Accueil > Tous les numéros > Numéro 6 > AIME CESAIRE:UN HOMME A LA RECHERCHE D’UNE PATRIE, M. A M. NGAL, Nouvelles Editions Africaines 293 pages



AIME CESAIRE:UN HOMME A LA RECHERCHE D’UNE PATRIE, M. A M. NGAL, Nouvelles Editions Africaines 293 pages
impression Imprimer

Ethiopiques numéro 6 1976
revue socialiste
de culture négro-africain

Auteur : Raymond Relouzat

Le livre de M. a M. Ngal, Zaïrois, et doyen de la Faculté des Lettres de Lumumbashi, qui a déjà publié sur le théâtre d’Aimé Césaire, et s’intéresse aux tendances actuelles de la littérature africaine d’expression française, est l’une de ces études sérieuses, documentées et réfléchies qu’il faut avoir lues et que l’on ne pourra pas ne pas citer quand on parlera du Martiniquais.
Le principal mérite de ces deux cent soixante quinze pages est de s’intéresser, comme l’indique son titre, à la personnalité de Césaire et à la formation de celle-ci ; à relier ces données à une histoire antillaise, et à conclure très justement de l’homme au poète : révolutionnaire : « Nous avons tracé ainsi l’image de Césaire. L’on peut dire que son itinéraire a été une marche de « perturbation » qui devait passer par le scandale nécessaire et révolutionnaire : l’adolescent réfugié en lui-même devait se libérer par une « crise ». C’est ici qu’il s’agit de relever la place de l’esthétique : elle est fonctionnelle : libératrice et repersonnalisante. Pour se réaliser l’homme a besoin de s’exprimer, de s’extérioriser, de s’exhiber, de jouer en quelque sorte son existence, de se la représenter. L’esthétique césairienne est un moyen trouvé par l’auteur pour résoudre ses contradictions internes et réaliser sa personnalité ».
C’est ainsi que l’auteur, dans une première partie, étudie le rôle formateur de la famille Césaire, privilégiant deux figures d’ancêtres : un aïeul révolté en 1833, et une grand-mère dont l’influence a été déterminante. Loin cependant de ne s’intéresser qu’à l’enfance il nous amène à comprendre l’aspect rimbaldien du poète en attirant notre attention sur une période mal connue de sa vie, son adolescence, qui fut solitaire. Il indique aussi combien furent déterminantes la rencontre de Léopold Sédar Senghor, et les années d’études parisiennes. Surtout, il attire notre attention sur la crise morale qui débouche sur l’option définitive symbolisée par le cahier : l’identité retrouvée, la rupture avec un mode de penser et d’agir, qui devait déboucher sur le « Cahier d’un retour aux pays natal ».
C’est donc un homme aux prises avec les exigences de son destin que nous décrit M. a M. Ngal, qui analyse également la fonction libératrice du poème tragique césairien. Peut-être retrouve t-on trop souvent, dans cette partie, des sous-titres tels que « La magie du verbe », « le tam-tam : cri nègre », qui, s’agissant de poésie dite « noire » ont été utilisés jusqu’à plus soif. Peut-être qu’après avoir posé Césaire comme un homme de contradictions, l’auteur ne fait-il pas suffisamment ressortir le caractère tragique de son œuvre poétique et théâtrale, au profit d’une analyse des procédés esthétiques, et des influences littéraires qui ne met pas véritablement au jour les significations profondes de l’œuvre : mais peut-on lui en tenir rigueur ? Césaire parce qu’il est un homme difficile, est un auteur difficile et nous devons en savoir d’autant plus gré à des études comme celle-ci de la faire mieux connaître.





Site réalisé avec SPIP avec le soutien de l’Agence universitaire de la Francophonie