREAMONT, Les Chants de Maldoror, Chant XI, Paris, José Corti, 1963, p. 139.

[43] Lib. I, p. 128.

[44] Lib.III, p. 75.

[45] Lib.III, p. 457.

[46] JANVIER, Améla, Les Précurseurs français de la Négritude, Bayreuth, Palabres Editions,2001.

[47] ANTOINE, Régis, Les écrivains français et les Antilles. Des premiers Pères Blancs aux Surréalistes noirs, Paris, Maisonneuve Larose, 1978, p. 188.

[48] WEBER, Jean Paul, Domaines thématiques, Paris, Gallimard, 1964.

[49] MAURON, Charles, Des Métaphores obsédantes au mythe personnel, Introduction à la psychocritique, Paris, José Corti, 1962, p. 32.

[50] BAUDOUIN, Charles, Psychanalyse de Victor Hugo, Paris, Armand Colin, 1972.

[51] Lib. III, p. 277.

[52] SARTRE, J. P., « Orphée noir », p. XXVI.

[53] Id., p. XXXI.

[54] L’Etudiant noir, p. 4. Voir PORRA, Véronique, L’Afrique dans les relations franco-allemandes entre les deux guerres, Bayreuth, Frankfurt am Main, IKO, 1995, p. 64

[55] SENGHOR, L. S., « René Maran, précurseur de la négritude », Lib. I, p. 410.

[56] SENGHOR, L. S., Hommage à René Maran, Paris, Présence Africaine, 1965, p. 56. Partiellement publié auparavant dans Liberté I, pp. 407-411.

[57] MATESO, Locha, La littérature africaine et sa critique, Paris, Khartala, 1986, p. 119.

[58] SARTRE, J. P., « Orphée noir », p. XX.

[59] Id..

[60] Id, p. XXIV.

[61] SENGHOR, L. S., « René Maran », p. 4.

[62] Lib.. 1, pp. 362-363.

[63] SUHAMY, S., La Poétique, Paris, P.U.F., 1986, p. 45 (Collection « Que sais-je ? »).

[64] SENGHOR, L. S., La poésie de l’action, Paris, Stock, 1980, p. 305.

[65] SENGHOR, L. S., « Hommage à Albert Camus », in Lib. I, p. 298.

[66] NGAL, Aimé Césaire, Un homme à la recherche d’une patrie, Dakar/Abidjan, NEA, 1975, p. 186.

[67] SARTRE, J. P., « Orphée noir », p. XXIX.

[68] HOUNTONDJI, Paulin, Sur la "philosophie africaine", Yaoundé, Clé, 1980, pp. 56-58.

[69] ENGHOR, L. S., « Ce que l’homme noir apporte », in Revue Humanisme, n 95, mars avril, 1973, p. 18.

[70] SENGHOR, L. S., Lib. I, p. 29.

[71] Id., p 420.

[72] GRIAULE, Marcel, Dieu d’eau, entretien avec Ogotemmêli, Paris, Editions du Chêne, 1948.

[73] SENGHOR, L. S., La parole chez Paul Claudel et chez les Négro-africains, Dakar, NEA, 1973, pp. 36-37.

[74] SENGHOR, L. S., Lib. I, p. 83.




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