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DOCTEUR LUMIERE, ROGER DE BENOIST
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Ethiopiques numéro 9
revue socialiste
de culture négro-africaine, 1977

Auteur : Djibril Tamsir NIANE

Il a paru, en décembre 1975, aux Editions SOS, 106, Rue du Bac, Paris, un ouvrage de Roger de Benoist, père blanc, consacré au sacerdoce du Père Goarnisson, en Haute-Volta.
Le père Goarnisson a consacré toute sa carrière à évangeliser et à soigner (car il est docteur en médecine) les populations de la Haute-Volta.
Bien des missionnaires ont accompli œuvre utile en Afrique noire. La publicité a fait la renommée de certains d’entre eux.
Le père Goarnisson se voulait discret et, pendant quarante ans, il voyage de village en village. Ici, c’est le Docteur qui prime ; là, c’est le théologien qui parle. Ce héros « obscur »serait passé sans tapage, laissant seulement aux populations qu’il a soignées le souvenir du père idéal, toujours dévoué. L’ouvrage de Roger de Benoist a déchiré les voiles et il nous faut reconnaître, dans les détails, les actes quotidiens mais sublimes d’un véritable apôtre.
Cet ouvrage est à la fois un documentaire vivant sur la Haute-Volta et un témoignage de l’action missionnaire qu’on a parfois confondue avec l’action du colonisateur.
L’ouvrage n’est pas une biographie mais le compte rendu fidèle d’une action qui s’est déroulée sur quarante ans. .C’est l’histoire de la lente évangélisation de la Haute-Volta, c’est aussi l’histoire de la lutte persévérante contre les endémies dont la Haute-Volta était un des plus grands foyers (maladie du sommeil, onchocercose).
On peut diviser l’ouvrage en deux parties :
1°) Le médecin
2°) L’apôtre évangélisateur.
Division bien arbitraire puisque le plus souvent le médecin et le père opèrent en même temps.
Les trois premiers chapitres sont consacrés à la naissance de la vocation de médecin et de prêtre du héros.
Le chapitre 4 nous introduit en Haute-Volta avec le père Goarnisson en 1931. Deux rencontres importantes : celle de la langue d’abord. Pour soigner et enseigner, il faut parler la langue du pays, le missionnaire se met aussitôt à l’école de la langue moré. Pendant six mois, il étudie la langue, « assiste aux examens des catéchumènes ». Bientôt, il parlera couramment les langues du pays. La deuxième rencontre importante est celle de Pabré, village de séminariste. Il découvre qu’au cours des matches de foot-ball les fractures sont nombreuses. Alors, le médecin devient diéteticien, il se penche sur l’alimentation des séminaristes :« l’alimentation des séminaristes est trop pauvre en protéine et en calcium ». Dès lors, on abat des moutons, on fait manger fruits et légumes et les émules de Pelé deviennent vigoureux. Le succès est éclatant. Les supérieurs du père Goarnisson hésitent entre l’employer comme médecin à plein temps ou comme missionnaire.
Son action de missionnaire est au début limitée par le problème de langue, et le médecin l’emporte. Aussi travailla-t-il au laboratoire de bactériologie récemment créé ; dans le même temps, il opère et s’avère excellent chirurgien. Sa connaissance de la langue s’affirme et il devient de plus en plus utile à la mission sur le double plan médical et sacerdotal. On lui confie les quartiers sud de la capitale. Sa méthode, il la définit ainsi : « Je fais de l’apostolat par une double méthode : apostolat direct comme prêtre, apostolat indirect comme médecin  », page 54.
Les chapitres 5, 6, 7 et 8 nous montrent le médecin en pleine activité contre la maladie du sommeil qui fait des ravages ; avec les sœurs, il opère des cataractes, c’est la lutte contre l’onchocercose ; dans cette foulée, on forme des infirmiers, des infirmières et des « animateurs ruraux ».
Le père Goarnisson lie l’enseignement à la recherche. Il travaille activement au petit laboratoire de bactériologie. Surtout il anime le service de prophylaxie de la trypanosomiase. On connaît le succès de la lutte contre la maladie du sommeil qui a quasiment disparu en AOF entre 1940 et 1947. Mais le grand mérite du docteur prêtre est d’avoir formé des infirmières noires, capables d’opérer les trichiasis et bientôt la cataracte. Son dispensaire connaît un succès éclatant ; il opère et rend la vue aux aveugles d’où son nom de « Docteur Lumière ». Son service d’ophtalmologie, créé dans des conditions difficiles, rend le plus grand service à toute la Haute-Volta. Mais le missionnaire officie, enseigne en même temps qu’il soigne. Activité débordante, mais passionnante, pour celui qui a choisi de soigner les corps et de sauver les âmes.
En 1948, lorsque la Haute-Volta fut reconstituée, le père Goarnisson participe aux élections, sa liste l’emporte. A la nouvelle assemblée territoriale, il est premier vice-président ; le père se bat pour l’égalité : « à diplôme égal et rendement égal, salaire égal ». Action politique qui renforce l’action du missionnaire et du médecin.
Le Dr. publie, en 1948, le Guide médical africain ; ouvrage destiné aux médecins et infirmiers, c’est le fruit de 15 ans de pratique ; ouvrage remarquable, qui a rendu d’éminents services.
La politique et la lutte de libération ont peu affecté les activités du missionnaire médecin, aimé de tout le monde.
Retiré à la mission de Ouagadougou, le père prie et soigne ; rien n’a altéré sa bonne volonté et son enthousiasme.
Ce père docteur, qui a su allier sa mission à la politique, est élu pour la troisième fois au conseil territorial en 1957. Insistons bien sur le fait que le père docteur est sollicité par les dirigeants et les populations et qu’il n’y a chez lui aucune intention de faire de la « politique ». Son action politique débouche sur la réalisation d’un grand rêve : la création en 1962 par le gouvernement voltaïque d’une école d’infirmiers d’Etat.
Bel exemple d’apostolat offert à la méditation de tous que la vie et l’œuvre du père Goarnisson.
Le livre est écrit dans un style sans prétention ; lecture agréable, mais édifiante.
Ce livre est un témoignage sur un moment de l’Histoire non pas seulement de la Haute-Volta mais de toute l’Afrique occidentale francophone.





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