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LES PRATIQUES MEDICALES TRADITIONNELLES EN AFRIQUE
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Ethiopiques numéro spécial
revue socialiste de culture négro-africaine
70ème anniversaire du Président L. S. Senghor
novembre 1976

Auteur : Ayodélé Tella

De nos jours, dans tous les pays africains, on prend de plus en plus conscience de la valeur de la médecine traditionnelle et de la nécessité d’améliorer ses qualités. En effet, l’O.U.A. (Organisation de l’Unité Africaine) a organisé au cours des dernières années deux Symposiums internationaux, le premier à Dakar en 1968 et le second au Caire en 1975. Ces réunions traitaient d’un aspect particulier du sujet, notamment les plantes médicinales. A l’issue de chaque symposium, on a adopté un certain nombre de résolutions et on a recommandé aux participants de développer et de renforcer les intérêts dans l’étude et l’exploitation rationnelle de la pharmacopée traditionnelle. Quand on la compare à la médecine orthodoxe moderne, la médecine traditionnelle semble fruste et de nature à produire des effets bénéfiques très réduits ou nuls. Pour beaucoup d’Africains, certainement pour les foules des autochtones de l’Afrique rurale, cependant, la médecine traditionnelle a apporté des bienfaits incalculables et est parfois considérée comme étant supérieure à la médecine orthodoxe à certains égards.
La littérature sur la médecine traditionnelle dans toutes ses ramifications n’est pas impressionnante sauf pour ce qui est de l’aspect particulier que constitue la médecine des plantes (Adigbohya, 1946 ; Olivier, 1960 ; Watt et al, 1962 ; Swain, 1972). Les autres aspects ne semblent guère avoir attiré l’attention : Thompsonn (1966), par exemple, ne fait qu’effleurer des domaines de l’Occultisme thérapeutique et Mune (1975) n’apporte qu’une contribution sommaire quoique appréciable dans un domaine plus étendu de la médecine traditionnelle. Dans la présente étude que nous vous soumettons, nous avons obtenu davantage d’informations en consultant personnellement beaucoup de guérisseurs traditionnels qui ont eu l’amabilité de révéler leur savoir ou plutôt une partie de leur savoir.
La médecine traditionnelle est une méthode de guérison fondée sur sa propre notion de santé et de maladie. D’ordinaire le savoir se transmet oralement, très rarement par écrit, du père qui est guérisseur traditionnel au fils, très souvent quand le premier est sur son lit de mort. Malheureusement le fils peut mourir avant le père, ou bien le père peut mourir avant le fils de façon inattendue, surtout que le moment et les circonstances de la mort sont absolument imprévisibles. Par conséquent une bonne moisson d’informations précieuses a dû être perdue et se se perd probablement encore de cette façon. La raison de cette manière particulière de communiquer les renseignements est que la science du guérisseur en question est jalousement gardée et strictement conservée comme un secret dans certaines familles. En outre, cette science représente l’unique mode de subsistance du guérisseur traditionnel qui peut se perdre une fois que la science est rendue accessible à presque tout le monde par le fait d’une présentation écrite et non orale à des individus choisis. De plus, on croit que la science peut être utilisée au service de l’homme comme elle peut être employée pour détruire. Par conséquent, les étrangers, notamment ceux qui pourraient l’utiliser à des fins nuisibles, ne doivent pas être autorisés à la partager.
La médecine traditionnelle comporte grosso modo deux domaines, qui sont le domaine physique et le domaine métaphysique. Le domaine physique utilise des substances végétales, animales et minérales. Les substances végétales pourraient être des parties de plantes telles que racines, tige, feuilles, graines, fleurs écorces ou un mélange de n’importe lesquels de ces éléments. Parmi les animaux utilisés figurent escargots, caméléons, serpents, tortues, rats et lézards. Les substances minérales employées comprennent l’antimoine grossier, le soufre et la craie. Le domaine métaphysique s’occupe du monde invisible. On adresse des prières, des invocations et des incantations à des forces mystérieuses mais apparemment puissantes. Dans le traitement des maladies on a recours à l’un des domaines seul, où bien on les associe l’un à l’autre. La pratique de la médecine traditionnelle englobe un grand nombre de formes de traitements telles que la médecine des herbes, le jeûne thérapeutique et l’hydro-thérapie à base de régime alimentaire, la thérapeutique de la chaleur radiante, la saignée, la chirurgie et le reboutement, la manipulation et le massage de la colonne vertébrale, la psychothérapie, l’Occultisme thérapeutique, la psychiatrie et la médecine préventive. Ces méthodes sont utilisées isolément ou en combinaison. Il est très rare qu’un praticien s’adonne à tous les aspects de la médecine traditionnelle. Généralement il se distingue dans l’un ou plusieurs d’entre eux et les pratique à l’exclusion des autres. Chacun de ces traitements va être maintenant examiné un peu en détail.


La médecine des herbes

Les plantes médicales qui peuvent être des feuilles, des tiges, des racines, des fleurs, des graines, des fruits ou tout mélange de ces éléments, sont transformées en décoctions, invariablement avec de l’eau bouillante. La décoction est ensuite absorbée par les patients par la voie orale, ou appliquée localement, ou utilisée comme bain chaud. Quelquefois on ajoute de petits animaux entiers ou des parties d’animaux entiers ou des parties d’animaux ou de minéraux pour faire diverses potions. Parfois, les ingrédients d’une potion sont incinérés ensemble et la poudre ainsi obtenue est prise par quantités mesurées avec de l’eau ou d’autres boissons, ou frottée dans des scarifications pratiquées sur la peau. Un autre procédé de préparation consiste à faire une infusion d’herbes dans de l’eau froide. L’infusion, comme la décoction, est administrée par la voie orale ou localement, avec cette exception qu’on ne l’utilise pas généralement comme bain. Dans certains cas, on utilise l’alcool tiré de la bière de fabrication locale, du gin ou de fortes liqueurs importées, pour extraire les principes actifs de ces matières végétales et animales. La solution ou teinture d’alcool est ensuite utilisée pour le traitement ou la prévention de maladies. En outre, on emploie souvent le savon médicamenté dans les maladies de la peau pour faire un bain complet de tout le corps ou des parties affectées.

Le jeûne et le régime alimentaire thérapeutiques

Généralement on recommande un à trois jours de jeûne pour des maladies comme le rhume, le catarrhe, la diarrhée, la constipation et l’infection gonorrhéique. Ce jeûne ne dépasse pas généralement trois jours consécutifs. Pendant le jeûne, il faut s’abstenir totalement de prendre de la nourriture solide ; on peut cependant boire de l’eau. S’il est nécessaire de répéter le jeûne, on l’interrompt d’abord pendant deux ou trois jours et puis on recommence jusqu’à ce que le patient s’améliore. S’il n’y a pas d’amélioration, on arrête le jeûne.
Dans le régime alimentaire thérapeutique, on recommande une nourriture légère liquide ou semi liquide, avec beaucoup de fruits et d’eau, comme par exemple dans le cas de la constipation. Avec les rhumes et le catarrhe, il faut boire peu d’eau ou s’en abstenir totalement et éviter les aliments et les boissons glacés.

L’hydrothérapie

On utilise de l’eau froide, tiède ou chaude avec ou sans addition d’herbes pour servir de bain au patient. Les effets bénéfiques en sont, dit-on, entre autres, un sentiment de tranquillité et un développement des activités cardiovasculaires qui se traduit par une amélioration dans le fonctionnement du cœur et dans la circulation sanguine. En même temps le corps s’en trouve aussi nettoyé. On applique des compresses, sous forme de paquets froids ou chauds, aux parties du corps qui sont affectées, souvent pour réduire l’inflammation provoquée par un choc, des contusions et des furoncles. Le patient inspire une vapeur émanant d’une décoction bouillante ou de l’eau bouillante qui peuvent contenir des herbes ayant des principes volatils. A cet égard, le patient peut être assis à califourchon sur un récipient contenant le liquide chaud qui dégage la vapeur. Il met alors sur lui, en recouvrant le récipient, une ouverture ou un pagne épais convenable. Ce traitement, qui ressemble assez au fait de rester assis à l’intérieur d’une tente chaude, est réputé particulièrement bon pour les infections de l’appareil respiratoire.


La thérapeutique de la chaleur radiante

Un feu de charbon en plein air installé sous une plateforme surélevée sur laquelle on fait coucher le patient. Quand la chaleur devient insupportable pour ce dernier, on retire le feu, et on le remet quand le malade est en état de supporter encore la chaleur. On indique que la chaleur radiante qui est ainsi dirigée sur le patient le soulage, par exemple, de l’inflammation et de la pyrexie qui suivent une fracture des os.

La saignée ou phléhotomie

Les principaux types d’instruments dont on se sert sont un couteau de fabrication locale, une coupe spécialement faite pour l’opération et qu’on appelle « coupe d’extraction », et la corne d’un petit animal ouverte aux deux extrémités et qui porte le nom de « corne d’extraction ». A l’aide d’un couteau on fait des coupures, généralement dans le dos du patient, juste en dessous ou au milieu de l’angle inférieur de l’omoplate. La coupe d’extraction est placée sur les coupures de telle sorte que le rebord de la coupe adhère fortement à la peau sans laisser entrer l’air, et le sang est alors aspiré dans la coupe. Quand on utilise la corne d’extraction, on place une de ses extrémités sur la peau pour recouvrir les coupures et l’autre extrémité est placée dans la bouche du guérisseur traditionnel qui suce le sang à travers cette extrémité jusqu’à en extraire la quantité voulue. Dans le même temps, on applique généralement des compresses chaudes près des coupures. On dit que la saignée est efficace pour le traitement de la septicémie et des rhumatismes.

La chirurgie et le reboutement

On utilise des couteaux de fabrication spéciale, des cornes et des coupes d’extraction, pour la saignée telle que nous l’avons décrite ci-dessus. On utilise le même genre de couteau pour la circoncision. Cette opération consiste à enlever la partie du prépuce qui est la partie antérieure de la peau recouvrant le pénis chez l’enfant mâle, et le dessus du clitoris chez l’enfant femelle. Le jus de feuilles de manioc et le liquide secrété par le corps de l’escargot sont utilisés comme, anticoagulants locaux pour arrêter le saignement. La circoncision, croit-on, assure à l’enfant-mâle ou femelle - une vie sexuelle propre et saine quand il sera grand. Une autre pratique où le chirurgien se sert de couteau, c’est quand il fait des marques tribales sur le visage de l’enfant : la forme et le nombre des marques dépendrait du groupe linguistique particulier. Cependant cette pratique est en voie de disparition. Quand les furoncles sont à point, on les incise avec un couteau avant de les pressurer. L’uvulectomie se fait aussi avec un type de ciseaux de fabrication locale. Dans cette opération, on donne d’abord au patient, par la voie orale, des herbes sédatives, après quoi on coupe la saillie conique que forme le bord du voile du palais. On croit que l’uvulectomie permet d’éviter l’uvulité et l’enrouement ou la perte complète de la voix (aphasie) qui accompagne l’inflammation de l’uvule.
Dans le reboutement, il faut noter un très remarquable degré de compétence, étant donné surtout qu’il n’y a pas d’auxiliaires radiographiques. Une chute d’un arbre ou d’autres accidents provoquant des fractures d’os qui peuvent être simples, composées compliquées ou d’autres types, sont traités avec succès dans beaucoup de cas. On lave à fond la blessure, on remet les os en place en prenant soin de faire en sorte que les bouts s’unissent ; on arrête souvent le saignement avec des feuilles de manioc ou le liquide du corps de l’escargot, les feuilles de bananier servent de bandage. Le patient est ensuite soumis au traitement de la chaleur radiante décrit plus haut. Quelquefois, avant de commencer le traitement, on choisit un poulet dont on casse exprès une patte. La fracture est ensuite traitée pari passu avec celle du patient. On prétend que le patient est guéri quand le poulet retrouve l’usage normal de sa patte qu’on avait cassée délibérément.


Les manipulations de la colonne vertébrale et le massage

On a recours aux manipulations de la colonne vertébrale dans le cas de douleurs provenant par exemple de glissement de disques ou de déplacement des os de la colonne vertébrale et d’accidents analogues. Le patient, torse nu, est placé sur une surface dure et propre qui est souvent une natte mise par terre. Il y est étendu sur le ventre, les bras allongés, et ses gros orteils se touchent. Avec l’aide d’un assistant, le guérisseur traditionnel place sur le dos du patient un morceau de bois assez lourd d’environ 1,50 m. de long. Puis on roule ce morceau de bois, en appuyant doucement le long de la colonne vertébrale, des épaules jusqu’aux fesses. Le massage est aussi une forme de manipulation, mais il s’applique aux muscles du corps plutôt qu’aux os. Le patient se met tout nu sur un lit dur et à l’aide de ses seuls doigts et mains, le guérisseur traditionnel manipule méthodiquement les muscles du corps du malade. On estime que le massage du corps fait du bien dans le cas de beaucoup de maladies chroniques.

La psychothérapie

Ce précédé joue un grand rôle dans la pratique du guérisseur traditionnel, mais on l’utilise rarement tout seul. La psychothérapie se fonde sur le principe selon lequel l’esprit est responsable en partie au moins, du mal dont souffre un patient et que l’élimination de ce mal dépend en partie de l’influence favorable que l’on peut exercer sur l’esprit du malade. Le guérisseur traditionnel utilise des suggestions mentales et autres méthodes psychologiques simples pour faire disparaître le souci, la peur et l’angoisse. On donne ainsi au patient une vision rassurante des choses et le processus de la guérison de son mal, quel qu’il soit, s’en trouvera considérablement accéléré.

L’occultisme thérapeutique

Cette branche de la médecine traditionnelle a été souvent désignée sous le nom de « sorcellerie », et ceux qui la pratiquent sous le qualificatif péjoratif de « sorciers », et cela par des gens qui sont mal informés. L’occultisme est du domaine du mystérieux ou le guérisseur traditionnel a affaire avec des forces surnaturelles invisibles mais apparemment puissantes. L’occultisme comporte des prières, des incantations ou des invocations adressées à ces forces. En effet, certains Africains croient encore assez fréquemment que certaines maladies sont provoquées par des agents surnaturels et que contre ceux-ci la médecine orthodoxe est impuissante ; seul l’occultisme thérapeutique pourrait y porter remède de façon efficace. Souvent le praticien est doué d’une perception extra sensorielle très développée. Par exemple, en sa qualité de voyant, il peut envoyer et recevoir des messages télépathiques. Il peut aussi effectuer en toute conscience des voyages astraux. On affirme que certaines plantes et autres substances ont des pouvoirs occultes qu’on pourrait maîtriser pour le bien ou pour le mal.
La plupart des praticiens qui se livrent a cette branche de la médecine traditionnelle ont fait le serment de n’utiliser leurs pouvoirs et leurs connaissances que pour guérir et prévenir des maladies.
Parmi eux figurent aussi les devins qui consultent les oracles, les guides des esprits, ou les esprits amis dans leurs divinations, en utilisant des instruments comme de l’encens que l’on brûle, des cauris, des noix de cola, du sable blanc, des sculptures sacrées, des animaux sacrés et les grains de certaines plantes. Ces procédés leur permettent de diagnostiquer un mal et de trouver le traitement approprié. Ce sont généralement des hommes d’un âge avancé qui possèdent une expérience considérable et sont versés dans la métaphysique ou dans les sciences parapsychologiques. Comme nous l’avons dit plus haut, l’Occultisme thérapeutique, à cause du mystère qui l’entoure et à cause de son attirail extérieur, a été souvent qualifié, avec assez de mépris, de « sorcellerie ». Beaucoup d’Africains cependant ont un peu appris à mieux le connaître et pour la majorité, il constitue encore une force très puissante dans le domaine de la santé et de la maladie, une force capable de réussir là où la médecine orthodoxe peut échouer.


La psychiatrie

Cette pratique consiste essentiellement à traiter des fous. Ceux-ci sont retenus par des chaînes de fer ou des entraves de bois fixées à leurs mains et pieds. Ensuite on les endort à l’aide de plantes qui les plongent dans un sommeil profond. Les fous violents, une fois attachés et neutralisés, sont sévèrement bastonnés avant d’être endormis. Le nombre de coups de bâton qu’on leur administre dépend du temps qu’il faut pour les dompter. Le fondement de la bastonnade, croit-on, est qu’en opposant la violence à la violence on aboutit à la tranquillité. On croit aussi que ce traitement est efficace si la folie est due à la possession démoniaque.

La médecine préventive

Des anneaux, des amulettes, des « ceintures » et des colliers médicamentés se portent comme gris-gris ou « talismans » dans le but d’éloigner du porteur les infections et autres maladies. Le gris-gris ou charme doit être en contact avec la peau. Les ingrédients qui composent les préparations médicales qui donnent un « charme » ou fétiche sont souvent dictés par l’occultisme thérapeutique.
Telles sont donc les pratiques médicales qui existent depuis des temps immémoriaux. Elles se sont ralenties et, en certains endroits, se sont interrompues de façon définitive avec l’influence européenne en Afrique. Elles ont été cependant, sans aucun doute, les précurseurs de la médecine orthodoxe moderne. De fait, certaines de ces pratiques figurent encore dans d’autres systèmes de traitement médical couramment employés comme le traitement de la Nature, de la Foi, de l’Esprit, l’ostéopathie, la médecine chiropratique et homéopathique.
Des diverses branches de la Médecine traditionnelle, la médecine des plantes semble la plus développée. Comme nous l’avons déjà indiqué, elle attire l’attention de nombreux laboratoires et groupes de recherches partout en Afrique à l’heure actuelle. Nous allons maintenant examiner un ou deux points saillants de ces activités de recherche.
D’abord, les connaissances relatives aux plantes médicales n’ont pas été un fait du hasard ni de processus qui ont constamment échappé à l’explication de nos cinq sens. Elles ont été obtenues principalement grâce à des observations faites sur des animaux et, plus tard, sur des habitants du pays. Par exemple, les serpents souffrent d’une mauvaise vue et sont presque aveugles après l’hibernation. Quand cette affection leur arrive, ils recherchent le Foeniculum Vulgare, qui est de la classe des ombellifères et qui est plus connu sous le nom de plante Fennel. Les serpents s’en mettent un peu sur les yeux et en mangent et retrouvent rapidement la vue. Depuis, on se sert du jus de Fennel pour améliorer la vue des malades (Dymock et al., 1891). En outre, on a observé que certains ressortissants de l’Inde se servaient de la Fauwlfia Serpentina dans le traitement de la folie (Sen et Bose, 1931). Cette plante appartient à la classe des Apocynacées et la substance qu’on en extrait est maintenant utilisée cliniquement comme tranquillisant important, et également dans le traitement de l’hypertension. On a observé que les Indiens Sud-Américains utilisaient pour leur part du Quinquina, qui est de la classe des Rubiacées, pour le traitement de leur fièvre (Jaramillo-Arango, 1950). Des extraits du Quinquina - La quinine et la quinidine, qui en sont les principes actifs - sont utilisés maintenant cliniquement contre le paludisme et comme sédatif cardiaque, respectivement. La liste serait longue. Qu’il nous suffise de dire que d’autres plantes ou leurs extraits, comme par exemple la dignoscine et l’atropine, qui constituent la base de la thérapeutique orthodoxe moderne, étaient découvertes de manière quelque peu identique. Des observations et des recherches plus poussées menées sur ces bases ne peuvent être qu’enrichissantes.
Des recherches sur la puissance ou la valeur thérapeutique des plantes sont également en train d’élargir l’horizon de nos connaissances relatives à ces plantes. Les facteurs qui interviennent concernent l’état du sol, l’environnement en général, l’âge de la plante, son étape de développement, et le moment de la journée ou de l’année où on la recueille. Ainsi, le Quinquina planté dans un climat chaud et humide et au-dessus du niveau de la mer, contient plus de quinine, remède antipaludique que celui qui est cultivé dans une région maritime. Car l’écorce de ce dernier quinquina pourrait être totalement dépourvue de quinine. La digitale, qui est de la classe des Scrophulariacées, est très puissante dans le traitement des insuffisances congestives du cœur, par exemple. Quand on recueille la plante de bonne heure le matin, son effet cardiotonique est très réduit et est moins puissant que lorsqu’elle est recueillie en fin d’après-midi après avoir été longuement exposée au soleil. On a démontré de façon cohérente que le soleil renforçait le contenu en glycosides cardiaques de cette plante. De plus, des études pourraient aussi mener à la découverte d’autres propriétés thérapeutiques non encore connues d’un grand nombre de plantes dont chacune est actuellement affectée à une place fixe dans le traitement de maladies particulières. Par exemple, la plante décorative, la perrenche, la Vinca rosea est, estime-t-on, efficace contre le diabète du sucre et le « diabète mellitus ». Des recherches récentes faites sur cette plante ont montré qu’elle est également efficace dans le traitement du cancer (Noble et al, 1958). Il faut aussi mentionner le fait que la plupart de ces plantes médicinales sont retirées par kilogrammes du continent africain, tous les ans, pour de modiques sommes, et nous reviennent plus tard sous forme de médicaments finis qu’on nous fait payer à des prix exorbitants. Il est donc évident qu’il faut poursuivre les recherches afin d’obtenir des produits optimaux de principes actifs à partir de nos plantes médicinales, afin de découvrir toutes leurs potentialités et limiter les pertes économiques.
A cette époque de tératogenèse ou malformations provoquées par des médicaments chez l’enfant encore dans le sein de sa mère, de maladies iatrogéniques ou d’origine médicamenteuse, à cette époque où l’on est porté à la drogue et où l’on est exposé à d’autres réactions toxiques provoquées par des médicaments synthétiques modernes (Schimel, 1963 ; Martin, 1971), on ne peut nier la nécessité de poursuivre ou d’intensifier la recherche de préparations médicales qui aient des effets moins dangereux ou moins indésirables. Les préparations à base d’herbes sont très prometteuses parce que leurs ingrédients se développent en lien étroit avec la vie, et si on les étudie convenablement elles peuvent finir par s’avérer moins toxiques que les médicaments synthétiques. En outre, la plupart des préparations à base d’herbes conservent leurs vitamines revitalisantes, leurs minéraux et d’autres micro-éléments nutritifs que contiennent les ingrédients de la plante originale. Ces substances appréciables ne peuvent être fournis par un seul médicament synthétique, il faut plutôt recourir à la polypharmacie (Martin, 1971), avec les dangers qu’elle comporte.
Beaucoup reste à faire, par conséquent. Il faut rationaliser les dosages par exemple, et les méthodes utilisées par les praticiens dans le mélange des préparations herbales ont besoin, en général, d’être considérablement améliorées. On a recours de plus en plus, par exemple, à des préparations « mises en flacons » analogues à celles de la médecine orthodoxe. Le but en est d’éviter la nécessité de recommencer chaque fois des concoctions qui prennent beaucoup de temps ; au contraire, on les aurait ainsi constamment à portée de la main. Cette mise en flacons, cependant, ne tient pas compte des procédés de stérilisation. Il en résulte que parfois certains flacons explosent brusquement et avec violence à cause des microbes qui s’y trouvent emprisonnés et des gaz qu’ils expirent et qui exercent une pression montante sur le bouchon et les parois du flacon. Les guérisseurs par les plantes en particulier et les guérisseurs traditionnels en général ont besoin d’être formés de façon systématique et « ouverte » au lieu de la formation en « vase clos » qui est la leur actuellement. Ainsi pourra-t-on plus facilement apprécier et évaluer leur compétence. La nécessité d’étudier et d’améliorer la Médecine traditionnelle ne devrait cependant pas se limiter à l’aspect qui concerne les plantes. D’autres secteurs doivent aussi être étudiés, et en profondeur, autant que possible. Ce faisant, on permettrait à la Médecine traditionnelle d’apporter sa contribution légitime, digne et utile à la solution de certains problèmes que pose aujourd’hui l’accession aux soins médicaux.





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