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HUMANISME D’UN PARLEMENTAIRE
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Ethiopiques numéro 16
Revue socialiste
de culture négro-africaine
Octobre 1978

Humanisme d’un parlementaire [1]

Auteur : Thomas William

Lorsque, petit garçon, je me rendais avec ma petite sœur en visite quelque part, ma grand-mère avait coutume de me faire la recommandation : « N’oublie pas de dire à la maîtresse de maison : « Merci de nous avoir reçus ! ». Ma grand-mère, qui me connaissait bien, ajoutait toujours : « Et si la dame te dit : Tout le plaisir était pour moi, tu ne dois en aucun cas demander : S’il vous plaît, quand puis-je revenir ? ».
Maintenant que je suis devenu adulte, j’ai la responsabilité bien plus grande de ne pas oublier de vous dire, Monsieur le Président, ainsi qu’à votre gouvernement et au groupe de l’I.P.U. du Bundestag, non seulement de la part de mon épouse et de la mienne, mais aussi au nom de tous les vénérables délégués et visiteurs qui partagent avec nous votre merveilleuse hospitalité : « Merci de nous avoir reçus ».
Vous avez travaillé durement pour préparer notre venue et nous donner le sentiment de nous sentir les bienvenus. Nous savons que vous avez fait tout ce qui était en votre pouvoir pour assurer le succès de la conférence. Et tout cela, vous l’avez visiblement fait avec une telle bonne volonté que je suis presque tenté de dire : « Monsieur le Président, puisque selon toutes apparences notre venue semble vous faire plaisir, n’attendez pas cinquante ans avant de nous dire de revenir, car plusieurs d’entre nous seront alors trop vieux pour jouir de votre générosité comme nous le faisons aujourd’hui ».
Il est certes plaisant d’être ici, de faire de nouvelles connaissances et de retrouver les vieux amis. Mais le but qui nous a fait venir ici de tant de pays différents et qui nous a fait traverser tant d’océans ne réside pas seulement dans la joie que nous éprouvons à nous trouver en compagnie de nos amis.
Nous sommes venus en tant que porte-paroles des millions d’individus qui ne peuvent pas parler pour eux-mêmes. Ils attendent de nous que nous traduisions en mots leurs aspirations à un monde où leurs enfants et eux pourraient espérer y vivre dans la paix et la dignité. Ils nous ont chargés de nous attaquer aux problèmes qui les accablent. Etant donné que nous sommes réunis à Bonn pour évoquer ces problèmes, il nous revient la responsabilité solennelle de le faire avec sagesse et modestie et non pas avec arrogance ou avec pharisaïsme, car sinon nous ne serions rien d’autre que des dirigeants aveugles et muets.


Je connaissais autrefois un homme qui croyait tout savoir et qui n’apprenait rien des fautes qu’il commettait. Un jour, il se rendit au bord de la mer et loua un bateau à rames avec l’intention de traverser avec sa femme la baie qui se trouvait devant lui. Lorsqu’il eut dépassé les brise-lames, la mer devint plus forte et le bateau commença à prendre l’eau. Sa femme se mit à pleurer et implora son mari de rentrer avant que le bateau ne coule. Le stupide personnage perdit son sang-froid et cria à son épouse : « Cesse de me porter sur les nerfs ! Qu’est-ce que cela peut me faire que ce vieux bateau prenne l’eau ? Il ne nous appartient pas ! ».
A vrai dire, cette histoire n’est pas la parabole de l’homme fou, mais de quelque chose dont chacun devrait prendre garde. Les rivages de l’histoire sont remplis des épaves de civilisations qui ont été détruites par des hommes certes intelligents, mais sans cœur, qui croyaient pouvoir obliger le monde à accepter une paix à leurs conditions, le menaçant de destruction s’il ne le faisait pas et qui ne comprirent jamais que tout comme la paix, la destruction est indivisible.
Les cyniques prétendent que l’histoire n’apprend aux hommes que le fait qu’ils n’apprennent rien d’elle. Malgré toutes les leçons du passé, les nations se comportent toujours comme si elles pouvaient construire des armes de plus en plus meurtrières tout en s’arrangeant pour survivre à leur emploi. Nous ne savons que trop bien, dans notre for intérieur, qu’il n’y a de salut pour aucun d’entre nous si ce n’est dans celui de tous. Nous nous trouvons tous à bord du même bateau. Si le bateau coule, nous sommes tous perdus. Les gens qui nous confient la barre attendent de nous que nous les conduisions à travers la mer des dangers, qui menace sans arrêt de les engloutir. Notre devoir est de faire de notre mieux pour les amener sur les rives de la paix.
Gœthe nous montre bien la vision du pays vers lequel nous devons nous diriger et nous fait partager son inspiration.
« Heureux voyage »
Les brumes se sont dispersées
Le ciel est clair
Et Eole nous libère de la peur
Les vents se mettent à souffler
Le batelier s’agite
Allez vite ! Allez vite !
Les vagues se séparent
Le lointain s’approche
Et j’aperçois déjà le pays.

Ce port peut nous paraître aujourd’hui peut-être plus éloigné que jamais et les mers qui nous en séparent encore plus démontées. Même dans les heures les plus sombres, les hommes ont pourtant cru que de l’autre côté de la tempête se trouve la terre promise où coulent le lait et le miel.
Nous avons courageusement relevé le front pour affronter les défis graves qui constituent les thèmes choisis pour cette conférence. Espérons que nous traiterons ces thèmes avec autant de courage lorsque nous tirerons nos conclusions et que nous nous livrerons à nos réflexions de manière sage et modérée.
Tous les hommes aspirent à la paix et à la compréhension. Nous-mêmes et les parlements que nous représentons avons la tâche et le devoir de travailler dans cette voie. Que le but de notre travail apparaisse de manière claire, car personne ne sait mieux que nous, que lorsque notre vision sera moins nette, l’humanité disparaîtra alors de la terre.


[1] Le texte reproduit ici donne quelques aspects de l’humour britannique et témoigne, en même temps, de l’élévation de pensée d’un parlementaire, lors de la 65e Conférence interparlementaire de Bonn (Sept. 78).




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