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UNE LEÇON DE NOBLESSE
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Ethiopiques 59
revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
2ème semestre 1997
Senghor 90, Salve Magister
Hommage au Président Léopold Sédar Senghor
A l’Occasion de son 90e anniversaire
(Octobre 1996)

UNE LEÇON DE NOBLESSE [1]

Auteur : Henri LOPES

Ce fut bon d’être à Joal et à Dakar avec vous, durant ces deux jours de célébration. Ce fut un privilège d’être admis dans l’intimité de la famille de Léopold Sédar Senghor, l’aîné, l’aîné en tout, le maître.
Comment ce faisant exprimer avec justesse notre reconnaissance à ceux dont nous fûmes les hôtes et nos félicitations à ceux qui ont organisé l’hommage dans la ferveur, la grandeur et la simplicité, pour tout dire dans le style dépouillé et élastique du poète auquel se mêlait avec mesure mais intensité une affection qui battait au rythme d’une négritude fière de ses souches ?
Félicitations donc à vous Monsieur le Président, initiateur et Grand Patron de cette célébration !
Félicitations au Comité national présidé par le dynamique, courtois et délicat, Moustapha Niasse, Ministre d’Etat chargé des Affaires Etrangères.
Félicitations à tous les organisateurs, les visibles comme les anonymes, tous essentiels dans leur rôle.
Félicitations au Maire de Joal, aux populations de Joal et de tout le Sénégal qui ont donné à l’événement sa dimension essentielle et une affection chaleureuse.
J’ai été heureux de représenter l’UNESCO parmi vous pour écouter, sentir, apprendre et comprendre.

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Excellence, Mesdames et Messieurs,

Dans deux semaines à notre tour, nous allons tenter d’offrir au peuple sénégalais et à la communauté internationale un deuxième épisode de cette célébration.
Merci, Monsieur le Président Abdou Diouf, merci de venir à Paris le Vendredi 18 Octobre, accompagné de votre épouse et d’une brillante délégation, rehausser de votre présence l’inauguration de trois journées où toute la communauté célébrera les 90 ans du poète, du penseur et de l’homme d’Etat.
Elle le fera en trois actes : une exposition, un séminaire de réflexion et de témoignages, une soirée poétique et musicale.
Il s’agira pour nous de poursuivre votre célébration en rendant justice à la dimension internationale de l’oeuvre et de l’homme. Les vers et la pensée de Senghor sont nègres, valorisant le Sénégal et l’Afrique mais ils ont aussi une résonance métisse, une substance qui les rend précieuses à des sensibilités moulées dans d’autres cultures. Quand Senghor se dit nègre, insensé qui ne voit pas qu’il est aussi Amérindien, Indien de Calcutta, Européen et Arabe. Cette dimension internationale, le Directeur général de l’UNESCO, Federico Mayor, l’a exprimé dans le message qu’il lui a fait tenir hier et dont je voudrais vous livrer la teneur.
J’ai aussi été heureux d’être avec vous en tant que témoin d’une génération. C’est en lisant Senghor que nous avons pris conscience de ce qu’on nomme aujourd’hui notre identité. Sans doute y a-t-il eu des malentendus et nous sommes-nous empressés de le critiquer. C’était avec la violence, le bouillonnement et la présomption de nos vingt ans. Lorsque, plus tard, procédant à la relecture du sage de Joal à la lumière de la vie et de l’histoire de notre continent, nous sommes venus en pélerinage l’écouter avec plus d’attention, lorsque, pour tout dire, nous avons mieux soupesé sa parole, il n’en tire jamais motif de victoire. Modestie dans le triomphe. Plus que cela : il nous infligeait une leçon de la noblesse. Senghor, c’est l’aristocrate dans l’acception grecque du terme, je veux dire le meilleur. C’est pourquoi, en célébrant sa fête hier à Joal, aujourd’hui à Dakar, demain à l’UNESCO et après-demain à Verson, ce n’est pas seulement un hommage que nous voulons rendre, c’est surtout exprimer une profonde affection.
Il serait périlleux de vouloir ici concurrencer tous ceux qui l’ont connu et vont témoigner durant ce séminaire, ou tous ceux qui se sont consacrés à étudier son oeuvre durant des années et vont livrer le résultat de leurs recherches.
Je souhaite écouter les uns et les autres.
Parmi les multiples réflexions que suscitent l’oeuvre et l’action de Senghor, je voudrais n’en souligner qu’une seule.
Léopold Sédar Senghor c’est peut-être au bout du compte, l’ouverture à tous les vents. Il n’est aucun message du patrimoine culturel de l’humanité qu’il ait refusé d’entendre. Il a fait son miel de toutes les philosophies et tous les témoignages depuis Aristote, en passant par Hérodote, la Bible, le Coran, la tradition orale négro-africaine, jusqu’à Teilhard de Chardin et Karl Marx. Mais il n’a reçu aucun d’eux passivement. Il a filtré leurs messages et en a dégagé une matière qui constitue sa signature inimitable, irremplaçable, irréductible.
Dieu a prêté une longue vie à Léopold Sédar Senghor, la postérité offrira une vie encore plus grande à son oeuvre.


[1] Allocution prononcée lors de la cérémonie inaugurale du colloque sur Léopold Sédar Senghor (Dakar 10 - 11 octobre 1996).
Le Titre est de la Rédaction.




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