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PROBLEMES D’EXTENSION SCIENTIFIQUE
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Ethiopiques numéro 13,1978
revue socialiste
de culuture négro-africaine

Auteur : Souleymane Niang

« Les problèmes d’extension » peuvent être entendus de diverses façons. On se restreint ici, dans un souci d’efficacité, aux questions d’extension scientifique dans une perspective générale du développement de nos pays.
Sous cet aspect, on se bornera d’ailleurs à examiner seulement les conditions d’une telle extension, c’est-à-dire à dénombrer certains facteurs simples, nécessaires -mais peut-être pas suffisants- à toute extension scientifique favorable à un développement national et international.
A la base de tout prolongement de la science, se trouvent d’abord posés les problèmes de compréhension et d’assimilation des phénomènes déjà étudiés et des résu1tats généraux déjà acquis. Cela est fondamental à l’avancement de toute science, ainsi qu’à ses diversifications. Dès lors, ce qui est important, c’est de préparer la jeunesse à la compréhension des sciences et des techniques, c’est de lui donner des motivations tendant à susciter des vocations. Ces motivations peuvent être fournies dès l’école primaire, car, à l’origine de toute science, abstraite ou non, se trouve le concret. C’est d’abord à partir de l’observation des champs réels, que s’élaborent les premières hypothèses et que se bâtissent les premières théories.
L’abstraction naît, tout au moins à un certain niveau initial, du raisonnement sur le concret. Ce raisonnement maîtrise ensuite ce dernier pour le raffiner et le dominer totalement enfin.
Il paraît, par conséquent, souhaitable d’intéresser l’enfant à son milieu environnant de manière à le rendre sensible aux transformations naturelles simples, à certains cycles naturels observables. A cet effet, des « leçons de choses » et des séances d’observations, prévoyant des visites et des excursions, devraient occuper une large place dans les programmes des écoles primaires. Ces leçons auraient pour but d’éveiller la curiosité de l’enfant et d’emmener celui-ci à s’interroger et à se poser des questions pour acquérir une attitude scientifique le plus tôt possible. Car il est indispensable, dans toute démarche scientifique, de se poser des questions.
Evidemment, cela ne suffit pas, mais cela est central puisque c’est cela qui mène vers le chemin de la réflexion. Et pour que celle-ci soit féconde, il faut être armé et préparé par des observations, par des comparaisons, par une certaine méthodologie. Et c’est cette réflexion, c’est cette méthodologie qui prépare à la compréhension des phénomènes scientifiques par l’intermédiaire des questions soulevées par l’observation. Et s’il n’est généralement pas possible de répondre à toutes ces questions, il semble cependant intéressant de distinguer plusieurs cas.
A un niveau élémentaire, qui concerne pratiquement l’école primaire et le premier cycle des lycées et collèges, il s’agit essentiellement de susciter des centres d’intérêt, des centres d’éveil. Ces centres peuvent être judicieusement créés de telle façon qu’on puisse théoriquement répondre aux questions fondamentales posées. Mais, pratiquement, il y a avantage à ne pas répondre à toutes ces questions, soit parce que les connaissances des élèves sont encore embryonnaires pour saisir la portée des raisonnements, soit parce qu’on désire simplement que l’enfant trouve lui-même la réponse à sa question.
Il est à peine utile de souligner, au passage, que ce stade préparatoire à la compréhension scientifique est particulièrement important pour la formation des cadres moyens scientifiques et techniques.
Après le niveau élémentaire, il y a, concernant principalement les cycles secondaires, un niveau moyen où doivent s’introduire des études théoriques ; mais celles-ci partiront autant que possible d’observations et seront illustrées par de nombreux exemples d’applications.
Il faut que les enfants comprennent la signification profonde de ce qu’on leur fait découvrir, il faut surtout qu’ils apprennent à aimer les manipulations et les travaux pratiques, qu’ils sentent les liens et les rapports étroits qui existent entre le concret et l’abstrait. Trop souvent, hélas, nous nous complaisons dans l’abstraction et nous négligeons les applications ; trop souvent, nous développons inconsidérablement la théorie, dans les sciences de la vie, sans nous référer au réel. Or, au niveau moyen, la théorie n’a de sens que par rapport au réel ; elle n’a de valeur de développement que par référence aux objets et aux êtres qu’elle schématise et aide à comprendre. Si nos élèves, si nos enfants se détournent si aisément de notre enseignement, s’ils ont peu de goût pour la technologie, c’est en grande partie dû à cela.
Dès lors, toute politique d’extension scientifique devrait, après la phase préliminaire de préparation à la compréhension, s’attacher à développer des écoles professionnelles et des lycées techniques, où, après l’observation, on s’initie à la pratique scientifique par des procédés appropriés. C’est à partir de ces établissement qui ne méconnaîtront pas, bien entendu, les problèmes théoriques, qu’on pourra déceler les éléments aptes à poursuivre, dans de bonnes conditions, des études scientifiques et technique de haut niveau universitaire.
A ce dernier stade, l’enfant, devenu adulte, a été suffisamment préparé et motivé pour être capable de schématiser adéquatement le concret, pour tenter d’élaborer des théories adhérentes à son schéma. Les études purement abstraites peuvent alors être entreprises et doivent être poussées le plus loin possible, en relation étroite, dans certains domaines, avec des activités de laboratoires et des stages sur le terrain, suivant les spécialités choisies. Il faut, en effet, au niveau universitaire, spécialiser -et fortement- les étudiants, de manière que les connaissances acquises soient solides et portent le sceau d’une véritable compétence. C’est à ce niveau que la compréhension scientifique s’épanouit, c’est à ce niveau qu’une véritable attitude scientifique se manifeste et que l’esprit de créativité, indispensable à tout développement, s’affirme et s’impose ; c’est à ce niveau que la rigueur et l’esprit de jugement conjugués corrigent, éventuellement, certaines conclusions hâtives et conduisent à des résultats originaux, à des connaissances nouvelles.
On observera, cependant, que la spécialisation dans une discipline suppose, pour être féconde, que l’on prête quelque attention aux disciplines voisines, dont on doit avoir quelques idées précises et connaître les lignes directrices. Cela est capital pour l’avancement des sciences.


Le problème de la vulgarisation

Les considérations et les méthodes d’approche ci-dessus indiquées supposent une scolarisation complète de la jeunesse. Malheureusement, dans les pays négro-africains, et pendant longtemps encore, une fraction notable de la jeunesse n’est pas et ne pourra pas être scolarisée. Or, pour un développement harmonieux, il importe que cette jeunesse soit largement informée des questions scientifiques et techniques afin que son insertion dans les courants du progrès se fasse mieux au profit de tous. Il ne s’agit pas là, d’ailleurs, de problème de compréhension, mais plutôt de vulgarisation scientifique et technologique destinée à sensibiliser ce qu’il est convenu d’appeler les masses, pour que celles-ci, dans les domaines les plus divers puissent utiliser, au mieux, des techniques pour un meilleur rendement de leur travail. A cet effet, on pourrait créer des centres de vulgarisation, où les populations pourraient se familiariser avec les techniques simples, utiles à leurs activités de base. On pourrait aussi faire appel à des moyens de transmissions et de diffusion modernes, tels que la radio, la télévision, la presse et peut-être l’édition. Dans ces cas, certaines précautions sont nécessaires.
S’agissant de la radio et surtout de la télévision, il faudrait d’abord s’assurer que les émissions sont bien faites et à la portée des utilisateurs. Il faudrait, ensuite, pour éviter tout échec, que ces émissions se fassent en langues maternelles ou nationales, lesquelles devraient aussi être nécessairement utilisées pour la vulgarisation par la presse et l’édition. Nous abordons, là, un problème important, celui de la transcription des langues locales, sur lequel nous reviendrons d’ailleurs, car il est essentiel, non seulement pour la compréhension, mais aussi et surtout pour la transmission des connaissances, transmission indispensable à toute extension scientifique.
Pour le développement de la Science il faut, en même temps qu’on prépare à la compréhension, assurer, par des méthodes adéquates, une transmission continue des connaissances. C’est une question de transfert vitale pour tout pays. Ce problème de transfert est un problème général d’éducation, un problème de pédagogie. Il concerne naturellement toutes les disciplines, mais il revêt une importance particulière pour les disciplines scientifiques, notamment pour les sciences exactes. Il est bien connu, en Mathématique par exemple, que « c’est tout jeune que le talent a coutume de se révéler ». Aussi est-il nécessaire de faire en sorte que nos systèmes de transmission de connaissances soient cohérents et s’intègrent dans une pédagogie appropriée. Cette pédagogie, qui doit être différenciée devrait, pour être efficace, s’appuyer d’abord sur la psychologie de l’enfant. Des recherches sérieuses sont à entreprendre et à poursuivre en profondeur dans ce domaine par des psychologues africains en liaison avec des psychopédgogues et des sociologues. On doit prendre garde de se contenter seulement de tests et de méthodes classiques en usage jusque là dans divers pays pour donner des interprétations et des conclusions souvent hâtives, interprétations et conclusions qui ont écarté, et continuent d’écarter sans doute, des chemins de l’école beaucoup d’enfants capables de poursuivre des études scolaires et même universitaires.
Le champ dans lequel on opère ici est si riche et si varié qu’il importe de prendre tout son temps pour faire des expériences de longue durée sur des échantillons nombreux et divers afin de parvenir à dégager des structures qui laissent le moins de place possible à l’erreur. Car il s’agit, au-delà de l’instruction, d’assurer, par l’éducation, et la formation morale et la formation professionnelle de l’individu. Et une pédagogie bien conçue, postulant la primauté de l’éducation sur l’instruction, doit s’appuyer, non sur une psychologie « factorialiste », mais sur une psychologie « éducationnelle » tenant compte à la fois des différences et des complémentarités.
Il y a donc lieu de s’orienter vers une véritable pédagogie de la science pour asseoir, par l’éducation, des fondements solides et sûrs pouvant servir de base à une bonne transmission des connaissances. C’est ainsi qu’en Mathématique des efforts méritoires sont faits et se poursuivent pour créer une pédagogie de la Mathématique, qui devrait être un maillon plus général de cette pédagogie de la science. Il est grand temps de rompre avec de petites innovations sans lendemain qui tendent, sous prétexte d’originalité, à remplacer les systèmes traditionnels par des systèmes nouveaux mais qui, pas plus que ces systèmes traditionnels, ne reposent guère sur des critères valables.
Toute pédagogie scientifique devra éviter de tomber dans certains pièges qui mènent à la ruine de l’école et à la sclérose de la science. L’éducateur n’est ni un prêtre, ni un juge, ni un thérapeute. Il est celui qui, dans la diffusion des connaissances, tient compte de l’environnement, de la personnalité de l’individu et de son génie propre, du désir de chacun de comprendre et aussi de se faire comprendre. Il y a là d’immenses difficultés, mais aussi d’immenses possibilités d’expansion scientifique.
En attendant l’élaboration d’une véritable pédagogie de la science, il faudra naturellement exploiter au mieux les systèmes actuels.


Nécessité d’employer les langues nationales

Dans cette optique il apparaît nécessaire et urgent d’utiliser les langues maternelles ou les langues nationales. C’est là, encore une fois, un problème vital pour les négro-africains. Il ne s’agit nullement d’enseigner la science dès l’école primaire ; il s’agit au-delà d’une préparation minutieuse à la compréhension du phénomène scientifique, de se servir de la langue dans laquelle pense d’abord l’enfant pour familiariser celui-ci avec le langage scientifique et l’emmener ainsi, pas à pas, au cours de sa formation, à avoir, par suite de motivations suffisantes, des attitudes scientifiques. La science ayant besoin d’éléments jeunes, toute pédagogie efficace doit avoir recours aux vertus des langues maternelles.
Ce problème des langues maternelles est d’ailleurs intimement lié à celui de créativité scientifique, indispensable à toute extension de la science, la langue maternelle étant le support naturel de la pensée et le fondement, chez l’enfant comme chez l’adulte, de toute schématisation cohérente du réel, de toute compréhension et de toute transmission du savoir. Que notre formation actuelle et les habitudes acquises, héritées de systèmes étrangers, ne nous aveuglent pas et ne nous aliènent pas au point de méconnaître que notre développement exige que notre jeunesse soit élevée et éduquée par des méthodes tenant compte de l’ensemble de nos propres valeurs et favorisant l’éclosion de nos propres structures de pensée, par l’introduction de nos langues, facteurs d’accroissement de notre pouvoir de création,
L’esprit de créativité et le pouvoir de création d’une société, d’une nation sont en effet à la base de toute extension scientifique et de tout développement économique de cette société ou cette nation. Il est dès lors nécessaire de favoriser l’esprit de créativité de l’homme en favorisant son désir de transformer et de créer. Outre la préparation à la compréhension des phénomènes scientifiques par les langues maternelles, cela suppose d’abord qu’on lui transmet des connaissances récentes et qu’on lui indique ensuite les nouvelles formes de pensée. Car toute création naît, ou d’un prolongement des connaissances acquises dans des domaines déterminés, ou d’une révision positive, de ces connaissances, ce qui exige, dans tous les cas l’inventaire complet de ces connaissances. Réfutations positives et prolongements des théories grâce à une assimilation profonde de ces théories et à une bonne intuition éclairée par la logique, telles sont les sources fécondes de toute création.
Si l’esprit de créativité doit s’acquérir dès la prime jeunesse, le pouvoir de création doit être développé progressivement à l’Université, considérée ici comme un lien de transmission vivante et de création de connaissances, peu importe d’ailleurs leur nature et leur utilité, pourvu qu’elles débouchent sur des formes nouvelles de pensées.
Le rôle de l’Université est donc essentiel pour tout pays, notamment pour les jeunes nations négro-africaines. Il en résulte que toute politique africaine d’extension scientifique devra tendre à créer des Universités et à les structurer fortement de manière à y développer à la fois la recherche dite appliquée, cette dernière devant principalement être dévolue à des organismes non universitaires, publics ou privés, soucieux avant tout -dans le cadre d’un programme intégré- de réalisations pratiques.
Il faudrait, au passage, dénoncer ici cette propagande nocive, inspirée par des « conseillers techniques », qui affirme que la recherche fondamentale est un luxe pour les pays dits en voie de développement, lesquels devraient seulement se contenter de n’être que d’éternels consommateurs de biens d’équipements -comme si, au fond, leur sous-développement n’était pas dû à une faiblesse de créativité scientifique ! Un peuple qui ne participe pas au mouvement de la science, un peuple qui ne crée pas, qui ne transforme pas, qui ne diffuse pas de connaissances nouvelles, bref un peuple qui ignore la recherche fondamentale est un peuple folklorique, à jamais perdu, parce qu’enfermé dans un état permanent d’immaturité et maintenu dans une éternelle dépendance, dans une éternelle aliénation.
Pour nous faire une place dans ce monde, il nous faudra contribuer au développement de la science par la recherche fondamentale et participer activement au dialogue des communautés et des nations.
Nous avons bien sûr des priorités et nos moyens sont très limités, mais si limités que soient ces moyens et si urgentes que soient ces priorités, il existe, il existera toujours des domaines précis où nous pourrons nous livrer à la recherche fondamentale tout en nous attachant à résoudre ces priorités par le biais d’une recherche orientée. Tel est le cas en Mathématique, tels sont aussi par exemple, les cas en Physique théorique et dans certaines recherches expérimentales en physique, en biologie, en médecine, en géologie... Ce serait une grave erreur que de croire qu’il nous faut nous contenter de former des cadres techniques moyens, la formation éventuelle de quelques cadres supérieurs de conception étant confiée à l’Etranger. Il faut faire en sorte que nous formions nous-mêmes à la fois des cadres moyens et des cadres de conception, et que nous vivions notre propre expérience, en liaison naturellement avec le monde extérieur.


Associer les chercheurs

Dans ces conditions il faut une politique continue d’extension scientifique conçue avec la participation des chercheurs. Aucun programme de développement scientifique et économique ne devrait être élaboré sans avis des Universités et des autres laboratoires de recherche. Et tout programme de recherche devrait amplement tenir compte de l’intégration entre culture scientifique et recherche scientifique, donc porter un intérêt notable à la recherche fondamentale à l’Université. Entre ce1le-ci et les établissements de recherche publics ou privés qui doivent être créés ou se constituer, seront tissés des liens organiques appropriés pour favoriser l’esprit de créativité et la diffusion de connaissances nouvelles. C’est ainsi que les chercheurs non universitaires qui ont tous été formés à l’Université ou dans des instituts similaires devraient rester en contact permanent avec l’Université pour une meilleure coordination entre recherche fondamentale et recherche appliquée. Cela suppose, dans toute politique efficace, que des conditions adéquates sont aménagées et qu’un statut avantageux du chercheur est formulé de façon à préserver l’esprit de liberté et de jugement -facteur de créativité- et à permettre la naissance et la survie d’associations scientifiques nationales et internationales. Il ne servira à rien, pour l’avancement des sciences et le développement de la technologie, de prôner la recherche, de constituer des organismes étatiques de recherche et de fabriquer des plans de développement si, au préalable, on n’a pas su créer, par des dispositions particulières, des conditions privilégiant le chercheur. Qu’on le veuille ou non, les vocations à une fonction sont partout déterminées par les avantages attachés à cette fonction. Faute de prendre en considération cette observation banale, toute politique d’extension scientifique est vouée à l’échec, parce qu’encourageant ce qu’on appelle si fâcheusement la fuite des cerveaux.
Cette fuite des cerveaux, due principalement à une mauvaise politique scientifique, est rendue possible par le fait que la recherche ne connaît pas de frontières géographiques. Toute recherche importante qui aboutit déborde largement le cadre national.
La pensée scientifique et le désir de créer de l’homme sont généralement indépendants de la société à laquelle il appartient. Seul le pouvoir de création de l’être est fonction de son milieu environnant. Il en résulte que toute politique d’extension scientifique est aussi liée à une politique d’échanges internationaux. Il est dès lors nécessaire, pour accroître le potentiel scientifique national, de créer, outre des organismes internes de recherche, des organismes externes régionaux d’informations et d’échanges au sein desquels pourront être définis certains objectifs, certains programmes directionnels, en même temps qu’une certaine répartition des tâches à entreprendre. Une collaboration étroite entre centres nationaux, entretenue par des consultations et réunions périodiques telles que colloques et séminaires devra ainsi être envisagée.
Dans cette perspective, les Universités ont naturellement un grand rôle à jouer. C’est à elles de se tourner vers les autorités politiques et administratives pour solliciter des réactions favorables à de tels regroupements ; c’est à elles, ensuite, de prendre l’initiative de provoquer des rencontres entre chercheurs, d’abord au niveau régional, puis au niveau inter-régional et international ; c’est à elles de faciliter les échanges et d’encourager la création d’instituts techniques supérieurs régionaux pratiquant des recherches appliquées et dispensant un enseignement à but utilitaire. C’est semble-t-il, le moyen le plus adapté pour briser l’isolement nation, faire le point des connaissances acquises et des recherches entreprises et de travailler ainsi, dans de bonnes conditions, à l’avancement de la science.
Il faut, dans cette démarche tenir compte des possibilités nationales et régionales, empêcher les « recouvrements », opérer certains choix, accepter une politique pas trop centralisée de planification de la recherche à condition, encore une fois, que cette politique soit faite avec 1a collaboration des chercheurs et garantisse dans une large mesure, leur liberté d’action. Car, s’il est normal que les pouvoirs qui supportent la recherche aient un droit de regard sur cette recherche, il faut éviter que l’avancement de la science ne soit sensib1ement freiné par des préoccupations immédiates de ces pouvoirs. Il est indispensable qu’à ces préoccupations d’ordre pratique s’ajoutent des préoccupations d’ordre théorique dictées par le seul désir de l’homme de créer.
Cela étant, au sein de la coopération régionale et internationale, doivent naître des conseils scientifiques -avec des commissions de rédaction et de publications de travaux- regroupant des chercheurs confirmés, pour un meilleur choix de thèmes d’investigation, une meilleure stratégie de la recherche.
Ces quelques considérations relatives à l’extension de la science pour le développement -à savoir l’initiation et la préparation à la compréhension scientifique, la transmission des connaissances récentes par une pédagogie appropriée, l’esprit de créativité et la création de ces connaissances par la recherche grâce à une politique scientifique cohérente, la coopération régionale et internationale posent sans aucun doute beaucoup de problèmes et soulèvent bien de difficultés. Une de nos tâches prioritaires consiste à essayer de les résoudre le plus tôt possible pour vivifier nos valeurs, reconquérir notre indépendance culturelle et participer effectivement au développement scientifique et technologique mondial.





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