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LE PROGRAMME D’ACTION DE L’INTERNATIONALE SOCIALISTE 1979-1980
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Ethiopiques numéro 23
révue socialiste
de culture
négro-africaine 1980

Auteur : Bernt CARLSON

Secrétaire général de l’Internationale Socialiste

Le Congrès de l’Internationale socialiste tenu à Genève en 1976 fut un point décisif pour l’organisation. Ce fut un événement historique dont on se rappellera, évoquant maintes idées nouvelles et soulignant l’urgence qu’il y avait à réorganiser et à réactiver l’Internationale.
Le Congrès de Vancouver en 1978 a nettement démontré que cette ère nouvelle dans l’histoire de l’Internationale socialiste a été vigoureusement lancée et qu’il y a bien des raisons d’espérer. Le congrès accueillit trois nouveaux partis membres. L’envergure du congrès et les nombreux sujets débattus prouvaient la force et l’influence grandissantes de l’Internationale.
Mais il y eut aussi certains problèmes de procédure et de la frustration à cause de l’ordre du jour fort long et chargé. Bien que l’on ait reflété les inquiétudes diverses de l’Internationale, il faudra sérieusement considérer la structure des congrès à venir en commençant par celui qui doit se tenir en 1980, afin d’assurer un bon équilibre entre l’étude des questions essentielles et la pleine participation des délégués.
L’Internationale socialiste s’est imposée la tâche d’établir une nouvelle déclaration de principes, avant 1982, et poursuivra ce projet commencé par le comité de rédaction en 1978, sous la direction de Felipe Gonzalez. Depuis 1951, lorsque la déclaration de principes actuelle fut adoptée à Francfort, le monde a bien changé. L’attitude de la guerre froide ne prévaut plus, et pourtant la course aux armements se poursuit. Nombre de problèmes ont surgi, tels que la question de l’environnement avec ses implications sur l’équilibre entre croissance quantitative et croissance qualitative. Le développement non contrôlé des corporations transnationales est un autre facteur dont il faut tenir compte.
Il faut donc aligner la déclaration de principes sur ces développements. On essaiera d’établir une nouvelle interprétation du socialisme démocratique à échelle mondiale. La nouvelle déclaration traitera essentiellement des demandes légitimes des pays en voie de développement pour un nouvel ordre économique international basé sur la justice sociale et économique. Un débat poussé sur la nouvelle déclaration au sein des partis membres et entre eux est nécessaire pour arriver à une formulation.

Vers le désarmement

Pendant que le travail sur la nouvelle déclaration de principes se poursuit, les activités du groupe d’étude sur le désarmement, sous la direction de Kalevi Sorsa, seront terminées à temps pour le congrès de 1980. Le groupe d’étude a pour tâche d’intégrer des positions pour une vaste gamme de problèmes depuis les principes généraux de la politique de sécurité jusqu’à la question des armements nucléaires, la situation des armes chimiques et du commerce des armes jusqu’au programme cohérent de l’Internationale socialiste sur le contrôle des armements et le désarmement. Ceci est une des tâches les plus importantes que l’Internationale ait jamais entreprise. Le rapport sur le désarmement tirera profit de l’expérience des partis membres de pays qui sont parmi les producteurs d’armes, conventionnelles et nucléaires, et des nations en voie de développement qui doivent aussi consacrer une partie considérable de leurs ressources en armements qui pourrait servir de façon plus positive. Le groupe d’étude apprendra aussi de l’expérience des affiliés japonais représentant le seul pays ayant subi un assaut nucléaire. Le fait d’essayer de rédiger un tel programme est d’arriver à formuler des idées et des dispositions nouvelles et d’exercer aussi une pression supplémentaire pour le désarmement.
Une autre initiative qui doit être terminée en 1980 est le rapport du groupe d’étude sur les droits de l’homme sous la présidence de Daniel Meyer. Nombre de partis de l’Internationale ont des membres qui ont souffert dans ces dernières décennies de restrictions de leurs droits humains. A l’avenir comme par le passé, l’Internationale socialiste se fera entendre lorsque la prison, la torture et les exécutions sont utilisées comme des instruments de gouvernement. Et en même temps, l’Internationale socialiste continuera à traiter des questions des droits de l’homme à une échelle aussi large que possible. La question des droits individuels ne peut être séparée de l’aspect non moins important des droits de l’homme dans le sens social et économique le plus large.
En liaison avec ce travail sur les droits de l’homme, il y a les activités du groupe de travail sur la politique de l’emploi. On pourrait revendiquer que ce travail devrait faire partie du travail du groupe d’étude sur les droits de l’homme. Le phénomène de stagflation et le chômage élevé en résultant dans les pays industrialisés, ont inévitablement conduit à une conscience plus grande de la nécessité d’une politique sur l’emploi plus nettement définie. L’Internationale socialiste affirme le principe que le plein emploi doit être reconnu comme but premier de la coopération internationale en politique économique. Il faut souligner cela à un moment où nombre de gouvernements et d’institutions qui cherchent à traiter des difficultés économiques du monde semblent oublier le problème de gâchis des ressources en main-d’œuvre.
La première réunion du groupe de travail sur la politique de l’emploi se tint à Bruxelles en septembre 1978. Le groupe de travail a préparé un rapport en coopération étroite avec la confédération internationale des syndicats libres. Ce rapport fut terminé et édité en août 1979.
Le débat sur la protection de l’environnement sera aussi une de nos activités, et là encore l’Internationale socialiste coopérera avec la confédération internationale des syndicats libres et les secrétariats du commerce international.

Abolition des régimes racistes

L’Afrique est une des régions auxquelles l’Internationale doit donner ses priorités. La course vers la libération en Afrique méridionale va s’accélérer. Les régimes racistes doivent finir. La lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud même va entrer dans une phase critique et il faut espérer définitive. Pendant cette époque décisive, l’Internationale socialiste augmentera ses contacts avec et son appui aux fronts de libération nationale et aux Etats de la ligne du front. L’Internationale doit attirer l’attention des partis affiliés aux décisions adoptées à la réunion du bureau à Madrid en 1977 lorsque nos positions sur la situation furent indiquées très nettement. Lorsque les droits de l’homme sont méconnus d’une façon aussi flagrante qu’en Afrique méridionale, les paroles d’appui données aux mouvements de libération nationale doivent être renforcées par des actes.
Au cours des deux années qui viennent, l’Internationale cherchera à entreprendre de nouvelles missions afin que les partis membres obtiennent de l’information de première main sur diverses régions du monde et pour formuler la politique socialiste. Une région essentielle est l’Amérique latine où un processus de démocratisation a lieu pendant que le règne des dictatures se poursuit dans certains pays à tendance fasciste...
Il y a aussi de nombreux arguments pour continuer la politique d’envoi d’observateurs dans des cas particuliers. Depuis quelques années maintenant, l’Internationale socialiste a souligné le besoin de mettre fin à la nature eurocentrique de l’organisation. La réunion du bureau de Dakar, l’assemblée des chefs de partis à Tokyo et le fait de tenir le congrès à Vancouver, sur la côte pacifique du Canada, montrent bien l’intention de faire de l’Internationale une organisation à échelle mondiale, en fait et pas seulement de nom. Cette année, doit renforcer ce souhait. Bien qu’il faille encore maintenir un contact étroit entre le secrétariat à Londres et les partis membres, il est évident qu’il n’est facile de coordonner toutes les activités de toutes les organisations d’un centre unique. Une régionalisation de la structure de l’Internationale doit se faire, et c’est déjà fait, dans la communauté européenne.

Occasion d’un renforcement

La présence d’un parlement directement élu de la communauté européenne donne à l’Internationale l’occasion de renforcer le mécanisme de consultation et de consolider la politique commune présentée dans ce qui est le bloc commercial le plus important du monde. Le rôle de la confédération des partis socialistes de la communauté européenne devient encore plus important au fur et à mesure que le Parlement européen continue à avoir plus d’influence et de prestige. L’agrandissement renforce la confédération et fournit aussi de l’élan à une nouvelle action politique dans les intérêts du mouvement socialiste démocrate de toute la région.
Les membres de l’organisation socialiste asiatique, pacifique ont décidé d’activer leur organisation. Un secrétariat régional a été ouvert à Tokyo le 1er mars 1979. Son rôle est essentiellement d’intensifier la coopération régionale socialiste dans la région Asie-Pacifique. Il sert comme centre de liaison pour les partis membres de l’APSO en Australie, au Japon, en Malaisie, en Nouvelle Zélande et en Corée du Sud. La décision d’établir le centre pour la région Asie-Pacifique fut prise en 1977 lors de la conférence des chefs de partis qui se tint à Tokyo. Le secrétariat, que les deux partis membres japonais ont aidé à établir, donne un élan considérable à l’Internationale socialiste dans une région qui contient la grande majorité de la population du monde. Une des tâches du secrétariat de l’APSO est d’organiser une conférence régionale permettant aux partis membres de cette région de poser les bases d’une coopération accrue.
Les possibilités d’une coopération plus étroite entre les partis membres dans les deux Amériques doivent aussi être discutées. La force du socialisme démocratique grandit dans la région. Il y a maintenant treize partis membres. La création d’une organisation régionale de l’Internationale socialiste pour les deux Amériques aiderait à développer divers jeux de politique commune pour ces partis et pour la région toute entière.
L’Internationale aura fort à faire dans les années qui viennent. Avec l’intensification du travail régional de l’Internationale socialiste, elle deviendra plus efficace dans le monde. Une augmentation des ressources organisationnelles et un renforcement des activités régionales permettront à l’Internationale socialiste d’avoir plus d’influence pour desservir la cause du socialisme démocratique.





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