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LA DOCTRINE A L’EPREUVE DU POUVOIR AU VENEZUELA
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Ethiopiques numéro 16
Revue socialiste
de culture négro-africaine
Octobre 1976

Auteur : Enrique Tejera Paris

En moins de temps que ce que dure la vie d’un homme, le Vénézuéla a couvert un cycle historique qui pour d’autres nations a été de presque deux cents ans. On a dit que le Vénézuéla est sorti du XIXe siècle en 1936 avec la liquidation de la dictature de Gomez. Cela ne veut pas dire, cependant, que le Vénézuéla ait été statique, anonyme ou inculte. Sa guerre d’indépendance (1811-1824) lui a coûté un tiers de sa population tandis que Bolivar et plusieurs autres Vénézuéliens gagnaient alors une renommée mondiale et permanente. Mais pendant les cent ans qui suivirent, le peuple vénézuélien dut continuer sans cesse sa lutte pour l’égalité et la liberté pour ne parvenir qu’à consolider sa vocation égalitaire au prix de milliers de morts, d’une régression culturelle et d’un recul dans le domaine des institutions politiques : et ce qui est pire, en souffrant des humiliations et la terrible frustration de voir que les Caudillos qui se soulevaient précisément au nom de la démocratie, devenaient des dictateurs aux pouvoirs presque divins.
Les partis vénézuéliens classiques, le Libéral et le Conservateur, agitaient leurs drapeaux jaunes ou rouges mais aucune distinction réelle d’idéologie, de méthodes ou d’objectifs. Nés d’esprits éclairés, ces partis ne correspondaient pas à la réalité nationale et les constitutions écrites qu’ils produisaient ne coïncidaient que rarement avec la constitution réelle du pays.
1936 fut une année cruciale ; cette année, de même que 1810, 1830, 1859, 1948 et 1958, marque un tournant dans l’histoire du Vénézuéla. En 1936, les vieux partis avaient disparu de mort naturelle comme s’ils avaient eu honte d’eux-mêmes. En 1936, est née la Thèse Politique qui allait se transformer en Action Démocratique tandis qu’en même temps se définissaient clairement les tendances opposées dont la plus forte allait être à l’origine du COPEI. Ce fut en 1936 également que le peuple démontra sa force dans la rue et dans les grèves.
En 1936 commence la présidence du général Lopez Contreras, homme d’ordre et respectueux de la technique, qu’il utilisa dans toute la mesure que lui permettaient les ressources humaines, intellectuelles et économiques du pays ; quant à la loi il l’interprétait suivant ses inclinations conservatrices. C’était un homme d’Etat rusé au meilleur sens du mot : prudent, intelligent et pragmatique. Son grand mérite fut de sortir le pays de la dictature, de le faire progresser, de maintenir la paix, de technifier l’administration et de transmettre constitutionnellement le pouvoir à son successeur et disciple élu par le Congrès National. Il persécuta ses adversaires politiques, il força les partis de gauche à la clandestinité, emprisonna et exila, mais sans commettre les vexations qui auraient pu lui faire perdre, dans une perspective historique, l’autorité morale et le prestige qui sont, en fin de compte, la plus grande contribution qu’un homme d’Etat puisse faire à son pays.
Comme le disait un homme de science vénézuélien : avant 1936 « on ne pouvait pas vivre au Vénézuéla. Non seulement à cause du manque de liberté, mais aussi littéralement parce que presque tous les enfants mouraient à cause de la situation sanitaire ». Il n’y avait pas non plus d’écoles (en 27 années de dictature je crois qu’on n’en a construit qu’une seule à Caracas) et il y avait moins de 2.000 étudiants dans tout le pays. L’armée, le commerce, la police tout était primitif. Les enfants travaillaient dix heures et plus dans les usines textiles. Il n’y avait guère de protection sociale, ni de durée maximale de travail. Le café était le principal produit d’exportation et il était mal cultivé. Seules les finances publiques étaient bien organisées, pour récupérer le crédit international en payant des dettes aux dépens d’une soumission honteuse à l’impérialisme, auquel on fit pratiquement cadeau de la richesse pétrolière. Dans l’esprit primitif du dictateur, dont le slogan était « paix et travail », il semblait n’y avoir qu’une lueur de nationalisme : payons les dettes, donnons tout pour éviter une intervention étrangère directe. Ce fut la seule humiliation épargnée aux Vénézuéliens qui ont connu toutes les autres. Nous sommes tombés dans l’abîme politique et économique symbolisé par des prisons médiévales où l’on torturait horriblement, où le seul repos du prisonnier, lorsqu’on le laissait tranquille, était de se coucher sur le dos dans un coin, sur le dos car c’était la seule position que lui permettait une barre de fer de quarante kilos rivée à coups de marteau par d’autres barres aux chevilles.
Cette sorte d’Etat et de gouvernement a eu aussi ses théoriciens. Le plus célèbre d’entre eux, Valenilla Lanz, écrivit un livre « Césarisme Démocratique », qui eut l’honneur d’être traduit en italien en 1933, accompagné d’une préface élogieuse d’un haut personnage du Parti Fasciste Italien. Ainsi s’unissent et s’admirent les oiseaux du même plumage.
Cette introduction historique pour rappeler combien bas était notre point de départ et pour, en comparant le présent au passé, réaffirmer la conviction que tout peuple, aussi réprimé, frustré et humilié soit-il, ne perd jamais son pouvoir de réaction, que plus on l’opprime, plus grande est sa colère lorsqu’il récupère la liberté.


Le Parti « Action Démocratique »

De ces prisons sont sortis Romulo Betancourt et plusieurs autres fondateurs de la démocratie vénézuélienne. Beaucoup d’autres auraient été emprisonnés si la dictature avait duré plus longtemps, car les efforts pour la renverser étaient constants.
Les caractéristiques principales d’Action Démocratique sont les suivantes :
Il s’agit d’un parti doctrinaire, polyclassiste et fondamentalement ouvrier et paysan. Parmi ses militants il y a à la fois plus d’ouvriers, de paysans, de professionnels, de techniciens et de petits entrepreneurs que dans n’importe quel autre parti au Vénézuéla.
- Le parti est basé sur une démocratie interne effective et égalitaire. Son candidat présidentiel actuel, Luis Pinerua Ordaz, a été élu par vote direct et secret de plus de 800.000 militants.
Le parti compte 1.270.000 militants inscrits dans un registre ordonné et prouvé par des moyens électroniques.
Le culte de la personnalité n’existe pas dans le parti et tous les postes internes sont occupés par des candidats élus. Le parti est une organisation de fonctionnement permanent au sein duquel les membres expriment librement leurs opinions sur le parti et le gouvernement, aussi bien au sein des assemblées de base qu’au niveau des organes de direction. Il y a une assez grande mobilité dans ces postes.
Le parti est financièrement pauvre et encore peu strict quant au paiement des cotisations. Tout le travail politique est volontaire et non rémunéré. Le parti n’a, ni n’accepté, de participation dans les affaires, des compagnies ou des commissions ; il n’est pas non plus financé par les deniers publics. Il ne reçoit que des contributions électorales légales dont il garde une comptabilité ouverte à toute inspection.
Le parti appuie ses gouvernements avec une vigueur et une loyauté totales, mais sans abandonner pour autant sa position de critique constructive. Il transmet hebdomadairement au gouvernement les observations, les critiques et -parfois- les félicitations qui lui arrivent des organes de base. A son tour il transmet à la base les observations et les résultats des tâches du gouvernement.
Le parti est fondamentalement nationaliste et il place les intérêts nationaux par dessus toute autre considération. Il combat l’impérialisme, le colonialisme et le fascisme.
Le parti suit avec intérêt les affaires étrangères et de la défense et s’occupe de la situation du personnel militaire de la même façon qu’il s’occupe du développement et de l’efficacité du personnel enseignant, des autres professionnels, des fonctionnaires de toutes sortes, des ouvriers et des autres facteurs humains de la production.
Sa doctrine économique et administrative se base sur la planification établie dès le premier gouvernement de Betancourt en 1945. Le parti ne se reconnaît d’autre privilège que celui de contribuer à élever le niveau et la qualité de la vie de tous les Vénézuéliens.
Le parti n’est ni se prétend parfait ou unique. Tous ses dirigeants et gouvernants ont reconnu en outre le rôle extrêmement important des autres partis avec lesquels ils maintiennent d’ailleurs un contact constant et amical. A cet égard, le rôle du Pouvoir Législatif a été fondamental, car il maintient en communication constante les sénateurs et députés de toutes les tendances, parmi lesquels se trouvent presque tous les dirigeants politiques.
Les compagnons qui arrivent à la Présidence de la République sont relevés pendant cinq ans de leurs obligations envers le parti, afin que rien n’entrave leur fonction de Président de tous les Vénézuéliens.
On peut certainement faire d’autres observations, mais on peut apporter de nombreux exemples de la manière dont le parti se garde de tout abus au gouvernement ou dans l’opposition, limite sa participation au gouvernement en donnant des postes-clés à des indépendants et à des membres d’autres partis (en cas de coalition).
Lorsque le parti s’abstient d’imposer au gouvernement le choix de ses militants pour remplir les divers postes, il ne le fait pas par manque de ressources humaines, mais bien plutôt pour contribuer par sa discrétion à la stabilité démocratique et aussi pour obéir à une certaine pédagogie politique. On peut affirmer que cette discrétion a eu des effets favorables et, bien que l’opposition soit souvent peu clémente et pas toujours sincère, l’exemple de A.D. a servi pour modérer les autres partis et a même servi de modèle d’organisation à certains d’entre eux.

Premiers résultats

Les principes déjà mentionnés ont été vigoureusement appliqués depuis le premier gouvernement d’Action Démocratique (Junte Révolutionnaire de Gouvernement, 1945-1947) présidé par Romulo Betancourt. On peut dire que tous les résultats que nous allons énumérer trouvent leur origine à cette époque. La Junte appela à des élections et pour la première fois tous les Vénézuéliens de plus de 18 ans, même les illettrés, purent voter librement ; le célèbre romancier Romulo Gallegos, militant de A.D. fut élu Président. Le président Gallegos fut renversé par un mouvement militaire réactionnaire quelques mois plus tard, le 24 novembre 1948. S’ensuivit une dictature qui abrogea la Constitution de 1947 et provoqua la « dissolution » d’Action Démocratique. Celle-ci passa à la clandestinité et subit de fortes persécutions tandis que plus de quatre cents militants, dont trois Secrétaires généraux et d’autres dirigeants, mouraient dans la lutte. Les prisonniers se comptaient par milliers. Mais la direction du parti dans la clandestinité restera toujours au Vénézuéla tandis que les dirigeants exilés obéissaient instantanément lorsque le parti leur ordonnait de rentrer clandestinement au pays.
La dictature continua les projets de voierie, d’électrification et d’infrastructure entamés par Betancourt et Gallegos ; elle inaugura de nombreux ouvrages et ajouta même des constructions somptueuses, surtout à Caracas. Mais il s’agissait d’un gouvernement corrompu et inefficace. Après neuf ans, son prestige était tellement affaibli qu’un mouvement réussit à le renverser avec l’approbation générale.
Deux initiatives du gouvernement d’Action Démocratique allaient avoir également des effets spectaculaires sur la Dictature :
Vers la fin de la Deuxième Guerre Mondiale on avait découvert le D.D.T. La Junte présidée par Betancourt, en utilisant la bonne organisation du Ministère de la Santé, prit la résolution historique de déraciner le paludisme dans tout le Vénézuéla. Le paludisme était la première cause de mortalité au Vénézuéla. En trois ans il fut totalement éliminé prouvant ainsi l’utilité d’une décision adroite et rapide combinée avec un appareil administratif efficace dirigé par un modèle de fonctionnaire public : Arnoldo Gabaldon.
La Dictature ne connut pas les effets de cette mesure : libérés de la morbidité produite par la malaria, les Vénézuéliens non seulement ont cessé de mourir à grande échelle, mais ont aussi accru leur fertilité. Entre temps, la Dictature fermait 18 écoles normales ouvertes par Gallegos. Comme résultat le taux d’analphabétisme augmenta de telle sorte que lorsque Betancourt fut élu président en 1959, il dut faire face à un autre problème énorme, produit de sa décision vitale de 1946 : le problème de plus d’un million d’enfants sans école.
Les effets de l’autre initiative furent tragi-comiques : la Constituante de 1947 avait mis en vigueur un système électoral à toute épreuve, pour garantir l’efficacité et la crédibilité du suffrage. En 1952 la Dictature voulut monter un scénario électoral, mais en utilisant le système électoral existant. Le résultat fut qu’elle devint la risée du peuple car elle perdit les élections sans pouvoir camoufler la fraude. A minuit, après avoir compté les suffrages, le colonel n’eut d’autre alternative que de proclamer ouvertement sa tyrannie.
Le 23 janvier 1958 un coup civil-militaire appuyé par tous les partis renversa la Dictature. Neuf ans de clandestinité avaient renforcé Action Démocratique et, qui plus est, avaient établi des liens d’amitié entre les hommes politiques démocrates de toutes les tendances. Dans l’« esprit du 23 janvier », la Junte de Gouvernement présidée par l’Amiral Larrazabal et ensuite par Edgar Sanabria appela à des élections ; Romulo Betancourt fut élu à une large majorité. Malgré cela il basa presque tout son gouvernement sur une coalition avec COPEl et ERD.
Les gouvernements successifs des compagnons Romulo Betancourt et Raul Leoni poursuivirent avec un grand succès les programmes déjà esquissés. Ces gouvernements durent faire face à des difficultés très graves parmi lesquelles : un exode des capitaux qui rendit nécessaire la dévaluation du bolivar et la réduction du budget ; des soulèvements militaires ; des émeutes : des guérillas financées par Fidel Castro et, le pire, un sanglant attentat préparé par le tyran Trujillo de la République Dominicaine qui laissa Betancourt grièvement brûlé et tua deux personnes dans sa voiture. En dépit de tout cela, dès la troisième année du gouvernement de Betancourt la transformation du pays était déjà évidente grâce à l’application de la planification et surtout grâce à l’existence et à l’appui d’une coalition des trois partis principaux : AD, COPEl et URD, qui consolida la démocratie et favorisa le démarrage de l’économie.
Le gouvernement de Leoni compléta dix années consécutives de gouvernement présidé par AD. Il accrut et consolida la sécurité sociale, élargit l’infrastructure, protesta contre l’invasion de la République Dominicaine, appuya le Panama et lutta durement pour obtenir une hausse des prix du pétrole.
Ce fut le Président Loeni qui dut céder le pouvoir au Président Caldera, leader social chrétien de renommée mondiale. Action Démocratique n’aurait pas perdu les élections présidentielles si l’aile (qui allait devenir le MEP) dirigée par le docteur Prieto Pigueroa (président d’Action Démocratique) et par le docteur Paz Galarraga (Secrétaire général du parti) ne s’était séparée en provoquant une scission du parti.
Le parti, dont le candidat présidentiel était le docteur Gonzalo Barrios, perdit par 35.000 voix seulement, c’est-à-dire dans les limites d’une marge d’erreur mathématique. Le parti obtint néanmoins la majorité parlementaire.


La situation actuelle

Le peuple vénézuélien démontre quotidiennement sa foi dans le système démocratique. La lecture de la presse, les programmes de radio et télévision reflètent un degré de liberté d’expression qui, dans d’autres pays, pourrait même mettre en danger la stabilité politique. Il saute aux yeux non seulement que tous les jours il y a des élections dans les universités, associations professionnelles, syndicats et autres organisations, mais aussi que ces élections qui, généralement sont politisées, sont suivies de très près par le public. Par la presse, et de fréquentes enquêtes d’opinion, les observateurs politiques peuvent se rendre compte combien le Vénézuéla a changé depuis que les premiers objectifs de AD furent énoncés en 1936 et 1945. Le mérite d’avoir atteint ces objectifs revient au gouvernement du compagnon Carlos Andrés Perez.
Aujourd’hui, le chômage a cessé d’être la préoccupation principale du peuple, comme le prouvent les enquêtes d’opinion. Cela est le résultat évident des effets combinés de la création d’emplois (740.000 nouveaux emplois, dont 30 % pour les femmes), de l’éducation technique (l’INCE à lui seul fournie 400.000 apprentis par an) et des programmes de déconcentration industrielle et administrative.
Quant à la nationalisation du pétrole, ce vieil objectif du parti, finalement teint en 1976, elle a donné de très bons résultats. De 4,95 bolivars le baril le pétrole est passé à 41,12 bolivars. Toutes les décisions sont prises au Vénézuéla. Il convient de signaler que cette nationalisation n’a pas été une sinécure comme d’aucuns le prétendent. Elle fut dure et émaillée de moments difficiles qui figureront dans l’histoire. La nationalisation trouve un appui précieux dans l’OPEP, création du gouvernement de Betancourt et de son ministre Juan Pablo Perez Alfonso, lui aussi mondialement connu.
La formule institutionnelle prévue par le parti évita que ces énormes nationalisations ne produisent des désajustements dans la production et la vente du pétiole et du minerai de fer.
Avant la nationalisation du minerai de fer, chaque tonne de minerai rapportait 10 bolivars. Aujourd’hui, 23 bolivars.
D’autres mesures sont à citer :
- la nationalisation de la Banque Centrale et ajustement au contrôle bancaire et à l’octroi des crédits, dirigé maintenant par l’Etat ;
- une plus grande participation dans les compagnies productrices d’aluminium :
- augmentation des salaires et l’amélioration de la répartition du revenu. En 1973, sur chaque bolivar, les travailleurs recevaient 53 centimes, aujourd’hui ils en perçoivent 74. Le revenu des travailleurs a augmenté de 23,7 % par an. Le pouvoir d’achat, déduction faite du taux d’inflation, a augmenté de 15 % par an ;
- la démocratisation industrielle. La Corporation de la Petite et Moyenne Industrie a aidé à créer 1.870 nouvelles entreprises avec 200.000 emplois ;
- l’amélioration du logement : la proportion des logements marginaux « bidonvilles » a baissé de 39 % en 1958 à 22 % actuellement.
Aussi, depuis 1974, les comptes d’épargne et les dépôts bancaires ont-ils augmenté de presque deux milliards de bolivars.
La déconcentration industrielle médicale et administrative avance à un rythme accéléré. La production d’acier est en train d’atteindre 5 millions de tonnes par an, celle d’aluminium, 124.000 tonnes par an. Celle de l’électricité (nationalisée) 20 millions de kilowatts, le service du téléphone (nationalisé) atteint 624.000 abonnés couvrant 60 % de la demande. La production d’acier et de charbon va commencer au Zulia, créant ainsi un autre grand pôle de développement à l’ouest, qui rivalisera avec celui de Ciudad Guayana, fondée pendant le gouvernement de Romulo Betancourt.
En 1974, 11 % du territoire produisait 75 % du PNB non pétrolier, abritait 41 % de la population, regroupait 75 % des emplois et 51 % des lits d’hôpitaux. La province finançait le centre. Cela a été une préoccupation constante de tous nos gouvernements. Au cours des quatre dernières années 200 usines ainsi que 31 entreprises et instituts de l’Etat ont été transférés de la capitale vers la province ; 1.785 entreprises (représentant 112.000 emplois), 60 parcs et conglomérats industriels ont été financés tandis que plus de 15.000km de voies rurales étaient construites.
Depuis 1959 la production agricole s’accroît plus vite que la population sans parvenir toutefois à satisfaire une demande accrue par les augmentations du pouvoir d’achat. Pendant le gouvernement de Perez, l’impulsion donnée au crédit a été d’une telle ampleur que ses effets dans les années antérieures devront produire suffisamment de viande, de lait et de grains pour combler le déficit. En outre, les banques privées sont obligées d’investir 25 % de leur portefeuille en crédits agricoles, 100.000 hectares de modules d’élevage sont ajoutés tous les ans et on continue à grande échelle plantation de forêts industrielles. Des machines inventées au Vénézuéla permettent de planter chacune 20.000 arbres par jour.
Les investissements publics participent aujourd’hui pour 40 % à la formation de capital et l’Etat produit 27,8 % du Revenu National.

L’égalité des chances et les conditions de vie

Le 23 janvier dernier fut célébré le vingtième anniversaire du rétablissement de la démocratie. A la fin de son mandat, le Président Perez aura achevé 15 ans -trois mandats- de gouvernement présidé par des militants d’Action Démocratique. Dans son dernier message au Congrès, comme Betancourt et Leoni avant lui, il souligna le rôle joué par tous les Vénézuéliens et tous les partis dans la consolidation politique et économique du pays. Il en profita pour faire ces comparaisons statistiques qui prouvent clairement la supériorité des administrations démocratiques sur les dictatoriales. Les dictatures ne sont pas efficaces, et ce qu’elles parviennent à faire elles le font au prix d’un coût social terrible.
Les gouvernements démocratiques ont également un autre avantage : le culte du béton et des infrastructures n’existe pas dans leur cadre. Même si, dans ce domaine ils font plus que les dictatures ce n’est qu’un moyen et non une fin. Les travaux publics sont conçus dans le cadre d’un Plan permanent de la Nation et leur but est d’améliorer la condition humaine, la vie de l’homme et le développement économique du pays en tenant compte des objectifs sociaux.
Dans ce contexte, il convient de finir cette analyse des résultats par quelques chiffres correspondant à la période 1958 1977, car ils résument 20 ans de planification et de mise en œuvre dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection des travailleurs.
En 1958 l’espérance de vie à la naissance était de 57,2 ans, aujourd’hui elle est de 66,4 ans.
La mortalité a baissé de 8,3 pour mille à 6 pour mille, et la mortalité infantile de 64,4 pour mille à 42,8 pour mille. Les cliniques de planification familiale sont passées aux mains de l’Etat et, de 118 auparavant, elles atteignent maintenant le millier. Les vieillards déshérités recevront à partir de cette année, à titre d’assistance, 70 % du salaire minimum. Presque 3 millions de personnes (y compris les écoliers) reçoivent l’assistance alimentaire ; il y a 460 marchés subventionnés ; 4.117 millions de bolivars ont été consacrés à l’amélioration des quartiers marginaux.
Le nombre de personnes couvertes par la sécurité sociale est passé de 731.000 à 3.600.000. Le système de sécurité sociale des Forces armées s’est également accru. En dehors de la sécurité sociale, 250.000 consultations médicales et 50.000 odontologiques se font gratuitement tous les mois.
Dans le domaine de l’éducation, le Vénézuéla est peut-être le pays qui alloue le plus de fonds à ce secteur et celui qui a plus d’étudiants par rapport à sa population. Voici comment a évolué la situation :

1958 1977
Nombre d’élèves :
Primaire......................... 751.000 2.500.000
Secondaire....................... 82.000 710.000
Supérieure - Universitaire....... 10.600 247.000
Nombre d’établissements.......... 7.100 13.000
Budget (million de bolivars)..... 366 7.800

En outre, en 1977, l’INCE comptait 449.000 élèves. 10.000 (dont ceux de l’INCE militaire) ont reçu des bourses pour étudier à l’étranger.
Nous pouvons affirmer que l’égalité de chances est une réalité croissante au Vénézuéla.

Ce qui reste à faire

L’action du gouvernement dans un pays fortuné comme le Vénézuéla est tellement vaste et complexe qu’il est très difficile de la résumer. Pendant quatre siècles, le Vénézuéla a été pauvre et a accumulé des besoins qu’il veut satisfaire tous à la fois. L’impossibilité d’y parvenir, de même que l’ampleur et la dispersion de l’œuvre déjà réalisée ou en train de l’être, rendent difficile l’information du public et facilitent le travail de l’opposition qui, avec légèreté, met l’accent sur les aspects négatifs.
Il y a toujours quelque chose à faire, à améliorer ou à corriger. Néanmoins, l’Action Démocratique ne s’est pas endormie sur ses lauriers. Nous en voulons pour preuve le fait que notre candidat présidentiel, Luis Piňerúa Ordaz, se détache de nos adversaires parce qu’il est capable de dire ce qu’il va faire, comment il va le faire et qu’il s’appuie sur sa propre expérience dans le gouvernement pour le dire. D’un point de vue politique, le peuple vénézuélien est très mûr et apprécie aussi bien le sérieux d’Action Démocratique que la compétence et l’honnêteté du compagnon Luis Piňerúa Ordaz. C’est pour cette raison qu’Action Démocratique se prépare à gouverner à nouveau à partir de 1979.





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