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L’ISLAM ET LE NGABOU
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Ethiopiques numéro 28 numéro spécial
revue socialiste
de culture négro-africaine
octobre 1981

Auteur : Amar SAMB

« Chaque homme vient au monde avec la religion monothéiste (fitra). Ce sont ses parents qui en font un musulman ou un chrétien ou un adorateur du Feu ».
MAHOMET

Notre Professeur de philosophie, au Lycée Faidherbe à Saint-Louis, nous rappelait souvent ce principe biologique : « Ce qui est vrai pour l’ontogenèse l’est aussi pour la phylogenèse ». Le propos attribué au Prophète Mahomet et mis en exergue à la suite du titre de notre exposé, fait à l’occasion du colloque sur les Traditions orales du Ngabou, affirme l’antériorité du monothéisme, c’est-à-dire de la croyance à l’existence d’un Dieu unique par rapport à toute autre forme polythéiste chez l’individu. Celui-ci naît avec la croyance en une seule divinité. Qu’est-ce à dire ? C’est que le boudhiste ou le manichéen, bref l’adepte de toute religion devient tel sous l’entière responsabilité de ses père et mère mais tout homme, quels que soient sa race, son milieu et son époque, reçoit dès sa naissance, en dépôt dans son cœur, le sentiment, quoiqu’ ineffable encore, de l’unicité divine. Donc, le premier homme, qu’il fût Adam pour les religions abrahamiques ou qu’il s’agit de l’homo affarensis pour les préhistoriens, n’échappe point à la règle.
Tous les fondateurs d’empire, depuis les temps immémoriaux, ont professé une religion monothéiste. C’est seulement au moment où une dynastie, un royaume, un empire, une civilisation déterminée touchent à leur fin qu’une prolifération de dieux se manifeste, cette fin prochaine déclenchant chez tout un chacun le réflexe irrépressible de s’accrocher à n’importe quoi. C’est comme si le polythéisme correspond au déclin d’une puissance temporelle et annonce le retour à un monothéisme assumé par l’avènement d’une nouvelle puissance. Les exemples foisonnent depuis l’Antiquité : Egypte pharaonique, Assyrie, Babylonie, Perse, Sumer, Maya, Zimbabwe, Abyssinie, etc.
La destruction de Ninive, dernière capitale des Assyriens (612 avant J.C.), fut le prélude de la fondation de l’empire des Achéménides par Cyrus Le Grand tout comme Sundiata Keïta fonda, au XIIIe siècle, sur une base essentiellement monothéiste, l’empire du Mali environ deux siècle après l’expédition d’Abû Bakar Lemtûnî qui rendit vaine la résistance, sous les couleurs polythéistes de l’empereur du Ghana, Bessi Cissé et son neveu Ménin.
Que l’on nous comprenne bien. Loin de nous la pensée de commettre le contre-sens qui consisterait à faire des détenteurs du pouvoir temporel des prophètes encore qu’il y ait eu des rois-prophètes tels que David (1010-975 av. J. C.), fondateur de Jérusalem, après sa victoire sur les Philistins, tout comme son fils Salomon (970-931 av. J. C.).
Toujours est-il que l’apogée de tout empire semble correspondre au triomphe du monothéisme, et la multiplicité de divinités à la décomposition, à la désagrégation de tout empire - son crépuscule se trouvant à son tour annonciateur de l’aurore d’une autre puissance temporelle.
A première vue, l’empire du Ngâbou ne paraît-il pas loin de nous permettre de vérifier, pour la transformer en une certitude cette hypothèse ? Interrogeons les traditions orales et les sources écrites.
C’est une erreur de penser que le « maraboutage » [1] dérive de l’animisme. La conjugaison d’un mauvais sort ou la quête d’une situation enviable par des opérations et des pratiques magico-religieuses relèvent aussi du domaine islamique. Deux faits, l’un tiré du Coran et l’autre de la vie du Mahomet, en administrent la preuve.
Les deux premières sourates, « L’Aurore » et « les Hommes », ont été révélées par Dieu pour faire échec à un envoûtement perpétré par une sorcière sur la personne du Prophète. La magicienne s’était procuré les cheveux de celui-ci qu’elle noua en prononçant des formules incantatoires et qu’elle jeta dans un puits. Et c’est Gabriel qui retira les cheveux noués du puits et qui transmit à l’Apôtre de Dieu les deux sourates appelées depuis « les Préservatrices ».
A la veille de l’Hégire, en juillet 622, le Prophète, bloqué la nuit dans sa maison par des ennemis armés de sabres, s’est échappé d’une façon miraculeuse. Le lendemain matin, chacun des assiégeants avait trouvé du sable sur la tête. C’est Mahomet qui l’y avait versé en récitant le début d’une sourate du Coran. Les ennemis furent plongés dans un sommeil léthargique jusqu’au matin.
Si l’on n’est pas averti, on considérera aussitôt ces faits bizarres dans une religion aussi dépouillée que l’Islam, comme des pratiques animistes.


Pourtant, ce sont des faits pareils que l’on trouve à l’origine de la dynastie qui régna au Ngâbou, même s’il en existe d’autres légendes.
Le premier roi du Ngâbou avait répudié sa première femme pour adultère, en épousa trois autres « qui lui étaient venues de façon surnaturelle, ceci, grâce à un marabout. Celui-ci, en compensation, exigea la conversion du roi à l’Islam. Ce qui fut fait. Le roi eut des enfants de son union avec ses trois nouvelles femmes et décida que seuls les fils de celles-ci pouvaient être rois dans le pays. Et ces fils ne devaient avoir comme successeurs que les fils de leurs sœurs » [2].
Du reste, ce n’est pas la seule dynastie qui eût une origine de cette manière, c’est-à-dire sur une base non pas animiste, mais islamique en Afrique noire. Citons le cas d’Amari Ngoné Sobel, premier Damel (roi) du Kayor dont le père Ngnoukhe Fâme Lâye, pour l’engendrer, avait demandé à son marabout toucouleur Amari Dia de prier pour lui.
Il faut ajouter à cette origine islamique une autre conséquence très importante : le matrilignage devenait un principe bien établi pour la dynastie qui allait régner au Ngâbou, d’autant plus que Mamadou Mané, citant le professeur Mody S. Sissoko, a écrit : « Nous savons... que le système matrilinéaire est inconnu chez les Manding orientaux d’après des renseignements oraux » [3].
Si l’Islam n’a pas gagné toutes les populations de chacun des empires du continent africain, il a, par contre, non seulement porté sur leurs fonds baptismaux bien des Etats théocratiques (Fouta Toro, Fouta Djallon, Boundou, Massina, Sokoto, etc.) mais aussi fleuri dans la cour et l’entourage des princes qui gouvernèrent pas mal de pays dont la religion, au niveau de la majorité de leurs sujets, était l’animisme. Cet Islam des princes, on a beau le qualifier de superficiel et circonstanciel il n’en reste pas moins qu’il a joué un rôle, souventes fois déterminant dans l’histoire africaine.
Pour ce qui est du Ngâbou, outre son origine à mettre sur le compte d’une mystique purement musulmane au niveau de la dynastie régnante, l’Islam, tout au long de la vie de cet empire, n’a cessé de gagner les masses « animistes » sous l’effet d’un triple mouvement.
Le premier mouvement fut celui des marabouts « diâkhanké » de la famille régnante.

Parents des Sarakholé ou Soninké et adeptes de l’Islam dès le VIIIe siècle au Ghana, les Diakhanké n’ont, depuis lors, professé que cette religion. Les historiens qui ont eu à parler [4], ont insisté sur leur réputation de piété et de sainteté ainsi que sur leur rôle de marabouts patentés des souverains dans les Etats qui composèrent l’empire du Mali.
Les Diâkhanké se chargeaient de maintenir et de diffuser l’Islam dans la haute noblesse du Ngâbou. C’est le même rôle que jouèrent plus tard les marabouts toucouleur dans les royaumes du Sénégal d’antan.
Chaque empereur du Ngâbou s’attachait ses marabouts diâkhanké attitrés qui vivaient dans sa cour. Ils habitaient dans la concession royale tout comme le haut clergé animiste. Le souverain les entourait de toutes sortes de considérations, les traitant avec beaucoup d’égards, de respect mêlé de crainte.
La consultation du marabout intervenait chaque fois que le prêtre animiste s’avouait incapable de donner une solution satisfaisante à un problème crucial. Sur le plan islamique, il est parfaitement concevable que le prêtre animiste puisse réussir ses entreprises magiques. Là où il a recours aux démons et aux génies, le marabout fait appel à l’assistance des anges. En effet, le Coran nous apprend que les démons montent jusqu’au premier ciel pour écouter les ordres donnés par Dieu aux Anges. Mais il précise qu’ils ne peuvent « ravir qu’une bribe » de ces ordres divins [5].
Les familles maraboutiques « mandingues » portant les noms de Touré, Sâno, Jâné, Dâbo, etc., bien qu’habitant des lieux déterminés appelés « morikounda », vivaient en parfaite entente avec le gros de la population, entente facilitée par l’appartenance commune et la volonté - même inavouée - des musulmans de convertir pacifiquement les animistes à l’Islam.
Mais le second mouvement qui mena un prosélytisme religieux très remarquable et fort efficace a été celui des Dioula, tant dans le Ngâbou que dans tout l’Ouest africain, depuis une époque bien reculée.

L’Islam historique s’est répandu en Afrique par plusieurs moyens : par le sabre, par la voie pacifique, je veux dire par la persuasion, par l’enseignement et par le commerce. Ce furent les Dioula qui utilisèrent le dernier moyen, à savoir le négoce. « Ils constituent, nous dit Maurice Delafosse, la fraction la plus évoluée du peuple mandingue, presque exclusivement adonnée au commerce et, depuis leur conversion à l’islamisme, qui est totale et très ancienne, à la vie religieuse et aux occupations de l’esprit. N’habitant que dans les villes ou des bourgs, aussi bien étrangers à la chasse qu’à l’agriculture, ils n’ont point de territoire leur appartenant en propre : leur patrie est là où se trouve la maison qui leur sert à la fois de siège social et de lieu d’étude. On les rencontre partout où il y a quelque négoce à entreprendre ou quelque possibilité d’apprendre ou d’enseigner, aussi bien en dehors du domaine propre du peuple mandingue qu’à l’intérieur de ce domaine » [6].
Ce sont ces mêmes Dioula dont il est question dans le passage suivant de A. T. Da Mosta : « Les plus gros marchands qu’il y a en Guinée sont les Mandingas, spécialement les Bixirenis, qui sont les prêtres. Aussi bien pour le profit qu’ils en tirent que pour répandre la maudite secte de Mafoma parmi les populations barbares, ces Bixirenis parcourent tout l’intérieur de la Guinée et tous les ports de mer, et c’est pourquoi on ne trouvera aucun port, depuis les Jalofos, Sâo Domingos et de Rio Grande jusqu’à la Serra Leoa, où on ne rencontre pas de Mandingas bixirenis. Et ce qu’ils apportent à vendre, ce sont des fétiches en corne de bélier, des amulettes et des morceaux de papier couverts d’écriture qu’ils vendent comme reliques et, en vendant tout cela, ils répandent la secte de Mafamede [7] dans de nombreux pays. Ils vont aussi en pèlerinage à la maison de la Mecque et ils parcourent tout l’intérieur de l’Etiopa » [8].
Ces deux passages, surtout le dernier, montrent le caractère très actif du prosélytisme musulman des Dioula, j’allais dire en Afrique noire, de l’Atlantique à l’Océan indien. En effet, par leur rôle de marabouts, de faiseurs de « maraboutage » par leur pèlerinage à la Mecque et par leur mobilité, ils étaient à même de répandre l’Islam en tous lieux et parmi toutes les couches de la population. C’est ce qu’ils firent dans le Ngâbou.


Les voyageurs portugais qui se rendirent en Guinée, comme ils appelaient la contrée dont l’étude des traditions orales nous conduit à tenir ce colloque, n’avaient point du tout exagéré en notant ce dont ils furent les témoins oculaires comme Duarte Pacheco Pereira qui affirmait, à la fin du XVe siècle que la religion musulmane avait gagné, à cette époque, dans le Ngâbou, un grand nombre d’adeptes [9]. Et les Dioula y ont été pour beaucoup.
Pourtant une question doit être posée : pourquoi les « Guélewar », venus, une partie du Mandé originel et l’autre du Ngâbou, installés dans le Sine, sont-ils restés animistes alors que l’Islam, religion des souverains du Mali ou ayant occupé une place d’honneur à Kansala, aurait dû avoir toutes les chances d’être adopté par les familles régnantes de cette contrée ? Les croyances de leurs sujets, c’est-à-dire les Sérère, ont été vraisemblablement déterminantes dans le choix ou le maintien de l’animisme par les « Guélewar », les « Bour » (rois) du Sine.
Malgré ce choix ou ce maintien, les souverains animistes du Sine n’ont point perdu une tradition bien des fois séculaire : le roi, comme ceux du Mali et du Ngâbou, avait à ses côtés ses marabouts attitrés.
En effet, Mbégâne Ndour (1494-1514), successeur de Wâly Dione, un des « Guélewâr » venus du Ngâbou ou XIVe siècle et qui s’emparèrent de Mbissel, près de Joal et dont ils firent leur capitale, Mbégâne Ndour donc, n’a pu venir à bout d’Eli Bânna, marabout toucouleur qui ne régnait au Saloum que grâce au talisman d’un autre marabout, Serigne Diatara Tambedou. Après avoir vaincu Eli Bânna à la bataille de Ngathe où Serigne Diatara trouva la mort, Mbégâne Ndour devint le premier Bour ((roi) Saloum de la famille « guélewâr ».
Un troisième mouvement d’islamisation du Ngâbou fut celui des Peul. On a émis toutes sortes d’hypothèses sur l’origine de ces derniers. Mais il est vraisemblable qu’ils fussent d’anciens Egyptiens qui quittèrent les bords du Nil dès le démembrement de l’empire pharaonique à l’aube de l’histoire, et qui, par la Cyrénaïque, l’Afrique du Nord, par la Mauritanie, viennent se fixer pour une période assez longue sur les rives du fleuve Sénégal, tout comme d’autres ethnies telles que les Sérère et les Wolof. C’est de là qu’ils émigrèrent et essaimèrent vers l’Afrique centrale en fondant des royaumes et des empires, Fouta Toro, Fouta Djallon, Boundou, Macina, Sokoto, Adamaoua.
Profitant de l’éclatement de l’Empire du Mali, Koli Tinguéla Bâ fonda la dynastie des « Déniankobé » (1512-1776) au Fouta Toro. Les voyageurs européens disaient que ces Saltigui Peul « suivaient la secte de Mahomet ». Ce Koli Tenguéla était-il le même que le guerrier signalé dans le Bajar, au Ngâbou et dans le Rio Grandé ? La question a été posée. Cependant, ce sont les Peul ou Foulbé ou Foula, comme disaient les Mandingue, venus du Nord Sénégal, qui fondèrent donc le royaume du Fouta Djallon, limitrophe du Ngâbou.
Cependant il importe de rappeler que des Peul qui n’étaient pas tous animistes vivaient aussi dans cet empire occidental des Mandingue. Eleveurs par vocation et agriculteurs par sédentarisation, ils tenaient les richesses matérielles qui suscitaient la convoitise des maîtres du pays. Ce qui explique l’exploitation et les vexations dont ils furent l’objet. Il n’est pas interdit de penser que par réaction contre les brimades et les injustices dont ils furent les victimes, les Peul du Ngâbou, en majorité animistes, aient cherché à embrasser l’Islam et facilité la réalisation des desseins de conversion de l’Etat mandingue par la « Jihâd », nourris par leurs cousins, maîtres du Fouta Djallon comme l’a si bien dit M. Thierno Diallo. Les habitants de ce pays « tentaient de convertir leurs ennemis (Jalonke et Pulli) par la persuasion en attendant de pouvoir le faire par la force » [10]. « Pour les Peuls, comme pour les Arabes à l’époque de la conquête musulmane, le monde était divisé en deux cercles : l’un représentait le daarul-Islam ou domaine de la paix, c’est-à-dire de la foi ; l’autre, le daarul-harb ou domaine de la guerre, c’est-à-dire des infidèles. Le jihaad avait pour objectif de restreindre le daarul-harb pour le réduire... de recouvrir le cercle de la guerre par celui de la paix » [11].
Ce qui a amené M. Diallo à en tirer la conséquence qui s’imposait en ces termes : « Au nord-ouest, le Ngaabu, petit royaume manding était le daarul-harb par excellence pour les Peul. Le Ngaabu était, en effet, un des refuges des Pulli (peul païens) et les Jalonke (dyalonke) qui avaient fui lors de la conquête du Fouta par les Peuls musulmans » [12]. Et plus loin, il donna cette précision concernant l’un des points du programme de chaque chef de province (lando) et de chaque Almami : « convertir ou exterminer les infidèles par la persuasion ou par la guerre. C’était là un devoir sacré auquel nul n’avait le droit de se soustraire » [13].
Les deux moyens, nous semble-t-il, ont été utilisés l’un après l’autre. L’Almami a certainement d’abord eu recours à la persuasion pour convertir le Ngâbou. Quant à la guerre dite sainte, elle est entrée en ligne de compte surtout au XIXe siècle. Huit ou neuf expéditions militaires contre le Ngâbou ont été signalées [14].
Deux manuscrits en arabe conservés à l’IFAN confirment cette donnée, l’un, sans mention de nom d’auteur s’intitulant : « L’histoire de l’ancien Fouta Djallon » et l’autre « l’Histoire de Chérif Chams-ad-Dîn fils du Chérif Ahmad Bekkây »,
Ces guerres conduites par les Almami Alpha Ibrahima de Labé, Alpha Qumaru, Alpha Bokar Birame et Alpha Molo ont fini par affaiblir le Ngâbou.
Et le coup de grâce lui a été asséné par Alpha Ibrahima Junior qui détruisit Kansâlâ, la capitale du Ngâbou, tua le dernier roi mandingue, Dianké Wâli Sâné en 1865 et partagea le pays en onze contrées dont huit furent confiées aux hommes libres et trois aux esclaves.
Une autre donnée, tirée des traditions orales, décrit la fin tragique de Kansâla : poussés par le sentiment de l’honneur et pour éviter d’être réduits en esclavages, tous les derniers membres de la famille régnante se retirèrent dans le fortin qu’ils firent sauter. Une seule personne, rescapée de cette tragédie, une des princesses, fut grièvement blessée. Emmenée et soignée auprès d’Alpha Ibrahima, cette princesse devint son épouse et fut la mère d’Alfa Yaya. Et par ce mariage, la dynastie créée par Tirimagan, prince mandingue transfuge de Tilibô, ne s’éteignit point. Une aube nouvelle allait se lever pour éclairer la perpétuation, cette fois-ci sous l’étendard de l’Islam, du sang noble de « Kâbou Mansa bâ » mêlé à celui, hiératique et fier du « Lâmido »,
L’histoire se révèle comme un éternel recommencement, Un marabout avait réussi, par son pouvoir charismatique émanant d’un Dieu unique, à faire bâtir un empire puissant et glorieux, le Ngâbou. Et c’est au nom du même Dieu unique qu’un autre guerrier a détruit cet empire et que, comme le phénix renaissant toujours de ses cendres, la même oriflamme tombée à Kansâlâ dans la poudre et dans le sang, allait être hissée pour claquer à nouveau dans l’air troublé, à intervalles réguliers, par les seules modulations du muezzin sous d’autres cieux. Une fois de plus, on ne saurait taire cette vérité : au fond de chaque être qui proclame son animisme veille un autre qui garde son monothéisme originel.
Même si l’animisme était la religion du Ngâbou, l’Islam n’y a jamais été absent. Il y fleurissait par la mystique courtisane des marabouts Diâkhanké, par le négoce ambulant des Dioula et enfin par la guerre sainte des Peul.


[1] Pratique magico-religieuse à intentions multiples (défense, attaque, préservation, ensorcellement).

[2] Contribution à l’histoire du Kaabu, des origines au XIXe siècle, par Mamadou Mané, in Bull. B, n° l, janvier 1978, tome 40, p. 110.

[3] Idem, p. 111.

[4] Mungo Park : Les trois voyages de Mungo Park au Maroc et dans l’intérieur de l’Afrique (1787.1804) Paris, M. Dreyfus. Francis Moore in Travels into the inland parts or Africa 1720, d’après Les voyages de Ledyard et Lucas en Afrique, trad. en français par A.J. N. Lallemant, Paris, 1804. Bakari Sidibé, dans son The story of Kaabu’s relationship with the Gambia states, its extent its fall. C’est le titre de sa communication au Congrès des études mandingue, à Londres, 1972. Ousman Sanneh, dans son The history of the Jakhanke people of the Senegambia, au Congrès des études mandingue, à Londres, 1972.

[5] Coran XXXVII, versets 8, 9 et 10.

[6] La langue mandingue et ses dialectes (malinké, Bambara, Dioula), volume I, tome 10, p. 15, par Maurice Delafosse, Paris, 1929.

[7] Il s’agit de l’Islam, avec la déformation de Mahomet.

[8] Description de la Serra Leoa et des Rios de Guine eu Cabo Cerde (1625) par Avelino Teixeira Da Mosta traduit du portugais par Léon Bourdon Liosbonne, 1977, p. 161, chapitre 13 :

[9] Esmeraldo de situ orbis (1506-1508), Côte occidentale d’Afrique, du Sud marocain au Gabon, traduction par Raymond Mauny.

[10] Les institutions politiques du Fouta Dyallon au XIXe siècle, par Thierno Diallo, initiations et études africaines, n° XXVIII, IFAN, Dakar, 1972, p. 34.

[11] Ibidem, p. 47.

[12] Ibidem, p. 51.

[13] Ibidem, p. 166.

[14] Mamadou Mané signale ce fait dans son mémoire, à la page 155. Document 6.




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