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Ethiopiques numéro 28 numéro spécial
revue socialiste
de culture négro-africaine
octobre 1981

Auteur : AMADOU CISSE DIA [1]

L’événement a trait à la culture africaine qui est à la fois un héritage et un projet. Car nos peuples ont vécu, à l’unisson des grandes ferveurs, dans l’ordre de l’esprit, au sein d’une Communauté de civilisation négro-africaine, depuis l’ère des grands Empires du GHANA, du MALI, du SONGHAI, du BENIN, jusqu’aux temps modernes, en passant par le drame de l’esclavage, l’histoire de la colonisation et la lutte pour l’indépendance.
La Fondation Léopold Sédar SENGHOR, fidèle en cela à l’enseignement de l’illustre fils de l’Afrique dont elle porte le nom, fait de la culture, le fondement essentiel de l’unité de notre continent.
Aussi, accordons-nous une place de choix, dans la tâche pleine de promesses que nous nous sommes assignée, à la sauvegarde et à l’enrichissement du patrimoine culturel africain, en suscitant les méthodes les plus appropriées en vue de recueillir, conserver et diffuser les divers éléments de notre tradition.
Notre vœu le plus ardent est de contribuer à l’instauration d’un élément de compréhension et de coopération interafricaine, en aidant les chercheurs et hommes de culture à mieux se connaître afin d’échanger leurs idées et leurs expériences.
Dès lors, le thème de réflexion que nous nous sommes proposé n’est pas le fait du hasard. Il découle d’un postulat senghorien, aujourd’hui bien établi, selon lequel « les grandes civilisations sont filles du métissage » : Elles tirent leurs richesses de leurs variétés et de leur diversité.
Qu’il me suffise de rappeler que l’événement se place dans le sillage du Premier Congrès d’Etudes Mandingue, tenu à Londres, en juillet 1972. Plus de deux cents spécialistes avaient participé à cette importante rencontre ; ils avaient abordé, alors, tous les aspects de la civilisation mandingue depuis l’histoire, la géographie jusqu’à la mythologie, en passant par l’art, la religion, la linguistique, la langue, la musique, etc.


Un deuxième congrès est prévu à Dakar, qui veut cerner le monde mandingue dans l’ensemble soudano-sahélien, et qui envisagera la civilisation mandingue dans ses rapports avec les cultures voisines.
Dans cette perspective, le colloque dont nous publions, ici, les travaux, a traité, en particulier, de l’histoire et de la civilisation du royaume du Gabou, royaume dont nous parlent abondamment nos sources orales.
Les traditions orales des peuples, qui ont constitué le Gabou, offrent aux chercheurs une diversité d’informations qui permet d’appréhender la manière spécifique à chaque groupe ethnique de se situer par rapport au voisin et d’interpréter le passé.
Le brassage ethnique que ces contacts ont provoqué a été source d’enrichissement pour toutes les ethnies considérées.
Notre colloque est donc, comme vous le voyez, l’illustration d’un fait de culture particulièrement intéressant, qui nous renforce dans notre conviction que l’existence de variations culturelles, de modes de vie différents dans un même pays, constitue des sources potentielles de renouvellement constant.
En conséquence, loin de susciter les clivages sociaux et ethniques, la culture, surtout dans l’Afrique indépendante, est à même de donner une conscience nationale à des ethnies diverses, dotées, chacune, de traditions culturelles spécifiques.
Lorsqu’il lui arrive, comme c’est ici le cas, de déborder les frontières artificielles des Etats, sous-tendues par les réalités géographiques ou linguistiques, la culture devient alors un facteur d’enracinement et de dépassement, en conséquence, facteur d’unité et de cohésion.


[1] Président du Conseil d’Administration de la Fondation Léopold Sédar Senghor




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