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L’INFORMATION DANS LES PAYS DEVELOPPES
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Ethiopiques numéro 04
Revue socialiste
de culture négro-africaine
octobre 1975

Auteur : Jean-Pierre Biondi

Comment se présente ce qu’on appelle communément le « Quatrième Pouvoir », autrement dit l’Information, dans les sociétés avancées actuelles ?
Au début du siècle, le professeur Henri Berr pouvait déclarer : « Le journal ne se contente pas d’enregistrer les faits. En face du pouvoir, il dresse une puissance. C’est la bouche du peuple et l’oreille du prince  ». S’il revenait aujourd’hui, Berr serait obligé de constater le démenti que lui apporte la réalité.
Entre des radiotélévisions contrôlées par l’Etat et une presse écrite conditionnée par les impératifs financiers, commerciaux, publicitaires et dont la fin principale est le profit, il reste bien peu de place pour des organes uniquement désireux de défendre la libre confrontation des idées, ou assez indépendants pour véhiculer des contenus et des modes de pensées non conformes à l’idéologie qui domine.
C’est que depuis la fin de la guerre 39-45, depuis l’irruption aussi de nouvelles techniques d’information qui nécessitent des investissements dont seuls sont capables l’Etat ou les groupes capitalistes, le Quatrième Pouvoir a, dans l’ensemble, changé de camp : de revendicateur il s’est fait souvent justificateur, voire laudateur.
Aborder les problèmes de l’Information dans une société caractérisée par l’automation, l’économie de marché et la consommation de masse, suppose donc qu’on n’en sépare point les aspects politiques et moraux des aspects économiques et techniques. Nous n’en voulons pour preuve qu’un certain nombre de phénomènes apparus depuis les vingt cinq dernières années :
-l’importance accrue de la Radio-Télévision qui devient pour les millions d’individus la principale source d’information ;
-le développement du mouvement de concentration au sein de l’industrie de la presse en faveur des journaux bénéficiant d’une forte publicité ;
-la quasi disparition de la presse quotidienne d’opinion, en raison notamment de son incapacité à s’équiper en moyens techniques modernes ;
-le repli des organes d’opinion sur la formule de l’hebdomadaire, limitant par contre-coup leur audience à une minorité qui recherche avant tout un contenu ;
-l’extension de la presse à sensation, ou à scandale ;
-la multiplication de publications spécialisées ou s’adressant à une catégorie d’utilisateurs déterminés (presse professionnelle, magazines féminins, illustrés pour enfants, etc...).
Parlant à une époque où la presse d’opinion avait encore une grande importance, où l’économie et la technique n’étaient pas ce qu’elles sont,
Henri Berr n’entrevoyait pas que les journaux allaient essentiellement devenir des biens de consommation, leurs possesseurs des brasseurs d’affaires, la presse une Industrie et l’information elle-même une marchandise.

L’information tous azimuts

L’un des aspects frappants de notre civilisation est assurément la généralisation de l’information. De la chronique locale d’un quotidien régional à l’interview d’un leader international, pas le moindre fait notable à la surface du globe qui ne puisse théoriquement être repéré, classé, répercuté, sinon publié, et, corrélativement, pas une information qui en fin de compte ne trouve quelque part son public.
Nous vivons l’ère de l’information systématique : omniprésente mais aussi permanente. La presse écrite, avec ses innombrables éditions variant selon soit leurs destinataires, soit l’heure du jour ou de la nuit, la radio, avec ses bulletins d’information horaires entre lesquels peuvent encore s’intercaler des flashes spéciaux ou des reportages « en direct », la Télévision elle-même, qui aux Etats-Unis fonctionne depuis longtemps vingt quatre heures sur vingt quatre, permettent d’écouter battre le coeur de la planète.
Cela d’autant plus que les techniques modernes ont bouleversé les conditions de la transmission et de la diffusion. L’Amérique a appris l’assassinat du meurtrier présumé de John Kennedy, Lee Harvey Oswald, en voyant, à la télévision, le crime se perpétrer sous ses yeux. Cette instantanéité, qui confond dans le temps transmission et diffusion est, bien sûr, l’aspect le plus spectaculaire des techniques nouvelles d’information, quoique déjà nous trouvions tout naturel de découvrir le sol lunaire en même temps que les cosmonautes. Mais il ne faudrait pas méconnaître pour autant les progrès réalisés sur le plan de la rapidité par la presse écrite elle-même. Si l’audio-visuel a pu anéantir les distances le journal, de son côté, a su considérablement les raccourcir.
Sur le plan de la diffusion d’abord : quand on se souvient que le philosophe Emmanuel Kant, passionné par la Révolution française, ne pouvait en suivre, de Königsberg, l’évolution qu’avec un décalage de plusieurs semaines, on mesure aisément ce qui a été fait dans ce domaine.
Sans doute les découvertes et perfectionnements techniques dans l’imprimerie, la rationalisation du travail des messageries, l’amélioration des moyens de communication, sont-ils pour beaucoup dans ces gains de temps. Mais la concurrence des agences de presse internationales, avec leurs réseaux universels de correspondants permanents dont les dépêches, transmises par télescripteurs, s’ajoutent aux informations câblées, téléphonées ou modulées par les envoyés spéciaux, constitue pour la salle de rédaction une garantie supplémentaire de rapidité dans la transmission.
La peur chez le journaliste d’agence de se faire « griller » par un rival vaut aux rédactions de suivre, dans le crépitement des printings, l’actualité à la trace et de pouvoir ainsi, jusqu’à l’ultime moment, donner une « dernière minute », modifier une mise en page, ou rectifier un titre.


Les supports

Après n’avoir longtemps connu qu’un seul véhicule, le journal, l’information possède maintenant quatre grands moyens d’expression : l’un indirect, la dépêche d’agence, les autres directs, la nouvelle imprimée, le son et l’image, le tout correspondant à trois formes de presse : le journalisme d’agence, la presse écrite, la presse audio-visuelle.
Les agences de presse constituent l’infrastructure indispensable à tout organe d’information. C’est la plupart du temps à partir de la dépêche d’agence que journal, radio, télévision, peuvent exploiter une information. En principe, l’agence n’a pas de contact direct avec le public : elle alimente les media que constituent les autres formes de presse.
Il arrive néanmoins, quand il ne désire pas endosser la responsabilité du contenu d’une dépêche (soit qu’il ne puisse garantir l’authenticité de l’information, soit qu’il redoute des réactions), que le journal écrit ou parlé cite ses sources et se réfère à la provenance de la nouvelle. Il en va de même quand l’agence en question passe pour refléter une opinion officielle : ainsi une dépêche de l’agence Tass est-elle considérée comme l’expression du point de vue du gouvernement soviétique.
Enfin le journalisme d’agence est anonyme. Très rares sont les dépêches signées. Parce qu’il est modeste et cherche moins l’effet de plume que la véracité et la rapidité de l’information, ce journalisme jouit généralement d’un préjugé de sérieux. Mentionnons pour terminer la place que prennent progressivement les agences de films grâce au débouché qu’est la télévision.
Le journal imprime, c’est, je l’ai dit, l’ancêtre, le pionnier. lI a une histoire, une généalogie, une dimension dans le temps. Mais, là encore, les choses évoluent et les phonothèques, discothèques, cinémathèques viennent rapidement compléter et enrichir les archives imprimées. Seconde caractéristique : la presse écrite, du fait des clivages politiques et linguistiques, garde une aire d’action géographique limitée, contrairement aux grandes agences de presse qui fonctionnent internationalement et aux organisations de radio-télévision concentrées (U.E.R., Eurovision, Mondovision). Le journal enjambe donc rarement les frontières. En revanche, il n’exige pas d’être consommé immédiatement et en bloc : c’est une source d’information matérialisée, on peut commencer à le lire, puis l’abandonner, réfléchir à sa lecture, y revenir, découper un article. Il est référence, argument, preuve.
C’est probablement ce qui explique le respect que continue d’inspirer la chose écrite et la conviction que, indépendamment de leur faculté de donner « des détails », des journaux paraîtront aussi longtemps qu’existeront des hommes.
On a dit, à propos de l’invention de la rotative par Marinoni en 1867, qu’en matière de presse, il n’est pas de révolution technique sans prolongement politique. Le journal a un ou deux sous, qui s’adressait à tous ceux qui savaient lire, ne pouvait mieux trouver de facilité d’extension que sous la Commune de Paris, en 1871. Comment, après l’apparition de la quadrichromie et de l’offset, les progrès réalisés dans la qualité, ou, grâce au bélinographe et à la téléphotographie, la transmission du document photographique, l’invention récente de la rotative sur coussin d’air, et, parallèlement, l’irruption quasi magique de la radio sonore puis visuelle sur le marché, les choses auraient-elles pu rester en l’état ? Les réactions du public sont parfois lentes mais leurs effets, eux, se font vite sentir. En vingt ans, la couleur, la photo, le son, l’image ont transformé directement ou indirectement les exigences du lecteur de journal. Les marchands de papier ont fait le reste.

C’est ainsi qu’on notera :

1°) La préférence de plus en plus grande donnée à la forme sur le fond au détriment donc de la presse d’opinion qui, sous prétexte de « suivre le mouvement », peut difficilement publier ses éditoriaux en bandes dessinées ou le compte-rendu des conférences Internationales en photoromans. Le prolongement politique a été ici, si l’on peut dire, la dépolitisation.
2°) L’extension de rubriques intégrées au journal en publications spécialisées. D’un style de feuilleton est née la presse du coeur, d’un certain fait-divers la presse à sensation. Chaque fois c’est une frange de lecteurs qui s’en va. De toute façon, la « grande presse » ne pose pas les problèmes sur le plan éthique et idéologique mais sur le plan commercial. Il s’agit de plaire, de trouver le point vulnérable (paresse intellectuelle, goûts morbides ou autre) pour vendre plus. C’est éternel. Sous le second Empire, Villemessant écrivait déjà à propos de son journal, le « Figaro » : « Le but n’est pas de soutenir l’homme dans la vie, ni de l’entraîner à juger sainement, mais d’être un dérivatif  ». L’anecdotique prime l’essentiel, l’idée est toujours sacrifiée à la personnalité. Dans ces conditions, psychologiquement comme financièrement, le quotidien d’opinion, le journal de parti, partent battus.
Peu à peu, contrainte, à quelques exceptions près, d’abandonner ses positions, la presse d’opinion s’est orientée vers la parution hebdomadaire. Les dépenses de fonctionnement y sont relativement réduites, d’autant qu’on s’efforce de simplifier la formule journalistique. Les investissements, peu conséquents, peuvent être assez vite amortis. Mais les tirages, eux aussi, restent faibles. Une question se pose alors : où sont allés, par exemple, les deux millions et demi de lecteurs qui, en 1946, achetaient un quotidien parisien et ne le font plus ? Bien sûr, les stations de radio et surtout la télévision en ont absorbé un certain nombre. Mais il faut également tenir compte du fait que le lecteur de journal a évolué, s’est en quelque sorte spécialisé et comme psychologiquement replié sur lui-même. Ainsi a-t-on assisté, depuis un certain nombre d’années, à l’extension considérable d’une presse qui a su habilement spéculer sur un ensemble d’éléments liés aux développements nouveaux de la civilisation et à la désubstantialisation de l’information. Ce phénomène s’est manifesté notamment par l’emploi de la psychosociologie à des fins commerciales. Car, en même temps qu’elle contribuait à le dépolitiser, la presse d’affaires poussait, la publicité aidant, le lecteur à se polariser sur un domaine particulier de l’actualité, à y transférer son intérêt. Dans cette perspective, la vie, les goûts, les rêves de l’homme et de la femmes modernes ont été systématiquement explorés, disséqués, recensés pour être traduits ensuite en tirages-records. Le climat une fois créé, la demande suscitée, l’offre n’avait plus qu’à surgir. Si la technique a progressé, le thème, lui, n’a pas varié : distraire, de tout et même de soi. D’un côté la presse destinée à ceux qui, par le biais du confort matériel et du progrès technique, assument la société contemporaine, choisissent de s’y intégrer. A ceux-là il convient de parler de problèmes pratiques et quotidiens : la civilisation du gadget, le phénomène automobile, l’organisation de leurs loisirs. De l’autre, la presse qui s’adresse à ceux qui préfèrent refuser les réalités impitoyables du monde moderne. Aujourd’hui le besoin de compensation sous toutes ses formes est statistiquement calculé et scientifiquement exploité. Le culte du superman, la recherche du sensationnel, les caprices de milliardaires, la nostalgie des calèches, ont leurs journaux, leurs magazines, leurs revues : toute une presse d’évasion et d’oubli, qui est le négatif de notre « civilisation » mais possède les plus forts tirages. La clientèle assurée, le marché délimité et consolidé, la guerre n’a pas tardé à se déchaîner entre trusts concurrents, selon la règle d’or du « laissez faire » économique (et moral). La presse du coeur, un certain type de magazines photos, aujourd’hui la presse de télévision, ont tour à tour constitué les enjeux. La bataille se déplace sans cesse, car les formules s’usent vite : soit qu’elles fassent l’objet d’imitations qui les dévaluent, soit qu’elles se trouvent dépassées par l’attraction née d’un autre centre d’intérêt, d’une mode ou d’une technique nouvelles. Quant à la presse audiovisuelle, on peut dire que dans tous les pays industrialisés, elle fait partie déjà de l’univers quotidien. Récepteurs de télévision, transistors, récepteurs auto-radio, demain sans doute vidéocassettes, y sont objets de consommation courante, puisque dans des pays comme les Etats-Unis, le Canada, le Japon, l’URSS, la France, l’Allemagne, l’Angleterre, on compte par ménage au moins un, si ce n’est plusieurs, de ces appareils. Quels sont les signes distinctifs de cette forme de presse ?
-d’abord la puissance de choc de l’image et du son qui, suscitant l’émotion, entraîne, pour employer le vocabulaire des sociologues, une plus grande participation immédiate du récepteur au message. A la limite, on pourrait dire que la presse audiovisuelle est une presse d’universalité et d’affectivité, alors que la presse écrite est davantage une presse de nationalité et de rationalité. Encore faut-il, ici aussi, tenir compte de l’évolution : au Japon, des abonnés peuvent recevoir sur leur écran de télévision, leur journal électroniquement. Ici, l’image n’est que relais et reflet du support imprimé. De même, les multiples emplois de la télévision dans l’enseignement et les activités professionnelles contribuent maintenant à dépouiller celle-ci d’une partie de son « aura » émotive. Il apparaît donc bien imprudent de se hasarder à qualifier définitivement et sans nuance ce qui touche à l’audiovisuel ;
-autre signe : le fait que la radio-télévision semble avoir un public plus homogène que la presse écrite. Mais le téléspectateur, comme l’auditeur, sélectionne de plus en plus les émissions qu’il désire voir, un public n’étant en fin de compte qu’un agglomérat de différents groupes d’affinité ;
-troisième caractère : une technologie qui, grâce notamment aux satellites de communication, va peu à peu permettre d’être en liaison continue avec le reste du monde. Ainsi la presse audiovisuelle, par le « direct », s’oriente-t-elle davantage vers un journalisme surtout descriptif et plus impersonnel que celui de la presse écrite, où l’analyse vient décortiquer la brutalité des faits.
De ces trois remarques, on peut déduire que l’impact psychologique de l’audiovisuel est relativement éphémère. Là où la presse écrite peut répéter, faire cheminer une signification, l’image est souvent condamnée à effleurer. La première facilite l’élargissement réflexif, la seconde se satisfait d’un comportement plus passif, voire d’une immobilisation intellectuelle de l’usager.
C’est pourquoi, il est toujours tendancieux d’opposer l’une à l’autre ces deux formes de presse. Pour le citoyen conséquent, désireux de connaître et de comprendre l’univers qui l’entoure, l’une fait naître l’autre et renvoie à elle pour compléter et approfondir l’information. Un journal télévisé quelqu’il soit ne se substituera jamais à la lecture du « Monde ».


Du droit à l’information

Considérant ses fonctions psychosociales, certains affirment que la presse permet un véritable défoulement de l’individu. Dans son ouvrage, « La Presse dans la société contemporaine », Bernard Voyenne écrit : « En plaçant l’homme par personnes interposées dans des situations limites et en lui faisant vivre ainsi l’aventure que lui refuse la vie quotidienne, la presse assume une fonction vitale de compensation ». J’avoue que je ne partage point cet optimisme psychothérapique. Au contraire, combien d’adolescents en prison pour avoir voulu vivre la vie facile des héros d’une certaine actualité ? Combien de filles entraînées dans la déchéance pour avoir cherché à ressembler aux aventurières qu’on leur avait décrites ? Les justifications précédentes seraient sans doute valables si la relation des crimes et scandales était placée dans un contexte socio-économique différent et si, au lieu de se contenter d’être généreuse, elle se voulait édifiante. Dans la perspective qui consiste à vendre du papier coûte que coûte, elles paraissent détestables.
Dès lors, on voit l’importance du problème soulevé : où faire passer la frontière entre la nécessité sociale d’une moralisation de la presse et la liberté de l’information ? entre la censure défensive et le droit de chacun à être informé ? et qui jugera ? selon quels critères objectifs ?
Quant à moi, je n’hésiterai pas à dire que la presse dans les sociétés prétendument développées participe souvent du conditionnement. Certes, on ne peut comparer les formes présentes du conditionnement de l’opinion à celles mises au point par les régimes totalitaires. La dictature brutale est pressée, elle joue contre le temps, pour se maintenir il lui faut rapidement imposer ses schémas et écraser les résistances. La mise en condition dont je parle, au contraire, s’opère de façon insidieuse et lénifiante.
Pourtant, si l’analyse est sévère, la conclusion ne sera pas dépourvue d’espoir. C’est que l’homogénéité de l’information, rendue possible par les moyens modernes de diffusion (on peut entendre, voir ou lire la même chose au même instant à des centaines, voire des milliers de kilomètres de distance), accélère sans conteste l’échange, la communication et donc la connaissance réciproque entre les hommes, les peuples et les cultures. Et le processus engendre à son tour une demande accrue d’informations nouvelles ou complémentaires. La société de masse appelle l’information de masse. Longtemps privilège de classe, l’information devient donc exigence de tous. La rareté de l’information serait aussi insupportable que la rareté alimentaire. Du coup, l’information apparaît un fait social primordial. Elle crée pour l’individu un Droit nouveau, qui s’ajoute à tous les autres et conditionne la liberté de pensée. Car si la communication était facile dans une société de voisinage, il n’en est plus de même dans la société industrielle, dans la société de masse où la presse n’est pas seulement donneuse de nouvelle mais où elle tisse le lien social.
Ce qu’on appelle communément le « droit à l’information » recouvre donc aujourd’hui beaucoup plus que le simple droit à la connaissance des faits. Il exprime également le droit à la vie sociale, à une solidarité consciente. L’homme a besoin de savoir ce que savent, aiment, craignent et espèrent ses semblables. La presse, support de l’information, remplit une fonction sociale essentielle. L’information se révèle ainsi l’affaire de la collectivité. Elle s’institutionnalise. Elle relève du Service public. Sa liberté est la liberté de la société tout entière.
« L’information, apprend-on en première année de n’importe queue école de journalisme, est sacrée ». Elle doit être garantie par la Nation. « Le commentaire est libre » : il doit être assuré par une presse libérée pour cela des servitudes de l’argent mais limitée par les excès mêmes de la liberté d’expression et les lois de la déontologie journalistique.
Aujourd’hui, dans plusieurs pays en voie de développement, les puissances d’argent ne contrôlent plus les moyens de l’information de la Nation, c’est-à-dire les mécanismes de formation de l’opinion publique.
Les tenants des doctrines libérales ne manqueraient pas d’y voir une emprise excessive de l’Etat. Mais, outre le fait que les règles de la démocratie ne peuvent être les mêmes dans les jeunes nations aux moyens limités qui luttent pour se construire et dans les Etats anciens, riches et industrialisés, on s’accordera à penser que nul mieux que les représentants du peuple ne peuvent garantir ce droit, qui, à la fin, se confond avec le droit à l’éducation, prioritaire pour l’homme du Tiers-Monde.





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