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LES RESSOURCES INTERNATIONALES EN BON SENS
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Ethiopiques numéro 03
revue socialiste de culture négro-africaine
juillet 1975

Auteur : Franck HAMON

« Le temps du monde fini », si cher à Valery, va-t-il enfin entreprendre de vivre ? Les conquêtes sont désormais conjuguées au passé, la terre est « cotée » sur les cartes géographiques au centimètre carré près, les frontières sont presque à jamais tatouées sur les continents et il est l’heure, aujourd’hui ou demain, au plus tard, de s’entraîner à vivre ensemble.
On commence à comprendre -mais cela écorche encore les vieilles habitudes- qu’il est, à tout jamais vain, de recourir aux si charmantes et exotiques expéditions punitives, aux embargos et aux blocus, comme à la panacée de tous les maux du monde, et qu’il est chimérique, - j’allais écrire hypocrite -d’encore se réfugier sous l’ombre boiteuse des « lois naturelles du Marché » pour laisser les choses en l’état avec ce même irréfutable alibi que pratiquaient les médecins de Molière lorsqu’ils expliquaient en latin l’incommensurabilité de leur incurie.
Le XVIIIe, le XIXe et le début du XXe siècle ont été nécessaires à l’élaboration du grand inventaire des ressources du monde, mais maintenant que la prospection, la répartition, l’appropriation et le bornage sont des réalités, c’est vers une ère de relations et non de confrontations que nous devons aller.
Evidemment, les pays riches et les pays pauvres - puisque bien sûr, c’est toujours d’eux qu’il s’agit - se méfient de cette originalité. Surtout les premiers. Le monde occidental n’est pas habitué à ce que l’on conteste son hégémonie cordialement autour d’une table de conférence. Là où il a dérapé, et ne peut se relever seul, il tolère que l’on négocie parce que, dit-il, c’est l’intérêt commun, mais partout où il n’est pas encore suffisamment vacillant, il voit de l’aigreur, et de l’impudeur chez ceux qui osent lui rappeler que condamnés à mort par une vieille loi, ils entendent aujourd’hui mourir comme tout le monde, - comme les riches, des mêmes maladies, pendant la digestion.
En espérant ce jour glorieux, ils profitent - les opportunistes - des moindres faux-pas de leurs maîtres d’antan pour se serrer bien fort les uns contre les autres, et montrer qu’ils sont là, unis, solidaires, disponibles, et qu’ils attendent.
Si l’Union fait la force, diviser c’est régner. C’est un principe ancien mais ça se pratique encore. La preuve, chez ceux qui ont crié, fort à propos, pensaient-ils : « Haro sur l’OPEP, qui laisse choir ses anciens frères de misère », oubliant qu’eux-mêmes avaient négligé ce devoir du temps qu’ils étaient un peu riches - Manoeuvre vaine - La preuve chez ceux - les mêmes, je crois - qui, marivaudant aimablement avec leurs fournisseurs de pétrole, disaient : « Mais nous sommes du même monde ; vous étes riches comme nous ; alliez-vous donc à notre technologie et ne vous occupez pas de ces miséreux qui n’en veulent qu’à vos sous » -Manoeuvre également vaine !
Pour certains, l’opulence et la richesse dominent, pour certains autres, elles n’ont de sens que partagés entre tous.
L’intérêt -celui des riches aussi, mais ils préfèrent employer le mot « Solidarité » lorsqu’ils sont conduits à de telles extrêmes - impose d’entamer aujourd’hui la plus importante partie d’échecs que le monde eut jamais à jouer. Une partie bien étrange ou chacun s’obligera de ne pas gagner pour éviter d’y perdre, pour éviter que par pure prétention, orgueil, ou simplement entêtement, on en arrive à ne pas accomplir le seul acte universel, mais l’autre : La guerre ! La guerre mondiale, ça va de soi !
Souvenez-vous, on a fait les deux premières pour un peu moins que ça !


Entendons bien : il y a sur terre des hommes qui détiennent des produits de base, mais qui n’ont pas de technologie, qui meurent de faim et de misère et que cette situation lasse à force de durer ; il y en a d’autres qui possèdent la « noble » technologie mais qui n’ont pas ou plus de matières premières et voient dans cette pénurie leur fatale limite ; et il y en a comme toujours qui ont tout, et qui sont satisfaits d’être les seuls à tout avoir.
Les premiers, ce sont les pays du Tiers-Monde -l’OPEP en fait partie. L’Europe et le Japon sont de ceux qui se porteraient mieux s’ils avaient ce qu’ils n’ont pas. Les Etats-Unis et l’Union Soviétique forment le troisième groupe.
L’Union est inscrite dans le nom de ces deux pays. Il faudrait faire qu’elle trouve grâce dans les rapports futurs de l’Europe et du Tiers-Monde.
Il faudrait même le faire avec urgence, sans détour, et sans prendre le loisir de politiser le débat. Que l’on comprenne que l’heure n’est pas à la décoration, qu’il ne s’agit pas de se concerter pour savoir si l’on vivra demain dans le rouge, dans le blanc, ou le noir, mais qu’il s’agit seulement d’avoir du bon sens -de celui-là qui ne semble plus être la chose du monde la mieux partagée- et de comprendre cette sérieuse « lapalissade » : ou nous vivrons ensemble, ou nous ne survivrons pas !
La vieille et prestigieuse Europe rendra l’âme sur ses machines vides, à moins que son instinct de conservation ne la pousse à aller dérober, par voies d’armes, ce dont elle a besoin.
Le monde pauvre, qui n’a encore que le nez au-dessus de l’eau, périra de fatigue, s’il ne lui est pas jeté la boue qu’on lui doit ; il périra ou se révoltera et périra après, dans la consolation de n’être enfin plus seul.
Le choix est simple : guerre ou paix.
On ne voit pas d’issues possibles, pas d’avenir profond autre que dans la collaboration intelligente, naturelle et équitable de ces deux groupes qui ne peuvent physiquement vivre l’un sans l’autre.
Tout le problème se situe exactement ici. Alors, que les Etats-Unis, dont chacun connaît l’altruisme sans faille, favorisent par leur action la rencontre des deux déshérités, ce sera sa gloire ; mais qu’ils abusent de leur position pour s’ériger en principal obstacle, eux qui se plaisent à rappeler qu’ils ne sont en rien concernés puisqu’ils ont tout, et l’on chuchotera peut-être : « A l’assassin ! ».
Voilà ! On va dire que je rêve, et que je me complais dans la parodie. La finesse aussi à son charme, c’est vrai. Mais, souvent, lorsqu’un caricaturiste, sur son croquis, grossit exagérément la verrue du Monsieur qu’il dessine, au point qu’on ne voit plus qu’elle, c’est qu’en réalité, ce monsieur sans verrue ne serait plus le même monsieur.
Maintenant, attendons et espérons ! Attendons, car, de la perception d’un fait aux conclusions qui en découlent, il y a un mur si haut que l’on a l’impression que les hommes sont paralysés par la portée universelle de l’acte qui doit naître d’eux.
A moins qu’ils aient l’audace de confronter l’intérêt du monde avec le leur particulier ? Mais non !
Ces hommes qui nous conduisent, ont l’honneur aujourd’hui de pouvoir sauver l’humanité. Sans conteste, ils le savent. Nous les bénirons et l’histoire ne manquera pas de les louer - elle en a si peu l’occasion - s’ils réussissent ; mais nos enfants se frotteront les yeux, effarés de la stupidité de leurs pères s’ils comprennent qu’ils n’ont pas voulu alors qu’ils le pouvaient, alors qu’ils le devaient, et qu’ils savaient comment poser la première pierre du « canton de l’Univers ».
S’ils font cela, c’est qu’il sera trop tard.

APPLICATIONS

CONFERENCE DE L’ONUDI A LIMA

La seconde conférence de l’ONUDI (Organisation des Nations-Unies pour le Développement Industriel) s’est achevée à Lima le 27 mars.
Les délégués du Tiers-Monde n’ont pas réussi, en dépit de certaines concessions, à faire admettre à leurs partenaires industrialisés ce qu’ils souhaitaient ; et même si, par 82 voix « pour », sept abstentions et une voix contre - Etats-Unis - Ils ont adopté « la déclaration et le plan d’action concernant le développement et la coopération industrielle », dite « déclaration de Lima », nul n’oserait parler de succès.

CONFERENCE DES NATIONS-UNIES SUR LE DROIT DE LA MER

Ouverte à Genève, le 17 mars 1975, la troisième session de la conférence des Nations-Unies sur le droit de la mer s’est achevée vendredi 9 mai, par la « non » réalisation d’un accord.
Il faut dire que les questions relatives à la propriété, à l’exploitation des ressources marines vivantes et minérales, sont sujettes à la confrontation des intérêts particuliers et des stratégies globales.

CONFERENCE PEPARATOIRE DE PARIS SUR L’ENERGIE

La conférence de Paris (7 au 15 avril) a échoué.
Le représentant des Etats-Unis, Monsieur Enders, a déclaré que son pays n’acceptait pas une remise en cause du système économique mondial. Cependant, mis à part ce détail, il a ajouté que « l’esprit de dialogue a été très bon ».





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