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« LA BIBLE, LE CORAN ET LA SCIENCE », Maurice Bucaille (les écritures saintes examinées à la lumière des connaissances modernes), Paris, Seghers, 1976.
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Ethiopiques numéro 16
Revue socialiste de culture négro-africaine
Octobre 1978

Auteur : Fernand Dumont

La lecture de l’ouvrage du Dr Maurice Bucaille inspire un sentiment d’estime et de reconnaissance, pour l’éclairage nouveau qu’il projette sur les Ecritures saintes.
Croyant, Maurice Bucaille a été amené, poussé par la curiosité intellectuelle du scientifique de formation qu’il est, à examiner l’authenticité des Ecritures sur lesquelles sont fondées les religions monothéistes en ce qui concerne leurs relations avec les données de la science, sur un certain nombre de faits historiques et de phénomènes naturels.
Nous sommes ainsi prévenus que « cette confrontation avec la science exclut tout problème religieux à proprement parler ». Les religions, ici, ne sont nullement mises en question, encore moins la foi en Dieu.
« La présente étude porte sur ce que nous enseignent les Ecritures au sujet des phénomènes naturels extrêmement divers qu’elles entourent plus ou moins de commentaires ou d’explications, et il faut opposer à cet égard la grande richesse de la Révélation coranique à la discrétion des deux autres révélations sur le même sujet ».
Les circonstances ont en effet voulu que le Dr Maurice Bucaille se soit d’abord penché sur le Coran, en y recherchant le degré de compatibilité du texte sacré avec les données de la science moderne.
Pour ce faire, l’auteur a eu le grand mérite, mais aussi la satisfaction, de s’astreindre à l’étude de la langue arabe, ce qui allait lui permettre, grâce à sa formation scientifique antérieure, de pénétrer le sens profond de certains versets, jusqu’ici assez obscurs ou mal traduits, même chez les meilleurs arabisants islamologues, qui étaient presque tous, jusqu’à une époque récente, des « littéraires ». Ce point est capital, et ouvre le champ à une réflexion nouvelle et féconde, dont on sait gré à l’auteur de cette étude magistrale.
C’est bien évidemment sur un plan de stricte impartialité que le Dr Bucaille prend en considération « les données objectives de l’histoire des religions ». Cette attitude, qui apparaît encore novatrice quand il s’agit de l’Islam, n’est pas seulement un signe de probité intellectuelle et de respect d’autrui : il est temps, en effet, de reconnaître que si le judaïsme a pour livre saint la Bible hébraïque, l’Ancien Testament chrétien ne diffère de celle-ci que par des additions ou des retranchements, et que la Révélation coranique n’a pas rejeté les Ecritures qui l’ont ainsi précédée.
Une telle étude devait poser la question fondamentale de l’authenticité des textes mis en question. Nous ne nous y attarderons pas dans cette présentation, bien que ce problème soit passionnant. La Bible hébraïque est le résultat d’une longue recension de récits et de prophéties très divers. Le christianisme ne dispose ni d’un texte révélé, ni d’une tradition fixée du vivant de Jésus, mais seulement d’un certain nombre de témoignages humains, indirects et postérieurs au Christ, ne concordant pas toujours entre eux. Seul le Coran est un texte à la fois révélé et fixé du vivant même du prophète Muhammad, présentant ainsi un caractère d’authenticité indubitable.
Enfin, confronter les données scripturaires avec la science moderne, exige encore que l’on ne retienne, de celle-ci, que ce qui est établi de façon définitive.
On s’aperçoit alors que les données bibliques sur l’ancienneté de l’Homme, par exemple, sont fausses, en dehors, on le répète, de tout problème religieux. Les contradictions, invraisemblances et incompatibilités sont grandes aussi dans les Evangiles, mais, prend soin de noter l’auteur, « l’existence de ces contradictions, invraisemblances et incompatibilités ne me paraît altérer nullement la foi en Dieu. Elle engage seulement la responsabilité des hommes »... « Croire au miracle divin et croire en la science sont parfaitement compatibles : l’un est à l’échelle divine et l’autre à l’échelle humaine ». Par exemple, dit le Dr Bucaille, je peux croire que Jésus a guéri un lépreux, mais je ne puis accepter que Saint Luc dise qu’entre le premier homme et Abraham il n’y a eu que vingt générations. De même, les généalogies de Jésus sont fausses, ou contradictoires...


Erreurs et contradictions

Ayant situé de la sorte le véritable objet de sa recherche, et les limites de celle-ci. Maurice Bucaille entreprend une étude méthodique de l’Ancien Testament, puis des Evangiles, et enfin du Coran, en ce qui concerne leurs rapports possibles avec la science moderne.
En examinant la formation de l’Ancien Testament, on constate que la part humaine, de version en version, devient considérable et entraîne avec elle des altérations plus ou moins graves. Tradition populaire avant d’être un recueil de livres, ce n’est devenu que fort tardivement une collection d’ouvrages inégaux à travers lesquels court, certes, une Révélation. La Bible fourmille aussi d’erreurs historiques, et recèle d’autre part un nombre considérable de contradictions et d’invraisemblances, notamment en ce qui concerne des phénomènes naturels importants. La tradition du Déluge, en particulier, est inacceptable telle qu’elle est rapportée.
Les Evangiles abondent également en contradictions ou omissions, les uns par rapport aux autres, sur des faits aussi importants que l’Ascension de Jésus ou l’institution de l’Eucharistie, qui n’est pas mentionnée dans l’Evangile de Saint Jean. C’est que non seulement les quatre évangélistes n’ont pas été témoins oculaires, mais qu’ils sont, en fait, des traditionnistes, rapporteurs indirects et postérieurs de près d’un siècle à la mort du Christ. Les Evangiles ne restituent donc pas les paroles authentiques de Jésus, et il s’agit, au mieux, des traditions des communautés auxquelles appartenaient les quatre évangélistes, traditions rapportées à travers leurs propres problèmes.
Au demeurant, les Evangiles contiennent peu de passages conduisant à une confrontation avec les données scientifiques modernes... si l’on fait abstraction des fantasmagories de Mathieu, des contradictions flagrantes, des invraisemblances ou des incompatibilités évidentes des autres. Ces défauts, pour autant, ne font pas mettre en doute l’existence même de la mission de Jésus : les doutes planent seulement sur le déroulement de cette mission.
A propos du Coran, « c’est d’harmonie et non de discordance qu’il va s’agir », car la Révélation islamique ne contient, à l’examen, aucun élément de contradiction avec les données de la science moderne. C’est là un fait indiscutable. On l’oublie trop souvent : pour l’Islam, « la religion et la science ont toujours été considérées comme deux sœurs jumelles ». A notre Moyen-Age, la science islamique était internationale, et les savants étaient d’abord des Croyants.
Mais il y a plus que cela. Il y a le fait, prodigieux, que le Coran fourmille de données historiques ou relatives à des phénomènes naturels, tous en parfait accord avec la science moderne. Pourtant, ce fait a pu longtemps, et en grande partie, échapper à l’attention. C’est ici le lieu de saluer le mérite du Dr Maurice Bucaille, qui nous montre comment les traductions anciennes, même celles des plus grands arabisants islamologues, sont fautives ou insuffisantes dans leur interprétation des données scientifiques, leurs auteurs ne possédant pas la formation de base nécessaire, dès là qu’il s’agissait, par exemple, du domaine de l’astronomie, ou des lois qui régissent l’apparition des règnes végétal et animal.
Le Dr Bucaille, qui a relevé les nombreuses erreurs scientifiques contenues dans la Bible, n’en a décelé aucune dans le Coran. Après avoir ainsi constaté que Mahomet, illettré au départ, était devenu, du point de vue littéraire, « le premier auteur de toute la littérature arabe », et qu’il avait énoncé « des vérités d’ordre scientifique que nul être humain ne pouvait élaborer en ce temps là, et cela sans faire la moindre déclaration erronée sous ce rapport », l’auteur conclut qu’il faut bien convenir « qu’il n’existe pas d’explication humaine au Coran ».
L’authenticité du Coran étant par ailleurs indiscutable, Maurice Bucaille établit alors un parallèle entre les différences et les analogies du Coran avec le récit biblique, d’un intérêt soutenu et passionnant.
Enfin, rassemblant ce qui précède, le Dr Bucaille établit un dernier parallèle entre récits coraniques, récits bibliques et science, sur quelques questions fondamentales, telles que la tradition du Déluge ou l’histoire de l’exode de Moïse, et en tire des conclusions générales qui donneront aux Croyants sincères, ample matière à réflexion, car ce livre concerne les fidèles de toutes les confessions, et il plaira en particulier aux Musulmans, par l’hommage qui est implicitement rendu à l’universalité et à l’esprit de tolérance de l’Islam authentique.
Le Dr Maurice Bucaille nous a donné, avec « La Bible, le Coran et la Science », une œuvre agréable et utile.





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