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LE REALISME DE « DOGUICIMI »
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Ethiopiques numéro 30
révue socialiste
de culture négro-africaine
2e trimestre 1982

Auteur : Mohamadou KANE

La singularité de l’événement réside dans le délai entre la parution de Doguicimi et l’hommage d’aujourd’hui. Il aura fallu plus de quarante ans pour que le besoin saisisse la critique africaine de faire converger son attention sur cette œuvre ! On comprend la complexité de la démarche adoptée qui tendra à l’hommage à l’un des pionniers de la littérature ; à la réhabilitation d’une œuvre qui a toujours inspiré des opinions tranchées, pour le moins excessives ; à la compréhension de ce qui a fait l’objet d’une condamnation jusque là sans appel, mais aussi sans jugement ; enfin au renouvellement de la lecture de Doguicimi, maintenant que les mutations intervenues, la distance instaurée d’avec le contexte qui a suscité cette œuvre, commandent d’avantage de sérénité, partant d’objectivité.
Car cette œuvre qui s’est heurtée au silence le plus durable dans la littérature africaine ne laisse pas indifférent. On lui concède, certes, bien peu de place dans les manuels scolaires et les études d’ensemble sur le roman africain. Contrairement à l’opinion répandue, elle est présente dans l’enseignement universitaire. Elle reste cependant insuffisamment étudiée. Même la mort de Hazoumé n’a pas réussi à concentrer l’éclairage sur elle. Il ne sert à rien de vouloir tirer argument de la rareté de l’ouvrage qui du reste a été réédité récemment. Le fait est qu’un silence pudique ou méprisant a été le lot d’un certain nombre d’ouvrages. Disons le mot, ces ouvrages - de Amadou Clédor Ndiaye, Bakary Diallo, Paul Hazoumé - ont été comme frappés d’ostracisme parce que jugés, à tort ou à raison, trop liés au projet colonial. Cette réaction de rejet étonne lorsque l’on s’arrête au succès de Batouala qui n’est pas exempt d’une certaine vision colonialiste de l’Afrique, même si la préface rachète et excuse tout. Il est vrai que l’on fit payer à René Maran certaines audaces alors que le paternalisme de colons de haute volée ne pouvait que trouver son compte dans Doguicimi, tout particulièrement dans l’épilogue.
Ainsi même la mort de Hazoumé n’a pas réussi à rompre le silence des critiques africaines sur cette œuvre. Un peu partout dans la presse, un hommage de circonstance lui a été rendu par des journalistes qui ne semblaient pas l’avoir lu. Ils dirent de l’auteur et de l’œuvre le bien que dictent la tradition et la religion.
A l’opposé, on reste frappé par l’unanimité d’une critique européenne que l’âge achève de particulariser et qui se confond en éloges dithyrambiques de Doguicimi. Il est vrai qu’elle est prompte à disserter sur le caractère positif de la colonisation ! Imprudence ou extrême lucidité qui aurait été le fait de ses critiques européens seuls, qui non seulement s’emploient à tirer cette œuvre de l’ombre, mais la portent aux nues, parlent de chef-d’œuvre...
Ces déclarations extrêmes ont elles pour finalité de favoriser la remise en question d’un jugement erroné et durable ? Robert Pageard ouvre la voie en portant sur Doguicimi un jugement sans nuance, que rien n’étaie, et que le R.P. Hubert de Leusse reprendra à son compte. Peut-être l’opuscule dans lequel Pageard avance ses idées sur ce livre constitue-il un cadre trop étroit pour permettre une « défense et illustration » conséquente. La critique se garde de lui emboîter le pas. Il souligne cependant les mérites de l’œuvre :
« Par la rigueur et la simplicité de sa composition, par la force avec laquelle sont présentés les caractères et les conflits (notamment la révolte de la passion contre l’ordre social), par l’effacement du narrateur, Doguicimi atteint presque la perfection dans l’ordre classique et pourrait aisément être porté à la scène. C’est un sommet de la littérature africaine d’expression française. On peut penser que ce sera l’un des modèles du roman de mœurs, du roman historique et du roman sentimental de l’Afrique de demain. Il faut enfin noter que Doguicimi constitue un document ethnologique de valeur (tableau de la vie nationale, cérémonial de la cour, sens des exécutions capitales) sur le Dahomey et contient des remarques importantes sur les rapports Europe-Afrique Noire » [1]
Il faut retenir en outre l’immense service rendu par l’ouvrage de Pageard à la littérature africaine au moment de son insertion dans les programmes littéraires.
Ensuite, Léonard Sainville, romancier, critique, l’auteur de la première anthologie conséquente de la littérature africaine, prend le relais. Il porte un jugement par trop favorable à ce livre. « Il faut avant tout, écrit-il, des œuvres considérables comme Doguicimi à la fois comme précieuses contributions à l’histoire et des documents intéressants sur la psychologie de l’homme africain avant la colonisation » [2]
Tout cela dira-t-on est affaire de générosité. Mais l’on reste pantois lorsque Sainville hasarde une interprétation du livre et note que : « avec ce roman, c’est la vertu luttant et se débattant en vain ; c’est la victoire de la méchanceté sur la vertu et la bonté » [3]
Sainville a-t-il seulement saisi le dessein de l’auteur ? On peut retenir contre lui d’avoir réduit une œuvre aussi riche à un thème mince et banal.
R. Cornevin, excellent connaisseur de la patrie de Hazoumé et qui a compté pendant longtemps parmi ses amis, souligne une autre dimension de cette œuvre. Dans la préface à la nouvelle édition de Doguicimi, il écrit que « ce premier roman historique de la littérature africaine est devenue aujourd’hui un livre classique utilisé pour l’enseignement du français de la sixième au baccalauréat » [4]
Certes, le classicisme de ce livre ne peut se limiter à la beauté de la langue. En outre, s’il est vrai que le livre se trouve dans les « classes », l’accusation de conspiration du silence des critiques devient sans objet. Faut-il s’étonner que M. Cornevin fasse si peu de place dans son livre sur Les littératures d’Afrique Noire de langue française [5] à Doguicimi et à son auteur, qu’il se contente d’intégrer dans des énumérations ? C’est peu pour un « classique ».
Hubert de Leusse se fonde sur les jugements de Pageard et Cornevin pour encore aller plus loin. Il affirme, péremptoire, que « Paul Hazoumé est l’un des pionniers et l’un des maîtres de la littérature négro-africaine... » [6]
Il l’affirme sans véritablement rien démontrer. Il est cependant trop averti pour espérer trop longtemps avoir raison sur tout le monde. Il multiplie les réserves qui atténuent son premier jugement et rappelle celles de Hazoumé dans la préface.
Hubert de Leusse concède que « ...le style de notre auteur toujours d’une parfaite correction, manque par trop de fluidité et de brillant. Le récit, souvent encombré d’épisodes ou de remarques sans lien direct avec l’action, progresse avec une lenteur excessive... Hazoumé n’a rien d’un peintre. Ses descriptions de la nature sont singulièrement conventionnelles... » [7]
On le voit bien, cet excellent critique n’a pas besoin d’être poussé dans ses derniers retranchements pour que ses jugements se nuancent.
A ces avis inspirés par la bonne volonté, l’amitié, la nostalgie d’une époque où l’écrivain noir se formalisait, plus que par le goût du paradoxe, on ne peut opposer que le silence persistant des Africains qui n’a pas toujours l’embarras pour raison.
Makouta-Mboukou dans son Introduction à l’Etude du Roman négro-africain de langue française, ouvrage monumental, accorde bien peu de place à Doguicimi. Il se contente de citer l’introduction que Georges Hardy a faite à cette œuvre [8]. Il accuse ce dernier d’un acte délibéré de récupération. Makouta n’analyse pas Doguicimi, il ne s’aventure pas à le juger. Il développe excellemment le thème de la réception d’une littérature africaine sous-tendue par des préoccupations colonialistes. Il va ainsi au cœur du problème qui nous occupe et reprend le thème de la lettre d’Emmanuel Mounier à Alioune Diop parue au numéro inaugural de « Présence Africaine » à savoir la tentation de faire de la littérature africaine un éloge de la colonisation.
Janheintz Jahn va au cœur du débat lorsqu’il range Hazoumé dans « la littérature de tutelle » souligne les mérites de son livre. Il précise cependant : « certes, Hazoumé dépeint la société africaine de ce temps-là comme l’aurait fait un européen » [9] C’est très exactement le même type de déclaration que Makouta-M’boukou a relevée sous la plume paternaliste de Hardy. Il est vrai que ce dernier exulte. Il croit que la colonisation est en train de réussir à enfanter des Blancs à peau noire. Jahn quant à lui précise l’intention profonde de Hazoumé et déplore son acculturation marquée.
Il faut enfin en venir aux seules critiques qui aient reçu Doguicimi à sa parution et contribué très largement à sa présentation au public français de l’époque : René Maran et Georges Hardy. Peut-être ont-ils placé cette œuvre sous un éclairage qui, du fait des mutations intervenues depuis, lui est devenu défavorable. A la lecture des travaux de ces précurseurs de la littérature africaine le sentiment prévaut que Doguicimi a été loué, autrefois, pour des raisons qui seraient-elles valables aujourd’hui encore ne seraient pas restées prioritaires. L’ouvrage semblait épouser trop bien le projet colonial. Le préfacier le dit nettement et abondamment. Hardy, acquis de longue date à l’idéal associationniste, déclare « qu’il représente par-là le type même de cet humanisme africain que nous rêvons d’étendre largement et qui amènerait notre entreprise de colonisation à cet émouvant résultat : une amélioration d’existence sans déracinement, une communauté d’intérêt sans fausse uniformité » [10]
En fait, la primauté des premiers critiques de Doguicimi réside dans leur connaissance du contexte dans lequel cette œuvre a vu le jour. Ils en tiennent si bien compte que leurs analyses convergent presque toujours pour mettre en relief le réalisme social ou historique.
Il reste que l’émergence de Doguicimi se trouve dans une certaine mesure commandée par l’évolution de la littérature coloniale. Les rapports de cette dernière et de la littérature africaine sont toujours fort mal connus. Il s’est cependant produit une substitution de littératures, le passage de la littérature coloniale d’inspiration africaine, à la littérature africaine et cela en une vingtaine d’années. Si le public a trouvé son compte dans une évolution consistant à substituer aux œuvres des Randau, de Mille, Demaison, Delavignette, celles de Ousmane Socé, Hazoumé, et autres... c’est parce que le terrain a été comme préparé par les mutations de la littérature coloniale. L’exotisme y recule, s’y estompe, pour faire place à un réalisme plus en rapport avec les progrès de l’africanisme.
René Maran perçoit ce phénomène. Il explique cette mutation : l’exotisme colonial perd du terrain. Le mot « exotisme revêt un sens qui n’est pas loin d’être péjoratif ». On préfère, souligne-t-il, parler de « roman régionaliste », « dénomination infiniment plus exacte » [11]. Maran se réjouit dans le même article que le jury du grand prix de la littérature coloniale récompense des œuvres qui sont investies d’une certaine dimension documentaire. On comprend qu’il voit en Doguicimi un « chef-d’œuvre... qui tient de l’Iliade... de la chanson de Geste » ... [12]. On peut lui passer son excès d’enthousiasme et sa fâcheuse propension à n’expliquer les œuvres africaines qu’en référence à des modèles français. Il a cependant perçu l’évolution du roman colonial vers un réalisme plus grand.
Il faut en fait se tourner vers l’historien le plus pénétrant de la littérature coloniale, Roland Lebel, pour saisir ce phénomène avec netteté, et voir se dégager les étapes d’une mutation profonde qui a frayé la voie au roman africain.
R. Lebel développe fort bien la thèse que le concept de « colonialisme » en littérature qui apparaît comme l’aboutissement d’une longue évolution de la littérature coloniale a été le fait d’écrivains - touristes, d’écrivains compilateurs. Elle est enfin devenue l’affaire d’écrivains qui prétendent faire corps avec les réalités coloniales, ou les pénétrer, les expliquer du dedans. Le mot colonialisme, pris ici en bonne part, traduirait une qualité de l’âme. Avant Doguicimi, Lebel écrit que « le colonialisme est une forme de mouvement général qui porte les esprits vers une connaissance plus précise, plus complète, et plus pratique aussi des choses coloniales. De là, le caractère documentaire des œuvres nouvelles, non seulement la peinture exacte du milieu physique... mais surtout dans l’étude du milieu psychologique, qui est proprement le domaine de la littérature coloniale. Aux qualités qu’on exige d’un écrivain, il faut adjoindre des qualités qui sont plus particulières au savant ; c’est ainsi que le roman colonial, qui va en quête de la connaissance des âmes, se rencontra avec les travaux des techniciens qui étudient les mentalités primitives » [13]
Tout cela pour dire que la littérature coloniale s’assagit, se discipline. Elle a acquis ancienneté et maturité. Elle se détourne des facilités et extravagances, de l’excès de romanesques : « Délaissant le vague exotisme des terres de mirages, elle prend prise sur des réalités solides » [14] Son évolution a créé comme une situation d’attente de ce qui ne pouvait être que le roman africain, et plus précisément Doguicimi. Etudiant la situation du roman colonial dans un autre contexte, Mme Martine Astier-Loutfi légitime la littérature africaine :
« Il est évident qu’à travers le foisonnement et la variété des romans qui traitèrent de l’expansion coloniale, c’est une image pleine de confusion qui se présentait aux contemporains : œuvre civilisatrice mais qui s’accomplit dans la violation et les destructions, œuvre de régénération nationale mais, qui détruisait tant de Français, épopée aventureuse mais qui sombrait dans l’ennui et la monotonie, découverte des autres mais regret qu’ils ne soient pas nous. Au-delà de ces contradictions apparentes, un certain ordre régnait néanmoins qui naissait du point de vue excessif de l’homme blanc : qu’il fut pour ou contre la colonisation c’était toujours parce qu’elle favorisait ou heurtait ses intérêts ou ses sentiments, parce qu’elle confirmait ou contrariait l’idée qu’il se faisait de lui-même ou de la France. C’est pourquoi on peut conclure, sans paradoxe, qu’en dépit de la variété des opinions auxquelles les romans ont exposé les Français, ceux-ci ont pourtant été mystifiés par les images de l’impérialisme qui leur ont été présentées : parce qu’ils furent exposés aux arguments des admirateurs comme des détracteurs de l’Empire, ils eurent l’illusion de connaître les différents aspects de la question ; mais il manquait aux débats les voix des principaux intéressés, les colonisés... » [15]
C’est donc, aux yeux de ce critique, le caractère incomplet du travail de l’écrivain colonial qui postule l’émergence d’une littérature authentiquement africaine. Il poursuit :
« Au-delà, l’œuvre de Victor Segalen, qui fut aussi une séquence de l’expansion coloniale, nous préparait à apprécier ces autres voix : celles de Senghor, de Memmi, de Yacine et de Faroun qui nous ont apporté enfin l’autre côté des choses » [16]
On perçoit mieux les raisons de l’accueil fait à Doguicimi. Cette œuvre s’insérait très bien dans le contexte littéraire des années 30, elle répondait à l’attente du public. Elle rend compte des mutations intervenues dans le roman colonial, d’une part, et de l’autre reflète les perspectives ouvertes au roman africain naissant. G. Hardy - car il faut revenir à lui - ne s’y trompe pas qui met en garde son public et lie les deux préoccupations : « ... qu’on se garde d’y voir un roman colonial il (Hazoumé) n’invente rien, il se contente de choisir parmi les héros et les événements d’un lieu et d’une époque, ceux qui lui paraissent le plus caractéristiques, il vise avant tout à nous faire admettre que des idées et des usages puissent différer des nôtres sans être pour autant dénués d’intérêt et détestables et il veut nous montrer en fin de compte comment des groupements humains peuvent s’accorder sans se ressembler point par point » [17]
Hardy rejoint Lebel : ce n’est plus l’exotisme qui importe. L’évolution se précise si nettement qu’un changement de catégorie s’impose. Maran parle de roman régionaliste, on l’a vu, Hardy se contente de récuser une catégorie romanesque dont il n’est que trop sensible aux excès.
Ensuite, Hardy lit Doguicimi à la lumière d’un certain relativisme culturel que commande l’évolution de l’africanisme. Il recommence à essayer d’inspirer une nouvelle politique coloniale que le préfacier de Karim avait préconisée. Ce qui est nouveau et que Hardy perçoit très bien, c’est la valeur exemplaire de Doguicimi qui, outre qu’il sonne le glas de l’ancien exotisme, prend valeur de symbole. D’une part, les problèmes d’ensemble, les problèmes de société pour ainsi dire l’emportent sur les considérations individuelles. Ensuite, les sciences annexes sont mises au service de la littérature. Il est singulier que Doguicimi soit l’œuvre d’un instituteur devenu ethnologue. Pour Hardy, s’il ne s’agit pas encore de roman africain - le corpus est encore trop mince pour légitimer l’existence de cette catégorie - il ne s’agit plus de roman colonial.
Si G. Hardy et R. Maran perçoivent le changement qui s’opère aux frontières de la littérature coloniale, ils n’en donnent pas la même explication. Maran présentant au public français T. Mofolo, l’auteur de Chaka, et Hazoumé, soutient qu’il diffèrent en cela que « le second pense déjà en Européen, tandis que le premier continue à penser encore en indigène » [18]. Quant à Hardy, il souligne dans sa préface l’insertion de l’œuvre de Hazoumé dans le projet colonial.
Il y a plus et Hardy ne s’y trompe pas. Doguicimi, conçu pendant un temps fort de l’évolution de l’africanisme, traduit les préoccupations du moment. Il paraît dans un contexte particulièrement favorable parce qu’il a été préparé par la publication des travaux de Delafosse, Hardy, Frobenius... La curiosité de l’Europe pour l’Afrique a cessé d’être gratuite. Elle se charge d’implications scientifiques, elle débouche sur des « constructions spéculatives » [19] comme dit Gérard Leclerc - l’auteur d’Anthropologie et colonialisme - elle s’investit dans le projet de colonisation... La règle semble être désormais de mieux connaître les Noirs pour mieux les gouverner.
Les anthropologues, disons pour aller vite les africanistes européens, imposent progressive trouvent un certain écho auprès de ceux qui assument les responsabilités les plus hautes dans l’entreprise coloniale. Les partisans de l’association favorisent la résurgence des cultures africaines, d’autres dont Hardy est le chef de file, souhaitent leur intégration dans le système éducatif.
A Dakar, le Gouverneur Brevié avait pris position publiquement en déclarant : « ... Aussi bien et sans nous prononcer sur le sens même de l’évolution coloniale, le moment n’est-il pas venu de promouvoir et d’instituer, ici, chez les coloniaux autant que chez les indigènes instruits et cultivés une sorte de culture franco-africaine. Une véritable culture ne peut être entièrement importée, il faut qu’elle puise sa forme dans le soi-même » [20]
On retrouve un écho de l’associationnisme fondé sur le relativisme culturel jusque chez le préfacier de Karim. Théodore Monod, abondamment cité par Robert Delavignette, établit magistralement le credo de l’associationnisme. Il tire argument de la diversité physique, humaine, partant culturelle de l’Afrique pour postuler l’émergence d’une culture issue d’un véritable métissage. Il condamne la démarche colonialiste habituelle se traduisant par l’imposition d’une culture d’importation et le rejet de la culture des indigènes. Il y affirme, ce qui aujourd’hui se situe parmi les vérités d’évidence et qui a scandalisé plus d’un, l’époque, que les Noirs ont une histoire « tout aussi vieille que celles qu’ont conservée, ailleurs, la brique ou le marbre... », que « L’Afrique est littéralement pourrie de vestiges préhistoriques... ». Il nous encourage à la reconnaissance de « différences qu’il serait insensé et vain de vouloir nier, mais qu’il faut ouvertement reconnaître, pour y trouver, grâce au miracle d’une union totalisante, additionnant les richesses, les éléments mêmes d’un nouveau progrès spirituel » [21]
On sait que le débat sur l’identité, la spécificité, la diversité culturelle de l’Afrique trouve son prolongement naturel dans le roman. D’abord chez un romancier dahoméen, Félix Couchoro qui fait précéder l’Esclave [22] d’une préface attestant son attention au débat autour du problème de la civilisation africaine. Il développe des idées singulières sur le concept de civilisation, revendique cette dernière pour les Noirs et tire argument d’un certain universalisme de la passion.
Dans son second roman, Mirages de Paris, Ousmane Socé reprend plus nettement les enseignements de Théodore Monod. Fara, explique à son amie Française, Jacqueline, qui a de l’Afrique et des Noirs une représentation on ne peut plus fausse, la prodigieuse diversité culturelle de l’Afrique [23]
Le mot d’ordre chez tous ces romanciers africains des années 30 semble être de présenter, d’expliquer, l’Afrique. Si Couchoro avait semblé situer le débat sur un plan moral visant à la reconnaissance de l’universalité des passions et de certaines réactions, Ousmane Socé, de son côté, plus attentif aux tendances et aspirations de la jeune école de la Négritude, s’était prononcé pour le métissage culturel. Hazoumé, instituteur passé à l’ethnologie, amplifie pour ainsi dire le projet africaniste, il atteste dans le roman africain le degré le plus avancé de la convergence du projet africaniste et de l’entreprise de colonisation. De là certainement la mansuétude d’un homme aussi averti que G. Hardy pour Doguicimi.
Qu’il suffise de souligner dès l’abord, que le réalisme est commandé chez Hazoumé - plus que chez ses prédécesseurs - par la mutation de l’Africanisme, sa convergence avec le projet d’association et la formation scientifique de cet écrivain. En fait le réalisme de Doguicimi tire parti, auprès du public français, du passage de l’exotisme au réalisme baptisé « colonialisme ». En outre, il se met d’emblée au service de l’africanisme dont il illustre les thèses. Hazoumé doit coller au réel pour convaincre, non pas seulement pour séduire mais pour contribuer à sa manière au triomphe des idées nouvelles sur l’Afrique. La nature quelque peu hybride de Doguicimi s’explique par la diversité de la formation de l’auteur et sa volonté de se faire l’écho de multiples préoccupations du moment. Il y a du roman, de l’histoire et de l’ethnologie dans Doguicimi. Son préfacier souligne fort justement cet aspect lorsqu’il écrit que :
« La forme romancée qu’il a cru bon d’adopter n’est qu’une apparence : c’est bel et bien l’histoire qu’il nous apporte, exacte, parfaitement objective, et de l’histoire psychologique, la seule qui compte vraiment. Aux sèches analyses qui demeurent toujours éloignées des réalités vivantes, il a préféré une suite de scènes animées et colorées, une résurrection des faits et des gestes, un drame qui nous porte au cœur même de la société locale et nous familiarise progressivement avec ses démarches de pensée. Il n’est pas jusqu’aux longs discours de ses personnages qui ne jouent ici un rôle essentiel, et l’on se condamnerait, en ne les suivant point patiemment, à ne rien comprendre du débat ni des acteurs. Si l’on se rappelle qu’il ne s’agit pas ici d’événements très reculés dans le passé ni d’habitudes entièrement disparues, on conviendra sans doute que cette méthode est plus près que toute autre de la vérité et qu’elle garde la valeur d’un intelligent « reportage » [24]
Il ne s’agit pas, à proprement parler, de roman historique ? De roman qui ne prendrait appui sur l’histoire qu’incidemment. Hardy souligne la volonté de l’auteur de faire vrai au point que son œuvre s’apparente à un reportage, un écho fidèle de la réalité. René Maran n’hésite pas à parler du « document romancé, de reconstitution historique... » [25]. Tous ces critiques mettront l’action sur le poids de l’histoire au détriment du roman. Hazoumé lui-même dans sa préface ne manque pas d’orienter la lecture de son œuvre. Il y parle de l’« important document ethnologique et historique présenté ici et qui est le fruit de vingt-cinq années de commerce avec les « anciens » du Dahomey » [26]
En vérité, le romancier et l’ethnologue s’associent pour engendrer Doguicimi. Hazoumé, plus homme des sciences que romancier - on en juge par l’ensemble de son œuvre, - s’offre le plaisir d’une enquête rigoureusement ethnologique, scientifique, d’une reconstitution historique qu’il veut vraie. Ce souci de vérité le conduit à bien des excès, mais faire vrai, c’est à l’époque innover, renoncer aux facilités, aux débordements de l’imagination, avoir le courage d’aller au devant de la vérité sur les choses et les hommes plutôt que de se contenter d’idées toutes faites. Hazoumé insiste dans la préface. Il veut faire voir, de sa race, les « qualités profondes et le vrai visage de la cour de ses rois... » et donner à sa « documentation un cachet d’exotisme et d’authenticité, constante préoccupation du vrai régionaliste ». [27]
On perçoit bien le rapport dans son œuvre du roman d’une part, et de l’histoire et de l’ethnologie de l’autre. Le document sert son souci de réalisme, le roman lui permet d’échapper à la sécheresse de la démarche scientifique. Certes, il ne se permet pas de rêver, l’imagination ne trouve pas toujours son compte ici. Du moins, il ne déploie son imagination que dans le cadre du document. En fait, lorsque le besoin de création s’empare de lui il l’investit dans un effort remarquable de faire vivre d’animer, d’insuffler un certain dynamisme au passé, de peindre des mentalités.
A la volonté de faire vrai - louable en elle-même, il joint celle d’être complet. Ce qui ne manque pas de se traduire par des longueurs, par la prolixité des actions et discours. Son projet s’amplifie et, même s’il n’en perd à aucun moment le contrôle, finit par nuire à la qualité de son œuvre.
René Maran, qui a été d’emblée sensible au mérite de l’auteur, explique cet abus de détails sur « les mœurs, les coutumes, les croyances, les traditions, les rites, les superstitions, les fables, les légendes, les proverbes, les pratiques de sorcellerie, les poisons d’épreuves, les danses guerrières, les danses funèbres... » en disant que Hazoumé est « trop plein de son sujet » d’où le reproche porté contre son roman d’être « quelque peu indigestion » [28]. Maran prend la défense de Hazoumé, mais ne convainc pas pour la bonne raison que cédantà ses habitudes de chercheur et non de romancier, ce dernier ne s’embarrasse pas toujours de choisir l’élément le plus significatif, le plus symbolique, ou à même de favoriser une certaine économie de moyens.
Il est étonnant qu’un critique aussi averti que René Maran se soit embarrassé de tirer argument de l’extrême diversité et profusion de l’œuvre de Balzac ou de Kipling pour expliquer l’exubérance du réalisme de Hazoumé. On serait tenté de conclure à l’insuffisance de son attention aux rapports de l’africanisme d’une part, et, du roman colonial africain, de l’autre. Car enfin, il est évident que Ousmane Socé et Hazoumé ont substitué, à un exotisme ethnologique.
Il ne leur était pas possible d’attenter au goût du public français, d’y porter atteinte. Du jour au lendemain, lorsque se produisit la substitution de littérature, ils ne pouvaient pas tarir la veine exotique si ancienne dans la littérature coloniale. Ils lui conférèrent une finalité africaniste. Ces deux écrivains décrivent abondamment des mœurs, coutumes, traditions. Ce faisant, ils dépaysent leur public, lui donnent le plaisir de la découverte et l’occasion de rêver, de s’évader par le rêve de son horizon familier. Ousmane Socé, ne développe pas seulement le thème de la nécessité, de la fatalité du métissage culturel. Il décrit une tradition fortement ancrée, soucieuse d’ordre et de pérennité. Il présente la société sénégalaise au public du moment, au public français.
Hazoumé n’est pas en reste. On sait que si sa sensibilité littéraire est moins affinée, sa documentation s’avère sans faille. Il l’élargit, l’amplifie. Il ne cède pas au romanesque mais étoffe l’action de son roman, la centre autour de personnages admirablement dessinés, la fait s’enchevêtrer pour rendre compte de la complexité de la vie. En outre, l’ampleur de sa documentation, qui se confond par endroits à une certaine forme « d’ethnologisme », se justifie par sa finalité africaniste.
D’abord, Hazoumé traduit un certain souci de distanciation. Il choisit une époque éloignée de son pays pour en faire la matière de son roman. Il retient une période charnière marquée par l’urgence d’une mutation dans le mode de vie et les croyances, exactement comme la période où il écrit Doguicimi, où le Dahomey doit s’ouvrir à la modernisation, dépasser certains aspects de ses traditions. Dans le roman Guezo, souverain éclairé, réfléchit sur l’avenir de son peuple. Il explique au Vidaho la nécessité d’adoucir les mœurs, d’assurer la sécurité, de fonder l’économie sur le travail et le commerce et de renoncer à la guerre qui affaiblit l’Afrique au moment où les dangers le guettent [29]
Dans ces deux cas, dans le roman comme dans le contexte de l’œuvre, dans l’actualité, il faut choisir, ou du moins le mouvement s’impose.
Ensuite, Hazoumé part en guerre contre un certain nombre d’idées reçues sur l’Afrique et les Noirs. Il combat à sa manière les préjugés de désordre, de violence et de vide culturel. Il puise à pleines mains dans l’histoire et l’ethnologie pour prouver à ses lecteurs l’ancienneté, la richesse de la culture des Dahoménous. Il s’arrête longuement aux croyances, aux rapports de l’homme et des dieux. Il décrit le pouvoir royal, les rouages de l’Etat, les rapports de l’individu et de ce pouvoir, le fonctionnement des institutions, la préparation et la conduite de la guerre. Il précise l’organisation de cette société. Il atteint fort bien son objectif. A la lecture de son roman, on est frappé par l’organisation rigoureuse de cette monarchie, les qualités d’homme d’Etat de Guezo qui s’emploie à atténuer la cruauté des mœurs. L’auteur situe l’accusation de barbarie portée contre son peuple sous un éclairage particulier.
Il condamne la pratique des sacrifices humains. Il ne se contente pas de la rejeter mais il l’explique en relation avec son contexte socio-culturel propre.
Il montre sa relation aux croyances et religion, son origine et ses mutations. Hazoumé met en scène un souverain courageux, lucide, novateur, pour refréner l’ardeur sanguinaire des hommes de la tradition et favoriser la mutation des mœurs.
La volonté de progrès est partout présente et par là Hazoumé est parti en guerre contre l’idée profondément enracinée dans les esprits d’une tradition immuable, figée dans les pratiques barbares. Guezo sait que la tradition constitue comme le ciment de son pouvoir. Elle le légitime et le consolide. Il envisage cependant sa remise en question pour préparer son peuple à des dangers dont lui seul perçoit encore l’imminence.
Il rejette l’accusation portée contre l’Afrique d’opprimer les femmes. Le thème central du roman, qui constitue comme une ligne directrice à la suite de nombre de bifurcations, dégressions se trouve être celui du féminisme.
Guezo est favorable à ce féminisme qui semble bien tiède au regard des idées en cours de nos jours mais dans ce contexte dominé par une tradition encore rude où la personne humaine est, à l’occasion, rangée parmi les biens ; le féminisme de Doguicimi apparaît comme un facteur réel de progrès.
On le voit, le réalisme de Hazoumé n’est pas gratuit. Tout comme l’exotisme du roman colonial, il flatte, mais il fait plus, il informe, il instruit. En cela, Hazoumé ne sort pas de son ancien rôle d’éducateur. L’admirable, c’est qu’il concilie l’histoire romancée et le culte du document brut. Le document lui permet de dire vrai, de partir en guerre contre les idées reçues, de s’engager dans l’entreprise de revalorisation des cultures africaines. La forme adoptée commande l’incursion du rêve dans le roman. Il exerce une trop grande maîtrise sur les choses pour rêver véritablement pour se laisser aller. Dans l’épilogue, Hazoumé semble vouloir faire la part des choses. Il souligne la part de l’imagination dans son œuvre.
En fait, il n’y est question que d’une seule forme d’imagination, de celle-là même qui se confond avec l’invention des épisodes. Ce qu’il ne dit pas, c’est que ces épisodes constituent autant de prétextes à des développements entrant dans le cadre du réalisme ethnologique.
C’est parce que le réalisme se trouve sous-tendu par le projet africaniste de l’auteur qu’il agit comme un frein, bien souvent plus un frein qu’un cadre, en regard de l’imagination.
Les plus grands laudateurs de Hazoumé y ont été sensibles.
Hubert de Leusse dans une étude récente, la plus conséquente jamais consacrée à Doguicimi, ne se démarque pas assez de Robert Pageard, l’un des pionniers de la littérature africaine. Ce dernier, désireux de sortir ce roman du silence prolongé d’une critique militante et quelque peu partiale, avait porté sur ce roman un jugement généreux mais que rien ne semble encore justifier. Doguicimi n’est pas considéré comme le modèle ni du roman social ni du roman historique. D’autre part, le rapport de Hazoumé d’un côté, de Nazi Boni et Djibril Tamsir Niane de l’autre n’est pas prouvé [30]
Mieux, ces critiques s’arrêtent tous aux longueurs et digressions, aux méfaits de ce réalisme ethnologique qu’il ne faut pas seulement envisager à la lumière des intentions de l’auteur. G. Hardy met en garde le lecteur en écrivant qu’« il n’est pas jusqu’aux longs discours de ses personnages qui ne jouent ici un rôle essentiel... [31]
D’autres critiques dénoncent une certaine sécheresse qui n’a pas d’autre source que l’abus de réalisme ethnologique. R. Maran note que Hazoumé anime rarement ce qu’il touche.
Peintre appliqué, il peint fidèlement ce qu’il voit, ce qu’il sent. Il manque par malheur à ses peintures cet on ne sait quoi de secret et de fort qui part du cœur et qui parle du cœur » [32]
Hubert de Leusse parle à son tour de « peinture conventionnelle » [33]
Quant à l’auteur, il va au devant des critiques de ceux qui « trouveront, sans doute, quelques longueurs, à certains chapitres de ce livre ». Il n’a pas d’autre excuse que son souci de donner « l’image exacte de cette peuplade ».
L’auteur lui-même ne s’y trompe pas : une certaine finalité conçue en relation avec l’africanisme se trouve à la base de nombre d’insuffisances.
Au terme de cette étude, il apparaît que Doguicimi a été loué pour des mérites circonstanciels, en relation avec l’actualité coloniale. Il représente un net départ de l’exotisme du roman colonial.
Il constitue la preuve éclatante que la politique de formation de cadres peut conduire à des résultats inespérés. D’où le triomphalisme et le paternalisme d’une certaine critique de l’époque.
Doguicimi constitue en fait la tentative qui tient de la gageure de marier, de la part d’un débutant, le roman, l’histoire, l’ethnologie. Mieux, la volonté de traduire dans la même œuvre les progrès de la colonisation et de l’africanisme qui ne sont pas forcément conciliables.
L’ampleur du projet, la profusion de la matière, le souci de fidélité à l’histoire et de rigueur dans les analyses sont les marques les plus caractéristiques de cette œuvre, unique dans son genre dans la littérature africaine.
Paradoxalement, il n’a manqué à Doguicimi, pour s’attirer les faveurs de la critique que d’être plus sobre, moins réel, moins vrai. La suite de son œuvre atteste une prédilection - et peut-être une aptitude - plus marquée pour l’ethnologie.
En fait, il ne s’agissait que d’une incursion restée sans lendemain.


[1] R. Pageard, Littérature négro-africaine, le livre africain, Paris, 1966, pp. 5657.

[2] Léonard SAINVILLE, Anthologie II, romanciers et conteurs négro-africains, Paris, Présence Africaine, 1968, p. 28.

[3] Ibid p. 29.

[4] Robert Cornevin : Doguicimi, quarante ans après, préface de nouvelle édition p. VI.

[5] Robert Cornevin : Les littératures d’Afrique Noire de langue française Paris, P.U.F. 1976.

[6] Hubert de Leusse : l’Africaine, cette inconnue : Doguicimi, in études scientifiques, sept. - déc. 1980, p. 60.

[7] Hubert de Leusse Ibid p 60

[8] J. P. Makouta MBoukou : Introduction à i’Etude du roman négro-africain de langue française, N. E. A. - C L E de 253.

[9] Janheintz Jahn : Manuel de littérature néo-africaine, Paris Resma 1969 p. 264.

[10] G. Hardy : préface de Doguicimi, Paris, Larose, p. 10.

[11] René Maran, le Dahomey d’autrefois et ses coutumes, Doguicimi, la dépêche africaine, 1938.

[12] René Maran, op. cit.

[13] Roland Lebel, Histoire de la littérature coloniale en France Paris, Larose, 1931, pp. 86-87.

[14] Ibid, p. 212.

[15] Martine Astier Loutfi, Littérature et colonialisme, Paris, Mouton. 1971. p. 139.

[16] Ibid, p. 140.

[17] G. Hardy, préface de Doguicimi, p. 11.

[18] René Maran, deux romanciers nègres : P. Hazoumé instituteur dahoméen et T. Mofolo, ancien instituteur Bassouto, Bibliographie n° 543 du 7-5-40.

[19] G. Leclerc : Anthropologie et colonialisme, Paris Fayard, 1972, p. 69.

[20] Brévié : Discours, in l’Education africaine, juillet-décembre, 1932, p. 175.

[21] Théodore Monod, cité dans la préface de Karim, Paris, Nouvelles Editions Latines, p. 10-11.

[22] Félix Couchoro : l’Esclave, Paris la Dépêche Africaine, 1929.

[23] Ousmane Socé : Mirages de Paris les Nouvelles Editions Latines, 1937 :

[24] G. Hardy. op. cit. pp. 10-11.

[25] René Maran, op. cit., p. 8.

[26] P. Hazoumé, op. cit., p. 14

[27] Ibid, pp. 13-14.

[28] René Maran, op. cit., p. 8.

[29] P. Hazoumé, op. cit., p. 213 s.q.

[30] Hubert de Leusse, op. cit., p. 62 sq.

[31] Georges Hardy : Doguicimi, préface, p. 11.

[32] René Maran, Paul Hazoumé instituteur dahoméen, op. cit., p. 9.

[33] Hubert de Leusse, op .cit., p. 60.




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