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OPINIONS D’UN NEGRE ; Bernard DADIE ; Editions Club Afrique Loisirs - N.E.A.
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Ethiopiques numéro 26
revue socialiste
de culture négro-africaine
avril 1981

Auteur : Xavier Orville

Après avoir créé dans des genres aussi différents que la poésie, le roman, le théâtre, Bernard B. Dadié nous présente, sous forme d’aphorismes, les opinions d’un Nègre.
Le recueil, pour prendre compte de l’expérience multiforme de l’auteur, et mieux la structure, se découpe en six parties :
- la condition humaine
- vertu et vice
- le monde tel qu’en lui-même
- ceux qui gouvernent les hommes
- profil du gouverné
On peut voir dans cette répartition, la volonté de guider le lecteur à travers le vaste champ d’une réflexion abordant les aspects majeurs de l’existence. Il s’en dégage assurément une leçon de vie et de sagesse, valable pour tous, et qui nous éclaire sur
- l’inconstance des amis et des femmes
- le caractère éphémère de toute joie comme de toute peine
- la vaine agitation
- l’incapacité à être heureux lié à la quête désespérée du bonheur
- la compensation par l’illusion, le rêve, la féerie.
Bernard B. Dadié serait-il un moraliste de plus, un de ces austères et présomptueux enquêteurs qui fouillent l’âme humaine et alignent sous forme lapidaire, des conclusions dont le ton péremptoire et dogmatique agace la plupart du temps ?
Il se serait classiquement fourvoyé dans ce chemin, si sa réflexion n’avait souci de cerner au plus près la réalité du Nègre. Et c’est une interrogation passionnée qu’il pose sur la nature et sur le destin du Nègre. Pour que « meure enfin et pour toujours l’Afrique des Maîtres-chanteurs » 53 il incite le Nègre à prendre conscience de lui-même, « conscience de sa valeur, conscience de ses immenses possibilités, conscience de l’universalité de la valeur humaine et conscience de ce qu’est et que doit être l’Afrique » 52.
Le combat à mener est de « prendre farouchement conscience du présent pour désormais imposer notre valeur d’homme » 52.
Le combat c’est aussi pour le Nègre de se débarrasser de la mentalité bourgeoise qu’on lui a inculquée, parce qu’il doit tout conquérir même le droit de vie sur la terre. Et, j’appelle mentalité bourgeoise celle des personnes aisées auxquelles manque toute audace » 92.
Le combat c’est enfin, pour le Nègre qui a beaucoup souffert, de « faire triompher l’idéal spirituel dans la grande lutte que livrent les peuples pour imprimer un sens à l’évolution humaine » 357.
Bernard B. Dadié déborde donc du cadre classique des moralistes européens, ce qui fait son originalité. A côté d’aphorismes de portée universelle, son propos est celui d’un pionnier de la Négritude. Il est homme et d’abord Africain, et à ce titre, il affirme que la grande question pour le Nègre « ne consiste pas à intégrer de force les valeurs européennes, mais à savoir à quelles conditions, en les adoptant, il saura se faire respecter et accepter comme homme » 62.





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