LEOPOLD SEDAR SENGHOR ET LA MEDECINE
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Ethiopiques numéro spécial
revue socialiste de culture négro-africaine
70ème anniversaire du Président L. S. Senghor
novembre 1976

Auteur : Marc Sankalé

De prime abord, la médecine n’occupe pas de place voyante, ni même évidente dans l’œuvre de Léopold Sédar Senghor. Pas davantage dans sa pensée exprimée à travers ses discours, interviews ou « petites phrases », dont il est coutumier.
A l’inverse on peut la sentir partout, dans la mesure où, le senghorisme étant un humanisme, il sous-entend a priori le souci du « bien-être physique, mental et social de l’Homme », par quoi se définit la santé, et aussi le recul de la maladie.
En fait, c’est devant des auditoires spécialisés que, tous les deux à trois ans, lors des Journées Médicales de Dakar, il dévoile ses idées et explicite ses options. Messages d’un jour mais combien lourds de substance !
Une seconde approche de ce face à face, plus objective et dépouillée de tout académisme, peut se faire en considérant non plus les principes mais les attitudes de Léopold Sédar Senghor, Chef d’Etat et de Gouvernement dans le domaine de la Santé publique.
Aussi à travers ses propos et à partir de son action, pouvons-nous tenter de dégager ses idées-maîtresses en la matière. Entreprise hasardeuse toutefois, puisque celles-ci n’ont jamais été regroupées par leur auteur, lui-même.


La médecine dans la pensée de Léopold Sédar Senghor

Force est de constater que la tradition africaine, plus qu’aux poètes et artistes, ne fait guère la part belle aux médecins. A titre d’exemple, la hiérarchie sociale de l’ancien royaume sérère du Sine les plaçait au bas de l’échelle, juste avant les fâd ou captifs. En effet, sous-groupe des nyênis ou artisans, ils avoisinaient les forgerons, les cordonniers, les tisserands, les ouvriers du bois et les griots. Et Senghor d’ajouter : C’est parmi les griots « que se recrutent les guérisseurs et médecins de toute sorte ».
Heureusement : le Nègre nouveau rend hommage au service de santé, qui en 1945. « est encore un des services les mieux organisés », grâce à qui le chiffre de la population « monte comme un jeune bambou ».
Humaniste, Senghor place l’homme « au commencement et à la fin du développement », en tant qu’artisan et bénéficiaire, à la fois, de celui-ci. Quant au développement, il est précédé et conditionné par la culture.
Le sens de l’humain qui, pour Gaston Berger, caractérise la culture, n’a pas que des fondements philosophiques ou religieux. La science lui apporte un inégalable support. Alexis Carrel ne disait-il pas : « La science de l’homme est devenue la plus nécessaire des sciences ».
La médecine, celle qui entend se consacrer à l’Homme intégral ou total, ne saurait donc être séparée, ni de la culture, ni du développement - les deux bases de la pensée senghorienne - puisque nulle autre discipline ne concourt davantage à l’épanouissement de l’homme et de la société.
Peut-on trouver, sur la relation médecin-malade, une leçon plus belle que, celle-ci, de Senghor : le malade... « n’est pas une pierre, ni un arbre, pas même un animal, que l’on examine seulement de l’extérieur pour en tirer un geste, un cri, au mieux une expression physique. C’est un homme qui seul pense et parle. C’est un souffrant, qui attire la sympathie du médecin. Et celui-ci lui parle pour, par delà le corps, pénétrer dans l’âme même de l’homme. Car, encore une fois, il n’est pas seulement question du corps ; il s’agit, en définitive, de l’homme tout entier, « corps et âme », comme disait François Mauriac. C’est dire que l’homme, objet et but de la médecine francophone, c’est l’homme intégral : non seulement l’individu, mais la personne replacée dans son environnement social, c’est-à-dire, dans sa famille, son groupe socio-professionnel, son ethnie et sa nation, son pays, et son continent ».
L’accent ainsi mis sur la globalité de l’acte médical, le prestige du médecin aux yeux de Senghor ne tient pas tellement à ses victoires sur la mort ou à sa dextérité professionnelle. Encore moins à son éventuelle réussite sociale (carrière libérale... « où l’on gagne gros et vite »...). Rien d’autre, à ses yeux, ne peut valoriser la profession que sa dimension culturelle.
Il déclare : « La médecine n’est pas la seule science des malades ; elle est, encore plus, la science de l’Homme »×.
Ailleurs : « La pratique se fait routine si elle ne s’éclaire, chaque jour, de la réflexion ». Laquelle « aura pour objet de faire progresser le métier en l’employant comme un moyen de la condition humaine ».
Au rendez-vous de l’Universel, Senghor veut présenter un Nègre fort et brave, en pleine santé, qui sache défendre la dignité et les mérites de sa nation. Sans haine mais avec panache. Sans agressivité mais avec conviction. Il s’attache à tout ce qui peut justifier la fierté du Noir et de l’Afrique.
Ce n’est pas sans orgueil, qu’il fait référence à la paléoanthropologie qui situe en Afrique noire le berceau de l’humanité. Ce qui fait dire à A. Césaire : « Nous sommes les fils aînés de la Terre ». C’est dans le ravin géant d’Oldowai, en Tanzanie, qu’en 1959, la preuve irréfutable en a été établie par L. Leakey et son épouse, qui y ont découvert, au milieu d’autres fossiles, un crâne anthropoïde dont l’âge varie, selon les experts, entre 750.000 et 400.000 ans.
Ce n’est pas sans ravissement qu’il chante la Femme noire, « son sourire plus mélodieux que le khalam », la beauté de Koumba Tâm, « visage de l’aube du monde », et aussi celle de Naëtt et de Nolivé, de Soyan et de Sopé ou encore « les yeux surréels des signares ».


Ce n’est pas sans passion qu’il vante la force des travailleurs, des paysans, des lutteurs et des danseurs. De tous ces hommes, « dont les pieds reprennent vigueur en frappant le sol dur ».
C’est avec conviction aussi qu’il vante les qualités intellectuelles et morales du Noir. Lequel lucide, vaillant et loyal sait être tout à la fois émotif et créateur, artiste et poète. Ses inévitables défauts ou faiblesses ? Volontairement amblyope, Senghor ne les voit pas. « C’est de la culture que je t’eux parler... Partialement c’est entendu. On connaît assez les défauts du Noir pour que je n’y revienne pas... » écrit-il dans « ce que l’homme noir apporte ».
Il en est de même au plan somatique où seul l’inspire et l’exalte l’individu bien né, debout, le fort, le courageux mais non le malade, couché ou diminué, qui serait l’image d’une Afrique invalide ou meurtrie. Il est loin du « désespoir distingué des poètes tuberculeux ». Notons qu’une maladie semble avoir pour lui valeur de symbole : la lèpre. Sans doute, aux sens propre aussi bien que figuré, incarne-t-elle pour lui tous les maux. Il veut la combattre, la rayer du Continent et voue une attention soutenue à la lutte, comme à la recherche qui, au Sénégal, est entreprise contre elle.
Esthète et visionnaire d’un Continent triomphant, Senghor semble ne s’intéresser qu’à l’Homme réussi. C’est à ce titre que la maladie doit être prévenue ou vaincue et que la mission du médecin est essentiellement d’eugénisme. Afin que l’Afrique assume sa mission. « Si vous soignez les corps », dit-il, « c’est pour y faire épanouir l’esprit ». De sorte que « l’Homme, mieux nourri, mieux logé, mieux vêtu, plus fort et plus beau, soit plus homme »...
... « Que nous répondions présents à la renaissance du Monde. Ainsi le levain qui est nécessaire à la farine blanche »
.
Mais c’est à présenter et défendre l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir que Senghor consacre le plus clair de son énergie. Regroupées par Césaire sous le terme négritude, elles représentent le patrimoine commun à tous les sujets appartenant de près ou de loin aux nations nègres.
C’est en fait une composante inédite de l’Homme que Senghor individualise ainsi, se posant en novateur en matière de psychosociologie comme d’ethnologie. Il précise :
...« L’homme, pour nous, n’est pas un apatride ; ce n’est pas un homme sans couleur ni histoire, sans patrie ni civilisation... ».
Parmi les facteurs qui identifient chaque être, de même que figurent par exemple son groupe sanguin et son groupe tissulaire, il faut désormais analyser son groupe culturel, fonds « essentiel » de sa « personnalité collective » ou de ses « valeurs ancestrales ». Les groupes culturels et leurs sous-groupes sont aussi nombreux que les ethnies ou les nations et dans ses discours, Senghor les appelle africanité, arabité, francité, iranité ou encore sinitude, slavitude, malegassitude, etc.
La surprise passée, cette proposition déclenche approbation, scepticisme ou opposition mais nul ne reste indifférent. Le plus frappant est que les détracteurs de ce concept lui opposent habituellement une autre formule : personnalité africaine, authenticité africaine etc. Comme si l’idée n’était point mise en cause mais seulement le mot.
Dans une récente interview Senghor déclare : « Une de mes idées a été de créer une nouvelle civilisation négro-africaine basée sur les valeurs permanentes de la négritude ». Et d’énumérer celles-ci comme suit : la nouvelle littérature négro-africaine ou négroaméricaine (poésie, roman, conte, danse), le nouvel art négro-africain (peinture, sculpture, tapisserie) etc. « depuis l’indépendance, j’ai dit qu’il nous fallait une nouvelle musique nègre une nouvelle danse nègre , une nouvelle philosophie nègre ».
Pour les sciences dites exactes, pour la médecine, point de place dans cette énumération. Sans doute pour Senghor, se situent-elles simplement à un autre niveau : elles sont moyens mais non fin en soi. « Elles sont au service de l’Homme pour le faire « exister ». Car à quoi servirait l’élévation des niveaux de vie de nos masses si elle n’était accompagnée de celle du niveau de culture ? ».
Seul l’homme est fin en soi. Sa réussite ne peut se traduire que par les réalisations de son génie propre. Mais ce qui concourt à ladite réussite n’est pas pour autant négligeable. Bien au contraire !


La médecine dans l’action gouvernementale de Léopold Sédar Senghor

Chef d’Etat et de Gouvernement, Senghor a, dès l’aube de l’indépendance, fait sienne la conception du développement économique et social harmonieux et solidaire, chère au Père Lebret, et spiritualisée, entre autres, par le Pape Paul VI dans son encyclique Populorum progressio.
Il donne la priorité à l’économique c’est-à-dire aux investissements productifs de biens matériels : l’agriculture, la pêche, l’élevage, la recherche minière, mais aussi l’industrialisation ainsi que la rationalisation et l’extension des circuits commerciaux. Il se rend célèbre par ses véhémentes diatribes contre la détérioration des termes de l’échange.
Il consacre une part considérable (plus du quart) du Budget National à la scolarisation, à l’instruction, à l’éducation. En un mot à la formation des hommes et plus précisément des cadres de demain.
Il est attentif aux « valeurs fondamentales de la négritude », considérant qu’il est encore temps, mais urgent, d’en faire l’inventaire et aussi de leur donner une impulsion qui les inscrive dans la civilisation de l’Universel. Nombreux sont les festivals, colloques et séminaires inspirés ou animés par lui. Le Ballet National du Sénégal se fait applaudir, à travers le monde et les meilleurs des peintres sénégalais exposent leurs œuvres dans les différents continents.
De son programme sanitaire, Senghor parle peu. Si ce n’est pour dire : « La politique n’est qu’un instrument au service du social », et pour annoncer que l’heure en viendra lorsque les investissements économiques auront porté leurs fruits.
Il parle peu mais veille à ce que la part de la Santé publique dans le Budget national soit au moins égale à 10 %. Ce qui, en valeur absolue, et par tête d’habitant, place le Sénégal parmi les premiers des Etats africains.
En bon socialiste, il déclare prioritaire l’éradication ou, au moins, le contrôle des grandes endémies (la lèpre mais aussi le paludisme, la bilharziose, les tréponématoses, la tuberculose, etc.) qui affaiblissent ou déciment les populations, surtout en zone rurale.
Au corps médical, il demande pour l’heure de maintenir au moins ce qui existe, de défendre les actuels niveaux de santé, de parer au plus pressé et d’être attentif à toutes les menaces de réveils épidémiques. En un mot, de prendre les mesures conservatoires, nécessaires mais suffisantes, pour disloquer le cercle vicieux : misère, ignorance, maladie. En sachant que l’élévation des niveaux de vie est automatiquement assortie, de l’amélioration des niveaux de santé.
Rappelons qu’action sanitaire et action médicale ne sont pas synonymes. La seconde relève d’interventions directes et spécifiques des médecins et de leurs collaborateurs ; à ce titre elle participe assurément à la protection de l’état sanitaire de la collectivité. Mais, aussi bien ou mieux que par des vaccinations ou une prophylaxie médicamenteuse, l’état sanitaire en question peut être protégé ou amélioré par le forage d’un puits qui apporte davantage d’eau, la construction d’une route qui désenclave un village ou une région, la réalisation d’égouts ou de caniveaux qui assainit un quartier, l’implantation d’une école dont le maître apprend aux élèves à réfléchir et diffuse des règles élémentaires d’hygiène, etc. Ce sont là des activités qui ont des effets indirects mais précieux sur la santé et la maladie. Leur réalisation, bien que confiée aux services de l’Hydraulique, des Ponts et Chaussées, des Travaux publics ou de l’Enseignement, correspond donc à une authentique action sanitaire. A ce titre, augmenter la production vivrière n’est pas seulement accroître le produit national brut, donc une préoccupation d’économiste. Dans la mesure où s’élève en même temps la consommation des ménages et deviennent plus vigoureux et résistants les enfants et les adultes, c’est aussi une préoccupation de la médecine.
La politique senghorienne dans le domaine médico-sanitaire n’est donc pas novatrice. Bien que cette situation d’expectative laisse plus d’un médecin amer ou découragé, elle est conforme à la conception dite du développement harmonieux. Elle ne manque pas de porter des fruits. D’autant plus qu’en attendant les retombées du décollage économique dans le domaine social, bon an mal an, dans chaque tranche du Plan Quadriennal, se construit ici ou là un pavillon hospitalier ou une maternité, est mise sur pied une nouvelle équipe de lutte contre les grandes endémies, se crée une crèche ou une pouponnière, etc. L’action médico-sanitaire poursuit une progression régulière mais point de réalisation de vaste envergure ou à grand spectacle. Point d’investissement dont le coût soit comparable à ceux des forages profonds, des barrages du fleuve Sénégal, de la Zone Franche Industrielle de Dakar, du futur port minéralier, de « Dakar-Marine », etc.

Impulser l’enseignement et la recherche

La seconde idée-maîtresse formulée par Senghor, dans le domaine médical, est l’impulsion donnée à l’enseignement et à la recherche.
A la tête de l’Etat, il a toujours veillé à ce que la Facuité de Médecine et de Pharmacie de Dakar restât au niveau international. Il la veut d’ailleurs au service de toute l’Afrique et du reste du monde et elle reçoit des étudiants d’une trentaine de nationalités. Il pousse la vigilance jusqu’à présider en personne, chaque année, le Conseil interministériel où sont désignés les candidats sénégalais qui se présenteront aux concours d’agrégation de Médecine et de Pharmacie.
Pour lui, enseignement et recherche doivent être au diapason des réalités nationales et tous deux font appel à une intellectualisation du comportement des médecins.


D’abord dit-il, il n’est pas de vraie médecine « sans intellectualité. Par delà la physis, il faut esquisser une métaphysique », afin de donner « aux faits leur sens ». Moins sensible à la précision du geste ou de l’attitude qu’à leur inspiration ou leur hardiesse, il donne en 1967 les consignes suivantes au corps enseignant de la Faculté de Médecine de Dakar.
« C’est une méthode de penser, et même de sentir, qu’il faut enseigner et non une attitude de robot. D’ailleurs l’esprit africain, soumis à l’intuition plus qu’à la raison, au logos humide plus qu’à la dure ratio, se plierait difficilement à la règle et au compas ».
A l’heure où un courant de pragmatisme - d’ailleurs le plus souvent verbal voudrait transformer en écoles professionnelles ou techniques, « imprégnées de stéréotypes et de schémas standards », les établissements universitaires, le Président Senghor, quant à lui, assigne à son université une claire préférence pour les têtes, non pleines mais bien faites.
Décision pratique jusqu’en l’an 2000, le corps enseignant de la Faculté devra compter en son sein un quart de non-nationaux, et parmi eux des occidentaux.
Convaincu de la complémentarité des civilisations et fidèle à sa démarche mainte fois rappelée, Senghor préconise trois phases : étude de la médecine moderne, affirmation d’une vision négro-africaine de la médecine, symbiose des deux. Point d’opposition, ni de clivage mais une synthèse.
Ainsi souhaite-t-il que le corps médical sénégalais soit averti de tout ce qui se passe dans le monde, « assimile, sans être assimilé », les valeurs et techniques des autres et sache découvrir puis affirmer son originalité car il pressent que dans ce domaine l’Afrique pourrait présenter un message inédit ou oublié.
C’est pourquoi la bibliothèque universitaire de Dakar est particulièrement bien achalandée. C’est pourquoi a été créée récemment une Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique dont l’impulsion sur la recherche n’a pas tardé à se faire sentir. C’est pourquoi l’enseignement de l’acupuncture à la Faculté de Médecine de Dakar par des médecins chinois est à l’étude.
Senghor recommande : « Il est question d’acquérir des connaissances en gardant une vision négro-africaine des faits... pour la transformation de notre nation ». Or cette « vision négro-africaine », appelée à déboucher sur un apport original de l’Afrique, ne peut venir que d’une recherche méthodique. Recherche visant aussi bien à comprendre et faire renaître le passé en maints endroits, encore présents - qu’à retenir, pour l’avenir, les voies et procédés les plus conformes aux intérêts, au contexte et à l’esprit africains.
L’Ecole de Dakar s’est illustrée dans l’étude des maladies particulièrement répandues en Afrique de l’Ouest : les parasitoses, les maladies du foie, notamment le cancer primitif et les cirrhoses, la malnutrition des enfants, les hémoglobinoses, etc. mais, en dehors de la lèpre déjà mentionnée, deux domaines retiennent une attention particulière : la pharmacopée traditionnelle et la psychiatrie empirique. Par delà leur intérêt thérapeutique, toutes deux aident à mieux connaître l’âme africaine.
Certes il est difficile, voire impossible de créer une nouvelle médecine négro-africaine à l’instar d’une nouvelle littérature ou d’une nouvelle musique, mais il apparaît indiscutable que le médecin africain qui intellectualise et spiritualise sa profession, surtout l’enseignant-chercheur accroît le patrimoine culturel de l’Afrique.
Il convient enfin de rendre hommage aux franchises et libertés accordées aux chercheurs du Sénégal. C’est en pleine autonomie que chacun choisit ses sujets de travail ou que chaque congrès scientifique désigne ses thèmes et ses participants. Encore plus se trouve exclue toute immixion gouvernementale pour influencer ou censurer les résultats. J’ai personnellement entendu souvent le Président Senghor déclarer : « Il ne faut jamais mêler la science ou la culture à la politique ».
Sur un point seulement, le Chef de l’Etat est inflexible : la dignité humaine et partant, le respect de la vie. C’est pourquoi il se montre très prudent, voire réticent, sur des sujets tels que le planning familial et la contraception, tant qu’ils ne répondent pas à un besoin ressenti de la nation. De même, avec d’autres Chefs d’Etat africains, refuse-t-il l’invasion étrangère des films de violence ou de pornographie. De même son gouvernement entreprend-il une active campagne contre la vogue des dépigmentants cutanés.
Comme on le voit, Senghor ne fait pas une place à part à la médecine dans la vision de ses centres d’intérêt et de ses tâches. Mais il la veut la sait et la sent présente. Elle est absorbée, intégrée. Elle lui apparaît comme l’une des voies fondamentales de son socialisme et de son humanisme, puisqu’elle veille sur la santé physique et mentale des individus comme des nations, donc sur leurs niveaux et qualités de vie.
Cependant, dans la conjoncture actuelle, ne pouvant renforcer substantiellement le dispositif médical, d’actions polyvalentes de développement il attend des effets récurrents, bénéfiques sur la santé collective. Des effets comparables sont également attendus de la recherche scientifique universitaire dont le Chef de l’Etat est un ardent promoteur.
Enfin parce que l’activité médicale, dans sa conception comme dans ses méthodes, enrichit le patrimoine culturel national, Léopold Sédar Senghor n’est pas homme à éprouver de l’indifférence vis-à-vis d’elle. Par delà le sens de la maladie, la médecine permet de mieux saisir la signification de la vie et de la mort, donc de pénétrer plus avant l’âme négro-africaine. Elle doit donc être science de culture. Et cela, il ne cesse de le rappeler aux médecins chaque fois qu’il s’adresse à eux.





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