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GRIOT-GRIOTISME ET LA PRATIQUE DU JOURNALISME AFRICAIN
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Ethiopiques numéro 11
revue socialiste
de culture négro-africaine
juillet 1977

Auteur : Boubacar Mor Sock

On parle beaucoup de retour aux sources, de négritude ou d’authenticité. Ce besoin d’identification doit pousser à analyser davantage les anciennes civilisations du continent pour les confronter à la réalité nouvelle. Que de rendez-vous manqués en Afrique sans qu’une analyse objective ne soit faite des causes de ces échecs. Il s’agit souvent d’un simple rejet par la base de modèles incompatibles et inadaptés qu’on a voulu plaquer sur un terrain où s’enracinent solidement des réalités sociales et culturelles anciennes.
L’absence de réflexion et d’analyse des fondements de ces réalités fait que les résultats ne sont pas toujours à là mesure des moyens investis. Par conséquent, il appartient en tout premier lieu aux cadres africains de réfléchir, chacun dans son domaine, sur la façon la plus appropriée d’introduire en les adaptant, les systèmes, les méthodes et les techniques que nous propose le monde moderne. Cette réflexion à mener avec le peuple est d’autant plus indispensable qu’il n’y a presque pas un seul domaine où la société traditionnelle ne nous suggère des modèles ou des procédés utilisables une fois réajustés ou renouvelés.
C’est dans ce cadre que nous nous proposons de réfléchir :
- sur la fonction du griot dans la société traditionnelle wolof caractérisée par l’existence de castes ;
- sur la corruption de son rôle, par le phénomène monétaire et l’apparition de moyens modernes de communication en Afrique ;
- sur les devoirs et les responsabilités de journalistes des pays africains en développement.
On compare très souvent, à tort ou à raison, le griot de la société traditionnelle africaine au journaliste-fonctionnaire des Etats sous-développés où la presque totalité, sinon tous les moyens de faire connaître la vérité des faits, des actes et des événements sont dirigés ou contrôlés par l’Etat ou par le Parti au pouvoir. Dans ce contexte certains disent même que le journaliste-fonctionnaire jouit d’une liberté moindre par rapport au griot traditionnel.
Soulignons-le, avant d’aller plus loin ; le griot évoluait dans une société stable et fortement hiérarchisée où les fonctions étaient réparties et reconnues par les différents groupes sociaux. En principe chaque groupe avait des méthodes d’éducation et des systèmes d’apprentissage propres et éprouvés.
L’introduction d’éléments perturbateurs par le système colonial n’a pas épargné le comportement social et culturel des populations colonisées. Le griot s’est progressivement écarté du roi en perte de prestige pour se laisser aliéner par la classe des premiers auxiliaires de l’appareil colonial parmi lesquels les chefs de canton et autres agents proches des commandants de l’époque.
Il s’impose, aux yeux de la société, comme spécialiste de la flatterie. Il passe son temps à circuler entre les allées du pouvoir et les salons des auxiliaires de la colonisation en quête de faveur ou de passe droit. C’est cette pratique que les Sénégalais appellent faire du « griotisme »
Mais revenons en arrière pour, d’abord, situer le personnage dans la société traditionnelle. On indique que le mot griot vient du mot « guève » qui veut dire en ouolof cercle. Le mot « gueveul » qui est la traduction du mot griot dans la même langue évoque l’image d’un personnage qui « sait tout » qui évolue au milieu d’un cercle. Mais certains chercheurs défendent la thèse selon laquelle le mot « guéveul » n’est qu’une simple déformation du mot « gaolo » qui désigne le guitariste-chanteur en poulaar.
L’analyse des fonctions du griot dans la société traditionnelle ouolof marquée par l’existence des castes permet de mieux situer le personnage et ses perspectives d’évolution. Les fonctions sociales y étaient confiées à des groupes castés ou non qui avaient chacun ses secrets, ses méthodes propres de transmission des connaissances et des techniques. C’était dans la caste des griots où l’on trouvait les musiciens, les chroniqueurs et les archivistes des faits historiques. Ils étaient le plus souvent attachés aux grandes familles régnantes. Les plus distingués étaient au service exclusif du Roi. Il en faisait des conseillers ou des porte-parole.
Dans ce contexte le griot le plus redouté était le griot conseiller principal du Roi. Il était à la fois responsable de la santé morale du royaume et organisateur des réjouissances populaires. Doté d’un savoir-faire exemplaire et d’une faculté de mémorisation extraordinaire, il était une sorte de mémoire sociale qu’on peut solliciter en cas de nécessité pour situer un événement ou un fait par rapport au passé, pour déterminer une conduite sociale face à un problème.
Il peut donc présenter l’événement d’une façon telle qu’il puisse atténuer les tensions sociales qui peuvent naître d’une certaine manière d’interpréter le passé. Il est parfaitement au fait des capacités et des limites d’acceptation, disons de la réceptivité de son milieu, selon les coutumes, les interdits et les incompatibilités. C’est ainsi qu’il participe d’une certaine façon à l’exercice du pouvoir de par le statut que lui confère la société qui doit observer, à son droit, une très grande tolérance.
Celle-ci d’ailleurs ne lui fixait pas de limite dans son art d’user de la parole pour dépasser les situations conflictuelles ou réparer des fautes ou les erreurs que la société pouvait commettre. Sur le plan militaire et historique, les griots jouent un rôle important : i1s exaltent la bravoure des soldats, enregistrent les hauts faits militaires, racontent l’histoire des temps passés. Ils sont donc présents dans les cours royales, dans les champs de bataille, partout où se déroulent des faits historiques et sociaux. C’est pourquoi, dit J. Suret Canale : « Les griots sont à la fois méprisés, redoutés et payés ».
Par ailleurs, Pathé Diagne note que « pendant la crise du système politique cayorien marquée par le jeu des alliances, des oppositions entre les divers groupes sociaux et des contradictions au sein de la noblesse du fait que chaque « garmi » s’engage dans la lutte pour briguer le pouvoir, une caste comme celle des griots dépositaires de l’histoire des lignées ne manquait pas de jouer un certain rôle. Elle rappelle aux éléments des lignées leur noblesse, les flatte et entretient l’émulation entre les pairs... ».


Des relations surveillées

Comme on le voit, la vie du griot était plus liée à celle de l’élite qui était en permanence attentive à ses besoins les plus divers. Les relations entretenues par le griot étaient discrètement surveillées en cas de tension, par le pouvoir, pour des raisons de sécurité propre.
En tant que porte-parole du pouvoir, le griot dit « Bag guéveul »était aussi chargé de transmettre à la communauté les instructions et les consignes de son maître selon une formulation adaptée aux circonstances et à la conjoncture. Lorsque le roi apparaît en public, il est à ses côtés. Il transmet à haute voix ce que celui-ci dit tout bas.
Maître du verbe, psychologue, le griot savait reformuler le message de son maître en fonction des attentes de son auditoire. Dans ce que le roi lui disait à voix basse, il savait déceler les écarts qui peuvent interrompre la chaîne de compréhension le reliant à son auditoire. Son savoir-dire lui permettrait de corriger de tels écarts pour rester cohérent et persuasif en usant de propos ou commentaires qui suggèrent au roi les mots appropriés du discours.
Les erreurs du maître étaient siennes. Il n’hésitait pas à s’accuser publiquement. Pour lui si l’erreur est humaine, elle n’est surtout pas royale.
Ce système d’expression médiatisé est encore utilisé au Sénégal. Les autorités religieuses et coutumières, malgré l’usage répandu des moyens modernes, y recourent. Le héraut est là pour amplifier la voix humaine. Les milieux traditionnels restent ainsi conscients du danger que représente l’usage direct du verbe et de la parole.
En effet, certaines communautés africaines considèrent la parole, la langue comme une arme redoutable dont l’usage doit être contrôlé. Les wolofs du Sénégal ont élaboré un code moral lié à l’instrument de destruction et de discorde qu’est la langue. Ils lui reconnaissent certes sa fonction de moyen de communication entre les hommes et son rôle biologique comme organe de goût. Le professeur Amar Samb le signale : « Les wolofs disent que la langue est un sabre ». C’est-à-dire que le propos médisant est susceptible de causer des blessures aussi douloureuses que celles faites à coups de sabre.
Cette attitude de prudence et de méfiance vis-à-vis de la parole n’est pas seulement propres aux civilisations africaines. Néanmoins le caractère oral de celles-ci fait qu’elles restent plus sensibles à la beauté du langage, à travers lequel on mesurait la maturité de quelqu’un à exercer un pouvoir quelconque. Généralement les Négro-africains considèrent que nommer, c’est créer.
Par conséquent, tout homme doit rester en permanence conscient du danger des mots pour parler comme F. Giroud qui rappelle dans « l’Express » du 28 sept. 1968 qu’ « aussi longtemps que les choses n’ont pas été dites, formulées, verbalisées, elles n’ont d’existence. Elles grouillent dans l’ombre, mais elles ne mordent pas. Ce qui est dangereux, poursuit-elle, ce sont les mots. Une fois prononcés, ou écrits, ils se mettent à mener, leur vie propre. Ils deviennent indépendants de celui qui les a prononcés. Voudrait-il les reprendre, ils se moquent de lui. Ils creusent, ils sapent, ils rongent, ils éveillent, ils sonnent, ils circulent partout, insaisissables, invulnérables ».
Le danger des mots ainsi signifié démontre l’importance des responsabilités de celui qui est chargé de les prononcer au nom du chef dans le contexte traditionnel. Il s’agit ici du griot dont la formation était faite suivant des règles rigoureusement élaborées. D’ailleurs, à peu de chose près, le jeune griot de la cour recevait une éducation semblable à celle des jeunes princes.
En plus de l’endurance physique et morale, un accent particulier était mis sur le sens de l’honneur, le respect de la parole donnée et de l’autorité du roi, l’intégrité morale et la capacité d’honorer ceux qui ont mérité de leur société. Ainsi, un sujet soumis à ce type d’éducation, en cas de défaillance morale... ou de trahison, pouvait être jugé inapte ; par conséquent indigne d’être admis dans le cercle des guerriers ou les centres de décision.

La leçon du griot

Avec la colonisation qui a bouleversé les bases des structures traditionnelles et le phénomène monétaire qui a constitué son arme de choix, le griot s’est progressivement écarté du roi en perte de puissance et de prestige pour se mettre du côté des nouveaux riches en quête de popularité. Avec l’installation des premières stations de radiodiffusion, son savoir-dire et la puissance de sa voix devenaient propriété collective grâce à la généralisation des postes-récepteurs à transistors.
Mais si sa voix est devenue propriété collective, ce n’est pas dans un sens démocratique. C’est simplement par référence au caractère d’instrument de diffusion de masse qu’est la radiodiffusion sonore.
Dans le nouveau contexte, la voix du griot a cessé de transmettre les ordres ou les instructions du roi. Le plus souvent, on a utilisé les talents de certains griots pour refaire l’histoire en sa faveur ou pour traîner dans la boue les anciennes familles régnantes. Selon la volonté de la puissance coloniale, on aura présenté l’histoire des peuples colonisés, elle-même, sous la forme la plus négative par ce truchement.
Il y a des griots qui sont restés fidèles aux principes et règles de conduite de la société traditionnelle. Ainsi, c’est bien après les indépendances africaines que certains d’entre eux ont accepté de livrer leurs connaissances du passé devant un micro, non sans réticence. Malheureusement ils ne sont pas nombreux. Nous citerons en passant l’aveugle Basoumana du Mali dont la voix annonce jusqu’ici les grands événements intervenus dans ce pays du Sahel.
Il est resté un symbole de fidélité au passé et de consolidation du sentiment des diverses ethnies maliennes, d’appartenir à une même communauté nationale. On pouvait citer d’autres exemples en Guinée, au Mali et au Sénégal où des griots ont été à la base du succès des ensembles qui ont permis aux peuples de ces trois pays de revivre leur histoire réelle et leurs valeurs anciennes de civilisation sous une forme rénovée. Ceux-là tranchent sur ceux qui ont été les plus aliénés au sens fort du terme, ceux dont on dit au Sénéga1 qu’ils font du « griotisme » en flattant ou en exploitant la naïveté des amateurs de prestige.


La corruption du rôle des griots est telle que certains d’entre eux font la navette actuellement entre les salons des diverses couches sociales en utilisant le peu de talent qui leur reste, pour obtenir des renseignements inédits à monnayer avec ceux qui sont pas pour faire ce genre de travail, ou avec les membres de tel ou tel clan politique. Parfois aussi, ils servent d’intermédiaires entre les candidats à des postes et les hommes au pouvoir pour leur influence ou les marabouts pour leurs connaissances mystiques.
Quelle leçon l’histoire du griot lègue-t-elle au journaliste dont le rôle est si proche du lien ?
A notre avis, il est plus aisé de poser la question que d’y apporter une réponse précise et acceptée. Il faudrait, d’abord, savoir qui est réellement journaliste en Afrique ? S’agit-il de fonctionnaire payé par un pouvoir pour dire, d’une certaine façon, ce qu’on lui demande de dire ou d’un homme préparé et engagé à chercher et à dire la vérité, par la plume ou la parole ? On peut se demander si d’ailleurs un tel engagement est compatible avec les exigences de la fonction publique.
Le problème mérite d’être discuté dans le cadre des structures socio-culturelles à élaborer et à mettre en place dans nos pays en construction. Voilà plus d’une décennie que la plupart de ces pays ont fêté la proclamation de leur accession à la souveraineté. Mais rares sont ceux parmi eux qui ont réellement procédé à la réforme des structures et des méthodes d’information léguées par la puissance coloniale, surtout en ce qui concerne l’information des masses populaires. Dans certains, on hésite même à élaborer un système approprié d’information des populations dans leur langue d’expression d’une manière déterminante et objective.
Cette attitude découle d’une certaine conscience du fait que l’homme objectivement informé ne peut accepter, sans réagir, l’injustice et l’arbitraire. C’est pourquoi, on cherche à modeler les systèmes, à museler les journalistes et à orienter l’information selon les vues propres des hommes ou du parti au pouvoir. Les journalistes se trouvent ainsi limités parce que recrutés et payés par le pouvoir. L’absence de toute possibilité d’accéder et d’utiliser librement les vraies sources d’information, pousse parfois le journa1iste africain à « coopérer » comme on dit, tout en essayant de justifier son comportement. En coopérant, il ne peut critiquer un régime que dans certaines limites admises par l’Etat ou le parti au pouvoir.
Il ne juge pas. Il n’interprète pas. Il transmet strictement ce qu’on lui demande de transmettre. Le vrai journaliste à l’instar du griot traditionnel est conscient d’avoir choisi un métier dont l’exercice n’est pas sans risques. Il utilise des moyens et méthodes d’une certaine puissance qu’il doit mettre au service de la vérité et de l’intérêt général. Quelles que soient les limites dans lesquelles il exerce, il n’est pas tenu de s’inféoder à l’Etat, aux organisations politiques ou à des groupes d’intérêts. Son rôle est de contribuer par l’information des citoyens à l’enrichissement du capital intellectuel, moral et même économique de sa communauté. Il lui arrive certes d’être comme on dit « l’historien du moment ». Mais il ne joue ce rôle que pour mieux éclairer l’opinion et lui permettre d’observer une attitude conforme à l’objectivité et à la défense des libertés individuelles et collectives.
Ce qui fait que certains comparent le griot qui fait du griotisme au journaliste si l’on tient compte de ce que ce dernier s’est souvent laissé corrompre par un certain pouvoir pour déformer la vérité ou pour intoxiquer l’opinion dans le but de la détourner de ses préoccupations légitimes. Le rôle que certains journalistes ont joué lors des événements du Biafra, du Sahara Espagnol, du Bénin, et récemment encore, du Zaïre, est une illustration éloquente des fautes et erreurs qu’une presse orientée peut commettre d’une façon délibérée.

Une situation complexe

Ceux qui connaissent bien les problèmes africains et les forces secrètes qui agitent notre continent savent que les futurs historiens de la presse africaine ne manqueront pas de travail pour peu qu’ils veuillent analyser objectivement les rôles joués par les uns et les autres. Dans de nombreux pays africains, tout se passe, hélas, comme s’il ne pouvait y avoir de vérité que la « vérité » officielle.
La radiodiffusion, instrument par excel1ence d’information dans les pays sous-développés pour de nombreuses raisons est ainsi utilisée comme porte-parole, non pas du peuple et surtout des minorités sans voix, mais uniquement des tenants du pouvoir et leurs alliés. Comme le dit très justement le juge Pascal, « le droit à la contestation, à comprendre est un droit de l’homme ». Il s’agit de la saine contestation qui permet au peuple de débattre de tous ses problèmes et surtout de ceux qui lui semblent être en opposition avec ses intérêts.
Dans ce cas le journaliste peut devenir légitimement l’animateur averti de ce débat. Le refus d’une telle démarche collective par n’importe quel pouvoir ne peut aboutir, à la longue, qu’à des soulèvements sanglants comme c’est le cas, le plus souvent, en Afrique. Mais pour permettre aux journalistes de jouer ce rôle d’animateurs du débat national, il faudrait leur permettre d’accéder aux sources d’informations au lieu de les laisser tâtonner dans le noir pour dénoncer ensuite leur manque d’objectivité ou de sérieux.
Faudrait-il aussi donner la possibilité aux journalistes de participer à la formation de l’opinion selon des méthodes conformes à l’objectif visé qui est de libérer les esprits et les énergies en vue de restaurer la dignité, la démocratie et de réaliser le développement.
On demande aux journalistes et aux éducateurs de participer à l’éducation civique des citoyens. Or dès qu’ils abordent avec objectivité le mécanisme de fonctionnement des organes étatiques, le problème des fonctions électives, la moralité des opérations électorales, la pratique syndicale, ils deviennent rapidement des éléments dangereux aux yeux des hommes politiques. Cette situation est d’autant plus complexe qu’en Afrique les syndicalistes ont tendance de plus en plus à collaborer davantage avec les hommes du pouvoir civil ou militaire plutôt qu’à composer avec toutes les forces dont l’action vise à restaurer la démocratie en donnant la parole au peuple.
Nous n’arrivons pas à citer un seul exemple d’éducation ouvrière entreprise, d’une façon sérieuse, par les syndicats en Afrique. Or comme toute presse, sainement pratiquée, une presse syndicale aurait dû, entre autres fonctions, éduquer et informer pour aider ceux qui dirigent la société et l’économie à ne pas commettre de graves erreurs, des abus ou tout simplement l’arbitraire aux dépens de la classe ouvrière en particulier et du peuple en général.
Il ne s’agit certes pas de réclamer la légitimité d’une collaboration entre presse et syndicats pour dénigrer ou renverser les pouvoirs en place. L’on peut souhaiter simplement que des cadres précis et des principes démocratiques soient fixés et respectés. Ainsi selon la spécificité des rôles dévolus aux hommes politiques, à l’armée, aux syndicats et à la presse, chacun puisse librement et correctement jouer le jeu dans l’intérêt bien compris du plus grand nombre.
Certains gouvernements africains cherchent au nom du développement à limiter les libertés. Ils vont jusqu’à utiliser la puissance des moyens modernes d’information pour empêcher les populations de prendre conscience de leur situation réelle. Il est évident qu’il s’agit là d’une pratique dangereuse qui ne fait que cristalliser l’état de sous-dévelopepment. Tant il est vrai que tout ce qui reste incompris suscite réserve et suspicion, plus, il n’engage personne dans la voie du développement. Nous ne devons donc pas refuser de réfléchir, à partir de nos valeurs propres, de civilisation pour bâtir des modèles adaptés à la situation présente. Cette réflexion doit être ouverte et élargie au peuple qui doit être associé à tout ce qui intéresse son avenir.
Car par delà leurs potentialités et leurs ressources naturelles, les forces populaires demeurent le capital le plus sûr en Afrique. Il reste à donner à ce capital humain la claire conscience de ses possibilités, de son poids à travers des actions d’éducation et d’information débarrassées de toute contrainte. Les exigences de l’entreprise sont au centre du débat relatif aux conditions objectives de libération des peuples africains.
Comme le disait le regretté Alioune Fall, premier directeur général de la Radiodiffusion - Télévision sénégalaise « l’Afrique est un chantier immense où tout est à réaliser. La tâche est noble, variée, immense, exaltante et mérite d’être entreprise avec cœur, avec patience, avec passion.





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