Accueil > Tous les numéros > Numéro 59 > HOMMAGE A LEOPOLD SEDAR SENGHOR



HOMMAGE A LEOPOLD SEDAR SENGHOR
impression Imprimer

Ethiopiques 59
revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
2ème semestre 1997
Senghor 90, Salve Magister
Hommage au Président Léopold Sédar Senghor
A l’Occasion de son 90e anniversaire
(Octobre 1996)

HOMMAGE A LEOPOLD SEDAR SENGHOR [1]

Auteur : Jean-Louis ROY

Hier avec la République et le peuple du Sénégal, aujourd’hui avec l’UNESCO et l’Académie Française et avec vous tous, demain avec les universités de New York, l’Agence de la Francophonie célèbre avec respect et reconnaissance le 90ème anniversaire de naissance de l’enfant de Joal, sur la petite côte qui tout au long de ce siècle aura répondu avec puissance et perfection à ce « trop reçu de l’univers » selon la superbe expression de Salah Stétié.
Il convient d’abord de saluer la contribution exceptionnelle de Léopold Sédar Senghor à la pensée humaine, la première dignité et première responsabilité de l’homme. Ce n’est pas diminuer les autres entreprises du Président, mais les mieux comprendre que d’insister sur cette production de pensée vaste et féconde, au fondement d’une oeuvre civilisationnelle, spirituelle, culturelle et politique au plan national, continental et mondial.
D’où cette trilogie senghorienne : la parole comme pensée, la parole comme émotion, la parole comme action.
D’où cette primauté reconnue à la parole, et permettez-moi cette citation d’où « ce pont de douceur » entre « le verbe de Dieu, c’est-à-dire la parole rythmée et la création du monde ».
D’où la réponse du Président Senghor à ce qu’il a nommé en 1939 les radiations du monde, réponse, mieux création. Il a évoqué dans un poème célèbre les matériaux de cette création :
* sa tête comme un vieux parchemin de Djené,
* l’âme de son village battant à l’horizon,
* l’heure où l’on veut voir les esprits,
* l’enfance et l’Eden confondus.
Vous avez résumé, Monsieur le Président, d’une manière admirable dans votre discours de Joal, le 9 octobre dernier la place centrale de la culture sérère, sa qualité de source dans l’oeuvre de votre prédécesseur.
Et voilà que ce trésor s’enrichit des riches connaissances d’autres cultures et que se manifeste la fécondité de la « raison nègre » selon l’expression de l’auteur de « l’anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française », « raison nègre » que se loge au coeur vivant du réel.
Et voilà que se manifeste l’unique grâce, l’unique gratitude, la rencontre des autres pour qui pousse loin la recherche de soi-même, le passage de l’exigence de singularité à celle de la plus grande universalité.
Et voilà l’Afrique rattachée à nouveau à la famille humaine, les spiritualités et les cultures de l’Afrique reconnues, révélée « la mémoire irréductible » selon la forte expression du poète président... et en conséquence, fondée à nouveau cette idée fragile et première, l’idée que tous les peuples du monde, que tous les hommes forment une seule humanité.
D’autres, mieux autorisés diront la place de Léopold Sédar Senghor dans la naissance et la mise en place de l’Etat qu’il a dirigé durant deux décennies.
Permettez-moi en terminant de rappeler son rôle de bâtisseur de la Francophonie nommée par lui dès 1969 « levain culturel en même temps que levier politique dans la nouvelle définition des termes de la coopération internationale, via les communautés d’affinités et d’identités », Francophonie dont les actions devront s’articuler avec celles des autres zones de solidarité culturelle en vue d’édifier la civilisation de l’universel.
Dans un message prophétique adressé aux représentants des Etats et Gouvernements francophones réunis à Niamey en 1969 en vue de la création de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique, il évoquait déjà l’élargissement de la Francophonie et prévoyait l’émergence d’organisations fondées sur le partage des mêmes grandes langues.
Plus tard, le Président Senghor s’emploiera à dégager les conditions d’existence d’une conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays ayant le français en partage.
Monsieur le Président Senghor, un pays sur quatre dans le monde est devenue membre de la Communauté Francophone Internationale et nos Chefs d’Etat et de Gouvernement se réuniront pour la septième fois en Novembre de l’an prochain à Hanoi.
Cette oeuvre est la vôtre avec vos compagnons partageant votre vision d’une vaste communauté de pensée et de culture.
Je vous salue, Monsieur le Président Senghor avec respect et reconnaissance.
Loin dans les temps à venir, les enfants de l’homme vous salueront toujours, étonnés et émerveillés par la fécondité de votre esprit et la puissance de vos oeuvres.
Loin dans les temps à venir, les enfants de l’homme reprendront vos mots de paix, de tolérance et de solidarité :
« Car nous sommes là tous réunis, divers de teint. Il y en a qui sont couleur de café grillé, d’autres banane d’or et d’autres terre de rizière ».
Divers de traits, de costumes, de coutumes, de langues, mais au fond des yeux la même mélopée de souffrances à l’ombre des longs cils fiévreux.
Le Cafre, le Kabyle, le Somali, le Maure, le Fan, le Fon, le Bambara, le Bobo, le Mandiago.
Et tous les travailleurs blancs dans la lutte fraternelle
.

Je vous salue, Monsieur le Président Senghor avec respect et reconnaissance.


[1] Allocution prononcée à l’UNESCO (Paris, le 18 octobre 1996.




Site réalisé avec SPIP avec le soutien de l’Agence universitaire de la Francophonie