SENGHOR EST ENTRE VIVANT DANS L’HISTOIRE
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Ethiopiques numéro spécial
revue socialiste de culture négro-africaine
70ème anniversaire du Président L. S. Senghor
novembre 1976

Auteur : Mobutu Sésé Seko

Le peuple zaïrois tout entier, regroupé au sein du Mouvement Populaire de la Révolution, m’a mandaté pour m’associer, en son nom, à la célébration du soixante-dixième anniversaire du Président de la République du Sénégal, Son Excel1ence Monsieur Léopold Sédar Senghor.
Permettez-moi donc, au nom de mon peuple, de vous dire, tout simplement, Monsieur le Président, « Bon Anniversaire ».
Cette fête ne concerne pas les seuls Sénégalais. C’est la fête de toute l’Afrique, de toute la nation négro-africaine, et de tout homme de culture.
Le Président Senghor compte dans tous les pays des admirateurs de tous les âges et de toutes les couleurs. Et moi-même, son frère et son collègue, je n’éprouve aucune gêne à vous dire que je suis parmi ceux qui l’admirent le plus.
N’oublions pas que tout homme noir sait qu’il doit sa liberté, sa dignité retrouvée, à l’action d’une poignée d’hommes, d’une poignée d’humanistes de race noire parmi lesquels compte le Président Léopold Sédar Senghor.
Je félicite les organisateurs qui ont eu l’idée heureuse de fêter cet anniversaire sous le signe de la Culture et du Développement.
Certes, les Eminentes personnalités que vous êtes, vous avez examiné et discuté ce sujet important. Vous y avez mis toute la compétence qui est vôtre : pour esquisser le devenir de notre continent, l’Afrique, le devenir de la nation nègre, et, pour approcher et examiner le rôle de la Culture dans le Développement du monde.
Nous attendons donc avec beaucoup d’intérêt les résultats de vos réflexions.


Distingués invités.
Moi qui vous parle, je ne suis ni savant, ni professeur, ni poète.
Je suis tout simplement un Nègre, et un responsable africain qui aime la culture, mais aussi, l’action.
Je profite de cette occasion qui m’est offerte, pour apporter mon modeste témoignage ainsi que pour lever toute équivoque sur les rapports entre la Négritude et l’Authenticité.
Je peux vous expliquer ce que j’entends par la Négritude, et ce que j’entends par l’Authenticité. Je vous parlerai comme je parle à mes compatriotes, c’est-à-dire avec clarté et franchise.
Pour juger les deux philosophies d’action, il faut les placer et dans leur contexte historique et dans le chef de leurs promoteurs.
En effet, la Négritude était avant tout un cri de révolte. Révolte : contre l’occupant, contre l’oppresseur ; contre celui qui niait l’existence du Nègre en tant qu’homme doté par la nature de toutes ses facultés intellectuelles.
Le premier souci des chantres de la Négritude était donc la libération de l’homme noir. Ils n’avaient que deux armes : la plume et la parole.
Il fallait convertir les maîtres d’hier à la raison par la magie du verbe.
Tous ceux qui écrivaient des articles sur l’Afrique nous méprisaient. Le Nègre était le bon sauvage, tout noir avec des dents blanches et des yeux largement ouverts ; capables de toutes les générosités, mais aussi, de toutes les bêtises ; bref, un gros enfant.
Grâce à la Négritude, et surtout, à la littérature négro-africaine, le monde entier allait connaître les Nègres par les Nègres eux-mêmes. Et, la civilisation négro-africaine était hissée au rang des autres civilisations.
Comme on le voit la Négritude était déjà une manifestation instinctive de l’Authenticité de l’homme noir.
La démarche de l’Authenticité est quelque peu différente.
Les chantres de la Négritude réagissaient en France contre l’environnement culturel occidental du milieu de ce vingtième siècle, et leur combat reflétait les préoccupations et les remises en question des valeurs culturelles et humaines de l’Europe de l’entre-deux-guerres.
Tandis que nous, nous réagissons au Zaïre contre nous-mêmes d’abord, ensuite contre les multiples tentatives de recolonisation sous toutes ses formes ; et notre combat reflétait la prise de conscience d’un peuple épris de liberté et de dignité, un peuple qui entend s’organiser selon les normes qu’il aura établies lui-même.
Chez eux, le verbe passe avant l’action ; et, chez nous, l’action passe avant le verbe. Par la colonisation mentale, nos maîtres du passé imposèrent leur genre de vie, c’est-à-dire : leur mode de penser ; leur système d’éducation ; leurs principes de vie.
Après nos indépendances, ces anciens maîtres admettaient que nous étions Africains : Sénégalais, Zaïrois... ! Ils reconnaissaient que nous étions des hommes à part entière ; mais, ils nous contestaient la capacité de nous organiser sans leur concours.
Le Zaïre, mon pays, a failli leur donner raison, à cause d’une situation anarchique que nous avions connue durant cinq années, après notre indépendance.
C’est pourquoi, nous avons adopté une méthode pragmatique. Nous voulons, dans la recherche des solutions à nos problèmes, coller le plus possible à la réalité et aboutir à des solutions concrètes et vivantes, qui nous mettent le plus possible à l’abri des crises ultérieures. Car, nous pensons qu’un peuple qui ne crée pas lui-même les instruments de sa promotion matérielle et morale, ne peut pas prétendre à la dignité et à la souveraineté.
Grâce à l’Authenticité, le peuple zaïrois a confiance en soi et s’attache à créer lui-même les conditions de sa promotion.


Excellence, Monsieur le Président de la République du Sénégal et cher frère,
Distingués invités,

Nous regrettons souvent que beaucoup d’intellectuels africains se complaisent à s’identifier aux capitalistes, aux marxistes, aux croyants et aux non croyants, au lieu d’approfondir leur culture et d’y trouver la force et le moteur de leur développement.
Nous sommes tous, certes, de formation occidentale. Au Zaïre, toutefois, nous estimons que cette formation doit nous servir à mieux comprendre et mieux approfondir notre culture. Si j’utilise la langue française, c’est pour communiquer avec vous ; mon langage, quant à lui, est profondément zaïrois.
L’Europe a eu des Marx ; l’Asie a eu des Mao ; pourquoi l’Afrique ne peut-elle pas être fière d’avoir des Senghor ?
C’est pourquoi, au Zaïre, nous qui avons souffert aussi bien d’une recolonisation capitaliste que d’une domination idéologique, avons décidé : de devenir nous-mêmes ; d’épousseter notre passé sans nous replier sur nous-mêmes ; d’entreprendre une démarche que nous appelons : le « recours à l’Authenticité ». Nous avons dû poser des actes souvent très simples ; car nous estimons que pour réussir une aussi grande entreprise, on ne peut négliger les détails.
Certains de ces actes ont été mal interprétés. C’est le cas, par exemple, de la suppression des prénoms et de la débaptisation de nos rues.
Le 14 février 1971 quand j’avais eu le privilège de m’adresser aux cadres de l’Union Progressiste Sénégalaise à cette tribune, on m’avait présenté sous l’appellation de Joseph-Désiré Mobutu. Et, dix mois après, je décidais de retrouver mon nom véritable, celui que vous connaissez tous, Mobutu Sésé Séko Kuku Ngbendu Wa Za Banga.
Cette décision n’a pas été accueillie avec enthousiasme par tout le monde ; même dans mon propre pays, des prélats catholiques refusèrent de s’y conformer. Et, quand le Pape me donna raison, ils durent s’incliner.
Tous ceux qui connaissent l’histoire de l’Eglise savent que les prénoms n’ont été introduits qu’au douzième siècle, après Jésus-Christ.
Et tout le monde sait que, chez nous, le nom ne signifie pas le fils ou la fille d’un tel ; c’est plutôt un hommage que nous rendons à nos ancêtres.
Au Zaïre, nous avons donc supprimé tous les noms étrangers : des avenues, des lieux, des places, ainsi que tous les monuments érigés à la gloire de la colonisation. Parce que la plupart de ces colonisateurs dont les noms s’étalaient sur nos avenues et nos boulevards, s’étaient illustrés dans une répression impitoyable contre des Zaïrois.
Nous avons estimé qu’il était plus logique d’honorer nos héros plutôt que d’honorer nos bourreaux.
Certains ressortissants de notre ancienne métropole ayant protesté, je leur ai demandé combien de rues et avenues dans leur pays portent les noms des héros du Zaïre ?
Le Président Senghor, ici présent, a été emprisonné en Allemagne pour que Vive l’Occident. Combien de rues et avenues de l’Occident portent le nom de notre illustre collègue ? Personnellement, je n’en connais pas.
Grâce à l’Authenticité, au Zaïre, nous sommes en train de réécrire l’histoire de notre pays, c’est-à-dire histoire véritable, l’histoire authentique.
Distingués invités,
Si nous ne pouvons pas empêcher certains peuples de souffrir de sentiments complexes de supériorité, nous devons, toutefois, bannir en nous ces sentiments complexes d’infériorité. Car, l’aliénation mentale est l’œuvre d’une haute perfidie.
Aussi, l’Authenticité, pour nous Zaïrois, c’est : de nous appartenir entièrement ; de nous reconnaître sans honte ; de nous employer au développement de l’humain, quel qu’il soit, où qu’il soit.
Elle n’est pas seulement zaïroise ou sénégalaise, ou africaine ; mais chaque peuple a son Authenticité. Et, si le colonisateur nous avait dominés au nom de sa civilisation, c’était, en fait, au nom de son Authenticité.
L’homme noir doit être fier de Cheikh Anta Diop qui a prouvé, de façon magistrale, que l’origine de l’homme se trouve en Afrique.
Ces théories, pourtant scientifiquement irréfutables, furent combattues par ceux-là mêmes qui ont été obligés de s’incliner devant l’évidence de la science historique.
Si tout le monde admet aujourd’hui l’antériorité de la civilisation négro-africaine, cela ne nous incite pas, nous Nègres, à mépriser l’homme blanc qui n’est qu’un Nègre décoloré.
Par l’Authenticité, nous nous redécouvrons donc comme des frères, et tous les peuples peuvent progresser tous ensemble, parce qu’ils se respectent les uns les autres.


Excellence, Monsieur le Président de la République du Sénégal et cher frère,
Excellences Messieurs les ministres.
Distingués invités,
Nous sommes très heureux de constater que ce colloque a traité de la Culture et du Développement. Nous croyons que les organisateurs ont voulu inviter tous les participants à s’imprégner de cette vérité : que la culture demeure la seule voie de développement des nations ; qu’elle est au début et à la fin de tout projet de développement ; bref, qu’elle en est à la fois la raison et la finalité. C’est même la conviction profonde du peuple zaïrois.
En effet, je me suis toujours efforcé d’amener le peuple zaïrois à la conviction, que le terme même de sous-développement renfermait du mépris. Car, il découle de l’idée que seul le développement politique, social et économique de l’Occident, constitue le modèle à réaliser par tous les peuples assoiffés de progrès ; et que seule la personnalité de l’Occidental peut être considérée comme le sommet de l’épanouissement matériel et moral de l’homme.
L’idée de développement procède d’un ethnocentrisme caractérisé. C’est la raison pour laquelle le terme de développement doit être reconsidéré et apprécié avec plus d’objectivité.
Au Zaïre, nous ne nous considérons pas comme sous-développés. Notre pays est, certes, sous-équipé, parce qu’il manque de bonnes routes, des ponts, des camions, des tracteurs. Mais j’estime que, nous ne sommes pas sous-développés, car nous jouissons d’une bonne santé culturelle.
De tous les Etats puissants ou riches de l’Occident, seuls les Etats-Unis d’Amérique ont envoyé des hommes sur la lune. Ce n’est pas pour autant que l’on dit des autres : la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne par exemple, qu’ils sont sous-développés par rapport aux Etats-Unis d’Amérique.
Vous conviendrez avec moi que par les temps qui courent, que nous soyons : grands ou petits, riches ou pauvres, seuls l’équipement des uns et le sous-équipement des autres, permettent de situer les peuples et les nations.
Faut-il encore rappeler que les biens d’équipement, à l’instar du pétrole et de ses dérivés, nous les achetons au même prix, pays équipés ou sous équipés car en ce domaine, il n’existe pas de transactions de faveur.
Pendant ce temps, les matières premières que produisent les pays sous-équipés, s’écoulent à un vil prix. Comment voulez-vous que nous approchions tous, au même degré, d’un seul et même modèle de développement ?
Son bonheur, l’homme se le crée lui-même ; il ne tombe pas des nues, il n’est pas que l’effet du hasard.
Prenons l’exemple concret du régime alimentaire. Autrefois, les Zaïrois des villes subissaient le contre coup du prix élevé de divers éléments qui devaient composer le régime alimentaire qu’il avait adopté de ses maîtres du passé. Et il ne se sentait pas heureux quand il n’avait pas ces divers ingrédients.
Depuis que nous nous sommes résolus de revenir à notre régime authentique, le Zaïrois ne se plaint plus du coût élevé de son régime alimentaire, tant qu’il recourt aux produits de son environnement naturel. Et il se sent autrement plus heureux qu’autrefois. Nous ne nous déclarons pas pour autant sous développés par rapport à ceux qui ont adopté un régime alimentaire différent du nôtre. Parce que nous sommes heureux de suivre un régime alimentaire propre à notre environnement naturel et culturel.
Les modèles de développement qu’on nous propose de suivre ne sont pas nécessairement les meilleurs. Ils ne conduisent point sans heurts et de façon inéluctable les peuples à leur bonheur intégral.
Nous sommes conscients, par ailleurs, de ce que nous coûtent ces modèles de développement sur les plans humain, politique et affectif. Car, mis à part les quelques rares producteurs de pétrole de notre continent, nous recourons tous à l’endettement extérieur pour satisfaire les impératifs d’un développement qu’on ne cesse de faire miroiter devant nos yeux.
Et la vérité est que, par cette voie obligée de développement, nous nous inclinons devant la recolonisation économique. Les conséquences sont là. Irréfutables.
Qu’il s’agisse de la Conférence Nord-Sud, de Paris, ou de celles organisées dans le cadre du Programme des Nations-Unies pour le Développement, le PNUD, les représentants authentiques du Tiers-Monde, se voient obligés de renégocier leur endettement extérieur.
Ce qui prouve que la crise que connaît actuellement le monde entier est essentiellement une crise de système. Même dans le système le plus libéral que l’homme ait imaginé, des problèmes ont surgi, qui ont obligé de rectifier le tir, de réviser les principes.
Tout compte fait, la voie la meilleure pour conduire chacun à son bonheur, n’est-ce pas sa Culture ? Un homme heureux, n’est-ce pas celui qui chante et qui danse ?
Le bonheur n’est pas dans la crispation permanente, encore moins dans les nuisances qu’entraînent une existence truffée d’artifices, une vie envahie de trépidations et d’incertitudes, dans lesquelles l’individu se perd, se désoriente, et qui font s’évanouir l’espoir et la joie de vivre.
Pour nous, au Zaïre, le bonheur se vit et s’exprime. C’est lorsqu’un peuple peut dire et communiquer ce qu’il ressent dans son for intérieur, lorsqu’il peut chanter et danser qu’il est heureux.
Qu’on ne s’y méprenne point. Nous ne voulons pas dire que le problème de développement nous effraye. Nous ne pensons pas qu’il faut recourir aux chants et aux danses comme alibi, pour camoufler nos difficultés.
Nous estimons que la Culture, c’est à la fois du pensé et du vécu, et pour cela, elle doit s’exprimer aussi concrètement que possible ; qu’il n’y a pas de développement sans culture ; et pour cette raison les modèles de développement varient suivant les canons culturels particuliers.
Et, tout compte fait, le problème essentiel ne nous semble pas être celui du modèle de développement, mais plutôt celui du modèle de l’homme que nous voulons être.
Car, ce qu’il nous faut chercher à savoir, c’est quel genre d’homme chaque peuple doit être, en fonction de son environnement naturel et culturel ; et quel genre d’orientations et d’initiatives chaque peuple doit prendre, pour réaliser son épanouissement.
A partir de ce moment, le problème de développement acquiert la dimension humaine qui devrait le caractériser, le situant au-delà de vues matérialistes étriquées dans lesquelles l’enferment les divers systèmes politiques et économiques actuellement en vogue.
L’Authenticité éclaire donc le problème de développement d’un jour nouveau.
Notre idée de développement est tributaire du concept d’Authenticité.
Tout comme il n’y a pas de réel épanouissement de la personnalité dans l’aliénation, dans le manque de dignité et dans l’incapacité de créer, nous estimons que le développement des peuples requiert la maîtrise de la destinée, c’est-à-dire : l’indépendance culturelle, la reconquête de la dignité et de la souveraineté ; et enfin, la volonté de son intégration harmonieuse dans le milieu naturel, social et culturel.


Excellence, Monsieur le Président de la République du Sénégal et cher frère,
Excellences Messieurs les ministres,
Distingués invités,
Pour terminer, je voudrais m’adresser au peuple sénégalais. Un adage dit : « Nul n’est Prophète chez lui », et la vérité humaine qu’il renferme, n’épargne pas mon frère, le Président Léopold Sédar Senghor.
Mais sachons que, pour le comprendre, nous devons nous placer au-delà de tout jugement superficiel ; car il est entré vivant dans l’histoire.
Il se situe à un niveau tel que toute appréciation sur sa personnalité doit se faire en fonction de sa connaissance, de sa culture, de son existence, de sa nature, et des résultats auxquels a abouti toute son œuvre culturelle et politique.
C’est lui qui a été à la base de la fierté que nous ressentons d’être Nègres, de la légitimité sur laquelle fut fondée notre aspiration à l’indépendance. C’est lui qui a insufflé la capacité que nous avons assimilée de dire tout ce que nous pensons.
Il a prêché l’humanisme, non seulement dans ses écrits, mais aussi, de façon vitale, dans son propre pays.
Il est respecté dans le monde entier, et le degré d’estime internationale qu’on lui témoigne, se mesure à la collection des diplômes de docteur « honoris causa » de presque toutes les Universités du monde.
Ce fils de notre race a fait respecter notre civi1isation et nos origines, au point qu’il a convaincu nos ennemis d’hier à devenir les amis d’aujourd’hui.
C’est cet homme que je vous demande de comprendre qu’il n’appartient plus au Sénégal même pas à la seule Afrique.
Le rayonnement de cette Eminente personnalité honore son propre pays et lui crée des amitiés solides et profondes à travers le monde.
Tout Noir, n’importe où qu’il se trouve, se reconnaît en la personne du Président Léopold Sédar Senghor. C’est pourquoi, je voudrais que tous vous partagiez mon témoignage d’aujourd’hui.

SENGHOR, OYEE !





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