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LA PATRIE PLANETAIRE : LOUIS PERILLER, ROBERT LAFFONT 241 PAGES
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Ethiopiques numéro 7
revue socialiste
de culture négro-africaine 1976

Auteur : Jean-Pierre BIONDI

« Si tous les gars du monde voulaient se donner la main... », ce célèbre poème-antienne de Paul Fort pourrait servir d’exergue à l’ouvrage de M. Louis Périllier, ancien haut fonctionnaire français qui fut même, quelques années, résident général en Tunisie, où il laisse le souvenir d’un administrateur libéral et humain.
« Patrie planétaire », « Etats-Unis du Monde », M. Périllier reconnaît volontiers que l’idée n’est pas nouvelle : « Il y a plus de deux mille ans, écrit il, Diogène déclarait qu’il ne connaissait d’autre patrie que l’Univers, Zénon proclamait que nous devons voir entre tous les hommes des égaux et souhaitait voir se constituer une citoyenneté commune à tout le genre humain. On retrouve la même idée chez Sénèque, chez Plutarque, chez Marc-Aurèle, plus tard chez Montaigne, Sully, l’abbé de Saint-Pierre, Jean Jacques Rousseau. Plus près de nous, le conventionnel Anacharsis Cloots, l’un des fondateurs du culte de la raison, s’était déclaré citoyen du monde bien avant Garry Davis ; Lamartine, Victor Hugo furent de fervents mondialistes ».
Idée non pas nouvelle donc, mais, soutient M. Périllier, d’une actualité nouvelle. Et l’auteur de montrer, par une série de situations concrètes, nées des temps modernes, que le « mondialisme est partout » dans la répartition de l’énergie et des matières premières comme dans le développement solidaire, dans la lutte contre la faim comme dans la protection anti-pollution, dans l’exploitation du monde marin comme dans l’exploration et l’utilisation de l’espace, dans le contrôle des sociétés multinationales et de la croissance démographique comme dans le système monétaire et le désarmement atomique.
Dès lors, l’utopie devient nécessité, l’évolution conduit à l’unité fédérale du monde. Reste à savoir comment parvenir à cet Etat idéal où seraient transcendés rivalités d’intérêts, égoïsmes nationaux et sociaux, antagonismes historiques, inégalités de croissance. Certes, l’auteur suggère à notre réflexion des perspectives de solution : développement de la participation et de la responsabilité (commune, région, nation), abolition de toute forme d’intervention hégémonique, constitution d’un nouvel ordre économique et, partant, d’une société « plus juste ». Qui n’y souscrirait ?


Mais c’est précisément là, à notre avis, la faiblesse de l’ouvrage. Cette énumération de vœux pieux que contredit quotidiennement la pratique des « Superpuissances », des « Multinationales », des « Impérialismes », des « Idéologies et des Classes dominantes », et que démentent des Conférences internationales aussi décevantes que successives, fait songer au mot d’ordre de Napoléon III qui se déclarait avec détermination pour l’« extinction du paupérisme » « après neuf heures du soir », ajoutait l’écrivain Jules Vallès). Finalement, c’est la « Commune de Paris » qui, en 1871, a réellement tenté d’« éteindre le paupérisme » avant de s’écrouler dans le sang mais d’inspirer aussi la Révolution d’Octobre.
Autrement dit, il est toujours possible de décréter que la terre entière doit ou va se transformer irrésistiblement en une seule et unique « Patrie » où hommes, peuples, ethnies, races, classes confondues se fédèreront à jamais pour le meilleur et pour le pire. C’est malheureusement un pari dont nous ne serons peut-être plus là pour constater le succès, car la réalisation de l’« ordre juste » semble peu vraisemblable tant que subsistent des systèmes où règne l’impératif du profit, engendrant lui-même l’exploitation des hommes par d’autres hommes. Or, le capitalisme, puisqu’il faut l’appeler par son nom, et son corollaire l’impérialisme, ne s’effaceront pas sur les seules exhortations des « mondialistes », aussi bien intentionnés soient-ils. C’est une longue et impitoyable lutte, couronnée par un renversement total du rapport des forces avec le capitalisme, qui peut ouvrir la voie à cette fédération panhumaine conçue non comme le terme de l’histoire mais comme le départ d’une nouvelle phase pour l’épanouissement intégral de l’homme.
N’empêche. Même s’il brûle les étapes obligées du processus historique, le livre de M. Louis Périllier a le mérite de nous inciter à entreprendre et de nous inviter à espérer en nous montrant le but familier : l’Unité des Peuples et la Paix, en un mot la Civilisation de l’Universel.





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