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7.LES DROITS DE L’HOMME ET LA DIMENSION HUMANISTE DE LA CULTURE EUROPEENNE
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Ethiopiques numéro 26
révue socialiste
de culture négro-africaine
avril 1981

Auteur : M. Tanase

Il y a dans la culture européenne deux moments cardinaux dans le plan de l’histoire et deux orientations fondamentales de la pensée, en fonction desquels nous pouvons mieux comprendre le fondement philosophique des droits de l’homme.
Le premier est le moment antique, grec de l’universalité, lors qu’apparaît le principe de la conscience de soi en tant que conscience de la liberté. L’homme ne peut être libre et par conséquent sujet de droit que lorsqu’il se sait lui-même comme quelque chose d’universel, d’essentiel. Hegel niait aux orientaux la capacité philosophique parce qu’ils n’arrivent pas à la maturité historique capable d’assumer la liberté et de participer au général, leur volonté n’est pas libérée par la finitude et la pensée n’est pas libre pour soi. La force et la richesse philosophique de l’Orient l’ont infirmé mais sa manière de poser le problème me semble fertile pour la question que nous débattons : aussi bien la connaissance philosophique, qu’une législation fondée sur le principe de la liberté ne peut apparaître que lorsque s’affirme l’universalité de l’humain, lorsque l’homme en tant qu’homme est sujet de la liberté et sujet de droit, lorsqu’il se tourne vers soi et cherche en soi les fondements de l’universalité mais rapportés à un autre.
Le second moment est celui de l’individualité qui apparaît en même temps que l’humanisme de la Renaissance. A cause de l’esclavage et d’une conception précaire de la condition humaine, l’universalité antique est plutôt extérieure et objective qu’intérieure et subjective. L’épanouissement de la liberté réelle, politique n’est possible que là où l’individu pour soi se sait libre en tant qu’individu, en tant que chose universelle, essentielle, arrive à la conscience de la personnalité et veut être apprécié pour lui-même. Il y a donc un moment de l’universalité qui incorpore l’individualité et un autre moment où l’individualité apparaît elle-même comme universalité, où elle assimile les valeurs de l’universalité.
Les deux orientations fondamentales dans la culture européenne :
a) antihumaniste, augustinienne, ressuscitée par la Réforme qui exclut toute liberté de la volonté de l’homme et tout idéal de perfection découlant de sa condition pervertie, damnée ;
b) l’orientation humaniste d’origine socratique, qui fait promouvoir l’idée de la dignité de l’homme, de sa création historique consciente.
La contribution de la philosophie des lumières, surtout de Kant, qui projette l’homme dans l’empire du but et insiste sur la nécessité de fonder sur des Idées les institutions à garantir la liberté de l’homme.

Homme de « jure »

Mais l’époque moderne a-t-elle réalisé l’exigence humaniste de synthétiser dans l’individualité humaine aussi bien le principe de l’universalité que celui de la personnalité - en tenant compte du fait que le second est inconcevable sans le premier, et que le premier demeure une entité abstraite sans le second ? Est-il possible de faire de chaque homme, sans aucune discrimination, le sujet de la liberté et des droits de l’homme, donc de faire de l’homme de jure et de facto - l’être suprême pour l’homme, tant qu’il existe entre les individus et les peuples de grandes inégalités sociales, de l’injustice et de l’iniquité ?
Quelques conclusions détachées de l’expérience historique de l’ethos spirituel romain :
- l’harmonisation de la dimension sociologique et de la dimension anthropologique de l’humain ;
- la suppression de l’exploitation et des phénomènes de déshumanisation mène à la réconciliation de la dimension individuelle et subjective de l’homme avec la dimension sociale et objective, des intérêts de l’individu avec ceux de la société, des exigences de l’intégration de l’homme devant les lois et les impératifs de la collectivité et de celles de son autonomie et de sa liberté ;
- de cette manière se réalise une véritable universalité de l’homme en tant que sujet de la liberté et de certains droits inaliénables ; non pas l’universalité muette et abstraite, concordant avec un concept formel de la liberté mais l’universalité concrète qui apparaît comme individualité, comme personnalité, lorsque l’homme célèbre en soi et par soi, d’une manière originale, irréductible, la beauté et la vérité profonde de l’humain, lorsque la liberté de chacun devient la condition et la garantie de la liberté de tous.





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