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MAMADI, UN PETIT GUINEEN EN FRANCE
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Ethiopiques numéro 21
revue socialiste
de culture négro-africaine
janvier 1980

Auteur : Françoise Ugochukwu

« Les critiques littéraires ne consacrent généralement que quelques lignes aux livres pour enfants à la veille des étrennes de fin d’année, davantage pour faire plaisir aux éditeurs que pour informer les acheteurs, et les historiens de la littérature ne daignent la classer que sous la rubrique « littérature marginale »  [1] ».
Mais la littérature enfantine, qui a fait son apparition en librairie au XIXe siècle, touche aujourd’hui des sujets et un public nombreux.
Très vite, le thème du voyage y a pris la place prépondérante qu’il occupait déjà dans les légendes médiévales et la tradition orale. Après les traductions de Robinson Crusoë en 1720 et des Voyages de Gulliver en 1727, les petits français font connaissance avec Alice au pays des merveilles - publié en anglais en 1863 -, avec Pinocchio dont les aventures paraissent en Italie en 1883 et avec l’Ile au trésor, traduite en français la même année.
Jules Verne propose à ses jeunes lecteurs un Voyage au centre de la terre (1864), De la terre à la lune (1865), Vingt mille lieues sous les mers (1870) et Le tour du monde en quatre-vingts jours (1873), pour ne citer que quelques-uns de ses ouvrages. Théophile Gautier, parlant de ces voyages en 1866, disait que :
« S’ils n’ont pas été réellement accomplis et si même ils ne sauraient l’être encore, ils offrent la plus rigoureuse possibilité scientifique et les plus osés ne sont que le paradoxe ou l’outrance d’une vérité bientôt reconnue [2] ».
D’autres les suivront avec Les cinq sous de Lavarède de Paul d’Ivoi (1894) et les albums de Tintin qui nous montrent ce « boy-scout flanqué de son chien Milou » arpentant, de 1930 à 1976, la terre et la lune, de l’U.R.S.S. à l’Amérique latine en passant par le Groenland, l’Ecosse et l’Angleterre, la Suisse, le Maroc et le Sahara, l’Egypte et l’Arabie, le Congo, l’Inde et le Tibet, la Chine et l’Indonésie, les Etats-Unis, le Pérou et l’Amazonie [3].D’autres collections paraissent, comme « Les enfants du monde » dont le titre le plus connu est Apoustiak le petit Esquimau (1948), et, chez Nathan « Des enfants et des animaux » avec Waki le petit pygmée et les animaux de la forêt (1976).
Un instituteur de Saint-Laurenten-en-Royans, dans le Vercors, aujourd’hui décédé, publie successivement une douzaine d’ouvrages destinés aux pré-adolescents et mettant en scène des enfants étrangers dans leurs pays d’origine : Norvège, Angleterre, Italie, Espagne... [4]. L’un d’eux, Mamadi ou le petit roi d’ébène [5], présente une particularité : c’est la société française tout entière, du village à la ville, du clochard à l’homme instruit, qui y est présentée au lecteur, vue par des yeux étrangers.
Et c’est plus particulièrement le thème de l’exil, du déracinement, qui est traité dans Mamadi et permet de rapprocher cet ouvrage de tant d’autres écrits par des Africains. Passant en revue les thèmes communs à ces derniers, Edris Makward mentionnait, parmi les plus souvent traités,
« Le contact et la confrontation de l’Africain avec le monde de l’Européen, avec toutes les frustrations et l’amertume qui en résultent (conflit de cultures) » et « les expériences de l’Africain au « pays de l’homme blanc »  [6] ».
Il s’agit ici d’un enfant, parti par accident et dont le bref séjour en France est plus une aventure qu’un récit réaliste. On pourrait comparer son histoire, du moins pour ce qui est du début, à celle d’Awwaqa qui,
« dès son enfance,... entendit tellement parler de l’Europe qu’il en conçut un intense désir de s’y rendre, afin de la connaître et de devenir civilisé comme un européen. Mais comme il craignait son père et sa mère, il ne dit rien à personne d’un projet qui leur aurait paru irréalisable. C’est donc à leur insu qu’il prit la décision de partir [7] ».
La page de couverture de Mamadi nous propose un résumé de l’ouvrage. Monté clandestinement dans un avion, le petit Malinké se retrouve en France ; il est successivement recueilli dans un orphelinat, puis placé chez un couple de villageois âgés qui le mettent à l’école ; là, il rencontre une fillette de son âge. Malheureusement, sa petite camarade quitte bientôt le village, et Mamadi part à sa recherche. La fin du livre voit l’enfant noir repartir vers « sa brousse natale ».
En fait, dans le détail du récit, Isabelle a beaucoup moins de place qu’il n’y paraissait au premier abord. Au long des dix-neuf chapitres, ce sont neuf groupes de personnages et vingt cinq caractères différents que Mamadi rencontre, en passant successivement par douze décors ; il emprunte en outre des moyens de transport variés, et fait de multiples découvertes.


Qui es-tu, Mamadi ?

« Replié sur lui-même, comme un lièvre traqué au gîte, un petit enfant noir se tenait accroupi, la tête sur les genoux, les jambes serrées entre les bras. Il était à peu près nu, un petit pagne de mauvais coton lui couvrant juste les reins » [8].
Telle est la première image que nous donne l’auteur du personnage principal. Plus loin dans le premier chapitre, nous nous demanderons, avec les pilotes et la cabaretière :
« quel âge pouvait-il avoir ? Sept ans, huit ans ? Assurément pas davantage » [9].
A ces questions, d’autres succéderont bientôt : d’où vient-il ? Que faire de lui si personne ne vient le chercher ? Et d’abord, pourquoi, comment est-il parti ? C’est ce que nous apprend le second chapitre : « l’oiseau des hommes blancs ». Mamadi aurait pu débuter comme L’enfant noir de Camara Laye, lui aussi de Haute-Guinée :
« J’étais enfant et je jouais près de la case de mon père » [10].
Cet autre enfant est ici replacé dans son milieu : sa case, ses occupations quotidiennes, ses parents nous sont présentés, et cette nature bienveillante et ensoleillée où les « bananiers étaient à portée de la main » et où on se reposait « dans l’ombre douce d’un bel arbre-linké ». Le chapitre est dominé par la haute stature du père en qui Mamadi « avait une confiance aveugle », et l’atmosphère contraste violemment avec celle faite d’épais brouillard, de gelée blanche et de peur sur laquelle s’ouvrait le premier chapitre.
Pourquoi donc Mamadi est-il parti ? La réponse tient tout entière dans sa curiosité jamais satisfaite : il veut savoir ce qu’est le « grand oiseau » ; puis il veut le voir de plus près ; et ne peut ensuite,
« résister à l’envie de voir ce qu’il y avait dedans »  [11].
Cette curiosité se combine avec le tenace désir de changer de peau : pour la première fois devant les fauteuils de l’avion, comme plus tard devant la glace où il admire son nouveau costume, à l’époque des masques de Mardi-Gras et dans le magasin de vêtements, surgit en lui le désir « d’imiter les rois blancs », d’être « comme un petit blanc », qui va bien faillir perdre le petit noir.
« Mamadi, lui disait une petite voix, ne reste pas là, Si tu t’envoles sur les ailes de l’oiseau des hommes blancs, tu partiras loin de ta case, tu connaîtras des pays sans étoiles, sans soleil, des pays si froids que l’eau s’y change en pierre, si tu pars loin de ton N’fa et de ta N’na, tu seras malheureux » [12]...
L’enfant n’a pas écouté. Et du village malinké, il va passer successivement par deux aérodromes, un orphelinat, la rue, le commissariat de police, le village et l’école, les routes avec le chiffonnier, et la maison des parents d’Isabelle, avant de reprendre l’avion pour son pays. Autant de lieux, autant d’impressions : derrière la balise du terrain d’aviation, l’enfant recroquevillé tremblait de peur et de froid. La « grande case triste » qu’est l’orphelinat, nous n’en retiendrons avec lui qu’un long dortoir ou
« une veilleuse jetait sur les lits une vague lueur jaune » [13], un préau désert,
« une cour sombre encadrée de grands murs »« il fallait lever la tête très haut pour découvrir le ciel, un ciel déteint, presque toujours sale » [14], et une impression générale de labyrinthe et d’univers carcéral où le négrillon traqué traverse la cour comme un fou, s’enfonce dans un couloir, se heurte à des portes fermées, revient dans la cour, pénètre à nouveau dans un couloir.
« Au bout de ce couloir, un escalier s’enfonçait dans la nuit » [15]. Et Mamadi s’enfuit par le soupirail de la cave. Au chapitre V, il est dans la rue. La rue ! toutes ces lumières rouges, bleues, jaunes, les vitrines rutilantes, l’étalement de richesses dont l’enfant n’avait aucune idée et dont le spectacle le fascine.
« Le reste du monde disparaît pour lui. Il ne voit plus les passants, ne pense plus au temps qui fuit, à la nuit qui s’épaissit. Il regarde des fauteuils ; il est heureux... » [16].
Bonheur fugitif qui s’éteint avec les vitrines et laisse Mamadi désemparé dans les ténèbres.
D’un lieu à l’autre, d’un personnage à l’autre, l’enfant fait peu à peu connaissance avec la France. Les pilotes l’ont pris dans leurs bras et couvert de leur veste fourrée ; la vieille tenancière de la cantine lui a donné du cacao, une banane et des bonbons. Mais tous n’auront pas envers lui la même sollicitude. Et très vite Mamadi comprendra que leur métier, leur âge ou leur expérience portent certains à lui venir en aide. Ce sera le cas du petit infirme de l’orphelinat, qui le rejoint dans la cave, lui fait cadeau de son dessert et l’aide à s’échapper ;
« ils étaient si pareils, tous deux persécutés, l’un parce que noir, l’autre parce qu’infirme » [17].


Une autre enfant s’approche de Mamadi et deviendra son amie : Isabelle. Parce qu’elle a bon cœur : elle enlève l’écharde de la main du petit noir, elle le guérit de l’onglée, lui donne ses gants brodés, va lui rendre visite quand il a la grippe et surtout parvient à le convaincre qu’il rentrera un jour chez lui.
Les adultes, eux aussi, jettent parfois sur l’enfant un regard de bonté : des femmes jeunes mais que leur instruction a rendues plus ouvertes, comme « Moiselle » l’institutrice du village, ou âgées et davantage portées à la tendresse, comme la tenancière de la cantine ou la marchande de masques de carnaval ; des hommes, plus rares, que leur amour paternel et leur instruction ou leurs propres épreuves ont rapprochés de l’enfant perdu. Le chiffonnier qui découvre Mamadi endormi au creux d’un arbre lui promet de ne jamais le ramener à l’orphelinat et ajoute :
« je comprends. Moi aussi, autrefois, j’ai connu une grande maison aussi triste » [18].
Avant de mourir en cherchant des sacs pour couvrir son protégé, il sacrifiera ses derniers sous pour lui acheter bananes, oranges et goyaves.
D’autres personnages, ni compatissants ni hostiles, restent indifférents ; peut-être qu’à la longue ils se révéleraient amis, mais ils vivent dans un autre univers que celui où erre l’enfant. Ainsi, parti à recherche du chiffonnier, Mamadi
« suivait une large avenue, lorsqu’il s’arrêta net. Sur le trottoir, en face, marchait un homme noir » [19].
Mamadi le suit, en quête d’amitié. Mais l’homme est pressé : il poursuit son chemin ; portier dans un cinéma, il finit par dire à l’enfant d’entrer pour le film ; mais ce dernier s’enfuira avant la fin. De la même façon, plus loin dans l’ouvrage, l’enfant, parti faire une course pour la mère d’Isabelle, rencontre, alors qu’il traverse un jardin public, une femme noire qui tricote en gardant son bébé qui joue.
« Bouleversé, il reste là, incapable de s’en aller. Il revit sa case, sa N’na à lui, ses petits frères et sœurs. Au bout d’un moment, quand la femme noire se leva, prit son enfant dans ses bras et s’éloigna, il la suivit » [20].
Là encore, il va au-devant d’une déception. Quant au facteur, qui représente pour l’enfant tout l’espoir du monde, il ne se doute de rien et se contente de tendre le courrier à l’impatient Mamadi, comme au début du récit l’officier d’aviation se bornait à placer l’enfant trouvé à l’Assistance sans plus s’attendrir sur son sort.
Il faut reconnaître que, dans leur majorité, les Français sont dépeints comme étrangers à Mamadi, quand ils ne sont pas hostiles, depuis la surveillante de l’orphelinat qui l’accable de tous les défauts et le juge « aussi méchant que rusé et brutal » [21] jusqu’au fruitier qui appelle la police. Ce sont surtout les groupes qui font peur au petit Guinéen, et dont le comportement est le plus ambigu : curiosité ? méfiance ? incompréhension ? Mamadi le dit, à l’orphelinat,
« tous ces petits blancs qui couchaient comme lui dans cette grande case se montraient si méchants ; le premier jour, son visage noir les avait intimidés, mais très vite, ils l’avaient agacé, taquiné... » [22].
Dans la rue, ce sont les passants qui se retournent pour le regarder - du moins, c’est ce que l’enfant imagine. Et quand il arrive à l’école du village, les jeux cessent et les écoliers s’assemblent dans un coin, « curieux et apeurés en même temps » [23]. Le soir où l’homme au vieux boubou l’avait amené, les buveurs du bar l’avaient ainsi dévisagé, entouré, « à cause de sa couleur » nous dit l’auteur.
D’une rencontre à l’autre, Mamadi apprend et tente de s’adapter. Après l’avion, il emprunte successivement l’auto, puis le train, cette
« petite case, très longue, perchée sur des roues » [24].
A l’orphelinat, il mange encore du bout des doigts, et le cœur lourd ; il n’aime ni le fromage, ni le pain beurré, ni le chocolat, mais apprécie le cacao, le lait et bien sûr les bananes, les ananas et les goyaves offerts par des amis. Le cérémonial du couvert, « ces instruments que les hommes blancs appellent cuillers et fourchettes » [25], l’intérieur des maisons avec leurs fauteuils, leurs tapis, leurs lits, l’électricité, les magasins et leurs vitrines, le cinéma et le café, l’école avec son tableau et ses craies, le gros poêle et l’ardoise, tout l’intéresse et capte son attention. C’est volontiers qu’il participe aux rondes des écoliers, et même à une bataille de boules de neige. Bien sûr, il y a aussi le brouillard, le froid, l’onglée, l’égout et la police...


Nostalgie

Et tout au long du récit, malgré les efforts de ses amis, Mamadi se sent mal dans sa peau. A la question d’Isabelle : « Tues donc si pressé de nous quitter ? », il ne peut répondre. Mais une chose est certaine : ce qui le guérit quand il a la fièvre, ce qui lui permet de survivre à l’hiver et à la solitude, ce qui le rend si joyeux à la lecture de la lettre de Guinée, c’est l’espoir d’un jour revoir les siens. A ce malaise du petit Guinéen, plusieurs causes.
Tout d’abord, Mamadi est profondément différent. Il voudrait se déchausser sur le tapis d’Isabelle alors que sa camarade ne pense pas à retirer ses chaussures ; un jour, en pleine rue, il grimpe au sommet d’un poteau télégraphique ; il ne peut écouter de la musique sans se mettre à danser... Pourtant, il rêve de s’intégrer à son nouvel environnement et de devenir « comme un petit blanc ». Cependant, même au village,
« malgré l’amitié de ces petits blancs... ou plutôt à cause de cette amitié, il comprit tout ce qui le séparait d’eux » [26].
A commencer par sa couleur, cette couleur que les orphelins lui ont appris à regretter.
« Ils s’étaient tous tournés contre « ce vilain petit nègre à la peau sale » et n’avaient cessé de le persécuter.
Nègre, sale petit nègre !... Combien de fois cette injure avait-elle heurtée les oreilles de Mamadi ! Peu à peu s’était enfoncée dans sa petite tête l’idée que c’était mal d’avoir la peau noire »
 [27].
A ce reproche ils avaient associé d’autres injures : « petit sauvage », « dégoûtant » ; « tous les mêmes, de vrais comédiens ! » ajoutera le directeur de l’orphelinat. C’est pourquoi, dans la rue, Mamadi s’imagine que tous les passants le regardent et ne se sent à l’abri que derrière le masque enfariné de Pierrot. C’est pourquoi il sera si honteux à l’école le jour où l’institutrice, grondant un enfant qui vient de salir en empoignant du charbon, associe couleur noire et malpropreté.
Pour s’accepter différent, il aurait d’abord fallu à l’enfant un appui stable, une personne en qui se confier. Or il souffre, davantage encore que de sa couleur, d’un grand isolement ce que seul le père d’Isabelle saura exprimer. Tombé du ciel, recueilli puis abandonné par la vieille tenancière du bar des aviateurs, maltraité et haï par le personnel et les enfants de l’orphelinat, pensionnaire chez des vieux qui
« n’avaient pour lui aucune tendresse puisqu’ils ne l’embrassaient jamais » [28],
il ne trouve des amis que pour les perdre : le petit infirme de l’orphelinat ne réussit pas à se glisser par le soupirail, Isabelle déménage et s’en va habiter en ville, l’institutrice est partie en congé le jour où Mamadi se réfugie chez elle, et le vieux chiffonnier meurt dans la rue à l’insu de l’enfant.
Cet isolement, Mamadi aurait pu, peut-être, le surmonter s’il avait maîtrisé la langue française. Mais comme le dit le directeur de l’orphelinat, à son arrivée « il ne parlait pas un seul mot » de cette langue. Les aviateurs ont tenté de l’interroger. En vain. Du dialogue entre la vieille femme et l’officier, il entend tout mais ne comprend rien. Et de l’orphelinat à la boutique du fruitier, de la boutique au commissariat, il ne cesse de souffrir de cette impossibilité à communiquer.
« Si encore il avait pu parler, s’expliquer avec les petits blancs ! A chaque essai de mettre bout à bout les quelques mots de leur langue appris avec tant de bonne volonté, des moqueries sans fin le faisaient rentrer dans sa coquille » [29].
Ce n’est qu’à la longue, grâce à l’école et aux mois qui passent, qu’il apprend peu à peu à s’exprimer. Et ce progrès va de pair avec une meilleure compréhension des autres. Ce qui ne résoud pas - tant s’en faut tous les problèmes :
« le printemps lui faisait davantage penser à son pays. Dans le jardin, quand le soleil de midi dardait contre le mur, il aurait voulu pouvoir échanger son beau boubou de petit blanc contre son pagne d’autrefois » [30].
Ce en quoi Mamadi se révèle différent des noirs rencontrés au fil des pages : isolé mais mêlé à la foule des spectateurs, le portier du cinéma a le même comportement qu’eux. Et la femme du jardin public, même si elle a conservé l’usage de sa langue maternelle, est aussi indifférente à l’enfant noir que ses voisins de quartier.
C’est pourquoi, le jour où Mamadi reprend l’avion pour la Guinée, c’est, nous dit l’auteur, avec une joie sans mélange.
« Education ou propagande, le livre pour enfants est avant tout politique » [31], a-t-on pu affirmer. A une époque où les colonies françaises n’avaient pas encore obtenu leur indépendance, Mamadi ou le petit roi d’ébène parlait aux Français d’amitié tout en proposant une leçon de sagesse : quelle que soit la bonne volonté, l’imitation est dangereuse, l’adaptation à une culture étrangère difficile, et en définitive, chacun est fait pour rester près des siens.


[1] François Caradec, Histoire de la littérature enfantine en France, Paris Albin Michel, 1977, p. 16.

[2] Cité dans F. Caradec, op. cit., p. 169.

[3] Voir Tintin chez les Soviets (1930).
Tintin au Congo (1931).
Tintin en Amérique (1932).
Les cigares du Pharaon (1934).
Le lotus bleu (1936).
L’oreille cassée (1937).
L’Ile noire (1938).
Le spectre d’Ottokar (1939).
Le crabe aux pinces d’or (1941).
L’étoile mystérieuse (1942).
Le trésor de Rackham le rouge (1944).
Le temple du Soleil (1949).
Au pays de l’or noir (1950).
Objectif Lune (1953).
On a marché sur la lune (1954).
L’affaire en stock (1958).
Tintin au Tibet (1960).
Vol 714 pour Sydney (1968).
Tintin et les Picaros (1976).
par HERGE chez Casterman.

[4] Parmi les titres dus à Paul-Jacques Bonzon :
- Du gui pour Christmas, Paris, Bourrelier, 1955.
- Les orphelins de Simitra, Hachette, coll. idéal - bibliothèque, 1955.
- La promesse de Primerose, Hachette, coll. idéal-bibliothèque, 1957.
- Le petit passeur du lac, Hachette, coll. idéal-bibliothèque, 1957.
- La princesse sans nom, Hachette, coll. idéal-bibliothèque, 1958.
- Un secret dans la nuit polaire, Hachette, coll. idéal-bibliothèque 1959.
- La croix d’or de Santa Anna, Hachette, coll. idéal-bibliothèque, 1960.
- L’éventail de Séville, Hachette, coll. bibliothèque verte, 1958.
- La ballerine de Majorque, Hachette, coll. bibliothèque Hachette.

[5] Aux éditions Magnard, Paris, 1953, 187 pp.

[6] Cité dans E. Emenyonu, The rise of the igbo novel, Oxford University Press Ibadan (Nigeria), 1978, p. 103 :
« the contact and confrontation of the African with the European’s world with all the frustration and bitterness which result (culture-conflict) » et « the African’s experiences in the « white man’s country ».

[7] De Riruy Wolde Selassie ; traduit de l’amharique et cité par Suzanne et Jean Comhaire-Sylvain dans Le nouveau dossier Afrique, Coll. « Marabout-Université » n° 210, 1971, p. 113.

[8] P.J Bonzon, Mamadi ou le petit roi d’ébène, Paris, Magnard, 1953, 6-7.

[9] P.J. Bonzon, Mamadi, p. 9.

[10] Camara Laye, L’Enfant noir, livre poche n° 2699, p. 9.

[11] P.J. Bonzon, Mamadi p. 19.

[12] P.J. Bonzon, Mamadi p. 21.

[13] P.J. Bonzon, Mamadi p. 31.

[14] P.J. Bonzon, Mamadi p. 35.

[15] P.J. Bonzon, Mamadi p. 39.

[16] P.]. Bonzon, Mamadi p. 47

[17] P.J. Bonzon, Mamadi p. 42.

[18] P.J. Bonzon, Mamadi p. 117.

[19] P.J. Bonzon, Mamadi p. 135.

[20] P.J. Bonzon, Mamadi p. 170.

[21] P.J. Bonzon, Mamadi p. 158.

[22] P.J. Bonzon, Mamadi p. 32.

[23] P.J. Bonzon, Mamadi p. 62.

[24] P.J. Bonzon, Mamadi p. 55.

[25] P.J. Bonzon, Mamadi p. 36.

[26] P.J. Bonzon, Mamadi, p. 67.

[27] P.J. Bonzon, Mamadi p. 32.

[28] P.J. Bonzon, Mamadi p. 67.

[29] P.J. Bonzon, Mamadi p. 32.

[30] P.J. Bonzon, Mamadi p. 169.

[31] F. Caradec, op. cit. p. 27.




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