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Seydi GASSAMA, Le phalanstère de Woula, Paris, L’Harmattan, 2001
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Ethiopiques n°72.
Littérature, philosophie, art
1er semestre 2004

Auteur : Lilyan KESTELOOT

Ce roman sans prétention qui se situe en Casamance a paru sans qu’on y prête attention, n’ayant semble-t-il bénéficié d’aucune publicité ni en France ni au Sénégal.
Certes ce n’est pas un chef d’œuvre. Pas plus du reste que Riwaan de Ken Bugul ou Préférence Nationale de Fatou Diome. Mais d’un même niveau stylistique cependant et d’un intérêt certain, puisque mettant en scène le conflit majeur du pays de la Téranga : j’ai nommé la rébellion de ces paysans du Sud contre une administration égoïste et prédatrice. Seydi Gassama brosse là non pas une grande fresque de ce qui est devenu la guerre de Casamance, mais dessine plutôt un tableau symbolique de ses causes, à travers un tout petit village qui essaye de se « développer ».
Résumons : un jeune homme ayant fait des études, mais déçu de la capitale, revient au pays avec l’intention de faire bénéficier ses congénères de ses connaissances techniques en matière d’agriculture.
L’auteur nous décrit en détail tous ces problèmes qui entourent la culture du riz ; son héros finit par convaincre son entourage de la nécessité de construire une digue pour retenir l’eau dans les rizières, et permettre quatre récoltes au lieu de celle, unique, que l’on fait après la saison des pluies.
Mais ce projet, bientôt réalisé par le travail de tous, fait ombrage à un préfet qui veut mettre la main sur cette réussite et contrôler cette coopérative spontanée ainsi que son extension aux villages voisins.
Devant le refus des paysans que nul n’a aidés et qui ne doivent rien à personne, le préfet ne trouve rien de mieux que la répression armée. Et les paysans industrieux ainsi que leur jeune instructeur, après plusieurs altercations, devront prendre la brousse, et devenus « rebelles » et « maquisards », se feront massacrer jusqu’au dernier.
Ce récit linéaire écrit dans un français simple (parfois hasardeux) nous a fait songer à un Gouverneur de la rosée transposé en Afrique ; et le héros par qui le changement arrive ressemble assez à Manuel de Jacques Roumain. Certes on est loin de la maîtrise du romancier haïtien ; nulle trace non plus de l’idéal communiste qui l’animait dans les années 40.
Mais il s’agit bien d’une situation analogue, avec le même genre de personnages, un jeune enthousiaste catalyseur des énergies collectives, un beau travail réalisé par l’intelligence, l’effort et la solidarité.
Sans intervention étrangère, sans argent, sans ONG, sans Banque Mondiale... Et qui sera détruit par la bêtise d’une hiérarchie administrative qui ne peut admettre cette initiative qui veut garder son indépendance. Cela pourrait constituer en effet le début d’une rébellion paysanne, en Casamance ou ailleurs.
Le monde rural a sa sensibilité, sa logique propre. On peut lui faire faire des prodiges, lorsque qu’on en est issu, et qu’on travaille avec lui. Mais le colonisateur tout comme les administrateurs d’après l’Indépendance n’en tirèrent souvent pas grand-chose, d’où le fameux exode rural vers les villes dont tout le monde se plaint. Seydi Gassama rappelle aussi qu’ils provoquèrent ici et là des catastrophes.
Mais au-delà de cet aspect de politique intérieure, nous retiendrons un hymne remarquablement bien informé au travail agricole. Ce qui n’est pas si fréquent dans nos lettres africaines d’aujourd’hui.





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