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ASPECTS PHILOSOPHIQUES ET RELIGIEUX DES VALEURS TRADITIONNELLES SENEGALAISES
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Ethiopiques numéro 31 révue socialiste
de culture négro-africaine
3e trimestre 1982

Rapporteur : Abdou SYLLA

Les Etats Généraux de l’Education et de la Formation (EGEF), tenus en janvier dernier, ont correspondu à une perception claire de la réalité d’une crise dans notre société : crise de l’Education et de l’école, a-t-on dit. Mais cette crise ne semble pas limitée au domaine de l’Education et de la Formation ; elle apparaît bien plus tentaculaire et s’étend à des domaines divers de la vie nationale, économique et politique, social et moral, religieux et philosophique... Le constat a été fait et il n’y a de divergences qu’au niveau du diagnostic, des causes, des facteurs et des responsabilités. Il y a donc lieu de s’inquiéter et de s’interroger lorsque les fondements d’un édifice sont ébranlés. Car la crise générale de notre société, d’abord, est surtout une crise axiologique, c’est-à-dire une crise de valeurs, valeurs qui encadrent et régularisent non seulement la vie individuelle mais également la vie du groupe. Aucun groupe humain, aucune vie sociale n’est en effet possible, sans normes, règles et références... à respecter et vers quoi tendre, orienter les comportements, attitudes, modes d’agir, de faire, de penser, c’est-à-dire d’exister.
Il était donc essentiel, vital, après les assises historiques des EGEF et dans la mouvance et la dynamique de ces EGEF, qu’une réflexion nationale et organisée sur la réalité et la situation de nos valeurs spirituelles ? C’est tout le mérite du SEJS, de la direction de l’INSEPS et de la CONFEJES, d’avoir organisé un tel colloque et d’y avoir invité toutes les compétences nationales dont le concours est susceptible de permettre d’identifier celles de nos valeurs traditionnelles encore dynamiques et positives et d’examiner les modalités (et la stratégie) de leur intégration dans notre système d’éducation.
Cependant, dans une société ayant subi des mutations profondes, dans un univers bouleversé, il était légitime que des appréhensions et des inquiétudes naissent quant à la permanence et à la spécificité des valeurs sénégalaises. Dès lors, le problème de leur spécificité apparaissait d’emblée non pas comme nécessairement prioritaire mais comme un préalable indispensable à liquider. Autrement dit, la question des valeurs traditionnelles sénégalaises suscitait nécessairement des questions philosophiques mais impliquait un travail, un effort analytique et critique de clarification. Existe-t-il, dans ce Sénégal de la fin du 20e siècle, des valeurs traditionnelles ? Celles-ci sont-elles spécifiques ? Quels contenus mettre dans les concepts de valeur, de tradition, de modernité...?
La Commission B a retenu nécessaire la légitimation de notre propre objet de réflexion, c’est-à-dire a posé la question : Sommes-nous fondés (en quoi, pourquoi), autorisés à parler de valeurs traditionnelles sénégalaises ?
Cette légitimation et cette clarification ont permis d’identifier des modèles de référence encore dynamiques et positifs et dont l’intégration dans notre système d’éducation peut, sans nul doute, contribuer à un renouveau spiritue1, sur la base du génie propre de notre peuple, de ses besoins et de ses aspirations.
Cette réflexion analytique et critique s’est heurtée cependant à des difficultés inhérentes à la nature même de l’objet de la commission. Ainsi, au cours des travaux de discussion, la richesse de certains concepts a été telle et les propositions de définition si nombreuses comme les implications si diverses qu’il a paru nécessaire de (ne pas mutiler et appauvrir) ne pas priver la réflexion ultérieure et l’approfondissement d’apports si divers.
La notion de valeur a particulièrement retenu notre attention et a fait l’objet de définitions pertinentes.
1°) Pour assurer sa survie, pour atteindre des degrés de plus en plus élevé de mieux-être et pour répondre aux interrogations qu’il pose au plan spirituel, l’homme met en œuvre ses facultés créatrices pour inventer des solutions susceptibles de satisfaire ses besoins et aspirations :
- invention de techniques de pêche, de chasse, de culture, de tissage.
- invention d’institutions sociales, d’organisations politiques ou administratives qui rendent possible la vie en société ;
- invention d’œuvres qui tendent à réaliser les conceptions qu’il se fait de la Bonté, de la Beauté, de l’Amour, de la Justice, de la Liberté, de la Charité, etc ;
- invention de méthodes éducatives pour développer les qualités du corps et de l’esprit dont l’acquisition s’avère estimable, et transmettre aux jeunes générations tous ces acquis ;
- invention de rites et de comportements susceptibles de satisfaire ses sentiments religieux, etc. ;


Il y a là une pluralité de genres. A l’intérieur de chacun d’eux s’inscrivent des solutions pour la satisfaction de chaque besoin.
Chacun de ces genres peut être appelé Valeur au sens général du terme. Exemple : la Justice, l’Education, la Beauté, l’Ingéniosité, la Paix, la Sociabilité, la Dignité, la Religiosité, la Liberté, la Fraternité.
Au niveau de ces genres abstraits les valeurs sont universelles, en ce sens qu’il n’y a aucune société humaine qui n’a pas la notion de ces valeurs et qui ne s’efforce pas de créer des œuvres tendant à réaliser chacune d’elles.
Au niveau des solutions particulières inventées par un peuple se situent les œuvres que nous pouvons appeler valeurs, en ce sens qu’elles sont des déterminations particulières, relatives et sans doute imparfaites des Valeurs genres. Exemple : sont des valeurs une législation élaborée en vue de réaliser la justice ou une institution éducative par laquelle on transmet des connaissances, des vertus, des comportements honorables, une œuvre d’art qui charme nos sens, les formes de prières et d’exercices qui développent des qualités spirituelles comme la maîtrise de soi.
Si tous les peuples ont une claire notion de toutes ces valeurs genres, chaque peuple a privilégié tel ou tel genre, sans anéantir aucune des autres valeurs. Et à l’intérieur de chaque genre, ils n’ont pas inventé des solutions identiques ni épuisé tous les possibles.
Il découle de tout ce qui précède que :
1°) Une valeur n’est pas un don de la nature. Elle résulte d’un désir et d’un effort, c’est-à-dire d’une dépense d’énergie physique et intellectuelle, et d’une habileté ou d’une sensibilité.
2°) C’est un acquis instable qu’on peut perdre si on ne fournit pas les efforts nécessaires pour la conserver.
3°) Elle est estimable et effectivement recherchée dans la mesure où elle comporte en elle-même une utilité matérielle ou une beauté ou une efficacité éducative, ou une satisfaction morale ou une élévation spirituelle, ou une utilité sociale.
4°) Elle est en elle-même le signe du niveau d’habileté de son auteur.
5°) Elle est valeur pour et par un peuple ; elle n’a pas le même prix pour tous les peuples. En ce sens, elle comporte une certaine relativité. Voilà au moins 5 caractéristiques de la valeur qui sont en même temps des critères d’identification.
C’est ainsi que la valeur est l’art de vivre ce qui est bon pour le groupe dans les domaines de la technique, de la culture et de la vie sociale.
Tous les principes et les comportements qui concourent à la réalisation du moi idéal que se fait une société, est une valeur. Ce moi idéal change en fonction du vécu de la société en un moment donné de son histoire et fait donc que la valeur varie, évolue.
La valeur est jugée créatrice de comportements et d’habitude pour soi et pour les autres. Sous cet angle, elle n’est pas, elle dépasse la coutume, l’habitude, le culturel - toutes choses enfermées dans le temps et l’espace, mais elle peut donner à toutes ces réalités leur caractère désirable. La valeur est une réalité qu’on ne peut pas posséder, qu’on ne peut pas enfermer dans un lieu ou dans un temps donné, elle peut se manifester dans plusieurs objets en même temps, sous des formes différentes. Elle est universelle dans son essence ; mais elle peut prendre des formes particulières dans ses manifestations - tout comme la personne humaine, une et multiple. On peut dire dès lors que ce qui la caractérise est aussi le rapport, la relation à : rapport de l’objet et du sujet, rapport de la forme et du contenu, rapport du passif et du créatif, rapport du présent au passé, relation d’intérêt ou d’appétit perceptible dans l’art de vivre ce qui satisfait les besoins matériels et spirituels du groupe, etc. C’est dans cette mise en rapport, dans cette dialectique qu’apparaît la valeur.
Mais ces valeurs ne persistent et ne subsistent que parce qu’elles sont vécues et transmises de génération en génération. Aussi a-t-il semblé tout naturel et nécessaire à la commission d’examiner leurs modes d’exister et de s’incarner dans le vécu social et les modalités de leur transmission.
La tradition comporte un certain nombre d’idées : ensemble des acquis d’un peuple qui déterminent les comportements et les attitudes. Elle est héritage c’est-à-dire ce qui se transmet ; permanence et variation c’est-à-dire à la fois ce qui se conserve au cours de l’histoire mais qui se modifie également. Cette modification peut être tantôt enrichissement, tantôt appauvrissement parce que la tradition peut se nourrir d’apports à la fois internes et externes. Mais au cours de l’histoire et à la faveur de ces transformations, un substrat demeure permanent et permet chaque fois au peuple d’avoir conscience de son identité, de générations en générations ; ce substrat est constitué des formes qui, dans ce tissu culturel, sont dynamiques. En cela, la tradition est un patrimoine qui fonde et soutient le vouloir-vivre du peuple.
Cette tradition constitue, par son importance dans la vie quotidienne du peuple, un élément fondamental de la culture. Celle-ci, dans son acceptation sociologique, qui est suffisamment large, est l’ensemble des productions, des manières de vivre, de penser, d’agir, de faire et d’être d’un peuple au cours de son histoire et qui caractérisent son identité : ainsi perçue, la culture d’un peuple ne peut être que spécifique, différente ; mais au sens où la spécificité et la différence, en raison même des apports mentionnés précédemment, ne peuvent être radicales, absolues. La spécificité de nos valeurs et de notre culture ne peut être que la manière dont ce qui est universel est incarné par notre peuple dans un espace donné. En d’autres termes, c’est le mode d’actualisation de ce qui est universel par un groupe déterminé. Malgré donc les échanges, les emprunts et les apports, notre culture est différente, spécifique, mais d’une différence et d’une spécificité relative. Cependant, pour satisfaire à ces caractéristiques nécessaires, la culture doit comporter nécessairement (obligatoirement) les modèles de références.
Dans l’impossibilité (nous avons été limités par le temps) de recenser tous ces modèles de référence dans notre culture, notre commission s’est appesantie sur ceux qui nous paraissaient essentiels dans le contexte d’une société rurale de type agraire : les modèles anthropologique, sociologique, technologique et idéologique ; modèles dont nous avons tenté de trouver des principes, les paramètres, les idées leur servant de normes.


Ainsi, nous avons choisi pour le modèle anthropologique : « nit kou baax » :
c’est-à-dire : nit kou am jom
nit kou joub
(rectitude, intégrité)
nit kou am dîné nit kou goré, etc.
Parmi ces paramètres, « jom » a particulièrement retenu notre réflexion. Car il recouvre des sens divers ; c’est à la fois la responsabilité, le sens de l’honneur et de la dignité, le sens du devoir « Warugal », le sens de l’effort, le sens du sacrifice, le courage, l’exigence intérieure, la conscience de soi-même et de sa valeur ; « jom » est incompatible avec la paresse, la poltronnerie et le manque de scrupules.
Aussi cette valeur morale qu’est le « jom » nous a paru si fondamentale et recouvre des significations si variées qu’elle constitue une des notions morales essentielles et qu’à bien des égards, elle définit souvent la moralité d’un individu des sociétés traditionnelles. Le wolof ne dit-il pas du reste : « nit, bou thi jom diogue, dara désé touthie » ?
Le modèle communautaire introduit le problème des rapports de production, des rapports sociaux, interindividuels. A ce niveau, le sens communautaire nous a paru fondamental dans la vie de la société sénégalaise traditionnelle. Le sens communautaire est une des valeurs de nos traditions culturelles qui mérite d’être intégrée dans le système d’éducation et dont la mise en œuvre pratique comporte la production commune, la jouissance commune (ou « le partage »), la solidarité (avec les autres membres du groupe) et l’hospitalité (à l’égard de l’étranger : c’est la traduction imparfaite de la « téranga »).
Le modèle technologique suppose une référence expresse à l’activité de production qu’est le travail, aux rapports sociaux de production des différentes catégories professionnelles. Le travail apparaît dans notre société traditionnelle comme facteur d’indépendance de l’individu lui conférant honorabilité (cf. la paresse est méprisée, sanctionnée). Le travail est aussi méritoire que la prière. Mais dans l’activité de production, des catégories socioprofessionnelles (artisans notamment) sont subordonnées à d’autres (agriculteurs, pêcheurs, pasteurs).
Ainsi, il y a un rapport entre la division sociale du travail et la division de la société en catégories socioprofessionnelles ; cette seconde division a été appelée système de castes. Toutes ces deux divisions ont des fondements économiques, sont de nature économique. Et pourtant, cette reproduction sociale qui repose à la fois sur la division sociale du travail et sur la spécialisation professionnelle liée aux castes et sur la dilapidation périodique ne constitue-t-elle pas l’explication du peu d’intérêt que ceux qui pouvaient avoir la charge d’améliorer les techniques ont eu pour celles-ci, les ambitions étant limitées à l’autosuffisance alimentaire ?
Après les modèles anthropologiques, sociologiques et technologiques, la Commission B s’est attachée à retrouver les modèles idéologiques qui ont inspiré certaines valeurs traditionnelles, vécues par l’homme sénégalais. A cet égard, quelques structures importantes pour la survie des groupes ont été dégagées et reconnues comme caractéristiques de comportements : structures de souveraineté et de fécondité de la terre, structures de sécurité et de santé. Il est apparu que ces structures avaient des assises spirituelles parce que rattachées aux Mythes originels.
La Commission a souligné l’importance des Mythes sénégalais pour situer les conteurs religieux des valeurs traditionnelles. Plusieurs ethnies sénégalaises ont perdu leurs Mythes originels. En d’autres termes, le Mythe s’est dégradé en légende, après avoir été désacralisé et devenu profane. Les recherches pourraient en tenter la reconstitution. Cependant, d’autres groupes ont conservé jusqu’à présent la connaissance et le sens de leurs Mythes, notamment en Casamance ou dans l’Ethnie Sereer.
Les Mythes sont des récits historiques ou fabuleux, relatant les gestes des Ancêtres, amplifiés par la Tradition et conservés dans la mémoire des peuples et qui fondent les Institutions et les modèles de vie.
Les Institutions de Souveraineté et de Fécondité des Terres se réfèrent à des entités spirituelles. En effet, Lamanes et Djaraf se rattachent directement au système des Pangool. Avant la Loi sur le Domaine national les Lamanes étaient les héritiers du Lamane fondateur qui avait conclu le Pacte primordial avec les entités spirituelles des lieux, lors du sacrifice du Feu, sacrifice qui conférait la propriété foncière par droit de Feu. Le Lamane mettait les terres à la disposition des cultivateurs, mais ces derniers devaient respecter les normes économiques et religieuses assurant la fertilité et la fécondité des sols. C’est ainsi qu’il fallait attendre le sacrifice offert par le Lamane avant les semailles et il était interdit d’apporter des modifications (voire des améliorations importantes) à l’écologie et aux techniques culturales.
De même, les Djaraf qui assuraient l’administration des villages étaient choisis le plus souvent dans les familles fondatrices, rattachées aux Pangool.
Les Institutions assurant la Sécurité et la Santé, si importantes pour la survie des groupes, étaient rattachées elles aussi au système même des Pangool. Comme la fécondité humaine ou terrestre, la maladie n’était pas seulement perçue comme naturelle. La société traditionnelle y voyait en même temps une intervention de la Transcendance, bénéfique ou maléfique, dans la vie sociale. Plusieurs modèles de comportement, face aux dangers et à la maladie, s’offraient donc à l’angoisse humaine, pour la protection, la guérison et la vie. Le recours aux Pangool apportait alors sécurité, intégration et parfois guérison, apaisement de l’angoisse, selon différents modèles utilisant les intermédiaires ordinaires ou extraordinaires et toute la gamme des champs symboliques.
Ces entités spirituelles, aux quelles recourait le groupe, étaient des Ancêtres reportant aux origines. Les Mythes les décrivent souvent soit comme les fondateurs des anciens clans familiaux ou comme les fondateurs des premières unités territoriales. Tous étaient considérés comme appartenant à la Transcendance, pour la protection de leur peuple. La relation des hommes avec eux était donc de nature religieuse.
Le groupe devait être fidèle à leurs normes, respecter leurs interdits, rester fidèles à leurs modèles de comportements, recourir à eux aux temps forts du cycle agricole et du cycle de la vie. Ainsi le groupement renforçait sans cesse sa cohésion et sa productivité. Toute la vie économique, sociale et familiale avait une assise religieuse.
L’un des lieux particulièrement dynamique de ces valeurs était la maladie corporelle ou mentale, où l’intervention de la Transcendance dans la vie sociale et la réponse du groupe culminent encore dans le « Ndoep lébu » et le « Lup sereer ».


De ces analyses qui mériteraient une approche interdisciplinaire, la Commission a retenu l’esprit et a formulé quelques observations et plusieurs recommandations quant à ce modèle idéologique :
-Elle a d’abord relevé l’importance du Mythe, agissant dans le groupe, comme système de cohésion spirituelle et d’efficacité sociale.
- Le respect des Rites qui vérifie la valeur des rites. Parmi les rites les plus importants, il faut noter l’affirmation de la vérité des Mythes, la vérité étant ce qui évite la destruction du groupe.
- On a noté le rejet de l’interventionnisme sur la Nature ; Vision du monde, où il ne faut pas agresser la Nature, mais la perfectionner ou la purifier lors de chasses rituelles et du renouvellement des Cycles.
- Les Entités spirituelles appartenant au monde de la Transcendance, ces modèles sont de nature religieuse.
Nous sommes aux sources de la spiritualité africaine et sénégalaise en particulier.
Au terme de l’examen de ces modèles et de ces valeurs, la commission a jugé nécessaire à nouveau de formuler des recommandations générales, des suggestions et parfois des mises en garde, en direction du colloque et dans le système d’éducation.
L’étude historique et sociologique de la culture des différentes ethnies sénégalaises révèle en effet que celles-ci ont intégré dans leurs traditions des modèles nouveaux qui leur sont venus d’autres ethnies sénégalaises (exemple : les Sereer, les Wolof...). Cette étude montre par ailleurs que dans beaucoup de cas, la tradition tend à n’intégrer que ceux des modèles nouveaux qui ne risquent pas de remettre en cause sa capacité de résister à l’agression et à l’anéantissement des valeurs étrangères. Sur la base de ces constatations, il est permis d’admettre que la tradition ne peut être envisagée comme l’ensemble des caractéristiques de pureté et de fidélité absolues aux origines. Il y a même lieu de se demander si dans la longue histoire d’un même peuple, il n’y a pas des séries successives de traditions. De telles réflexions peuvent, pour plus d’approfondissement, être appliquées à des domaines aussi divers que les mœurs, les techniques, les connaissances, la spiritualité etc.
D’autre part, dans la situation actuelle de l’Afrique, l’apport de facteurs culturels étrangers pouvant servir de levier au développement, doit être recherché et adapté. Cependant, la modernité ne pouvant signifier aucunement l’intégration simple de facteurs étrangers, même dynamiques, il faut encourager la créativité interne fondée sur un dynamisme culturel de produire les remèdes, solutions et réponses aux problèmes du présent et de l’avenir. Exemple :
1°) Promotion et développement des langues nationales pour en faire un des moyens de la culture moderne.
2°) Développement de l’éducation physique et des exercices corporels ; car le corps a un statut particulier dans toutes les cultures : il y a ainsi une manière de vivre son corps, qui est spécialement sénégalaise et qui véhicule des valeurs ; or, c’est surtout à travers les jeux physiques et les jeux sportifs collectifs principalement, que le milieu familial, par exemple, fait passer, intégrer des modèles de comportements ; de ce point de vue, certains jeux sont à rapprocher des rites religieux.
3°) La commission reconnaît la dimension religieuse de l’homme sénégalais et recommande le respect du sentiment religieux des jeunes à l’Ecole et dans les différents systèmes d’éducation.
Elle demande aux Instances gouvernementales de continuer à soutenir la recherche des valeurs religieuses, des systèmes éthiques et philosophiques, pour préciser les formes particulières de valeur et en extraire ce qui, dans leur esprit, est susceptible de contribuer au développement.
L’éducation doit tendre à intégrer toutes les valeurs spirituelles positives et dynamiques du peuple, la formation étant partagée entre l’Etat et la Famille.
Dans le processus d’intégration de ces valeurs, il convient d’éviter le moralisme, qui ne saurait résoudre seuls problèmes. Il est préférable de viser à éduquer par l’exemple et la création de conditions favorables. Parmi ces conditions, viser la protection de la jeunesse des agressions culturelles provenant des médias.

LA COMMISSION





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