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L’EXPERIENCE SPECIFIQUE DES NOIRS AUX ETATS-UNIS
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Ethiopiques numéro spécial
revue socialiste de culture négro-africaine
70ème anniversaire du Président L. S. Senghor
novembre 1976

Auteur : Ezekiel Mphalele

L’histoire de l’homme noir est la plus ancienne et cependant la moins connue du monde. C’est sur le continent africain que furent découverts les plus vieux fossiles humains.
L’homme noir occupa le trône d’Egypte 3000 ans au moins avant Jésus Christ. Dès le XVe siècle, l’Afrique faisait du commerce avec l’Orient.
Les Européens savaient quelque chose de l’Afrique depuis l’époque d’Homère, mais ne manifestaient aucun intérêt pour le continent ou ne pouvaient pas y pénétrer. Les millions d’esclaves que l’Afrique a procurés aux Européens provenaient souvent des zones situées à proximité des océans. C’est seulement avec l’avènement des embarcations motorisées et des navires à vapeur que les Européens ont pu faire un petit progrès vers l’intérieur en remontant quelques fleuves.
L’Afrique est tombée victime de la montée et de l’expansion de la civilisation et de la technologie européennes. Ces dernières étaient stagnantes à l’époque de la glorieuse Afrique, mais vers la fin du XIXe siècle, maints endroits en Afrique portaient des noms européens. La résistance locale s’amplifia du fait de la domination étrangère conduisant finalement la résistance et la reconquête de l’indépendance.
De cette histoire, est issu le Nègre Américain qu’on désigne aujourd’hui sous le nom de Noir. Il fait partie intégrante de ce pays lui-même. Il était présent lors de l’exploration du continent américain. Il a pris part à la Résolution américaine, au mouvement abolitionniste et à l’agitation qui précéda la Guerre civile. La légende veut qu’un Noir, Alonzo di Piero fût pilote de l’un des navires de Colomb. De l’avis des historiens, la présence des noirs dans le nouveau monde remonte à 1501. En 1513, trente noirs dont Nuphio de Olan accompagnaient Balboa quand il découvrit l’Océan Pacifique. Ils l’aidèrent à mettre sur pied les premiers navires jamais construits sur la Côte Pacifique. L’explorateur du Mexique, Cortez était accompagné de Nègres. Trois Nègres accompagnèrent Vilas, l’explorateur en 1520. Des Nègres accompagnaient Alvarez quand il se rendit à Quito, la plus vieille ville du nouveau monde. Ils étaient avec Pizarro quand il se rendit au Pérou en 1541. C’est un noir qui explora, pour le compte de l’Espagne, la terre qui est connue aujourd’hui sous les noms d’Arizona et du Nouveau Mexique, en 1527.
Des Nègres étaient présents quand les explorateurs français parcouraient les régions incultes du Canada. Jean Baptiste Poente de Sable n’était que l’un parmi les centaines de Nègres qui s’établirent dans la Vallée du Mississippi, au XVIIe siècle. Vers la fin du XVIIe siècle, environ 500.000 nègres vivaient sur le continent nord américain. Verticalement, ils étaient tous des esclaves, néanmoins, on pouvait trouver, ça et là, des hommes de couleur libres.
En 1775, les colonies commencèrent à se battre pour arracher l’indépendance américaine à la Grande Bretagne. Beaucoup de Noirs se tinrent aux côtés des rebelles américains blancs. Les Noirs jouèrent un rôle important dans la conquête de l’indépendance de l’Amérique en 1783. Dès le début des années 1600, des esclaves avaient tenté de s’octroyer la même liberté que les autres groupes avaient trouvée en Amérique. La première révolte importante contre l’esclavage en Amérique du Nord eut lieu au mois d’août de l’année 1831 dans le Comté de Southampton, en Virginie. Elle fut conduite par Nat Turner. Commençant avec une demi-douzaine d’hommes, nombre qui atteignit bientôt 60, Turner et son groupe passèrent d’une maison à l’autre, tuant tous les blancs qu’ils rencontraient. Pendant 48 heures, ils parcoururent les plantations du Compte de Southampton, laissant de nombreuses victimes dans le sillage de leur fureur. Southampton en fut à la fois enragé et terrifié. On soupçonna beaucoup d’esclaves ; on en abattit des centaines au hasard. Un grand nombre d’esclaves s’enfuit vers la liberté dans le Nord, en empruntant le « chemin de fer souterrain ». Ce n’était ni un chemin de fer ni souterrain, mais un système pour aider les esclaves à s’échapper. Passant d’une main amie à une autre, d’une maison à l’autre, d’église en église, à pied, à cheval, en voiture, en train, d’un état esclavagiste à l’autre, ils atteignaient la liberté dans l’Ohio, la Nouvelle Angleterre ou le Canada. Jour et nuit, été comme hiver, des esclaves en fuite se rendaient dans le Nord par le « Chemin de fer souterrain ». La proclamation de l’émancipation rendit la liberté à 4 millions de noirs.
Quand la Guerre civile éclata, Frederick Douglass exprima avec audace le sentiment de nombreux esclaves et de noirs libres. Il déclara que « jamais au monde un peuple tenu en esclavage, et opprimé, n’a eu à sa portée une chance pareille. C’est pour nous l’occasion de montrer que nous sommes des hommes ». Douglass fit même davantage en encourageant le recrutement de troupes noires dans le Nord, à qui on donnerait la possibilité de partager les dangers et l’honneur de soutenir le gouvernement. Des dizaines de milliers de nègres combattirent comme soldats non seulement à Fort Wagner en Caroline du Sud et à Fort Hudson, mais également à Petersburd en Virginie, à Milliken Bend, en Louisiane, à Fort Pillow au Tennessee et en beaucoup d’autres endroits.
Les conséquences de la participation de Noirs à la guerre civile dépassèrent largement le simple cadre du combat. Le soldat noir apprit la discipline militaire. Il s’habitua à donner aussi bien qu’à exécuter des ordres. Beaucoup d’entre eux apprirent à lire pour la première fois. Les banques militaires qui servaient de dépôts de leur pale offrirent l’occasion à nombre d’entre eux de faire des économies systématiques.
La victoire des Nordistes pendant la guerre civile marqua la fin de l’esclavage en Amérique et le début de la liberté pour le Noir. Comme représentants des aspirations des quatre millions d’anciens esclaves, des milliers de noirs s’élevèrent à des fonctions de direction pendant l’ère de la Reconstruction. La plupart d’entre eux étaient des pasteurs. Un grand nombre parmi eux étaient d’anciens soldats, certains des enseignants ; d’autres des employés du Bureau de l’homme libéré ; certains enfin étaient d’anciens esclaves préoccupés par la situation du Noir et l’avenir dans le Sud.
Au niveau national, plusieurs Nègres représentaient les Etats-Unis à l’étranger. Deux Noirs de talent, James Matthews et James Trotter furent notaires à Washington D.C.
Vingt deux Noirs furent élus au Congrès dans le Sud. L’idée que le Noir a dominé l’arène politique du Sud après la guerre civile est plus un mythe qu’une réalité. La Caroline du Sud est le seul Etat qui ait connu un semblant de contrôle par des Noirs. La première législature dans cet Etat après la guerre civile comprenait 87 noirs et 40 blancs. Deux noirs furent gouverneurs délégués : Alonzo Ransier en 1870 et Richard H. Graves en 1874. Francis L. Cardozo fut successivement Secrétaire d’Etat et trésorier d’Etat, Jonathan J. Wright fut magistrat membre de la Cour Suprême de l’Etat pendant sept ans. Six noirs de la Caroline du Sud furent élus membres du Congrès.
Par ailleurs, dans l’Etat du Mississippi où la majorité de la population était constituée de Noirs, il y avait quarante députés noirs sur les 115 membres d’une législature de l’Etat. En Louisiane, trois noirs occupèrent des fonctions de délégué du gouverneur. W.G. Brown fut Directeur de l’instruction publique et Antoine Dubutcht trésorier de l’Etat.
La plupart des Noirs, qui parvinrent à se faire connaître du public, avaient auparavant eu une certaine expérience dans les affaires d’ordre civique. Nombreux étaient ceux qui avaient été membres de conventions constitutionnelles dans les Etats cherchant à se faire ré-admettre dans l’Union. D’autres avaient été dans leur Etat des sénateurs, des contrôleurs des contributions directes, des shériffs et des membres de la Chambre des Représentants. Pris dans leur ensemble, ils rendirent d’inestimables services à un Sud plongé dans le chaos. C’est à la fois la négligence du Nord et l’hostilité du Sud qui les firent quitter la vie publique vers la fin du XIXe siècle. Parlant des réalisations des Noirs au cours de ces premières années de liberté, James G. Blaine déclara que « les hommes de couleur qui siégeaient au Sénat et à la Chambre des Représentants ne donnaient aucune impression d’ignorance ou de manque d’initiative. En règle générale, c’étaient des hommes studieux, sérieux et ambitieux dont le comportement public ferait honneur à n’importe quelle race ».


L’expansion vers l’Ouest

L’expansion américaine vers l’Ouest, sa saga la plus colorée, ne fait traditionnellement aucune mention de pionniers noirs ou de leurs aventures. Aujourd’hui, des historiens ont été amenés à admettre que des milliers de noirs, hommes et femmes, jouèrent divers rôles dans l’exploration et le peuplement des terres à l’Ouest du Mississippi. Il y avait plus de 5.000 noirs parmi les cow-boys qui traversèrent les terres s’étendant du Texas au Montana. La plupart étaient des spécialistes du lasso, tandis que d’autres étaient dresseurs de chevaux, bouviers, cuisiniers et guides. Certains œuvraient pour le respect de la loi, comme le Major Wil1iam Bradly, et quelques-uns étaient propriétaires d’hôtels et même des escrocs ou des hors-la-loi. Cependant nombreux sont ceux qui étaient des héros de la frontière parcourant les montagnes rocheuses et les plaines comme chasseurs, trappeurs et messages à cheval.
Les Noirs de l’Ouest étaient en général d’anciens esclaves venus au Texas en compagnie de leurs maîtres, et qui, libérés par la guerre civile, s’y installèrent ou gagnèrent le Colorado et le Wyoming, travaillant comme conducteurs de grands troupeaux. Quand de l’or fut découvert dans les Black Hills, des centaines parmi eux affluèrent dans les territoires du Dakota pour devenir mineurs. Lors de la campagne contre les Indiens, on pouvait trouver des Noirs dans les deux camps ; comme guérilleros, guerriers ou éclaireurs des Comanches, des Sioux, des Séminoles et des Crecks, ou comme hommes d’infanterie ou de cavalerie dans les quatre régiments noirs mis sur pied par le Congrès en 1866.
Alors que cette période a généralement donné lieu à un mythe qu’ont adopté le cinéma et la télévision, le fait, indiscutable bien que passé sous silence, reste que, des Noirs, hommes et femmes, faisaient partie intégrante de la conquête de l’Ouest.
Des Américains noirs ont apporté une contribution importante au progrès de la science, malgré l’absence générale d’au moins deux conditions essentielles à toute entreprise scientifique, à savoir : ne pas être soumis à des pressions permanentes pour la survie personnelle, et être dans un environnement culturel propre à stimuler le travail scientifique. Esclavage, ségrégation et isolement culturel ont constitué le sort de la majeure partie des Noirs aux Etats-Unis. Néanmoins, on trouve éparpillés à travers l’histoire des Afro-Américains, à ses débuts, des individus qui apportèrent une contribution scientifique dans l’intérêt de tout le monde.
L’esclave Santomee, de New York, l’un des premiers noirs américains médecins, reçut sa formation en Hollande et pratiqua parmi les Hollandais et les Anglais de New York. Un autre fut Oneissimus, qui fabriqua un antidote efficace contre la variole tant redoutée, en 1721. Benjamin Banneker est le géomètre bien connu qui aida à dresser les plans de la capitale nationale. Il fut également le premier à construire une horloge dans ce pays. Ses travaux en Astronomie attirèrent l’attention des hommes de science de part et d’autre de l’Atlantique. En s’aidant des mathématiques, il parvint à reconstituer les cycles de 17 ans des criquets, permettant ainsi aux agriculteurs de prendre leurs dispositions à l’avance. Les docteurs ainsi que la personne qui révolutionnèrent l’industrie du sucre à ses débuts furent des Noirs. Dans le dernier quart du XIXe siècle, l’intérêt scientifique des Noirs se dirigea vers la science appliquée, l’invention, au lieu de la science pure. Cette tendance s’appliquait d’ailleurs également à la science, en général, en Amérique. Lewis H. Latimer fit d’importantes applications des principes de l’électricité. Il reprit les travaux de Thomas A. Edison et inventa la première ampoule incandescente, à filament de carbone dont il obtint le brevet. Latimer fut l’auteur du premier traité sur le système électrique d’Edison ; il avait même fait auparavant les dessins joints à la demande de brevet d’invention du téléphone de Alexandre Graham Bell.

L’esprit scientifique

D’autres Noirs à l’esprit scientifique produisaient des appareils tels que moteurs rotatoires, pianolas, aiguilles de chemins de fer, des imprimeries, rails électriques, réfrigérateurs, et des écorceuses de maïs.
Peu de Noirs pouvaient se concentrer sur leurs travaux, du fait de l’hostilité générale et des difficultés auxquelles les entrepreneurs noirs étaient partout confrontés.
Pendant la période de la reconstruction, un nombre important de Noirs se mirent à étudier la biologie, avec l’installation de l’Ecole de Médecine de l’Université Howard et la création de l’Ecole de Médecine Méhary à Nashville en 1876. Des hôpitaux de Noirs furent fondés dans un certain nombre de villes dont « Provident Hospital » de Chicago en 1891 et St Louis en 1894. Vers 1900, environ 2000 noirs avaient l’autorisation de pratiquer la médecine aux Etats-Unis, Le Dr Daniel Hale Williams se fit connaître bien au-delà des salles de science et de médecine en réussissant la première opération du cœur de l’histoire. Je suis fier de dire que c’est ma grand-mère qui était son infirmière à cette occasion. Avant lui, le cœur humain était considéré comme interdit à la chirurgie. En détruisant ce tabou, il accomplissait le premier pas nécessaire à une éventuelle transplantation du cœur entier. C’est seulement à l’avènement de ce siècle que les conditions nécessaires à des tentatives dans le domaine scientifique parmi les Noirs se sont améliorées à telle enseigne que des individus doués ont pu poursuivre l’intérêt que suscitaient chez eux les phénomènes naturels.


Les universités noires

Des Universités noires ont atteint un développement qui leur permet d’encourager et de former des étudiants destinés à des carrières scientifiques. Les Universités Fisk et Howard ont produit un pourcentage important parmi les physiciens noirs du pays. Morehouse College et l’Université Lincoln (Pensylvanie) ont fourni une solide formation de base permettant des travaux à un niveau supérieur en chimie et en biologie. L’encouragement social et académique pour la production de savants noirs est encore limité par les effets des situations, conditions sociales antérieures non favorables. On peut constater cet état de choses dans le fait qu’en 1920 et 1962, on a délivré 84.038 doctorats dans les sciences naturelles. Ce nombre ne comptait que 250 noirs. Par conséquent, ces individus qui ont choisi comme vocation d’étudier les hommes et la nature sont des Afro-Américains dont la carrière représente un triomphe sur des circonstances adverses.
Elijah Mc Coy est un inventeur noir qui reçut plus de 57 brevets d’invention, la plupart pour des lubrificateurs de cylindre à vapeur. Son invention fondamentale, la « cuvette d’égouttage » a été considérée comme un procédé-clé qui a amélioré le système de lubrification entier utilisé dans l’industrie actuellement. Grâce à cette invention, il n’a plus été nécessaire d’arrêter ou de fermer les grosses machines pour assurer la lubrification nécessaire. Mc Coy obtint son premier brevet le 12 juillet 1872 et les plus importantes industries adoptèrent rapidement son procédé. Son système de lubrification devint si populaire que les personnes chargées d’inspecter les nouveaux équipements enquêtaient généralement s’ils comprenaient le « vrai Mc Coy ». C’est peut-être une preuve de l’utilisation généralisée de ses inventions que le « vrai Mc Coy » est passé maintenant dans notre langage de tous les jours.
Si jamais on écrivait une histoire honnête du « Deep South », il serait réservé une place de choix au Dr George Washington Carter parmi les plus éminents hommes de son temps. Presque tout seul, le Dr Carver révolutionna l’agriculture du Sud. Il appliqua les découvertes de laboratoire à la terre. En 1788, un voyageur français en Amérique écrivait : « Si les Noirs se limitent au petit commerce, on ne doit pas l’imputer à un manque d’habileté de leur part, mais plutôt aux préjugés des blancs qui ne manquent jamais de mettre des obstacles sur leur chemin ». Ces obstacles étaient : extrême difficulté à se faire accorder des crédits, exclusion générale des Noirs de toutes fonctions susceptibles de leur procurer une expérience dans les affaires et absence de possibilités dans l’enseignement. A la suite de la Proclamation de l’Emancipation, en 1863, d’anciens esclaves dans le Sud possédaient des propriétés d’une valeur globale de 25.000.000 de dollars. On estimait que, dans certaines parties de la nation, des Afro-Américains avaient des propriétés d’une valeur totale de 50.000.000 de dollars. C’était en général sous forme de maisons, de terres ou de bétail. Il y avait encore peu de noirs dans les affaires.
A partir de 1875, des Noirs ont tenté de rivaliser avec les entrepreneurs blancs par des inventions et des spéculations financières communes. Pendant le dernier quart du XIXe siècle, ils développèrent leurs ressources économiques en entrant dans les petites entreprises de services et de commerce. En 1900, on comptait plus de 20.000 établissements, de services et de petit commerce parmi la communauté noire. La première banque entièrement organisée par des noirs ouvrait ses portes en 1888 à Washington D.C. Les banques constituaient des opérations plus complexes que les entreprises de pompes funèbres, les restaurants, etc... qui offraient les types de possibilités auxquelles les hommes d’affaires noirs pouvaient s’attaquer. Les banques des noirs étaient généralement constituées par des fonds déposés par des groupes de fraternités ou de loges maçonniques. Les Noirs organisèrent non seulement des banques, mais également participèrent au développement d’une législation propre à protéger les déposants. Les banques et les finances continuent d’être parmi les réalisations les plus remarquables des communautés noires d’Amérique, compte particulièrement tenu du manque général de capitaux. Les compagnies d’assurances appartenant à des Noirs et gérées par eux sont étroitement liées aux banques et aux caisses d’épargne et aux établissements de prêts. A l’heure actuelle, il y a environ une soixantaine de ces sociétés en Amérique. Les plus grandes compagnies d’assurances nationales appartenant à des Noirs et gérées par eux avaient des avoirs de l’ordre de 25.000.000 de dollars en 1968.
En commençant par la création de « l’Administration des petites entreprises » au milieu des années 1950, suivie de la loi de 1964 sur « l’Egalité des chances dans l’emploi », le gouvernement fédéral a reconnu et assumé une part de la responsabilité qui lui incombe de réduire la pauvreté et d’encourager l’initiative noire dans les affaires. Le secteur privé de l’économie américaine en général a assumé ses responsabilités vis-à-vis des conditions économiques qui existent dans les communautés urbaines. Les Noirs ont, eux-mêmes, lancé des programmes pour développer leurs propres initiatives. Les hommes et les femmes qui ont créé et développé des entreprises d’affaires étaient d’un type hardi et perspicace qui luttèrent contre les forces inégales d’un environnement et d’une société restrictifs.

L’église noire

L’Eglise noire, en tant qu’institution, s’est développée aux environs de 1816. Car la plupart des pasteurs noirs n’avaient reçu aucun enseignement formel en matière de religion et de théologie. C’étaient des leaders naturels et, eu égard au fait qu’ils avaient été « destinés » au sacerdoce, l’église noire constituait l’unique voie relativement ouverte pour devenir des dirigeants. Ces pasteurs pionniers ont joué un rôle des plus actifs dans l’agitation pour la liberté en Amérique. La plupart d’entre eux devaient vivre de leur propre travail puisque leurs congrégations étaient trop pauvres pour les entretenir. Ils collaborèrent avec diverses sociétés abolitionnistes et prirent part au mouvement des « Chemins de fer souterrains ». Ils étaient en général, les porte-parole des Noirs émancipés du Nord. Vers la fin des années 1960, des pasteurs noirs jouaient encore un rôle éminent dans la lutte pour une Amérique meilleure. Le Docteur Martin Luther King dirigea la croisade non violente pour les droits de l’homme et fut le symbole du pasteur noir de l’avenir dont les préoccupations concernent le bien-être à la fois de l’âme et du corps. Dans leur marche sur la route qui menait de l’esclavage à la liberté, les Afro-Américains ont compté sur des leaders et des porte-parole pour porter le flambeau de l’espoir. Les dirigeants noirs ont servi à communiquer à la nation les aspirations des masses silencieuses. Exclus des grands courants de la politique, de nombreux leaders purent exprimer leurs ambitions à travers des dirigeants organisés. La Ligue Afro-Américaine mise sur pied en 1820, la NAACP en 1909, la Ligue Urbaine en 1910 ainsi que la formation d’autres groupes s’occupant de relations raciales marquèrent la professionnalisation de la lutte pour la liberté. Jusqu’à la moitié de ce siècle, la NAACP soutint le poids de la lutte. L’urgence qu’a récemment connue le mouvement pour les droits civiques a donné naissance à des groupes tels que le Congrès pour l’Egalité Raciale, en 1942, la Conférence des Leaders chrétiens du Sud, 1957, et le Comité Non-Violent de Coordination des Etudiants qui date de 1960. Ces groupes et leurs dirigeants mettent l’accent sur différentes questions et ont des tactiques différentes ; il reste que leurs objectifs demeurent dans la tradition historique du leadership noir : la réalisation d’une condition de liberté qui supprimerait la question de la couleur dans la vie américaine.
Les Afro-Américains ont depuis longtemps une foi profonde dans le pouvoir qu’a l’éducation d’apporter un changement dans leur statut et les conditions qui affectent leur vie personnelle. Ils pensent depuis longtemps que l’éducation constitue un moyen de se libérer des nombreuses chaînes qui les emprisonnent. Du temps de l’esclavage, c’était également l’opinion de leur maître qui considérait comme un crime le fait de leur apprendre à lire et à écrire. Comme l’histoire de toute l’éducation en Amérique, celle de l’éducation des Américains noirs a ses origines dans l’église. Sous l’impulsion des Quakers de Philadelphie, on construisit des écoles à l’intention des Africains dès 1774. Dans le Nord, la soif d’apprendre se manifesta dans des écoles comme l’African Free School, ouverte à New York en 1787.


L’éducation

L’encouragement général public pour l’éducation des Noirs libres commença dans l’Etat du New Jersey en 1777. A partir de ce moment, on alloua des subventions pour l’entretien d’écoles Afro-Américaines dans le Nord. On ouvrait des écoles, puis elles étaient contraintes de fermer leurs portes. Quand Prudence Crandall, responsable d’une école de filles blanches, accepta quelques filles de familles noires prospères, venant d’autres Etats, on jeta des pierres à son école et elle fut traduite devant le tribunal pour avoir violé une loi d’Etat qui interdisait à tout étranger d’étudier dans les écoles du Connecticut.
La quête d’instruction se fit dans la clandestinité. Des blancs risquèrent amende et emprisonnement en instruisant secrètement des noirs désireux d’apprendre.
De nombreux esclaves militants, tel que Frederick Douglass, échangeaient leurs services ou le peu de choses de valeur qu’ils possédaient contre des bribes de savoir.
La grande impulsion donnée à l’instruction vint après la guerre civile. L’expérience acquise pendant le service militaire donna l’occasion de s’instruire à des dizaines de milliers de noirs parmi plus de 180.000 qui s’étaient engagés dans le conflit. Après la guerre, le « Bureau pour l’Homme Libéré » ainsi que de nombreuses associations de missionnaires firent de l’instruction leur objectif principal. La majorité des confessions religieuses ont servi d’instrument dans la création de l’enseignement supérieur parmi les Hommes libérés qui ont offert l’instruction à plus d’un million de noirs entre 1865 et 1875. Les noirs rassemblèrent d’importantes sommes d’argent destinées particulièrement à l’enseignement élémentaire.
Avant la guerre civile, il n’existait que deux institutions noires d’enseignement supérieur : les Universités Wilberforce et Lincoln. Vers 1900, il y en avait 100. Depuis ce temps, de nombreux changements ont été opérés : d’abord, il y eu des noirs fréquentant des universités blanches et par la suite, la loi sur l’intégration scolaire. Des éducateurs et des administrateurs noirs occupent des fonctions importantes dans tous les secteurs de l’éducation. La plupart des institutions d’enseignement supérieur comptent un ou plusieurs noirs parmi les membres de leur corps enseignant quelquefois des chefs de département.
A la fin des années 1960, l’exigence de programmes d’enseignement noirs constituait l’une des principales préoccupations dans les universités nationales. Les communautés noires étaient également préoccupées par le bas niveau de l’enseignement dans les écoles élémentaires et secondaires, en plus de leurs revendications en faveur de programmes d’enseignement noirs. La réponse à apporter à ces besoins et exigences constitue un problème qui n’est pas encore résolu.

La littérature

Le développement d’une importante littérature noire en Amérique est très récent. La naissance d’une tradition littéraire réelle remonte aux environs de 1853 quand les récits faits par les esclaves devinrent populaires. Dans les années 1890, un certain nombre d’auteurs noirs écrivirent des romans et des poèmes de contestation et de propagande. Il y avait des romans consacrés aux thèmes du métissage, du leadership noir et de la politique dans le Sud.
Entre 1903 et 1923, on vit le développement d’une poésie nègre en Amérique. Les amateurs de poésie firent connaissance avec Langston Hughes, peut-être le plus prolifique des écrivains de la « Négro Renaissance », également, celui qui vécut le plus longtemps. On considère souvent la publication en 1940 du roman de Richard Wright « Un enfant du Pays » comme le début du stade actuel de l’évolution de la tradition littéraire des Noirs. Il a été peut-être le premier romancier noir à avoir atteint des centaines de milliers de lecteurs de tomes races, en Amérique aussi bien qu’à l’étranger. Il y en a eu beaucoup d’autres par la suite. Dans les années 1960, le nombre de romanciers noirs atteignit des proportions énormes. Eldridge Cleaver est généralement accueilli comme le plus puissant et le plus profond des nouveaux essayistes. Son « Ame sur Glace » refléta la rage, l’angoisse et l’art des hommes de lettres noirs au cours des dernières années d’une décennie stridente.
L’histoire du Noir dans le théâtre américain remonte aux premières décades du XIXe siècle ; néanmoins le vrai développement du théâtre noir dut attendre le XXe siècle pour s’amorcer. Au tout début, il y avait des acteurs, des chanteurs, des danseurs, des musiciens et des compositeurs.
Quelques noirs sont devenus des célébrités jusque dans les foyers blancs. On a décrit Sidney Poitier comme une « super vedette » en même temps que Bing Crosby, Greg Morris, Diaham Carroll, Ossie Davis et Ruby Dee. Les Afro-Américains ne constituent qu’un faible pourcentage des acteurs qui passent à la télévision. En 1967, par exemple, seulement 23,9 % des 3000 acteurs d’Amérique avaient un emploi permanent. Sur ce pourcentage (817 emplois) les Noirs atteignaient un peu en dessous de 50. On voyait encore moins de noirs derrière les caméras. Cependant, à la fin des années soixante, on vit l’introduction de présentateurs d’informations noirs. A la fin de la décennie un nombre plus important que jamais de noirs s’engagea dans les arts dramatiques, et ils se posaient plus de questions profondes que jamais sur eux-mêmes et leurs rapports avec la société dans laquelle ils se trouvaient.


La musique

L’histoire de la musique noire a ses origines en Afrique où le chant était un moyen de conserver le passé, de rendre le présent plus supportable et l’avenir moins incertain. La coutume, et l’habitude qui consiste à chanter et danser comme moyen d’expression historique, émotionnelle et intellectuelle survécut à l’horrible « traversée » de l’Atlantique et servit de base au développement de la musique noire dans le Nouveau-Monde. Alors que les Africains arrivèrent en Amérique de différents points, de différentes tribus de la Côte Occidentale du continent africain parlant différentes langues, ils trouvèrent cependant dans le « Deep South » un moyen de communiquer entre eux en s’aidant de l’anglais et du français de leurs maîtres. Ils associèrent à ce nouveau langage les rythmes africains qu’ils transmirent à travers les générations.
A partir de leurs expériences d’esclaves, les Afro-Américains développèrent les « spirituals » qui font partie des formes classiques de l’expression populaire, du fait de leur simplicité émouvante, de leur originalité caractéristique et de la sympathie universelle qu’ils inspirent.
De l’avis des spécialistes, l’histoire de la musique profane parmi les noirs remonte aux sources des spirituals. Les deux types de musique sont des mélanges des formes harmoniques et rythmiques de l’Afrique Occidentale et de l’Europe. Tandis que les traits de la musique profane noire - tonalité triste et sourde, l’appel et la réaction, le cri des champs, les changements de registre - sont très anciens, l’apparition de musiciens individuels dont on a conservé les noms date de la fin du siècle. Lancé par les noirs, le Jazz était un idiome musical caractéristique du milieu du vingtième siècle. Tout au long de la longue évolution du jazz, la musique sérieuse n’a pas été négligée. Il y eut des adaptations des compositeurs, des chefs d’orchestre, des superbes chanteurs de concert, d’opéras populaires et de grand opéra.
Enlevé à son Afrique natale et enchaîné comme esclave, à la charrue et à la houe en Amérique, l’Africain était coupé désormais et à jamais de sa culture et de son art d’origine.
La création dans le domaine de la sculpture, le travail des métaux, le tissage et la poterie de son Afrique natale ne constituaient plus ses objectifs dans son nouleau terroir.
Ainsi, on refusa aux noirs en tant que groupe, toute expression créatrice pendant plus d’un siècle et ce ne fut que lorsque les planteurs et les marchands du Sud devinrent riches et commencèrent à décorer leurs hôtels particuliers et leurs immeubles qu’on employa leurs talents artistiques. Quand on lui en offrait l’occasion, le Noir s’avérait habile charpentier, graveur sur bois, forgeron bourrelier, ébéniste, pour ne citer que ces métiers.
Depuis notre arrivée en Amérique, les Noirs ont fait leurs preuves dans tous les domaines de la vie et de la culture américaines, pour finir par se rendre compte que le chemin est encore difficile mais qu’il s’élargit de jour en jour. Il ne fait point de doute que leurs réalisations contre des forces adverses presque insurmontables sont directement liées à leurs origines africaines. Afrique, nous te remercions de ce que tu nous as donné en tant que peuple et qui nom permettra de survivre en tant que race en Amérique.





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