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UNE EXPERIENCE DE FRANCOPHONIE « SAUVAGE ».
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Ethiopiques numéro 23
Revue socialiste
de culture négro-africaine
juillet 1980

Auteur : Armand Lanoux de l’Académie Goncourt

à ses amis
L.G. Damas et J.S. Alexis, en mémoire.

C’est spontanément que la« Société littéraire des Goncourt », plus connue sous le nom d’Académie Goncourt, s’est lancée en 1973 dans une expérience de francophonie que l’on peut, sacrifiant à la mode, qualifier de « sauvage ».
Aucun organisme officiel, officieux ou même indépendant, français ou étranger, ne lui dicta la décision qu’elle prit alors de s’associer des membres étrangers dans le but d’élargir son action en respectant les limites de sa vocation définie par le testament d’Edmond de Goncourt ouvert en 1896 . C’est, en effet de ce document que sont sortis l’Académie Goncourt et ce prix Goncourt qui, en trois quarts de siècle, allait devenir un phénomène littéraire presque monstrueux, en tout cas, démesuré.
L’Académie Goncourt est une société légale, soumise à la loi française de 1901 sur les associations, reconnue ensuite d’utilité publique grâce à la diligence de son conseiller juridique d’alors, plus tard Président de la République, Raymond Poincaré. Jusque vers les années trente, ce fut une société typiquement littéraire, gourmande d’écriture et de bien-manger, d’anecdotes croustillantes et de savoureuses querelles, ressemblant à la fois à ses fondateurs, les frères Jules et Edmond, et au Paris littéraire où elle s’épanouissait.
Elle avait été conçue par l’aîné, Edmond, dans le but de pérenniser leur souvenir et surtout celui de son frère Jules, mort prématurément en 1870. Elle s’identifiait fort bien aux huit écrivains qu’Edmond avait désignés de son vivant, Alphonse Daudet, le dauphin, le très original J.K. Huysmans, le truculent Octave Mirbeau, Léon Hennique, Paul Margueritte, Gustave Geffroy, bel artiste trop méconnu aujourd’hui, et les frères Rosny, pithécanthropes de la science-fiction. Dans les listes antérieures se trouvaient Zola et Maupassant, le premier excommunié pour « fièvre verte », car Zola s’était présenté vingt-cinq fois ! À l’Académie Française, acte impardonnable aux yeux du fondateur, le second, le lendemain de son internement chez l’aliéniste Blanche, à Passy, en janvier 1892. Sur cette confrérie planait l’image de Gustave Flaubert, mort en 1880, Moïse de la terre promise du réalisme.
Vers les années trente, l’Académie avait peu modifié son profil. Trente ans après sa naissance légale, se rencontraient tous les mois, dans l’ordre, Léon Daudet, fils et successeur d’Alphonse, Pol Neveux, titulaire du prestigieux couvert de Huysmans tenu aujourd’hui par Armand Salacrou,Jean Ajalbert, J.H. Rosny aîné et J.H. Rosny jeune, tous deux témoins des origines comme Léon Hennique, le poète Raoul Ponchon, un peu perdu dans cette assemblée de prosateurs, Roland Dorgelès, élu en 1929 au 8e couvert, à la place de Georges Courteline, Gaston Chérau, et, immuable jusqu’en 1949, l’irascible Lucien Descaves. Un double courant continuait à la fois le naturalisme et « l’écriture artiste », Flaubert et Goncourt.
Mais si la littérature montrait ainsi une évidente suite dans les idées, la première guerre mondiale, l’inflation et la révolution économique qui l’avaient suivie jusqu’au krach de Wall Street, en octobre 1929, avaient bouleversé le terrain. Impression, édition distribution, financement, tout changeait presque aussi vite qu’aujourd’hui. C’est (probablement) en 1928 que le cap des 100.000 exemplaires vendus sous le label « Prix Goncourt » avait été franchi avec le roman de Constantin Weyer « un homme se penche sur son passé ». Le quantitatif, de gré ou de force, entrait dans le salon du restaurateur Drouant, qui accueillait depuis 1915 la compagnie, après le Grand Hôtel et le restaurant Champeaux.

Modification du terrain

Cependant, au cours du demi-siècle, les convives de la place Gaillon s’étaient peu aperçu de cette modification du terrain.
En 1930, Léon Daudet, l’enfant terrible d’Alphonse, avait 63 ans, Pol Neveux, le fin Champenois, 65 ans, Jean Ajalbert, 67, J.H. Rosny aîné, 74, et son cadet, 71, Léon Hennique, 79, Raoul Ponchon, 82, Roland Dorgelès, le benjamin, 45, Gaston Chérau, 58 ans, Lucien Descaves 69 ans. La moyenne d’âge des Dix était un peu supérieure à 67 ans. L’académicien Goncourt moyen, en 1930, était donc né en 1863. Il avait eu sept ans à Sedan, huit à la Commune, trente-sept sur le trottoir roulant de l’Exposition Universelle et cinquante-trois à Verdun. On est, bon gré malgré, les contemporains de l’histoire qui se fait ; en 1930, les Goncourt s’étaient, malgré eux, éloignés des forces vives de leur temps. La compagnie connaîtra des situations encore aggravées dans la première décennie de la seconde partie du siècle XX. Cela explique partiellement sa tardive réaction devant le ralentissement de la lecture en langue française. Il y eut une lente prise de conscience due en partie à cette exceptionnelle longévité des académiciens Goncourt. Sans doute, Edmond n’avait-il pas prévu dans le choix de dix membres ce « risque » mathématique du vieillissement. L’un des premiers actes de la compagnie d’aujourd’hui sera de prendre garde à l’âge des nouveaux élus. Dans le même esprit, elle établira aussi un droit vainement réclamé par l’un des plus lucides de ses membres, Pierre Mac Orlan, le droit à l’honorariat à 70 ans. Du coup, la moyenne d’âge tombera de vingt ans.
Les raisons de cet aveuglement devant la situation du français dans le monde, problème pourtant de plus en plus évident, sont d’origine littéraire et historique. Edmond de Goncourt, quand il voit son testament tapé sur ce qu’il appelle « le petit piano » du notaire Duplan, une des premières machines à écrire, s’étonne plus de cette mécanographie que des problèmes de la francophonie, mot utilisé par Onésime Reclus, sans grand écho. Même avec la mutilation des frontières de 1871, la France reste « hexagonale ». Sur ce point, le testament est vague. Certes la nationalité française est exigée des dix membres de la société, ce qui explique au passage qu’elle ne se soit jamais étendue (et elle ne le peut toujours pas) à de grands écrivains étrangers de langue française. En revanche, la nationalité française n’est pas exigée des lauréats. En 1906, un roman de Binet-Valmer est encore écarté de la compétition en raison de la nationalité suisse de son auteur. Jérôme et Jean Tharaud bénéficient de cette exclusion que rien n’imposait pourtant dans les statuts. A plusieurs reprises, l’Académie salue des écrivains étrangers de langue française, mais il faut attendre 1911 pour qu’une Hollandaise francophone, Neel Doff, obtienne deux voix pour son remarquable « Jours de famine et de détresse ». Le premier Goncourt décerné à un « non-hexagonal » le fut en 1921 à René Maran, pour Batouala, par cinq voix contre cinq à Jacques Chardonne, fleur de serre de la préciosité parisienne. La vivacité de la lutte semble démontrer que le problème de l’extension du terrain francophone s’était posé. Certes, René Maran, né à Fort-de-France, Martiniquais, auteur d’un « véritable roman nègre », possédait la nationalité française, mais l’Epithalame de Chardonne et son Batouala étaient bien aux antipodes l’un de l’autre. L’académie choisit les îles. C’était méritoire et prémonitoire. Nos aînés avaient cette fois senti que le monde changeait. La planète avait été bel et bien « déstabilisée » (comme on dit aujourd’hui) par la première guerre mondiale, et l’anglais avait, au bénéfice de la victoire des Alliés, entamé une peu résistible ascension.


Le choix de René Maran

Le paysage économique aussi changeait. Dès 1921, le problème des tirages allait se poser, bientôt baptisé, en anglais naturellement, « best-seller ». Si la concentration des maisons d’éditions restait encore difficilement discernable, si le jeu restait mené par quelques grandes familles balzaciennes issues du dix-neuvième siècle, ou d’éditeurs de tempérament tels que Bernard Grasset ou Gaston Gallimard, il devenait difficile d’ignorer longtemps encore l’importance de la finance et de la technique. Même bien protégé par sa noblesse littéraire, il ne serait bientôt plus possible au cénacle Goncourt, ce saint des saints qui ne comprenait que des gens de lettres, de s’enfermer dans la qualité considérée comme unique critère de l’œuvre. D’autre part, avec Farrère, Morand, Mac Orlan, Cendrars, Dorgelès et bien d’autres, une sensibilité nouvelle s’imposait. L’exotisme revenait à la mode, bien différent du romantisme de Fromentin ou de Loti, une sorte de conscience planétaire. C’est à cette vogue qu’avait correspondu le choix de René Maran.
En 1928, Maurice Constantin Weyer, en faisant exploser les tirages, avait donc donné un double avertissement, par le sujet canadien qu’il remettait à la mode et par la poussée de la diffusion. Tout était prêt pour que les frontières sautent. C’est ce qui se produisit en 1937 avec le couronnement d’un solide écrivain post-naturaliste belge, Charles Plisnier, pour son roman « Faux Passeports ». Désormais, l’expression en langue française l’emportait sur la nationalité française.
L’orientation générale de la littérature, le débordement du fait littéraire par l’économique, la régression continue, bientôt inquiétante, de la langue française, devaient se confirmer avec la seconde guerre mondiale. Si c’était encore une surprise que l’attribution du Prix Concourt 1958, à un second écrivain belge, Francis Walder, pour « Saint-Germain ou la Négociation », la surprise venait plutôt de l’obscurité du lauréat que de sa nationalité. Il y avait d’ailleurs eu un autre lauréat « extérieur », en 1952, Beatrix Beck, pour son « Léon Morin prêtre », choisi au premier tour par huit voix, mais cette circonstance avait laissé dans l’ombre les origines de l’auteur, née en Suisse d’un père belge.
En 1960, le Roumain Vintila Horia se voyait attribuer un prix qui ne lui fut d’ailleurs pas décerné. Aussi, en 1973, chacun trouva-t-il normal qu’un Suisse le Vaudois Jacques Chessex, l’emporte avec son roman « L’Ogre ». L’ouverture était entrée dans les mœurs.
Que s’était-il donc passé en 1973, hors ce courant sous-jacent qui incitait les Français à sortir de leur pré littéraire et l’Académie de son parisianisme longtemps délimité par la rue Sébastien-Bottin, siège des bureaux du plus heureux des éditeurs de roman, Gaston Gallimard, de la Butte-Montmartre où s’étaient connus Dorgelès, Carco, Mac Orlan, et du puissant Figaro, alors solidement installé au Rond-Point des Champs-Elysées ? La mort avait frappé à coups redoublés. Successivement, Gérard Bauer, Jean Giono, Pierre Mac Orlan, André Billy, Philippe Hériat, Alexandre Arnoux, Roland Dorgelès, Raymond Queneau, nous avaient quittés, le premier remplacé par Aragon bientôt démissionnaire, puis par le signataire de ces lignes, Françoise Mallet-Joris (1970), Bernard Clavel au couvert de Giono (1971), Robert Sabatier (1971), Michel Tournier (1972), Emmanuel Roblès (1973), Jean Cayrol 1973), François Nourissier et André Stil au couvert de Bernard Clavel, à son tour démissionnaire (1977). En neuf années, huit morts et deux démissions ! On peut se demander comment une société de dix membres a pu résister à une si violente vague de fond. Mais, du même coup, la moyenne d’âge tombée d’une génération, les nouveaux Goncourt ouvraient les yeux sur une situation qu’ils voyaient autrement que leurs aînés.
A l’origine de ce retournement de l’iceberg, se place l’action de son actuel président, Hervé Bazin, élu depuis longtemps déjà (1958), jusqu’alors minoritaire d’âge comme d’idées. C’est sous cet angle qu’il faut éclairer le choix du Prix Goncourt 1973 où Chessex le Vaudois l’emportait sans peine sur le nouveau baroque Patrick Grainville (qui prendra sa revanche trois ans plus tard avec Les Flamboyants).
Surtout, ce choix « francophone » voyait son sens confirmé par un fait nouveau. L’Académie, son président en tête, avec Françoise Mallet-Joris, Robert Sabatier, Emmanuel Roblès, et son secrétaire, se rendait officiellement à Lausanne pour remettre le Prix au lauréat. Cela ne s’était jamais vu ! Certes, l’Académie était sortie une première fois de France, dans son amitié traditionnelle avec l’Académie Royale de Belgique, en 1951, où elle avait été reçue à Bruxelles et à Gand, représentée par quatre de ses membres, Armand Salacrou, Philippe Hériat, Raymond Queneau et Gérard Bauer, certes, cette même année 1973, elle venait de célébrer à Bruxelles le centenaire de la grande Colette, qui avait été à la fois sa présidente et membre de l’Académie Royale de Langue française, mais le fait vaudois revêtait une importance exceptionnelle. La presse suisse ne s’y trompa pas qui titra : RAMUZ EST VENGE. C’était bien cela que nous voulions, réparer.
Réparer quoi ? Réparer l’orgueilleuse erreur d’avoir voulu assumer la langue française tout entière pour la seule raison que nous étions la communauté la plus nombreuse. Nous souhaitions affirmer solennellement qu’une langue appartient à la totalité des peuples qui la pratiquent, quelle que soit leur importance géographique, ce que l’académicien français Maurice Druon, d’ailleurs lauréat Goncourt formulera d’une autre manière en 1979 : « la patrie sans frontières de plusieurs centaines de millions d’hommes sur la planète ».
Cette déclaration fut-elle accueillie comme elle était donnée ?
Aujourd’hui, j’en doute. Partiellement, c’est certain, mais il fallait aussi comprendre, à certains sourires, que nous ne serions pas entièrement crus sur parole.
Il fallait continuer et ce ne serait pas facile. Ce ne l’est toujours pas et, depuis le voyage à Lausanne, chaque expérience nous l’a prouvé, sans nous décourager.

Esprit planétaire

Comment rendre évident cet esprit planétaire qui était bien le contraire de l’impérialisme linguistique dont on nous accusait volontiers, dès que nous avions le dos tourné ? Nous décidâmes d’appeler à nous des écrivains qui deviendraient membres étrangers de l’Académie Goncourt. Ce n’était pas prévu dans les Statuts mais rien ne nous l’interdisait. Sans avoir droit au vote, ils seraient chargés de faire connaître à leur collectivité d’origine le point de vue universaliste de l’Académie Goncourt, et en contrepartie de faire connaître à celle-ci les besoins spécifiques de leurs collectivités et de collaborer ainsi avec les Dix pour l’extension de la langue française et de ses créations.
Un document intérieur en date du 4 décembre 1973 précise :
« Parmi les objectifs de l’Académie Goncourt, figure le développement de la lecture en français, non seulement en France mais à l’étranger.
Il est apparu à l’Académie, après avoir pris l’avis de ses conseillers juridiques, que l’un des meilleurs moyens de promouvoir cette action dans le cadre littéraire qui lui est propre, serait d’élire des correspondants à l’étranger.
Les membres correspondants de l’Académie Goncourt s’engageront à aider de leur mieux et selon leurs moyens propres l’action de l’Académie Goncourt, en accord avec la compagnie et son bureau. Ils s’appliqueront particulièrement à susciter ou favoriser la propagande en faveur de la langue française.
Leurs fonctions sont bénévoles, mais leur titre est officiel, valable pour trois ans, renouvelable. D’après le testament, ils ne peuvent participer au choix du Jury Goncourt lors de l’attribution du Prix, mais ils peuvent être consultés pour l’attribution de bourses.
A titre d’essai, en 1974, un nombre non encore fixé de correspondants de l’Académie Goncourt seront nommés ».
En 1974, l’Académie Goncourt nommait le grand poète et professeur Léopold Sédar Senghor, célèbre pour son action dans ce domaine, Roger Lemelin, romancier canadien et auteur d’une série radio puis télévisuelle au Canada, les Plouff, série très populaire qui avait modifié les mass média dans son pays, directeur du plus puissant journal de langue française sur le continent américain, La Presse de Montréal, Georges Sion, essayiste et dramaturge belge, secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de langue et de littérature française l’essayiste Jean Starobinski, brillant universitaire suisse qui sera relayé en 1979 par le lauréat vaudois de 1973, Jacques Chessex.
En 1977, conformément au Statut de membres correspondants de décembre 1973, et qui précisait. « La notion de correspondant pourra être étendue à des amis de la littérature française dans des pays non francophones, mais dont l’action aura été particulièrement efficace, notamment dans le domaine des traductions d’œuvres écrites en français ». Deux nouveaux membres étrangers étaient nommés. A la suite d’un voyage de quelques milliers de kilomètres en URSS, pays qui traduit beaucoup d’œuvres contemporaines françaises et édite même en français, une des citadelles de la persistance de la langue française comme langue de civilisation, l’Académie nommait un membre russe, le romancier et dramaturge Valentin Kataiev et un membre espagnol, le romancier, poète et essayiste mexicain Octavio Paz, tous deux de renommée mondiale.
Il ne s’agissait plus seulement de langue mais de pensée, non seulement française, mais bien de francitude, cette fois au travers de traductions dans des langues où l’on accueillait volontiers une certaine manière de voir le monde.


A l’autre bout de nous

Deux voyages à long cours avaient mené l’Académie au Canada, en automne 1974, voyage orageux, puis en URSS, en 1977, voyage paisible. Après Montréal, Ottawa, Québec, puis Moscou, Leningrad, Irkoutsk, Samarcande, ce fut Dakar. La visite en Afrique et particulièrement au Sénégal s’imposait, car c’était tout de même bien de là que le mouvement était parti.
En mars 1979, à l’invitation du Président Senghor, une importante délégation prenait contact avec les écrivains sénégalais. Ces entretiens allaient être aussi riches de signification que les précédentes expériences mais différemment. A mesure qu’elle s’étendait, la défense de la francophonie trouvait de plus en plus de problèmes qu’elle était hors d’état de résoudre, de par sa structure même : dix membres et un bureau dont toutes les tâches sont bénévoles, pas de secrétariat, et des archives en voie de constitution, c’est peu. Pas d’argent, c’est moins encore, car les deux guerres et les crises avaient réduit la modeste fortune laissée par Edmond, déjà insuffisante en 1900 pour couvrir la pension annuelle de 6.000 francs-or prévue pour chacun de ses membres, afin qu’ils y trouvent les ressources suffisantes pour échapper à toute « besogne » des lettres. Sans personnel, sans moyens, sans locaux, forte de sa seule influence, l’Académie ne modifiait pas son cap. C’est toujours le nôtre, et elle le prouvait en renouvelant en 1979 le coup de 1973, par l’attribution du Prix, au premier tour, à une jeune romancière acadienne, Antonine Maillet, l’auteur de cette Pélagie-la-Charrette, qui fait aujourd’hui le tour du monde où l’on parle français.
Le retentissement en fut énorme. Ce que l’on remarqua le moins, c’est que Antonine Maillet l’emportait sur un peloton de romans dont deux autres au moins traitaient, eux aussi, de francophonie, le très beau roman de Simone Schwartz-Bart, Ti Jean l’Horizon, et le superbe premier roman de Marie-Thérèse Humbert au titre singulier mais significatif : A l’autre bout de moi. J’avoue que ce titre me semble bien évoquer la francophonie telle que nous la concevons place Gaillon : cette langue française qui se pratique en nous, certes, mais aussi à l’autre bout de nous.
Certes, il est malaisé de voir, en la vivant, sa propre évolution. On est mauvais témoin de la course quand on court soi-même. Toujours est-il que, moins de sept années après la réforme de 1973, une ligne générale de l’action des Goncourt se dégage. Conformément au vœu des fondateurs, l’appel à la jeunesse est plus sensible qu’il y a vingt ans, seulement limité par de prodigieux changements économiques (Mac Orlan aimait à dire : « J’y réfléchis à deux fois avant de donner une fortune à un quidam qui peut très bien ouvrir une chaîne de « prêt à porter » au lieu de continuer à écrire des livres ! »). Cet aspect des choses pèse sur nos jugements, le Prix Goncourt apportant à son lauréat, pour un seul ouvrage, plus de droits en francs constants que l’ensemble de l’œuvre des deux frères eux-mêmes depuis la parution, ce qui est tout de même un comble !
L’originalité du talent est aussi respectée (avec quelques bavures, certes) mais dans la mesure de la lisibilité de l’œuvre. En revanche la déparisianisation, la reconnaissance des valeurs provinciales, l’extension à la francophonie, l’encouragement aux traductions, composent une attitude nouvelle devant la littérature et son support linguistique.
C’est ce qu’avait déclaré en 1973 Hervé Bazin : « Nous ne pouvons rester ce que l’on nous reproche précisément d’être ce que notre fondateur n’avait pas désiré que nous fussions : un simple jury uniquement préoccupé de son prix. Nos Statuts, non seulement nous permettent, mais nous commandent une diversité pour laquelle, jusqu’ici, nous avions manqué de moyens ». Il avait manqué à nos prédécesseurs, simplement parce qu’ils étaient de leur temps et non du nôtre, et ce qui n’ôte rien à leur talent, une volonté de sortir d’un mandarinat. C’est par la rupture avec ce mandarinat, auquel appartenaient pleinement Jules et Edmond de Goncourt, que nous sommes différents de nos aînés, non par reniement, mais parce que les choses ne sont plus ce qu’elles étaient.
Vivants, n’auraient-ils pas évolué ? Tout homme de loi sait à quel point, au bout de quelques décennies, il est impossible de respecter littéralement les volontés d’un testataire. Le testament d’Edmond de Goncourt date de près d’un siècle et ne se formule pas avec rigueur. Tout compte fait et comme le souligne Jacques Robichon dans le meilleur ouvrage consacré à l’Académie Goncourt, « Le Défi des Goncourt » : « Par delà ses espérances les plus insensées, le testament de 1896 a fini par gagner son pari (...), son défi inouï. Le vieux Goncourt est arrivé à vaincre le temps ».

Le gardien de la Curie

Quelle philosophie tirer de cette histoire récente par rapport à la littérature de langue française ? Certes, il est trop tôt pour avancer des conclusions mais déjà, certaines réflexions s’imposent. Lors du voyage de l’Académie au Canada, en automne 1974, le Maire de Montréal accueillait les arrivants (Françoise Mallet-Joris, Roblès. Cayrol, Tournier, Georges Sion et le Secrétaire). Dès l’atterrissage, M. Jean Drapeau saluait « les casques bleus de la langue française ». Du premier coup, nous touchions du doigt les difficultés de notre mission. Ou il y avait du Persan chez ces Goncourt-là, ou il y avait erreur d’académie dans l’esprit de notre hôte !
Hervé Bazin, resté cloué en France par la maladie, il me revenait de dissiper aussitôt ce malentendu qui pouvait être catastrophique et qui faillit l’être. Mes amis m’appelaient alors volontiers d’un surnom qui ne me déplaisait pas. De par mes fonctions - que je prends au sérieux - j’étais « le cardinal Ottaviani » de notre minuscule église, le gardien de la Curie. Que disait la Curie ? D’abord, non, nous n’étions pas les gardiens de la langue, chargés d’un commando d’épuration ? Nous étions simplement - et nous sommes toujours - des écrivains soucieux de garder tous les contacts vivants avec la langue qui les a faits, langue parlée, langue écrite, régionalismes, tournures d’esprit, mythes et proverbes. Nous n’étions là ni pour exclure ni condamner. Comment oublier, dans les quartiers populaires de Montréal, Malherbe renvoyant les Précieux aux crocheteurs du Port-au-Foin, tenant ceux-ci comme maîtres du langage vivant ? Comment oublier que Raymond Queneau, le père de Zazie, grand bousculeur de syntaxe, était encore avec nous un an plus tôt ? Comment oublier que nous avions au moins commis deux fautes, justement par esprit « académique », en ne couronnant pas Céline en 1932, en ne couronnant pas Ramuz, l’un pour l’argot, l’autre pour l’accent ?
En fait, nous tombions au pire moment de la querelle du joual, langue populaire dans laquelle de bons écrivains québécois (je pense entre autres à Marie-Claire Blais) voulaient s’exprimer par fidélité à leur peuple. Nous butions du premier coup contre une frontière invisible. D’un côté, nous voulions respecter une expression originale, qui existait, mais d’autre part, nous nous sentions responsables d’une lisibilité nécessaire à un livre qui, s’il doit plaire à Paris, à Bruxelles ou à Genève, doit aussi être déchiffrable en Louisiane, à Tahiti, à l’Ile Maurice. Alors, nous ne pouvions que dire aux écrivains tentés par le démon de la fidélité supplémentaire. Vous vous condamnez à un minuscule public.
Un an plus tard, à Téhéran, en 1975, cet humaniste jamais dupe qu’est Edgar Faure dira : « La francophonie est riche d’une culture très ancienne. Elle ne veut pas être un merveilleux gardien de musée ». Cinq ans plus tard, le succès d’Antonine Maillet prouvait la communicabilité d’un autre langage proche, non moins populaire mais plus universel. Quel « français » ? Celui dont rêvait M. Jean Drapeau ? La question posée. Je répondrais volontiers le plus grand commun unificateur de la langue française.
Nous quittâmes le Québec sans avoir tout à fait convaincu nos interlocuteurs que nous n’avions pas fait preuve d’ingérence dans leur politique linguistique. Cela ajoutait à nos difficultés. A mesure que nous avancions dans le recensement des problèmes de notre langue, nous comprenions que nous aggravions du même coup ces problèmes ! Toute connaissance qui s’élargit multiplie les raisons d’ignorance !

L’euphorie d’après Helsinki

Paradoxalement, le voyage en Union Soviétique, en septembre 1977, devait se dérouler plus aisément, dans le cadre alors euphorique des accords d’Helsinki. La barrière était différente, les régimes étaient différents, mais nous le savions, comme les Soviétiques le savaient. D’autre part, nous n’avions pas affaire à Moscou à des francophones, dont le français était la langue maternelle, et qui portaient avec eux leurs soucis de créateurs, mais à un public de seconde, voire de troisième langue. Et enfin, nous tentions d’élargir une audience qui nous recevrait aussi en russe, en ukrainien ou en lithuanien, voire en ouzbek.
La nomination de Valentin Kataiev, les rapports cordiaux établis avec l’Union des Ecrivains, quelles que soient les réserves que certains de nos membres étaient en droit de faire à l’égard d’un système qui subordonne la création aux intérêts généraux de la révolution, nous ont permis non seulement de consolider la langue française, la connaissance des œuvres, tant en français que dans les langues de l’Etat soviétique, mais aussi de contribuer à élargir l’éventail des œuvres étudiées et des écrivains traduits.
La dernière grande manifestation francophone a donc eu lieu à Dakar, en mars 1979. Elle aurait dû être la première étant donné la personnalité éclatante de Léopold Sédar Senghor, poète, chef d’Etat, grammairien, théoricien de la francophonie. En effet, nous avions choisi comme membre africain celui qui était, de par sa science et sa vie, le doctrinaire d’un mouvement dont nous nous déclarions solidaires.
Comme pour Ramuz à Lausanne, c’était une reconnaissance des erreurs passées qui s’exprimait par ce voyage, où nous allions retrouver, non le Président de la République sénégalaise, ni même le poète, mais le théoricien, celui qui s’était résigné à l’emploi du mot francophone avec cette réflexion souriante : « Si le mot s’est maintenu, c’est qu’il s’était imposé par sa nécessité », et qui avait fini par le parrainer. Ainsi, une dialectique s’était construite depuis le mot d’Onésime Reclus. Xavier Deniau, parlementaire français particulièrement préoccupé de ces problèmes, parle de francité, comme stade ultérieur de la francophonie, mot apparu en 1943 dans un texte de Maurice Ziegler, repris en 1966 justement par Senghor, avec cette définition : « ensemble des caractéristiques qui expriment la langue et la culture françaises ». Dans cette perspective, celle qui guida, plus intuitivement que rationnellement, le comportement de l’Académie Goncourt, la francophonie, est le support linguistica-géographique de la francité. On pouvait hésiter, et on le fît, entre francité et francitude. Le premier semble l’emporter, sans doute parce que le second fait un peu fausse fenêtre, par rapport au mot d’un autre poète noir de langue française,AiméCésaire, le mot négritude. Autant la négritude correspond à un état relativement facile à définir, autant la francitude paraît nébuleuse, et surtout historiquement dépassé, le mouvement de négritude étant ascensionnel à partir d’une foule d’ethnies de langages et de religions alors que le mouvement de francitude apparaît comme descendant par rapport à un passé qui fut éclatant.


Francité, donc

La francité, donc, ensemble des caractéristiques exprimées par la langue et d’une façon générale ce que l’on a appelé longtemps exclusivement la culture française, est la vocation naturelle de la francophonie, un esprit porté par un état de fait. Là aussi, notre hôte s’était expliqué avec une grande vigueur et ne manqua jamais de le faire, à l’intérieur même de sa conscience africaine d’enfant noir de l’île de Gorée : « Le français véhicule de la culture française. Cependant, s’il n’était question que de cela, comment pourrions-nous l’accepter sans renoncer à notre identité, nous Négro-Africains, nous Arabo-Berbères, Indochinois, Papous et Polynésiens, voire nous Belges, Suisses, Canadiens. Si nous acceptons comme objectif majeur de la Francophonie, la défense et réalisation de la francité, c’est qu’elle est liée, dans notre esprit, comme dans la réalité historique, à la défense et réalisation de nos cultures respectives ».
Ce fut dans cet esprit que l’Académie Goncourt se rendit à Dakar, le 16 mars 1979, avec son président Hervé Bazin, François Nourissier et André Stil, ses deux plus récents membres, Robert Sabatier et Emmanuel Roblès, et le « cardinal Ottaviani », avec un ordre du jour qui n’avait encore jamais retenu l’attention des innombrables organisations qui s’occupent de francophonie, et qui pourtant constituent la base même de toute réflexion, car c’est l’histoire même de la civilisation écrite : la francophonie vue par les créateurs. (On ne manquera pas de remarquer à quel point ceux-ci sont aisément rejetés de tous les mouvements qui les concernent essentiellement).
Faisant suite aux expériences belge, suisse, canadienne et soviétique, c’était cependant une première en ce sens que trois membres étrangers de l’Académie s’étaient joints à la délégation, Georges Sion, Valentin Kataiev et Roger Lemelin.
Là encore, l’expérience apparaîtrait différente de ce qu’on attendait. Il est bien vrai que ce qui paraît allant de soi devrait être préalablement et clairement affirmé. Il y avait eu des malentendus suisses et canadiens, des différences soviétiques, il y eut un malaise dakarois. Nous n’avions pas compté avec ce que Jean Paulhan n’eût pas manqué d’appeler la pudeur dans les lettres.
Une double pudeur avait, au début, quelque peu restreint l’ampleur du débat, pudeur africaine du côté de nos hôtes, pudeur d’une compagnie peu portée sur la solennité. Ce premier temps passé, il fallait reconnaître que, à cette extrême pointe occidentale d’un continent pourtant si ouvert à la langue française, le problème se posait encore autrement sans être moins complexe. Il fallut en convenir, de tous nos interlocuteurs écrivains, aucun ne s’exprimait dans sa langue maternelle quand il écrivait en français. Que ne s’exprimait-il alors dans sa langue maternelle ? Hé, c’est que ces langues ne possédaient pas de littérature écrite ! D’un seul coup, nous perçûmes la double angoisse de nos hôtes : ils ne disposaient d’aucun des vecteurs indispensables ni d’une édition concurrentielle avec celles des pays occidentaux et du Canada, en dépit des efforts plus que méritoires de leurs éditeurs, ni même d’une langue écrite. Pour s’exprimer il leur fallait devenir traducteurs d’eux-mêmes ! On sait que sont rarissimes les écrivains qui ont eu du génie dans une autre langue que celle de leur nourrice. Joseph Conrad, d’origine polonaise écrivant ses chefs-d’œuvre en anglais, est tout à fait exceptionnel.
Naturellement, l’expérience dakaroise, préalablement cernée dans son cadre, « la francophonie vue par les créateurs », mettait en lumière un autre aspect du drame d’écrire en français. Bien d’autres peuples devaient se trouver, aux franges de la francophonie et avec des variantes dues aux dosages ethniques et linguistiques, dans une situation comparable.
Le document de synthèse alors publié mit en valeur trois points essentiels. L’Académie Goncourt et ses hôtes revenaient avec insistance sur l’idée que la langue française appartient à tous ceux qui la pratiquent quelle que soit l’importance de chacune des collectivités francophones concernées.
Le second point avait trait à l’angoisse dans laquelle se trouvent les créateurs. En effet, d’une part ils doivent être fidèles à leurs origines et au génie intime de leur ethnie et, d’autre part, ils ont le souci naturel de communiquer avec l’ensemble des peuples parlant français. Le mot angoisse n’est pas excessif. L’Académie Goncourt s’engageait à en tenir compte à l’avenir dans son activité francophonique, et elle n’y manqua pas, dès novembre de la même année.
Enfin, l’Académie Goncourt réaffirmait la nécessité de ne pas laisser reculer la francophonie dans le monde et d’accroître, au contraire, la lecture dans le monde francophone, cette nécessité étant, pour les créateurs, une question de vie ou de mort de la francité.

Des points positifs

Nous en sommes là, à l’aube de 1980. De cette expérience « sauvage », non précédée d’enquêtes scientifiques qui eussent peut-être abîmé sa spontanéité, non concertée, il demeure cependant quelques points positifs.
Les écrivains français qui composent notre compagnie ont compris, unanimement, que la langue française déborde leur nationalité et que c’est la langue qui, comme vecteur d’une civilisation, est le fait le plus important. Ce que disait Edgar Faure à Téhéran en 1975 : « Ce n’est pas la françaisophonie, c’est la francophonie ». Il faut le répéter, la francophonie des créateurs n’est pas un état d’esprit dicté par l’intérêt égoïste de la nation française. Elle est le contraire d’un chauvinisme, d’un impérialisme, même hypocrite, d’un néo-colonialisme, même futé ! Elle n’est pas un instrument de combat contre d’autres expressions humaines, également nécessaires. Le mythe d’un français comme langue universelle a été relégué au garde-meubles mais il demeure le support de cette francité qui a hérité de la latinité et la continue dans une langue vivante, même si elle n’est pas seule à le faire. Elle porte dans son héritage classicisme et orphisme méditerranéens, Renaissance, et ces Droits de l’Homme qui furent exprimés en français.
Cette position exclut tout impérialisme culturel, conscient, demi-conscient ou inconscient. Cependant, il a bien fallu reconnaître qu’il y avait une limite. Il faut que cette langue demeure communicable, non certes à la totalité de ceux qui parlent, voire qui lisent le français, mais à une proportion suffisante pour que puissent naître (c’est-à-dire être éditées et lues) les œuvres elles-mêmes.
Cette remarque ramène dans la réflexion de l’écrivain sur son outil la notion quantitative déjà trop souvent rencontrée. Hélas, la création n’est ni intemporelle, ni immatérielle. De moins en moins même. La force d’expression de la langue française, l’importance de sa diffusion dans le monde, parallèlement aux autres grandes familles linguistiques, la permanence d’une civilisation née dans la matrice méditerranéenne, et quelques autres raisons qui relèvent de l’esthétique, de la musique des mots, de la poésie, dépendent du nombre de ceux qui, dans le monde, entendent, parlent ou lisent le français.


L’archipel francophone

Combien sont-ils ? Les statistiques sont floues et ne peuvent pas ne pas l’être. L’archipel francophone comporte des densités différentes et apparaît aussi inégalement dilué qu’il est inégalement répandu. On ne saurait qu’encourager une analyse mathématique exacte qui nous manque, programmée selon que l’on évoque la langue écrite au niveau de la création, au niveau de la croissance au niveau de la communication orale, de la boutique et de la rue. Ce travail est certes entamé, mais on attend encore ce portrait du français. Quelques repères cependant : 30 délégations de l’UNESCO parlent français sur 138. Quatre pays européens, France, Suisse, Belgique et Luxembourg, parlent totalement, ou principalement, ou à forte minorité, le français. 26 pays africains, 5 américains, 7 asiatiques [1]
Il y aurait seulement 75 millions d’hommes dont le français est la langue maternelle, c’est-à-dire ceux qui rassemblent les conditions les meilleures pour la création. Mais combien lisent ? Et à quel niveau ? Le Président Senghor évaluait récemment à 231 millions le nombre des francophones en puissance, considérant que cette langue où il est maître est une langue d’avenir. Nous ne saurions lui donner tort, pourtant bien des indices tendent à faire penser que l’audience du français est actuellement en voie de régression.
Voilà pourquoi, à Dakar et ailleurs, l’Académie Goncourt a parlé d’angoisse. Les créateurs en langue française crient au secours parce qu’ils savent bien que chaque lecteur en moins les rejette vers un ghetto où le français ne serait plus que cette langue morte dont parlait André Thérive il y a un demi-siècle (1923). Avec ces lecteurs perdus, c’est toute une manière de vivre - ce qui vaut bien une « way of life » - qui sera en recul jusqu’à la constitution folklorique d’une grande réserve des francophones, blancs, jaunes, rouges ou noirs !
Ce sera l’honneur de l’Académie des frères Goncourt d’avoir été l’un des premiers groupements à lancer le cri d’alarme. Les Goncourt avaient créé leur société dans le but - parfaitement lisible chez Edmond - de défier l’oubli public. Ils y ont réussi pour eux, même avec d’étranges et savoureux paradoxes. Quelques générations plus tard, un autre défi est lancé par leurs successeurs, artisans passionnés de la francité.

Ecoute s’il pleut,
Février 1980


[1] Quelques autres chiffres, mais sont-ils exacts ? Québec : 6 millions ; Haïti : 5 millions ; Antillais et Guyanais : 700.000 ; Louisianais : .300000 ; Acadiens : 280.000 ; Franco-canadiens non québécois : 500.000.




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