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LE PROBLEME AGRAIRE A TRAVERS L’HISTOIRE DE HAÏTI ; FRANK BLAISE
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Ethiopiques numéro 08
revue socialiste de culture négro-africaine
octobre 1976

Auteur : Raymond RELOUZAT

M. Frank Blaise, Haïtien, actuellement professeur de Français à l’Athénée de Lisala (République du Zaïre) a récemment fait paraître « Le problème agraire à travers l’histoire d’Haïti ». Si on en juge par les fonctions que l’auteur a exercées en Haïti, nul n’est plus qualifié que lui pour tenter une synthèse sur la question agraire en République d’Haïti. En effet, il s’en est occupé à tous les niveaux, et, pratiquement sur toute l’étendue du territoire national, aussi bien au Nord qu’au Centre, ou au Sud.
Partant de la réforme agraire de Toussaint-Louverture (1796 - 1802), M. Blaise clôt son étude relativement brève, puisqu’elle ne compte que 146 pages, après le Gouvernement de Paul Magloire (1950 - 1956), dont on sait qu’il précéda celui de François Duvalier. Il est dommage qu’une étude aussi importante néglige - peut-être est-il encore trop tôt - une période aussi déterminante que celle que marqua ce gouvernement, l’un des plus longs, sinon des plus tranquilles de l’histoire haïtienne.
Mais M. Blaise sait être concis à défaut d’être prolixe. Le plan qu’il adopte - description de l’action des gouvernements dans le domaine agraire, et bilan de cette action - a le mérite d’aller à l’essentiel. Peut-être la continuité historique en souffre-t-elle, mais ainsi sont mises en lumière les causes profondes, selon M. Blaise, de la stagnation agricole d’Haïti ; érosion, due à un déboisement intensif, morcellement excessif, manque d’instruction des masses paysannes, exode rural, absentéisme.
Une bonne réforme agraire, qui aurait force de loi et ne serait pas détournée de ses objectifs, dont il donne les « étapes » mettrait fin au désordre et à la misère qui caractérisent actuellement la situation de millions de paysans. Peut être la troisième étape, qui nous paraît la plus importante est-elle d’inspiration idéaliste, pour ne pas dire naïve : « la troisième étape envisagerait la distribution gratuite de toutes les terres de l’Etat, de toutes les terres absentéistes, de toutes les terres des compagnies étrangères aux vrais paysans cultivateurs... Les terres seraient distribuées aux vrais paysans cultivateurs, demeurant et domiciliés dans les sections rurales et non aux gens de la ville... ».
De plus, la sixième étape apparaît comme non franchissable, puisqu’elle « serait constituée par l’établissement de fermes d’Etat... Tous les paysans qui ne possèdent pas de terre seraient engagés comme ouvriers ».
Comment distribuer en même temps les terres de l’Etat aux paysans, et établir des fermes d’Etat pour paysans sans terre ? M. Blaise ne le dit pas, et c’est fâcheux.
En conclusion, M. Blaise apparaît davantage comme un empirique que comme un théoricien. Il refuse les enseignements de l’extérieur, qu’il qualifie de solutions d’emprunt, « telles que la philosophie de l’extension agricole américaine », ou chinoise, israélienne ou canadienne. Il pense qu’avec « un peu de bonne volonté » le gouvernement haïtien pourrait élever le niveau de vie du paysan d’Haïti avec la réalisation d’une réforme agraire.





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