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CE QUE VOUS M’APPORTEZ EST IRREMPLAÇABLE : C’EST L’ETERNITE.
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Ethiopiques numéro spécial
revue socialiste de culture négro-africaine
70ème anniversaire du Président L. S. Senghor
novembre 1976

Auteur : Léopold Sédar Senghor

Vous comprenez facilement mon émotion, mon embarras et que je sois bref. D’autant que j’ai parlé au Colloque, et trop longtemps. Je dirai, d’un mot, que c’est votre amitié, j’oserai dire votre affection, qui me vaut ces vœux, qui me touchent au cœur, ces hommages, que je suis loin de mériter, j’en ai conscience.
Je voudrais, avant d’aller plus loin, remercier, d’une façon toute particulière, mon ami le Président Mobutu Sésé Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga. Il a accepté, en effet, de présider cette cérémonie qui ferme le Colloque. Rien ne pouvait être plus significatif que la présence, aujourd’hui, parmi nous, présidant cette séance ultime, de celui qui a noué l’Authenticité de la Négritude au nombril de l’Afrique. Grâce à lui, la culture noire est retournée, vraiment, à ses sources bantoues.
Encore une fois, mon seul mérite fut, sur les bancs du collège, de me révolter contre la théorie de la tabula rasa. Théorie qui refusait aux Nègres l’honneur d’avoir, je ne dirai même pas une culture originale, mais, simplement, une civilisation. Je confesse volontiers, que notre combat, à Damas, Césaire et moi-même, ne fut pas, en ses premières années, sans erreurs. C’est pourquoi nous avons voulu nous sortir de la Négritude-ghetto, pour nous ouvrir aux valeurs fécondantes des autres civilisations.
Il reste que, pour apporter nos propres valeurs au rendez-vous de l’Universel et contribuer, ainsi, à l’élaboration de la civilisation du XXe siècle, il nous faut, non seulement rester nous-mêmes, mais nous enraciner, chaque jour plus profondément, dans notre terre nourricière. C’est seulement, alors, que nous pourrons assimiler les valeurs étrangères, qui nous sont indispensables.
Comment vous remercier de la joie que vous m’apportez, en ce troisième âge de ma vie ? Car ce que vous m’apportez, aujourd’hui, est irremplaçable. C’est l’éternité, que j’ai rêvé en griffonnant mes premiers vers. L’éternité non certes de ma personne, non même pas de mes œuvres, mais de cette idée folle qui naquit dans nos esprits et nos cœurs dans les années 1920-1930. Cette folie de vouloir défendre et illustrer les valeurs de la culture noire, qui s’est allumée dans d’autres têtes, dans d’autres cœurs, et qui ne s’éteindra plus.
En effet, je sais maintenant, de science sûre, que cette idée sera continuée par la génération qui nous a suivis. Et par cette troisième génération qui va entrer, maintenant, en classe terminale, pour apprendre que l’Afrique est éternelle, non pas de sa puissance matérielle, non pas de ses techniques, mais de son âme. Comme me le disait Dargui Ndiaye, mon compagnon de captivité : « Ils (les Européens) ont plus d’intelligence que nous, nous avons plus d’âme qu’eux ». Saluons cette civilisation du XXIe siècle, qui sera le mariage de l’âme et de l’esprit : l’expression de l’homme intégral.





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