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Lettres, Civilisation : DICTIONNAIRE DU FRANCAIS FONDAMENTAL POUR L’AFRIQUE, J. David (Paris, Didier, 1974
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Ethiopiques numéro 03
revue socialiste de culture négro-africaine
juillet 1975

Auteur : Mohamadou KANE

« Le Dictionnaire du Français Fondamental pour l’Afrique » est un dictionnaire de langue dont la visée est essentiellement didactique. L’auteur ne cherche pas à rendre compte de la totalité du lexique mais plutôt d’un vocabulaire fondamental à l’usage d’une communauté linguistique précise. L’ouvrage se fonde sur les méthodes d’analyse de la linguistique moderne qui ont déterminé tant la délimitation du vocabulaire analysé que la méthode de description des unités lexicales.
En effet, J. David, suivant la voie tracée par le célèbre linguiste Georges Gougenheim, détermine les unités lexicales qu’il intègre dans son dictionnaire sur le critère de fréquence d’occurrence des unités. Toutefois l’originalité de J. David réside dans le fait qu’il a adapté avec bonheur l’ouvrage de G. Gougenheim au contexte particulier de l’Afrique. J. David tient comptes de réalités spécifiquement africaines et intégrant certaines unités lexicales qui font partie de ce que l’auteur a défini comme le « Français fondamental pour l’Afrique ». Ce dictionnaire est donc, à ce titre, une heureuse réalisation puisque jusqu’à ce jour aucun dictionnaire n’avait tenu compte des besoins particuliers du public africain. J. David intègre des termes aussi variés que des noms de plante (hévéa), de légumes (igname, gombo) et des termes de la réalité quotidienne (harmattan, coupe-coupe, boubou, etc...).
Partant du fait qu’une langue est avant tout un moyen de communication, J. David rend compte de l’usage de la langue non par des citations d’écrivains mais par des énoncés représentatifs de la formulation usuelle d’un locuteur. Cette référence à l’usage contemporain en Afrique amène l’auteur à noter des significations contextuelles de telle ou telle unité lexicale. Ainsi, pour le terme « charlatan », l’auteur supprime les connotations péjoratives spécifiquement européennes (« celui qui exploite la crédulité du public ») pour ne conserver que la signification particulière que ce terme acquiert en Afrique (« médecin indigène plus ou moins honnête qui utilise la médecine traditionnelle). Si donc l’originalité de cet ouvrage est assurée par le choix d’un lexique représentatif, il faut noter toutefois certaines lacunes. De façon étonnante, le terme « hivernage » n’est pas consigné dans ce dictionnaire alors que le terme « hiver » est cité.
D’autre part, une place importante est accordée au français parlé : ceci apparaît dans la notation systématique de la prononciation d’après l’alphabet phonétique international. C’est donc à la réalité d’une langue vivante que s’attache J. David. A ce titre, il supprime également toute indication étymologique. La conception de ce dictionnaire est essentiellement synchronique. De plus, J. David est conduit à inclure dans son dictionnaire des mots grammaticaux et leurs emplois spécifiques, afin de permettre aux élèves africains, à qui cet ouvrage est destiné, de mieux manier la langue française.
Toutefois, sur le plan de la description sémantique, il faut regretter que chaque emploi d’un terme ne soit pas suivi systématiquement d’une liste de synonymes et d’antonymes, éclairant la signification particulière de ce terme, dans tel ou tel contexte.
Si donc ce dictionnaire répond aux besoins réels d’une communauté linguistique particulière, il faut tout de même noter l’insuffisance de certaines définitions. J. David ne tire pas parti de toutes les observations faites par les lexicologies concernant le recours à la synonymie dans la définition des mots. Il est regrettable que nombre de définitions soient circulaires :
poids : ce que quelque chose pèse
peser : avoir comme poids
pointu : qui pique, qui a une pointe
piquer : faire entrer un objet pointu dans la peau
pointe : bout d’un outil, d’une arme qui pique, ou ce qui y ressemble.
Ces définitions sont illusoires et ne peuvent satisfaire un lecteur qui ne connaît pas le sens d’un mot.
Il faut ajouter que J. David n’intègre pas les africanismes qui ont fait ces dernières années l’objet d’une vasque enquête. Il se limite à l’essentiel mais jette les bases d’un travail qui sera repris et approfondi.
Le principal mérite de son dictionnaire, c’est la référence à « l’environnement socio-culturel africain », à « l’experience de l’éléve africain ».
En octobre 1974, une table-ronde, convoquée à Abidjan par les soins de l’AUPELF, s’est longuement penchée sur le problème de l’élaboradon d’un « Dictionnaire du Français d’Afrique » qui devra être partie intégrante du « Dictionnaire du Français Universel ». Allant dans le même sens que J. David, les participants ont estimé que « les créations lexicales des communautés linguistiques francophones en Afrique constituent un précieux enrichissement du patrimoine linguistique et culturel, non seulement interafricain mais aussi international », que « ces créations correspondant à une nécessité d’adaptation au milieu naturel et humain spécifiquement africain ».
Un organisme a été créé qui devra mener cette tâche à bonne fin. C’est dire que J. David a fait oeuvre d’initiateur et que son dictionnaire s’insère dans une vaste entreprise de rénovation pédagogique en Afrique.





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