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« HEIDEGGER ET LA QUESTION DE DIEU » CHEZ B. GRASSET (1980) 376 PAGES
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Ethiopiques numéro 30
révue socialiste
de culture négro-africaine
2e trimestre 1982

Auteur : Michel LEFEUVRE

Comment résumer en quelques lignes un recueil de textes d’une telle intensité ? Heidegger a été souvent présenté dans les sphères de pensée francophones comme l’équivalent existentialiste en Allemagne de J.P. Sartre en France. Ce cliché est franchement à rejeter. Il est vrai que dans ses premiers travaux, à l’époque de « Sein und Zeit », Heidegger aborde la philosophie à partir du Dasein, autrement dit de l’être humain. Tout commence avec le Dasein dont la structure existentiale fait de lui un être à part, radicalement différent des choses ou des étants que l’on trouve dans le monde. Mais le Dasein n’est pas un simple projet de soi existentiel, sans autre fondement que sa propre liberté, à la manière de Sartre. Le Dasein s’ouvre à une dimension qui est l’être ; cela veut dire que le monde n’est pas simplement fait d’une somme de choses ou étants mais qu’ils sont vécus et pensés dans un horizon que déploie le Dasein en se temporalisant et qui fait d’eux des êtres qui appartiennent au temps et donc au monde. Cet horizon n’est pas rien selon Heidegger ; il est l’être de l’étant. L’homme est responsable de cet être souvent oublié, entre autres aujourd’hui par le développement de la réalisation technique, et qui donne pourtant du prix aux choses : c’est ce que des artistes comme des peintres Van Gogh ou bien d’autres ont su illustrer en donnant à une chose, une vieille chaussure, un pont, une nature morte, un air d’étrangeté qui leur vient d’un autre-là de leur représentation ou de leur modèle.
Toutefois nous assistons chez Heidegger à un retournement de sa pensée dans le courant des années 30-40. La priorité passe du Dasein à, l’Etre lui-même mais que faut-il entendre par l’Etre ? Tel est le site philosophique autour duquel s’organisent tous les textes contenus dans ce recueil. S’agit-il du Dieu transcendant de la Bible ? La réponse ne saurait être que négative. Heidegger n’a cessé de s’en prendre à ce qu’il appelle l’autothéologie qui n’est autre que la pensée métaphysique d’un Etant suprême, « Causa sui » et dont tous les autres étants dépendent. Sous sa forme philosophique comme sous sa forme religieuse, la pensée de l’Etant suprême est incompatible avec la pensée ontologique, de l’Etre de Heidegger. Pourtant en approfondissant le sens que Heidegger donne à ses propositions sur l’apparition de l’Etre, l’« Ereignis » ou la réappropriation de l’Etre dans la pensée, et spécialement la pensée du monde, et d’autre part le message biblique sur Dieu comme don de soi n’est-on pas amené à nuancer cette incompatibilité ou à en déplacer le centre de gravité ?
La lecture de cet ouvrage collectif suppose pour être profitable une solide culture philosophique. Il s’agit souvent d’une lecture difficile mais l’effort est récompensé car on ne saurait mieux poser aujourd’hui la question de Dieu et en défricher les avenues que ne le font ces auteurs à partir de leurs propres problématiques inspirées de Heidegger.





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