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LETTRE A LEOPOLD SEDAR SENGHOR
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Ethiopiques 59
revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
2ème semestre 1997
Senghor 90, Salve Magister
Hommage au Président Léopold Sédar Senghor
A l’Occasion de son 90e anniversaire
(Octobre 1996)

LETTRE A LEOPOLD SEDAR SENGHOR [1]

Auteur : Amadou Lamine SALL

Monsieur le Président, Mon très Cher Poète aimé, Cher maître,

Nous voici donc devant vous, devant votre visage que nous chérissons tant. Nous voici devant ce miracle que vous êtes, vous dont les générations à venir auront du mal à croire que Léopold Sédar Senghor ait existé tant celui que nous tentons de célébrer aujourd’hui - apôtre de paix et de sagesse en pleine aura - contraste d’avec ce siècle essoufflé et barbare.
Vous célébrer en ce 90ème anniversaire Cher Maître, ce n’est pas nous installer dans l’histoire, mais plus exactement dans la continuité de l’histoire. Cette fête qui vous est dédiée n’est en somme qu’une halte dans la longue marche de la célébration de la vie, de la pensée et de l’action d’un des plus grands poètes de ce siècle. Ce que nous tentons de fêter aujourd’hui, ce n’est ni la consécration d’une vie littéraire et politique encore moins le commencement d’une autre vie. C’est plutôt la pérennité d’une pensée et d’une action qui ne touchent à aucune frontière achevée de la vie et de la mort.
Pour avoir vécu auprès de vous, Cher Maître, des moments qui résument toute une vie, le jeune poète que je suis, l’homme tout court finalement, à force de vous regarder agir et de vous écouter a fini par adopter comme devise et leçon de vie les leçons de Khalil Gibran : Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez enfin à monter.
D’un mot, vous accompagnant un jour en Grèce, dans l’île de Corfou, vous avez fini de combler mon âme et de conquérir mon coeur par la générosité belle de votre pensée belle, ouverte et respirante en me confiant ceci : Vois-tu, quand deux peuples se rencontrent, il se combattent souvent, il se métissent toujours.
Je n’avais plus jamais oublié cette phrase.
Auprès de vous, Cher Poète, j’ai vite grandi troquant la vanité de mon âge à la modestie du propos et à l’élévation de la réflexion. Vous m’avez aussi appris, comme vous, à toujours garder la foi des Saints, le labeur patient des moines, la sérénité des sages car telle est la haute et fervente grande leçon de votre propre vie.
Parce que vous êtes Senghor l’universel, vous êtes le manguier qui fleurit toujours en pommier. Mais parce que vous êtes fils des pangols et que vous avez pouvoir de convoquer à vous les esprits des tanns et les bolongs, je sais encore que le manguier demeure toujours la mémoire de la pomme. En vous l’Afrique est sève, racine et sang.
Monsieur le Président, Cher Maître, aujourd’hui, c’est toute la jeunesse africaine qui porte votre message dans son coeur et qui se demande non comment être Senghor - qui le pourrait ? - mais plutôt comment être digne de vous. Je ne sais plus qui disait que vous serez, hélas, plus souvent cité qu’imité. En effet, il est vrai, que n’est pas Sédar qui veut !
Voyez-vous, Monsieur le Président, Cher Poète, parce que le destin a voulu que nous soyons ici aujourd’hui à Verson la seconde capitale du Sénégal pour lire la tendresse infinie de votre regard et se mirer en vos cheveux blancs, nous sommes devenus, nous aussi, en quelque manière, des immortels, témoins privilégiés de ce jour et de ces instants.
Cher Maître, voyez-vous, il suffit que votre nom s’égare dans une bouche pour dire toute la fierté de l’Afrique, tellement la puissance de votre pensée et la magie de votre action irradie. Tellement votre poésie donne à vivre et ensorcelle.
Vous vous êtes imposé le devoir d’être un chantre de la race noire mais aussi le droit d’être de la couleur de toutes les peaux. D’un mot, vous êtes Cher Poète le nègre de toutes les couleurs !
Dans nos coeurs, et pour toujours, vous aurez le plus beau séjour, la plus secrète des reconnaissances et la plus sûre des fidélités.
Cher Poète, Cher Maître, parce que vous vivez nous espérons, parce que vous vivrez longtemps encore pour tous ceux qui vous aiment nous sommes heureux. Soyez-en persuadés. Soyez-en remerciés.


[1] Verson, le 21 Octobre 1996 Espace Léopold Sédar Senghor
17 h : Senghor est là, assis, présent pour ses 90 ans.




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