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LE CHATEAU OU KAFKA REVISITE
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Ethiopiques numéro 6 1976
revue socialiste
de culture négro-africain

« Revisité » est un mot qu’affectionnent les critiques Américains pour dire que l’on part comme en pèlerinage à redécouvrir un auteur oublié. J’ai revisité le château de Kafka.
Du monde de Kafka on a donné des interprétations, toutes valables sans doute : l’exorcisme du père ou le procès fait à Dieu, et l’atroce métamorphose pourrait bien n’être qu’un procès fait à soi à cause de Dieu, ou à cause de sa propre impuissance à lier avec les autres des rapports grégaires harmonieux ; mais on peut choisir aussi de ne voir dans les longs cauchemars du procès et du château qu’une préfiguration lucide des labyrinthes où nous trébuchons vers nulle part entre des montages froids et inflexibles. Un univers d’inévitable culpabilité aussi où tout citoyen vit en instance de sommation, où il suffit de vivre insoucieux un temps pour avoir transgresse un délai, où chacun n’a qu’à penser pour découvrir son délit, ne serait-ce que celui de ne pas connaître par coeur toutes les lois, tous les règlements qui régissent la vie civile et le civisme.
En toute justice, on devrait ouvrir les cellules de tous ceux qui ont été « pris » et proclamer prison l’espace civique entier, en exceptant les maîtres du château : ceux qui ont fait les lois et ceux qui veillent sur elles... Et encore ! car qui connaît la loi, si l’on voit quotidiennement procureurs et défenseurs débattre entre eux ces mêmes textes dont chacun, homme de lettres ou sans lettres, est censé connaître le sens et la portée.
Kafka pour rire ? Que non pas ! Une grande dame de notre société sénégalaise disait récemment que ses cheveux se hérissaient à la pensée de quelque homme simple et illettré venant de son village pour aborder dans la grande ville les bureaux. Son problème : Trouver le maître du Château.
Il faut relire Le Château, et ensuite entreprendre de suivre une cause dans « le Circuit », comme on dit. Si on en faisait un roman, personne ne voudrait le lire, disant : « u, il a plagié Kafka ». Mais quelqu’un sans doute, au risque de passer pour plagiaire, aura le talent de décrire l’univers de ces fonctionnaires, souvent aimables, souriants et serviables, qui mettent vos pieds dans des sentiers qui ne conduisent nulle part.





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