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LES NOIRS DE LA DIASPORA par Ibrahima Baba KAKE, Editions Lion, Libreville-Gabon
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Ethiopiques numéro 21
revue socialiste
de culture négro-africaine
janvier 1980

Auteur : Xavier ORVILLE

Dans cet essai clairement structuré, l’auteur se propose d’analyser l’histoire de la diaspora noire, d’en tirer les enseignements et de dégager les conséquences actuelles de la transplantation des Noirs d’Afrique.
Le livre se compose de deux parties, l’une historique, l’autre politico-culturelle.
Dans la première partie, en s’appuyant sur une solide documentation, Ibrahima Baba Kaké remonte aux sources de l’esclavage dans la haute antiquité, en Chaldée, en Assyrie, en Asie mineure. Il démontre que l’esclavage des Noirs a été précédé en réalité de nombreuses autres formes de servitude tant institutionnelles (l’état propriétaire d’esclaves) que traditionnelles (chez les Hébreux les esclaves se transmettant par héritage).
Pour ce qui est de l’Afrique, avant la traite, l’esclavage n’existait pas en tant que tel, mais la captivité. Cette captivité sanctionnait les délits anti-sociaux comme le crime, le vol, l’adultère ou bien affectait les prisonniers de guerre, mais dans tous les cas se trouvait régie par un statut, qui impliquait pour le maître des devoirs de nourriture, habillement, abri, protection à l’égard du captif et, pour ce dernier, un certain nombre de droits comme par exemple ceux de se marier, de posséder des biens personnels, d’avoir lui-même des serviteurs.
Par ailleurs toute l’histoire médiévale de l’Afrique témoigne d’une civilisation florissante, notamment avec les empires prestigieux du Ghana, du Mali, du Songhaï, et prouve que ce pays n’a jamais souffert de carences politiques. Ibrahima Baba Kaké fait donc justice de l’idée complaisamment exploitée : les Africains n’étaient pas les sauvages que l’on a prétendu.
Suit l’analyse de la traite où il souligne le fait que la déportation massive des Noirs vers le Nouveau Monde - plus de cent millions d’hommes si l’on considère que pour chaque esclave arrivé en Amérique, dix étaient morts en route - a détourné l’attention des historiens de l’autre grand canal du trafic que fut la Méditerranée orientale où les ghelabis musulmans arabes et turcs avaient institué un commerce tout aussi inhumain. A ce propos, l’auteur avance l’hypothèse suivante : « Il se peut que ce soient l’Arabie et l’Asie qui aient prélevé le plus lourd tribut sur le continent africain » (p. 66).
La deuxième partie est consacrée à la situation actuelle des Noirs de la diaspora, aux conséquences culturelles et politiques de leur dispersion à travers le monde, aux problèmes que pose leur présence en dehors de leur terre d’origine. Elle met en évidence que le poids de la traite pèse encore lourdement sur le sort économique, social, politique, culturel des Noirs américains, des afro-brésiliens, des Noirs antillais, des Noirs du Maghreb. A cet égard elle nous semble poser le problème devant la communauté internationale, mais faire aussi appel à la conscience de l’Afrique quant aux devoirs qu’elle doit assumer à l’égard de ses membra dejecta. C’est à la fois un appel et un rappel nécessaire, car face à certaines indépendances à courte vue, il importe de réaffirmer « la fondamentale unité du génie nègre » dont parlait le Président Senghor, à la veille de l’ouverture du Premier Festival Mondial des Arts Nègres.
Un des mérites de cet ouvrage, dédié à tous les hommes privés de leur patrie, est qu’il contribue à restituer à tous les Noirs - par-delà la séparation multiséculaire et malgré lès clivages intervenus - une image fraternelle d’eux-mêmes destinés à ensemencer leur commune mémoire.





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