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POLITIQUE - ECONOMIE : Le vade-mecum de l’expatrié
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Ethiopiques numéro 04
Revue socialiste
de culture négro-africaine
octobre 1975

Politique Economie,

LE VADE-MECUM DE L’EXPATRIE par René BUREAU et André RAFFORT
Société Internationale d’Etudes et d’Interventions Paris, Sept. 1974,189p.

Auteur : Jean-Pierre BIONDI

Voilà un livre qui vient à point en ce sens que s’il soulève des problèmes familiers à ceux qui participent au décollage industriel de l’Afrique, il sait les résumer avec compétence, et faire ainsi de ce « Vademecum » un précieux instrument de connaissance, de référence et de travail pour tous les futurs « expatriés ».
La thèse centrale reprend une idée qui se répand rapidement dans le Tiers-Monde et chez tous ceux qui ont à s’occuper de ses problèmes, à savoir que « l’ignorance des données culturelles, historiques et psychologiques dans lesquelles baigne le développement industriel conduit non seulement à des erreurs regrettables mais entrave le développement rationnel lui-même et nuit à la rentabilité qui est précisément recherchée », donc que la technique n’est pas neutre dans la mesure où ceux qui l’importent la considère, volens nolens, inséparable de la rationalité et du mode de vie occidentaux.
Or, soulignent les auteurs, « le cadre expatrié est dans la situation paradoxale de l’homme responsable d’un secteur de la production dans un pays où il est étranger ». Plus encore, la nation où il travaille est une société hétérogène où changement et tradition, spécificité et transformation sont à la recherche constante d’un bien difficile équilibre. Il s’agit en fait, pour l’expatrié, d’affronter une civilisation différente (de la sienne) et soucieuse de conquérir sa souveraineté économique. Aujourd’hui, les tâtonnements ne sont plus de mise : industrie, agriculture, commerce de tous continents sont soumis à une impitoyable concurrence. Le fait que l’Afrique n’ait pas de passé industriel est donc à la fois un avantage, parce qu’il permet de brûler des étapes technologiques et de « management », mais aussi un inconvénient : les « ressources humaines », en friche, y sont abandonnées à des appareils de formation importés - et même contestés dans leur pays d’origine -, donc inadaptés. Dans ce contexte, la tentation est donc grande pour le cadre expatrié de se contenter de modèles tout faits alors due c’est un surcroît d’inventivité et de compétence qu’on est en droit d’attendre de lui.
La raison de ce « vade-mecum », dès lors, est d’aider l’expatrié à assimiler certaines connaissances de base indispensables et, comme le précisent MM. Bureau et Raffort, à « forger les attitudes et les comportements adéquats  ».En la matière, pas de recettes-miracles, de réponses absolues, seulement une exposition aussi complète et honnête que possible des données du problème. S’ils parviennent par là à sensibiliser les intéressés aux aspects spécifiques de l’encadrement et de la formation en Afrique, les auteurs de l’ouvrage auront estimé avoir pleinement atteint leur but.
C’est que, ajoutent-ils encore, « les besoins prennent l’ascenseur  », quand « les moyens de les satisfaire empruntent l’escalier  », et qu’en Afrique « la situation de changement accentue beaucoup plus qu’en Europe les décalages entre les techniques et les hommes ». De ce fait, on doit solliciter du cadre expatrié non seulement une compétence objective dans le domaine qui est le sien, mais aussi la claire conscience d’une distinction entre « impératif technique » et « impératif occidental » : les coutumes européennes ne sont-elles point, après tout, qu’une représentation parmi d’autres des lois universelles de la technique ? Le développement économique japonais s’est affirmé sans coupure avec le style de vie et l’enracinement culturel nationaux. D’une autre manière, les Chinois progressent dans la même voie. Il est donc légitime qu’un cadre expatrié admette que les Africains assument la modernité selon des modèles conformes au génie de leur culture.
Rappelant que 90% des cadres de l’industrie en Afrique sont des étrangers, MM. Bureau et Raffort en concluent que les dirigeants des sociétés doivent être d’autant plus attentifs à la réalité locale. «  La méconnaissance du milieu est l’un des principaux handicaps du processus d’africanisation  », soulignent-ils, d’où préjugés et méfiance réciproque entre collaborateurs obligés. La fuite devant les questions posées par des systèmes socio-culturels différents a pour conséquence de réduire la communication entre expatriés et autochtones au seul domaine technique, autrement dit d’enlever tout sens à l’action commune et toute personnalité aux partenaires.
En outre, le cadre expatrié a à s’informer des données du changement dans lequel s’inscrit le processus d’industrialisation. Agent de la transformation, il lui en faut pénétrer les moindres mécanismes pour mieux conduire celle-ci. C’est d’ailleurs à cette condition que l’expatrié pourra remplir sa mission essentielle qui est d’être un formateur. Car s’il suffisait auparavant de créer des « commis », il convient aujourd’hui de former des « collègues », sans pour autant prolonger la politique d’assimilation. Et, ici, les auteurs ont cette heureuse formule : « Former ne consiste pas, pour le formateur, à se proposer lui-même comme modèle, mais à créer des conditions de travail telles que les virtualités propres des formes s’épanouissent ». Ainsi, la formation est-elle devenue « tâche intrinsèquement inhérente à la position de cadre expatrié en Afrique ». Comblant une lacune en trois grands chapitres et moins de 200 pages ou alternent données méthodologiques et applications concrètes, ce « Vade-mecum » s’efforce d’y préparer. Aucun cadre non africain appelé à vivre et travailler en Afrique ne peut l’ignorer.





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