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HOMMAGE A LEOPOLD SEDAR SENGHOR
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Ethiopiques 59
revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
2ème semestre 1997
Senghor 90, Salve Magister
Hommage au Président Léopold Sédar Senghor
A l’Occasion de son 90e anniversaire
(Octobre 1996)

Auteur : Jacqueline De ROMILLY [1]

Dans cet hommage rendu à Léopold Sédar Senghor, d’autres que moi célébreront les titres prestigieux qui lui valent notre admiration et notre reconnaissance. Ils parleront de son oeuvre de poète, ils parleront de son oeuvre politique, ils parleront de son rôle dans les institutions internationales et dans la défense de la francophonie. Je suis aussi sensible que tout autre à ces mérites et je me rappelle encore l’émerveillement que fut pour nous l’apparition de ses premières oeuvres poétiques et la découverte de ce souffle nouveau et fort qui se sentait de page en page. Comme tout autre, j’aimerais célébrer cette oeuvre. Mais il se trouve qu’il existe un domaine où son action, moins éclatante aux yeux du monde, me touche plus particulièrement, et où j’éprouve comme le devoir de dire ici à quel point elle fut pour moi précieuse. Je me suis attachée toute ma vie à la défense des études classiques et, plus particulièrement, du grec ; or je ne crois pas que nous ayons eu d’allié plus lucide, ni plus glorieux, ni plus efficace que Senghor dans cette action.
D’une certaine manière, ces idées correspondaient à la formation qui fut la sienne. Agrégé de grammaire, sensible à la correction de la langue et à la clarté de la pensée, il a su apprécier ce que la double formation classique du latin et du grec apporte et à la langue française et à la pensée en général. Et il s’est dépensé sans compter au service de cette cause. Il a fait venir au Sénégal des professeurs qualifiés qui se sont attachés à lui, à son oeuvre, à son pays ; et il a tellement bien soutenu cet effort que le Sénégal est à l’heure actuelle un pays modèle, où se pratique la tradition classique auprès d’une jeunesse que rien ne préparait à cela. Les professeurs venus de France ont formé des élèves, qui ont continué l’oeuvre commencée, et le Sénégal a toujours été au courant même de la recherche en ce domaine. J’ajouterai que, dès l’année 1977, des Mélanges lui furent offerts par tout un groupe de savants ou d’enseignants dans ces disciplines - j’étais d’ailleurs fière d’en faire partie ; ce gros volume s’appelait de façon révélatrice : Langues, littérature et histoire ancienne.
Je dois au demeurant préciser que Senghor a toujours vu dans cette formation, à côté de la grande tradition de la pensée - on peut dire : de la pensée européenne -, un lien plus étroit entre l’Afrique et la Grèce, l’Egypte et la Grèce ; il s’est toujours plu à relever des signes d’une ressemblance entre tels aspects de la culture ou de la pensée dans les rites qu’il avait connus et dans ceux que lui révélaient ses études. Ceci, naturellement, est propre à la Grèce, et je ne saurais y être insensible ; l’idée a, je crois, joué un rôle important au service de son action.
A l’heure actuelle, où ces études connaissent une crise, dans tous les pays ou presque, et dans le notre en particulier, le fait qu’il y ait eu cette longue et vigoureuse action, que l’on puisse lui rattacher le nom d’un homme qui fut président de la République, et important dans toutes sortes d’instances internationales, lui qui fut un auteur reconnu toute sa vie, lui dont la grande université d’Alexandrie aujourd’hui porte le nom, reste le signe pour nous de l’espérance, de l’encouragement à l’action et, je crois, vraiment, que ceci méritait de ma part, et de la part de tous, qu’on lui dise solennellement et du fond du coeur : merci !


[1] de l’Académie française




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