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L’HERITAGE SPIRITUEL SEREER : VALEUR TRADITIONNELLE D’HIER, D’AUJOURD’HUI ET DE DEMAIN
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Ethiopiques numéro 31
révue socialiste
de culture négro-africaine
3e trimestre 1982

Auteur : R. P. Henri GRA VRAND

L’une des conclusions du Colloque tenu à Lagos en 1977, lors du IIe Festival Mondial des Arts Négro-Africains, peut servir d’introduction à cette communication : « Les civilisations africaines sont des civilisations spirituelles ». Cette assertion peut aisément se vérifier dans chacune des familles ethniques du Sénégal, confondues depuis 2000 ans dans la même civilisation. Mais elle se réalise à l’évidence dans une de ces familles qui a sans doute le mieux conservé son héritage spirituel et culturel, la famille ethnique sereer. Sans établir aucune distinction parmi les populations qui ne forment qu’une seule nation, cette contribution au Colloque sur « Les Valeurs traditionnelles sénégalaises » va montrer comment, dans un terroir donné, les aspects religieux de ces valeurs traditionnelles se dégagent facilement et en soulignent la cohésion interne.
Partant de l’homme face à son univers, nous nous proposons de présenter, dans une première partie, l’héritage spirituel sereer, en en évoquant ses aspects socioculturels, les temps forts de son initiation et les mythes qui ont conditionné sa pensée religieuse. Dans une deuxième partie, seront présentées les valeurs traditionnelles, vécues hier, aujourd’hui et demain. Notre intention est de proposer quelques principes d’action pour démarginaliser ces valeurs, de souligner quelques valeurs prioritaires et les moyens d’une politique d’insertion de ces valeurs dans une pédagogie éducationnelle moderne.

PREMIERE PARTIE

L’HERITAGE SPIRITUEL

1. - Aspects sociaux des valeurs traditionnelles

La tradition orale sérèer offre, surtout dans le Sine et sur la Petite-Côte, une abondante moisson de mythes et de faits de civilisation qui nous dévoilent l’héritage spirituel. Aux sources de la culture et de l’histoire, on relève jusqu’à présent de nombreuses survivances : foyers vivants de la sagesse traditionnelle ; lieux d’initiation, bois sacrés et sanctuaires, haut-lieux de l’histoire politique et religieuse. On rencontre les détenteurs de cette sagesse : Maîtres d’initiation Gelwaar et Diali vivant sur les « ruines » des anciennes capitales disparues sous les hautes herbes, Diaraf héritiers des anciens Lamanes, derniers maillons de la chaîne des ancêtres, Voyants et Guérisseurs, détenteurs de dons utiles à leur groupe, tous convaincus d’être les gardiens du grand « Livre » de la sagesse sérèer. Sagesse vivante et efficace. A preuve, cette réponse d’un vieux berger à un jeune chercheur lui demandant les sources de sa prière : « Si je te dis ma prière, mon troupeau va diminuer ! ».
Explorer l’héritage spirituel sérèer, pour en mieux saisir les valeurs de vie, c’est comme explorer un fleuve. Il faut le faire en amont et en aval ; en amont, dans sa vision du monde et son expérience spirituelle ; en aval, dans ses valeurs socio-culturelles, que nous nous proposons de dégager. Avant d’aborder les mythes et les symboles, nous allons partir de l’homme sérèer, face à son univers, homme vivant, enraciné dans un terroir et dans un groupe, qui constituent la dimension visible de son univers.
Parler de dimension visible de l’univers, c’est évoquer sa dimension invisible, telle qu’elle est vécue et expérimentée par l’homme dès son enfance et interprétée par son groupe. Il n’y a pas là de contradiction avec l’univers. Dans la pensée sérèer, comme probablement dans la pensée négro-africaine, l’univers est à la fois unité et dualité, sans que cela constitue une contradiction. Le Colloque de Cotonou, de 1970, a souligné fortement l’unité de la vision du monde négro-africain, mais cette unité est souvent au terme de la dualité. Elle est couple. Aussi, parler de dualité est-il justifié, pour la commodité de l’analyse et de l’exposé, parce que l’unité est le terme d’un processus dynamique impliquant deux composantes. Parler de la double dimension de l’univers n’est pas dichotomie, si, au terme du processus, la dimension visible et la dimension invisible se retrouvent dans l’unité du grand univers.
Dans la pensée sérèer, il n’y a pas de distinction, car les personnages du monde invisible sont considérés comme appartenant toujours au groupe dont ils faisaient partie pendant la période terrestre de leur vie. Leur situation actuelle dans l’au-delà ne les sépare pas totalement du groupe.


L’INSERTION DANS LE GROUPE

Dès la naissance, des rites symbolisent et réalisent l’intégration du nouveau-né à son groupe :

Rites du premier jour :

Ils sont destinés à lui dire « Tu as une case, une nourriture, une terre ». En effet, certaines familles font glisser le nouveau-né sur la paille du toit de la case. Ensuite, on verse du mil sur ses mains. Enfin on le présente aux quatre points cardinaux : « Njongolor, vous avez un homme ! Diouroup... Fayil... Bicol, vous avez un homme ».

Rites du huitième jour :

Ils intègrent officiellement l’enfant dans une famille paternelle et maternelle, en conférant un nom légal pour la durée de la vie, en introduisant le nouveau-né dans la société villageoise. Chaque groupe social, paysan, noble, forgeron a ses rites particuliers d’intégration. Au fur et à mesure de sa croissance, l’enfant, garçon ou fille, verra se renforcer l’insertion sociale dans le groupe auquel il appartient de droit et où il se sent à l’aise.
La classe d’âge, ou « mal », va devenir non seulement cellule d’accueil pour l’enfant, mais cellule éducative, cellule de base du système de formation, qui va faire de lui un homme accompli ou une femme conforme à l’idéal traditionnel.
Il existe un modèle de l’idéal moral que le jeune doit réaliser. Pour le mieux saisir, nous pouvons le comparer à l’idéal du « grec » classique. Le « grec » veut se détacher de son groupe pour être le premier. Poussé par le destin, il veut connaître une promotion personnelle, parfois démesurée. Alors, la Némesis le ramène dans les normes qu’il ne devait pas dépasser.
L’homme sérèer, au contraire, ne veut pas se détacher de son groupe, il vise l’approbation et la considération des autres. Il redoute avant tout l’isolement ou du moins la réprobation silencieuse de son groupe. Aussi recherche-t-il intégration et communion. C’est au sein de la même classe d’âge qu’il va franchir les étapes de l’enfance et de l’adolescence dans une vie communautaire totale.


Voici un schéma des structures des quatre principaux Mal de garçons et des Mal ou classes d’âge de filles.

CLASSE D’AGE DES GARÇONS

Dénomination SISSIR(Jeunes du troupeau) GAYNAK(Bergers) PES (Jeunes gens) WAXABANE(Jeunes adultes)
Age.... 8 à 11 ans 12 à 18 ans 19 à 26 27 à 35
Formation éducation à partir de nombreux interdits Préparation à la circoncision Circoncision initiation Mariage

CLASSE D’AGE DES FILLES

Dénomination FU NDOG Wé ROG Wé MUXOLARE
Age.... 7 à 10 ans 11 à 18 ans 19 à 26 ans
Formation.... Education à partir de nombreux interdits Ndom Tatouage des lèvres Fiançailles Mariage Ndut des femmes(Initiation

Dans chaque Mal, un des membres les plus âgés était considéré comme le chef du groupe et tous les membres le respectaient. Toutes proportions gardées, cette structure s’est maintenue. Cependant, en dehors du Mal, un homme ou une femme d’expérience, appelés Diaraf, sont considérés comme conseillers, trésoriers, parfois modérateurs des Mamal qui ont entière confiance en eux.

UN TEMPS FORT DE LA FORMATION : L’INITIATION

L’initiation dure toute la vie. Elle prend l’homme et la femme depuis leur enfance jusqu’à un âge avancé. Ce n’est que dans sa maturité que l’homme s’élève à la connaissance des réalités de l’univers et des vraies valeurs de la vie. Au moment où ses forces corporelles commencent à décliner, il accède à la sagesse et remplit parfois la fonction de la transmettre aux jeunes dans le cadre de l’Initiation. Il aura fallu toute une vie pour devenir un sage. Les temps forts de cette initiation sont la période préparatoire à la circoncision, la période de réclusion au bois sacré, dans le Ndut (le nid), et surtout les dix années qui suivent le Ndut, années aux cours desquelles les anciens circoncis sont repris en main chaque année par les anciens, comme encadreurs (ou selbé) de leurs cadets, mais n’en poursuivent pas moins leur formation. Jusqu’à l’âge de 40 ans, les hommes fréquenteront les longues veillées du Ndut, moins comme spectateurs que comme auditeurs. A travers les énigmes et les formules du Ndut qui constituent la base de l’enseignement, le Kumax s’adresse souvent aux jeunes adultes, par dessus la rangée des NJuli alignés devant lui. C’est ainsi que les adultes ne cessent de s’imprégner de l’héritage spirituel qui est le leur.
Avant d’en arriver là, le jeune garçon se prépare pendant plusieurs années dans la classe d’âge des Gaynak. En apparence, il mène la vie insouciante et indépendante des bergers de son âge. Mais en fait, il aspire à la société des grands qui lui est encore fermée. Il y aspire en imaginant les mystères qu’elle doit comporter. Il commence à s’interroger sur la vie qu’il expérimente et sur le monde invisible dont les anciens lui signalent les manifestations. Il sait que toutes ces interrogations auront leur réponse pendant le Ndut. Du moins est-ce ce qu’on lui dit. Aussi est-il impatient d’y parvenir.
Pour le protéger dans cette période délicate, son père lui a remis un bracelet qu’il portera désormais au poignet gauche. Il attend le temps fort de l’initiation sociale et spirituelle qui aura lieu pour lui aussitôt après la circoncision, pendant cette période de réclusion du Ndut, qui durait autrefois au moins trois mois, et dure encore plusieurs semaines dans les villages de la zone rurale.


II. - Aspects spirituels des valeurs traditionnelles

Pour les adultes, le lieu normal de la rencontre avec les Puissances spirituelles se situe dans les bois sacrés ou auprès des Yal Pangool. L’enfant y a accompagné souvent les adultes, mais ces derniers étaient avares d’explication. La période du Ndut va être pour lui le lieu de la rencontre avec la transcendance. Toute la symbolique et le cérémonial de cette période sont destinés, non pas à expliquer, mais à pénétrer l’univers sacré, dans sa dimension invisible.

Les lieux introduisant dans cette symbolique.

Le Ndut n’est pas toujours situé exactement au même endroit. On le déplace légèrement de temps à autre, pour que les fils ne soient pas initiés à l’endroit même où leur père l’avait été, ce qui serait inconvenant. Mais il se trouve toujours à l’est du village. La porte d’honneur du Ndut où les Njuli passent la nuit est située à l’orient, horizon d’où proviennent la lumière et la vie. Le couchant, au contraire, symbolise la nuit et la mort. Le Kumax et son adjoint couchent respectivement à droite et à gauche de la porte de l’orient. J’ai fréquenté, il y a 30 ans, le dernier Kasak de Bicol. La nuit, les feux de bivouac et l’ombre des piliers de bois allongeaient démesurément l’édifice couvert de tiges de mil et le faisaient ressembler à une caverne aux multiples recoins. Au milieu, quatre piliers d’un bois très ancien délimitaient le sanctuaire du Ndut : Mbumreem, Mbum jaalo, jaalo Sanqul, Sanqul njoor. C’était ici le rendez-vous de la Transcendance et de l’Homme.
Les chants et les prières renforçaient les termes de la rencontre.
Dès leur arrivée, les initiés appellent de façon dramatique les Pangool :
« Fadid, Fango, Invey ngara, Fadid, Fangol Invey ngara ».
« Approche ici, Fangol, nous arrivons. Approche ici, Fangol ».
Le but de l’enseignement donné au Ndut n’est pas seulement d’apprendre au jeune initié à tenir sa place dans la société en se comportant dans son groupe en homme exemplaire. Il est aussi et surtout d’appuyer ce comportement social sur une vision globale du monde : la présence et l’action des ancêtres déjà partis au village des morts, l’action des Pangool, la Puissance de Roog, l’être suprême, la nécessité d’une protection constante contre les êtres maléfiques qui rôdent autour du Ndut, surtout la nuit. Chaque matin, on demande aux initiés de raconter les rêves de la nuit pour découvrir ceux qui ont des dons de voyance et pour les initier à la vie de l’homme nocturne qui est en eux.
Tout, dans la vie au Ndut, évoque l’ambiance de l’invisible. Lorsque les circoncis sortent, pour demander des taureaux aux riches propriétaires des environs, ils invoquent les Esprits et se munissent d’amulettes protectrices. Lorsqu’ils reviennent avec un taureau, on fait précéder l’animal à distance respectueuse du groupe des circoncis, de crainte que l’un d’eux soit sorcier. Selon la mentalité traditionnelle, un circoncis sorcier pourrait « sucer »le sang du taureau à distance, « ce qui le rendrait sans saveur ». C’est surtout la nuit que les circoncis se sentent face au monde invisible. Chacun pense à Bouré, qui avait autrefois enlevé tout un Ndut de jeunes et les avait entraînés sous la terre en chantant un chant de Ndut, désormais interdit. On rapporte que de temps à autre, un de ces initiés de Bouré se réincarne. Lorsque le moment est venu pour lui de se faire circoncire et de suivre la vie au Ndut, il doit prendre beaucoup de précautions. La dernière nuit au Ndut est le moment du rite de passage devant le Mam, qui est appelé du monde invisible, pour assurer le rituel, traditionnel dans toute l’Afrique, de mise à mort symbolique et de résurrection dans une vie nouvelle.


Une formule résume bien cette rencontre de la Transcendance par les jeunes initiés et la méthode que la sagesse sérèer leur propose pour que cette rencontre se déroule dans l’ordre :
« Njuli Njay a dam no Selbé cuc... »
« Le Njuli Ndiaye s’appuie sur le petit Selbé,
Le petit Selbé s’appuie sur le grand.
Le grand Selbé s’appuie sur le Tierno.
Le Tierno s’appuie sur le Kumax.
Le Kumax s’appuie sur le roi.
Le Roi s’appuie sur les Pangol
Les Pangol s’appuient sur Roog, qui est dans l’univers ».
Cette formulation mérite d’être soulignée au passage, car il faudra peut-être y revenir dans les conclusions ou propositions. Elle contient un des secrets de l’éducation sérèer et de la permanence de leurs valeurs. Les cadres se superposent en s’emboîtant les uns dans les autres, comme ces coffrets aussi précieux, mais de plus en plus minces. De bas en haut, cette hiérarchie tire sa force vitale des énergies spirituelles, chaque ordre étant à l’image de celui qui lui est immédiatement supérieur. C’est presque le thème du livre des « hiérarchies » de Denys le Mystique. On peut conclure ce point en affirmant que la hiérarchie sociale sérèer, tout comme la qualité de la formation dispensée à l’initiation, ne se comprennent et ne s’expliquent pas en dehors d’un éclairage religieux.
Cette affirmation, qui rejoint les conclusions des Colloques organisés par la Société Africaine de Culture (« Les civilisations négro-africaines sont des civilisations spirituelles »), ne va pas cependant dans le sens de certains travaux réalisés au Sénégal. Certains sociologues considèrent les éléments de la tradition orale faisant référence aux Entités spirituelles du monde invisible comme des superstructures périmées. D’autres acceptent ce que Young appelait l’hypothèse de l’esprit, mais ne relient pas les conceptions éthiques à des croyances ou à une mentalité religieuses. Pour eux, comme pour Ghandi, « La morale est le fondement de tout ». On demeure au niveau horizontal des solidarités de groupe et du devoir de bien vivre, non pas en référence à une loi religieuse, mais simplement pour faire le bien. Pour ces derniers les valeurs traditionnelles sont avant tout des valeurs sociales, en dehors de toute préoccupation mystique. Pour eux, « le remède de l’homme, c’est l’homme ».
Parmi ces chercheurs, nous voulons citer l’auteur de l’excellente « Philosophie morale wolof » : Assane Sylla. Constatant la pauvreté du vocabulaire religieux de la langue wolof, l’érosion des mythes cosmogoniques du monde wolof et l’absence d’une métaphysique cohérente, l’auteur conclut :
« Une observation attentive du comportement, des aspirations et des sentiments religieux du Wolof, nous conduit à constater que ces derniers reposent sur des composantes à forte coloration morale. Tandis qu’ailleurs, une métaphysique qu’enseignent la mythologie et les légendes nourrit le sentiment religieux, chez le Wolof le Dieu qu’on adore se confond avec le bien ». (La philosophie morale Wolof, p. 60. Editions Sankoré, 1978).
La disparition des foyers de la religion traditionnelle wolof et celle des derniers détenteurs de ses connaissances religieuses est certainement une perte irréparable, dans les domaines de la religion et de la culture. Des circonstances différentes ont permis aux Sérèer de conserver leur héritage spirituel. Chez eux, une métaphysique fondée sur les mythes des origines soutient le sentiment religieux et permet aux valeurs de vie de se fortifier dans ce milieu nourricier que constitue pour elles la religion.

LA QUETE DU MYTHE

La quête du mythe. Le Pacte primordial entre Dieu et l’homme.
C’est à Fatick, alors que je vivais sur la rive du fleuve salé et sacré des Sérèer de Ndiaye Ndiaye, que j’ai été le témoin sur un point précis de l’espace religieux sérèer, mais dans le déroulement d’une longue durée, de la croyance d’une population en un Pacte primordial passé entre Dieu et les hommes de la vallée comme dans les Saga nordiques ou germaniques, les Mythes sérèer font revivre les héros fondateurs dans leur lutte pour leur enracinement et celui de leur groupe. La présentation des Mythes permet de retrouver les fondements religieux des célébrations annuelles reproduisant le Pacte primordial. A Fatick, cette célébration a lieu le jour de la Chasse rituelle de Diobay. 0 mis ola Jobay. Mais la présentation du mythe ne suffit pas. Il faut en faire ensuite la théorie. Après la Quête du Mythe, c’est la quête du sens. Mais c’est l’équivalent de la Quête du Graal, des légendes nordiques.


Le Pacte primordial dans la vallée du Sine

Sur la rive orientale de la vallée du Sine, à la hauteur de l’actuelle ville de Fatick, habitait, bien avant la venue des Gelwaar, il y a peut-être mille ans, un ancêtre sérèer appelé Mendis. On l’appelle maintenant Mendis Ndiaye. Il aurait été l’un des premiers fondateurs du peuplement de Fatick, bien avant Waal Pal Ndiaye, qui fonda le quartier de Ndiaye Ndiaye au temps de Waagaan Téning Diom Faye, troisième Buur Sine, vers 1380.
La force de la nature, agent de Dieu et relais du monde invisible était alors le fleuve du Sine lui-même. Les eaux coulaient bien en amont de Diourbel. A l’époque, il y avait de l’eau douce et des affluents d’eau douce venaient se jeter dans le Sine, en particulier la rivière douce de Bokham, qui venait de Maroute, Tagdiam, Mbouma, où elle était fort dangereuse, traversait les champs au sud de Poukham Tok avant de rejoindre le Sine en amont de service de l’Agriculture, le lit du Sine se resserrait et provoquait de dangereux tourbillons. Lors de certaines marées, ces tourbillons pouvaient être mortels.
C’est à travers les eaux du fleuve que la Puissance transcendante aurait conclu pacte avec Mendis et avec sa descendance. Mendis aurait donc installé son groupe dans le lieu qu’il avait défriché. Lorsqu’il fut parvenu au terme de sa vie terrestre, il quitta sa famille aux aurores. On pouvait suivre la trace de ses pas jusqu’à la berge du fleuve. Les dernières traces achevaient de se dissoudre dans la vase. Il avait rejoint le village des ancêtres par les eaux et ces eaux étaient devenues sacrées par sa présence.
De temps en temps, il apparaissait à son groupe, parfois en rêve, parfois en vision de jour, entre deux eaux, parfois même sous la forme d’un animal fabuleux nageant sur les eaux. Cet animal fabuleux n’était autre qu’un lamentin de forte stature entraîné par la marée haute, au-delà du méandre de Nonane, et, ayant manqué la marée descendante pour être resté trop longtemps auprès des puits de lamentin, ou poche d’eau douce à l’intérieur de l’eau salée, était prisonnier pour quelques heures dans les eaux plus profondes de Mendis. Il disparaissait la nuit suivante, avec la nouvelle marée, en direction de Foundiougne. Pour la population de Fatick, Mendis avait fait une apparition.
Le pacte primordial fut de nouveau scellé plusieurs siècles plus tard, cent ans après Waal Pal Ndiaye, par Xodar Ndiaye, dont le nom véritable est Sang Ndiaye. Voici un fragment du Mythe de Xodar Ndiaye, qui a trait à la rencontre de Mendis et de Xodar, et qui donne un sens religieux à la chasse de Jobay. Depuis ce temps là, en effet, la chasse annuelle de Diobay constitue un renouvellement du Pacte primordial passé entre Dieu et le groupe de Mendis. Il est renouvelé pour que les effets de ce pacte continuent à porter leurs fruits.
Le fragment présenté ici décrit Waasila, roi du Sine, fondateur de Diakhao, ayant perdu puis repris le pouvoir royal avec l’aide de Xodar Ndiaye, à la fin du XVe siècle, avant le règne de Mbégan Ndour. Après avoir récompensé Xodar pour son aide, en l’installant à Diakhao, Koly et Waasila Faye accompagnent Xodar le long de la vallée du Sine, pour trouver les fruits désirés par les enfants de Xodar, les Daf, les Tooy et les Xamb. Vers Toute, ils ont déjà trouvé les deux premiers, mais toujours pas de Xamb. Ils poursuivent leurs recherches en direction de Fatick.
« Ils s’approchèrent de Logadem, alors inhabité.
Mais toujours pas de Xamb.
Or la chasse de Jobay était proche.
Ils décidèrent tous trois d’y assister.
Au bord du Sine, ils trouvèrent ce qu’ils cherchaient, les Xamb.
Ils décidèrent de fonder leurs maisons.
Il y avait là un Ngol (bois sacré)
Xodar dit : je fonderai ma maison ici (à Ndiaye Ndiaye)
Je la fonderai un lundi.
Le Sandigi Koly et Wassila fondèrent leurs maisons à Logadem.
Alors que la chasse de Jobay battait son plein,
Xodar Ndiaye alla se reposer sous les Xamb au bord de l’eau.
Le Fangol Mendis lui apparut dans les eaux du Sine.
Xodar fit venir Wassila et le Sandigi.
Il devait en être le Yal Fangol.
Mais le Fangol qui était violent lui tua deux vaches.
Xodar ne voulut plus s’occuper de lui...
Wassila Faye chargea son frère Koly d’en être le Yal Fangol.


LA QUETE DU SENS

Ce fragment contient une double trame politique et religieuse dont le commentaire nous mènerait hors du sujet. Il évoque la reprise du pouvoir par Wassila, à Diakhao, d’abord, puis à Fatick, où sa mainmise politique se double d’une mainmise religieuse sur les sources du sacré. En plus du premier lieu de culte, traditionnellement assuré par les Ndiaye, un nouveau lieu de culte, appartenant au nouveau pouvoir sera tenu par les Faye.
Revenons au sens du Mythe global de Fatick, celui de Mendis, renouvelé en présence de Xodar Ndiaye, et finalement capté par les Gelwaar, comme instrument de pouvoir. La signification est la suivante : les assises de la vie sociale et du pouvoir, comme celles des valeurs traditionnelles découlent d’un pacte primordial entre la divinité et les ancêtres. A leur tour, les ancêtres renouvellent le pacte en faveur de leur groupe.
La rencontre se ramène à une triade, comme le suggérait Amadou Hampathé Bâ.
Les termes en sont les deux partenaires et un relais de l’invisible. Au premier stade, Mendis entre en relation avec la Puissance transcendante qui se manifeste à lui et qui veut entrer en relation avec son groupe.
C’est le Numen, la source des énergies vitales. Le relais est le cours du fleuve, qui va finalement absorber le corps et la personne du Médiateur, Mendis, et acquérir de ce fait, une puissance nouvelle.
La nature de ce Pacte est d’ordre biologique et religieux. L’entité spirituelle, source des énergies vitales va aider le héros fondateur à s’enraciner et à se développer. Inversement, il y aura relation de nature religieuse entre le groupe et Roog.
Le deuxième stade du pacte va se réaliser le jour même de la chasse de Jobay, ce qui donne un sens nouveau et religieux à cette manifestation populaire. Le pacte s’élargit et passe d’un ancêtre à tout un groupe. Désormais, c’est l’ancêtre lui-même qui est transformé par son passage dans l’au-delà, dans la condition du Numen. Il a part à cette transcendance. Il devient Fangol-pour-son-groupe. Il est maintenant considéré comme faisant partie du Grand Tout, auquel appartiennent Roog, les Pangol, les Ancêtres. Il s’agit là de représentations imaginaires qui visent à rapprocher la divinité de l’homme par l’intermédiaire du Fangol, pour mieux intervenir dans sa vie. Nous sommes ici au cœur de la religion traditionnelle : un effort pour humaniser, rendre accessible la divinité de l’homme, par les relais. Il importe peu, pour notre propos, que ces représentations soient admissibles ou non par la théologie des Religions révélées. L’essentiel est de constater le fait de la latence de ces conceptions dans la vie sociale sérèer.


Répétition du Pacte primordial

Chaque année, à Fatick, la semaine de la chasse rituelle de Jobay est l’occasion du renouvellement du Pacte primordial, centré désormais sur le personnage de Mendis, autour des deux sanctuaires historiques de Mendis, celui de Mendis Ndiaye, le plus ancien, et celui de Mendis Faye, capté par les Gelwaar.
Le soir de la chasse rituelle, sur les bords du Sine, presque à l’endroit où Mendis apparut à Xodar endormi, il y a une réunion des voyants du Sine et chacun est invité à prendre la parole. J’ai eu l’occasion d’assister une nuit à cette réunion d’une haute tenue.
Le lendemain matin, presque tous les habitants de Ndiaye Ndiaye vont au bord du Sine et se plongent dans les eaux du fleuve, sanctifiées par la présence de Mendis. Ensuite, ont lieu les deux sacrifices à Mendis aux deux autels de Mendis Ndiaye, le plus ancien, et de Mendis Faye, le plus récent. Ainsi, la fête coutumière de la chasse de Jobay, avec ses célébrations et son festival, sert en réalité de cadre au renouvellement du Pacte des hommes avec Roof, au-delà de Mendis, le Fangol. Si nous avons longuement insisté sur le Mythe et sur sa signification, c’était pour fonder sans contestation possible la symbolique sérèer, l’éthique et les valeurs dites sociales, sur le socle religieux qui est le leur, même si d’autres ethnies ont perdu les liens entre la métaphysique et la vie sociale. On peut affirmer que, pour le Sérèer, il n’y a pas de distinction réelle entre vie religieuse et vie sociale. Tout ce qui a valeur sociale a un fondement religieux.

LA SPIRITUALITE SEREER

L’héritage spirituel d’un peuple ne se limite pas aux Mythes et aux Cosmogonies qui ne sont pas toujours accessibles à la masse. La religion populaire se nourrit de l’éducation religieuse qui est dispensée aux jeunes et des manifestations d’ordre spirituelles, dont nous avons relevé quelques exemples à l’occasion de la Chasse rituelle de Jobay, réunion de Sages, ablution dans les eaux d’un fleuve d’une partie de la population : sacrifices aux lieux de culte officiels et prières personnelles dans la vie quotidienne. Les sacrifices ont pour but de renforcer le lien existant entre les entités spirituelles et les hommes, dans toutes les circonstances de la vie. Les populations qui ont le mieux conservé leur héritage spirituel sont celles qui possédaient un rituel sacrificiel très pratique et concernant les personnes de toute condition.
Il est plus délicat de parler de prière préislamique et préchrétienne. Certains lui reprochent d’être entachée de magie, ce qui est exact quelquefois. J’ai collecté 35 prières antérieures à l’Islam. Même lorsqu’elles semblent entachées de magie, elles appartiennent à l’univers religieux, car, dans la pensée africaine, c’est Dieu qui a déposé dans les êtres une puissance latente que l’homme cherche à utiliser dans le sens de la volonté de Dieu. Non seulement ces prières ont une valeur humaniste, par la beauté du langage, mais elles ont une réelle valeur spirituelle. Les formules, transmises d’âge en âge et correspondant à une situation donnée, remplissent leur rôle grâce à leur puissance incantatoire sur l’âme humaine. Cette prière instaure un dialogue qui place l’homme en face des puissances spirituelles.
Nous pouvons conclure cette première partie consacrée à l’héritage spirituel sérèer et passer, dans la seconde partie, aux valeurs traditionnelles sérèer, d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Notre propos demeure le même :montrerlesassises spirituelles de ces valeurs et l’importance du lien existant entre elles.


DEUXIEME PARTIE

VALEURS SENEGALAISES TRADITIONNELLES, HIER, AUJOURD’HUI, DEMAIN

1. - Valeurs sereer, vécue hier :
« O kin o Yal Jom fo o Yal xoox »

Dans cette seconde partie de la communication, il va être procédé à un inventaire des valeurs traditionnelles, non seulement sérèer, mais sénégalaises, en suivant l’axe déjà tracé dans la première partie. Il s’agit de montrer la composante religieuse, voire les fondements mystiques, de telle ou telle valeur, qui est étudiée seulement sous l’angle socio-culturel dans les autres communications. Nous voulons montrer égalementla cohésion interne de ces valeurs et leur articulation autour de quelques unes qui sont déterminantes. Au terme de cette démonstration, nous pourrons conclure que certaines de ces valeurs de vie ont été renforcées par leur lien avec le monde invisible et les énergies spirituelles qui en découlaient.
Le problème est de regrouper ces valeurs autour de quelques notions essentielles. La vie traditionnelle en expose trois :
Les valeurs sociales, dans la famille, dans les relations humaines et dans la société politique.
- Les valeurs économiques, se rattachent au travail, aux technologies et au progrès.
- Les valeurs écologiques, touchant la noblesse du travail de la terre, le respect de la nature, les pactes renouvelés avec les puissances de fertilité.
Ces trois groupes se rattachent à un quatrième qui les recouvre tous, celui des valeurs dites personnelles, parce qu’elles construisent la qualité humaine de la personne, valeurs du Jom et de toutes les composantes du Jom. Ce quatrième groupe est fondamental, car il est l’objectif de l’éducation des jeunes, et les autres valeurs dépendent en quelque sorte de lui. C’est donc à partir d’un ensemble de valeurs personnelles que se sont développées les valeurs traditionnelles, face au milieu humain, aux réalités économiques de la survie et face au milieu naturel.
Ce qui a donné sa spécificité à cet ensemble de valeurs, dans l’ethnie sérèer, c’est le noyau irréductible, constitué au cours des générations, par une vision du monde et l’influence des entités spirituelles sur le groupe. Une clef de cette superstructure peut être proposée dans cette formule :
O kin, o Yal Jom, o Yal xoox.
L’homme n’est pas le seul remède de l’homme. Il y en a un second, le xam xam.
L’homme est à la fois détenteur du Jom et du Xoox.
Le Jom, nous allons le voir, est l’ensemble des valeurs humaines.
Le Xoox, ou la tête, est à la fois le savoir et le pouvoir spirituels.
Les deux composantes, humanistes et spirituelles, se confondent dans l’unité de l’homme exemplaire et se renforcent réciproquement.
Détenteur du Jom, parce que détenteur du savoir et du pouvoir. Inversement, capable de ce savoir et de ce pouvoir, parce qu’ayant la qualité du Jom, et n’utilisant pas son pouvoir au service du mal, comme les « Mangeurs d’hommes » mythiques, périodiquement dénoncés. Il est le contraire du Caxan, qui engendre le Jaxas, le Yaq et le Nak dolé.
Ce que nous voulons montrer, c’est qu’au cœur de chacune de ces valeurs, il y a la composante spirituelle, qui la conforte et l’oriente vers le Bien.


AU SOMMET DE LA PYRAMIDE LES VALEURS PERSONNELLES

Nous les avons résumées dans le Jom. En fait, ces valeurs de la personne sont plus nombreuses dans la terminologie wolof et sérèer.
Le JOM est le point d’honneur. Il est préférable à toute autre valeur et le détenteur du Jom est prêt à souffrir et à faire le sacrifice de sa vie ou de sa richesse, plutôt que d’un être privé.
La TERANGA est la dignité, pour les autres et pour soi. Elle est un des fruits de la liberté. Dans d’autres vocabulaires, comme dans le vocabulaire chrétien, elle a le sens de sainteté. Le Saint est le Yal tédanga, celui qui est respecté à cause de ses vertus héroïques, de même que la société respecte quelqu’un à cause de sa richesse ou de sa situation.
La KERSA est la politesse, la délicatesse, l’urbanité, l’égard que l’on doit à toute personne. Elle était un des buts de l’éducation traditionnelle.
Le MUN est la patience, faite de maîtrise de soi et de force morale.
Le WARGAL est le devoir social. On le retrouve dans les autres valeurs de l’homme social ou économique. Le mérite d’une vie réside dans l’accomplissement de tout son Wargal. S’il ne donne pas à l’homme les moyens de vivre, il lui donne des raisons de vivre.
Le NJAMBAR est le courage, l’héroïsme. Il exalte la puissance de l’homme dans la lutte et dans la guerre. Il fait de l’homme du JOM un héros.
Le NJAMBAR est un des lieux où se réalise la fonction de l’humain et du spirituel dont nous avons parlé. Pour que son détenteur le manifeste en force, il lui faut une source d’énergie plus forte que celle dont il dispose ordinairement. Ce supplément d’énergie, « ce supplément d’âme » au sens bergsonien, il le trouve aux sources de la Transcendance. Des énergies nouvelles vont l’envahir, venues des Ancêtres, des Pangol et finalement de Roog, et lui permettre de faire face à son combat.
Lorsque le fils de Waagan FAYE, Diata Waagan FAYE, cadet de Mbar Waagan, voulut se venger du serpent qui avait tué la femme qu’il aimait, son esprit s’enfonça dans les ténèbres. Une femme lui dit : « Laisse ce que tu fais. C’est Roog qui tue ». « Alors, répondit-il, je vais me battre avec Roog pour voir ». Il fit harnacher son cheval et battre les tam-tams Revêtu de sa tenue de combat, il monta son étalon, sanglé jusqu’au sang. Face aux tam-tams pour amplifier ses forces du fluide vital émanant de leur rythme, il lança aux griots : « Mbak an O ! », Frappez pour moi ! » Les roulements s’enflèrent, le cheval de bataille de Diata prit son élan et s’éleva dans les airs... Le fragment du Mythe de Diata Faye s’achève par ces mots : « Jusquà présent, il ne s’est pas posé à terre ».
Voilà le supplément d’âme », qui a fait de Diata un héros de l’amour.
A la Base de La Pyramide,


LES VALEURS DE L’HOMME SOCIAL

Elles sont avant tout des valeurs d’intégration sociale et de solidarité, à la fois dans la Famille, dans le groupe de classe d’âge ou le groupe social et dans la société politique. Elles sont à la fois cohésion et contestation selon les modèles traditionnels, c’est-à-dire contestation sans remettre en cause le système.
Comme les valeurs de la personne, elles ont un contenu religieux et sont plus fortes, lorsque leur détenteur est en relation vitale avec les Entités spirituelles. Prenons comme exemple les relations familiales : respect des ancêtres, des Sages, des Aînés. Ces trois valeurs se tiennent et découlent des relations déjà signalées entre les vivants et les disparus. Ce qui fait la force de la cohésion familiale à l’époque traditionnelle, c’est que les Anciens sont les intermédiaires avec les Puissances familiales de l’au-delà. Les Pangool et Ancêtres disparus veillent sur leur famille et maintiennent l’équilibre entre les membres.
Les anciens ont le savoir et le pouvoir. Aussi les jeunes les écoutaient avec attention. Les Aînés ont également une fonction. Ils sont intermédiaires entre les Anciens et les Jeunes. La hiérarchie n’est pas seulement sociale. Elle se rattache à un ordre spirituel. Les Anciens sont « La Sagesse », les Aînés sont « Miroir de la Sagesse ».
Le respect des cadets et des petits enfants est d’une autre nature, plus religieuse, celle-là. Les enfants et cadets sont : « Maison des forces neuves » « Chances », surtout si leurs puînés sont en vie.
« Transmetteurs des énergies vitales », car étant eux-mêmes en croissance, ils communiquent cette puissance de grandir à ce qu’ils touchent. Aussi vont-il porter sur leur tête la calebasse des premières graines à semer, lors de la première semence, appelée A tup à pérand.
« Voyants et diseurs de l’avenir ». Si un de ces enfants annonce quelque chose, elle se produit presque toujours.
« Malaka, Anges », ils sont purs et en communion avec le monde invisible. Lors des sacrifices pour les morts on leur donne à manger ce qui doit passer dans l’autre monde.
« Contestation du pouvoir des aînés », pour redynamiser le groupe.
3 Gardiens des réserves de vivre et des dépôts familiaux. Alors que les aînés dilapident et gaspillent, les cadets auxquels on a confié un dépôt le conservent avec soin car leur pouvoir ne dure qu’aussi longtemps que le dépôt. Dès que les réserves sont finies, leur pouvoir cesse ; aussi le gardent-ils le plus longtemps possible.
« Protégés des mères, parce que futurs protecteurs d’elles ».


Valeurs de la Cité Négro-africaine

La Cité négro-africaine est traditionnellement une vie de famille à laquelle participent les vivants et les défunts. Le chef n’est qu’un chef de famille plus important. Toute la tradition orale rapporte que les fondateurs, tels que Mendis ou les défricheurs de la forêt du Sine, ont été souvent attirés par les Pangol ou les Puissances tutélaires au lieu de leur implantation.
Le système politique des Lamane et des Diaraf, qui assumèrent le pouvoir au début, était lié aux Puissances tutélaires. Par la suite, les Gelwaar prirent le pouvoir, guidés eux-mêmes par leurs puissances tutélaires. Pangool de Mayssa Waaly Jon était Ginaru et Mayssa Waaly suivait de près ses inspirations. Les dix premiers Maad à Sining furent des rois charismatiques et ils sont eux-mêmes devenus Pangol et font l’objet d’un culte.
La prise du pouvoir était la résultante d’un accord passé avec les Puissances tutélaires du Sine. Elle donnait lieu à un rituel précis, qui se déroulait, soit à Ndoron, auprès de Laga Ndong, soit à Konem, auprès de Julant Le pouvoir reposait sur une assise religieuse. Tous les candidats à des postes modestes se pliaient à ce rituel, allant quelque fois jusqu’à Simal ou en pays Hiréna pour se rendre favorables ces Puissances. Il ne semble pas que cette pratique ait sensiblement diminué. Le cérémonial du Sacre du Maad à Sining montrait jusqu’à quel point la vie politique plongeait ses racines dans le sacre. Le nouveau roi devait accomplir un périple à travers tous les haut-lieux du Sine, offrir partout des sacrifices aux Pangol et achever ce pèlerinage aux sources à Mbissel, sur le tombeau de Mayssa Waaly, auprès des manes du fondateur. Il devait passer une nuit en tête à tête avec lui pour s’imprégner de son esprit.
Les valeurs civiques, on le voit, plongent leurs racines dans l’histoire et dans la spiritualité traditionnelle : l’obéissance aux chefs, le sens civique, la participation responsable. La contestation est une valeur civique traditionnelle à condition qu’elle demeure dans les limites du système. Elle permet de proposer et d’adopter de nouveaux modèles politiques et de dynamiser la vie publique qui se scléroserait dans la répétition des mêmes modèles. Ces valeurs ont été certainement efficaces, puisque la société sérèer traditionnelle avant les Gelwaar et après eux a créé une civilisation politique agraire qui a duré près de mil1e ans.


VALEURS D’ORDRE ECONOMIQUE ET ECOLOGIQUE

Parmi les principales valeurs, il faut souligner la noblesse du travail de la terre dans la pensée traditionnelle. Les travaux matériels non agricoles étaient considérés comme inférieurs par rapport à ceux de la terre. Quand bien même les forgerons et autres artisans étaient plus riches que les paysans, ils se trouvaient dans une condition subalterne, devaient vivre et se marier entre eux.
Travail de la terre et de la technique sont en liaison avec les Puissances transcendantes. Les productions du sol dépendent de Dieu. Les prières sérèer le rappellent. Les rites des premières semailles le soulignent. Après la moisson, les prémices des fruits de la terre sont offertes aux Pangol et aux ancêtres, en remerciement de la fécondité et de la fertilité assurées par leur aide à leurs descendants.
De même, certaines techniques ont été enseignées aux forgerons et aux bijoutiers par les Puissances du monde invisible. Lorsque Daus Faye, l’ancêtre des forgerons du pays sérèer, commença le travail de la forge, il travaillait avec ses mains magiques, brûlées le jour et guéries dans la nuit. Une nuit, il constata qu’un esprit avait dessiné sur le sable le premier instrument, le Sanghir, la pince à forger. Il en fabriqua une immédiatement et n’eut plus à se laisser brûler les mains. Ainsi, l’origine des techniques, la spécialisation et la division du travail, proviennent des Puissances spirituelles, qui ont voulu venir en aide aux hommes, selon la tradition orale.
Si le paysan respecte la Terre, les arbres, et d’une manière générale, la nature, c’est à cause des Puissances spirituelles. De même, les interdits de travail en certains lieux et à certains jours ont été portés pour des raisons appartenant à la religion. Le lundi est un jour où les Sérèer ne doivent pas travailler la terre, non pas parce que le jour est maléfique, mais au contraire parce qu’il est sacré. Il devient dangereux de toucher le sacré en ce jour.
Signalons encore la grande valeur de la conscience professionnelle et du respect du bien des autres. Dans le village, aucun outil, aucun animal perdu, aucun grenier de mil ne couraient le risque d’être volés, les devins et les yal Pangol avaient les moyens de découvrir les voleurs et de les atteindre en eux-mêmes ou dans leur famille. Il y avait donc da valeurs d’honnêteté, de respect de la terre et du travail, dont les racines étaient religieuses.


II. - Aujourd’hui la crise des valeurs traditionnelles

Une remise en cause

Hier, nous avons connu la période où les valeurs traditionnelles étaient porteuses d’efficacité dans la vie et apportaient une réponse satisfaisante aux problèmes des hommes. Aujourd’hui, nous assistons à la remise en cause des modèles de vie et des valeurs traditionnelles, au nom de leur inefficacité pour le développement et le confort familial. Miser toute sa vie sur ces modèles reviendrait à accepter de vivre comme ont vécu les parents dans le secteur rural et les jeunes ne l’acceptent plus.

Conséquences de la remise en cause

Les cohésions sociale et familiale ont été les premières atteintes. On a assisté depuis la fin de la colonisation à l’éclatement de la grande famille, à l’autonomie des familles nucléaires, à la disparition des champs collectifs familiaux, à un certain affaiblissement des classes d’âge traditionnelles, qui revient sous d’autres formes (organisation d’un bal pendant les mois d’août avec une boite électrophone), disparition progressive de la grande initiation des Kasak, réduction des Ndut, nombre grandissant des circoncisions en bas âge, en dehors d’initiation, à l’exception du Ndokki Njambar, de l’habit traditionnel du Njuli. La société rurale a perdu la possibilité de reprendre en main la jeunesse et de lui donner l’essentiel de l’éducation d’autrefois. Les vieux le déplorent, mais sont désarmés. Pour eux leur tradition est en péril.

Causes de la crise des valeurs traditionnelles

Avant de proposer les remèdes pouvant remédier à cette aise, il faut en analyser les causes conjoncturelles et les causes profondes. Il y a en effet les causes conjoncturelles.
La mutation des mentalités et des comportements de la seconde moitié du XXe siècle est un phénomène mondial. Même des institutions aussi enracinées dans l’histoire que les Eglises ou des mouvements de pensée aussi puissants que le courant marxiste ont été obligés de faire une mise à jour. A plus forte raison, une société qui entre dans la civilisation industrielle. Voici quelques unes des causes de la crise :


La marginalisation des Anciens

Lors de la création des premières coopératives, ou des premières structures de responsabilisation, ce sont des jeunes qui ont été choisis comme peseurs, secrétaires, présidents, et non les anciens qui détenaient et disaient la sagesse.
En 1947, lors de l’élection du premier Conseil Municipal de la Communauté mixte de Fatick, l’arrêté du Haut-Commissaire stipulait que les futurs conseillers devaient savoir lire et écrire. On ne put trouver à Fatick une liste de notables de 17 membres, sachant lire et écrire. Il fallut mettre des jeunes, ce qui créait un déséquilibre à la fois social et politique.
L’argent : devenu la clef de la réussite, pour laquelle tout devient permis ;
La ville, anonyme et appel constant à la distraction ;
Les loisirs, avec leur trop plein d’excitation sexuelle et de violence ;
Les idéologies, qui cherchent à faire de la jeunesse un instrument docile ;
Les interventions administratives, comme celle dont nous venons de parler à propos des conditions d’admission à la vie publique, ou bien les décisions d’interdire les loisirs avec tam-tam, même dans le secteur rural, sous prétexte de sécheresse ou de ramassage des semences. La vie traditionnelle remplissait une fonction ludique, au niveau des familles et au niveau des villages, avec l’organisation de loisirs, de compétition entre villages, de fêtes pour la détente sociale. Leur interdiction fréquente pour des motifs peu convaincants ne peut que contribuer à la crise des valeurs traditionnelles.

L’Ecole

Nous n’avons pas mis en première position l’Ecole comme facteur de la crise des valeurs traditionnelles, car cette crise aurait eu lieu dans le cadre de la modernité, même dans les lieux où il n’y avait pas d’école. Il faut toutefois noter que l’Ecole a une part de responsabilité dans cette crise, à cause du climat dans lequel elle place trop souvent les élèves, surtout à partir du secondaire.
Climat d’individualisme visant à la réussite sociale à tout prix.
Climat de relativisme moral.
Climat de contestation en commençant par la famille.
Climat de distance vis-à-vis de la religion.
Beaucoup d’élèves secondaires se réclament aujourd’hui de l’authenticité africaine, mais de façon verbale, car dans la réalité, elle se nourrit des modèles et des valeurs occidentales dont elle connaît l’efficacité pour le progrès et le confort personnel.

Le comportement des adultes doit être aussi mis en cause.
Ils étaient hier le « miroir de la sagesse ». Or aujourd’hui, le miroir de la sagesse s’est brisé, les adultes voulant vivre comme les jeunes. Les jeunes se détournent des adultes et ils se comportent comme s’ils étaient eux-mêmes.
« Maison de l’Esprit », Tout devient faussé. Un jeune arbre a besoin de tuteur. Or les jeunes veulent assurer eux-mêmes leur tutelle. Les substituts du « Père » deviennent de plus en plus les groupes de jeunes, les Clubs, la rue, les spectacles, les bals, les loisirs de tout genre et payants, créant une ambiance, imposant des comportements et des modes suivies grégairement.

Exode rural et migrations

L’exode vers les villes et le brassage des grandes cités entraînent le relativisme religieux, l’avènement d’autres loisirs et rend plus difficile une éducation de type traditionnel. Sans doute, de nouvelles solidarités se créent, mais les anciennes s’affaiblissent. On va vers une société permissive. Les mariages se nouent dans une ambiance nouvelle, précédés souvent par l’union libre. Sans faire allusion ici à la prostitution galopante, on constate la tendance des jeunes filles à rechercher des fiancés ayant des moyens matériels. Une nouvelle échelle des valeurs est en train de se créer. La pyramide des valeurs présentée plus haut est en passe d’être renversée.


Causes profondes de la crise.

Nous en retiendrons deux.

L’affaiblissement, mais non la négation des valeurs religieuses et la marginalisation de la sagesse des anciens.
L’affaiblissement de l’esprit religieux, en milieux animiste, musulman et chrétien. Pour rester dans l’analyse bergsonienne, la tension religieuse intérieure communique la force d’âme et l’énergie qui permet la qualité de vie humaine. Inversement, la baisse de tension spirituelle, en diminuant une certaine force d’âme, provoque le relâchement de l’homme et de la société.
Nous le constatons au terme de cette analyse.
Dans les valeurs personnelles, nous remarquons la montée de l’égocentrisme, de l’individualisme, le manque de persévérance dans les engagements.
Pour les valeurs de l’homme social, nous voyons une intégration familiale et sociale plus fragile, le manque de respect envers les adultes et les aînés, la baisse du sens civique.
Dans les valeurs du travail, on parle de baisse de la conscience professionnelle, des détournements de biens collectifs. Cependant, il faut souligner la volonté d’un grand nombre d’œuvrer pour le pays ou pour la profession. L’individualisme est souvent le revers du désir de promotion et de progrès.

III. - Demain, pour une insertion des valeurs sénégalaises

En nous réunissant pour mettre en œuvre un nouveau système d’éducation ayant pour fondement les valeurs propres du pays, afin de surmonter la crise de ces valeurs et de répondre aux aspirations nouvelles, nous avons peut-être eu beaucoup d’ambition. En fait il faudra plusieurs années et plusieurs colloques pour faire passer notre projet dans la réalité sociale, mais l’expérience doit être tentée dès cette année par les responsables de l’éducation et par les bonnes volontés. Nous ne sommes pas les premiers en Afrique de l’Ouest à nous préoccuper de ce problème. Les Départements sénégalais de l’Education et de la Culture, les délégations de l’UNESCO et les instances spécialisées qui ont organisé ce Colloque ont déjà mis la main à la charrue depuis plusieurs années. Ce qui< est nouveau dans ce colloque sénégalais, c’est la volonté du Gouvernement d’être efficace, réalisateur, pragmatique, au besoin en se contentant de résultats peu nombreux, mais significatifs.
Les animateurs du Colloque doivent donc conclure leurs études par des propositions concrètes, susceptibles d’être mises en œuvre immédiatement. Dans cet esprit, voici quelques propositions qui pourraient constituer l’amorce d’une politique éducationnelle visant à insérer les valeurs spécifiques sénégalaises.
Ces propositions s’articulent autour de trois pôles :
-Six principes d’action ;
-Quatre priorités ;
Les moyens de passer à une action pratique immédiate.

PRINCIPES D’ACTION

1. Chercher à répondre aux aspirations de la jeunesse scolarisée et non scolarisée, afin de bâtir une politique sur des fondements valables.
Dans cet esprit, chercher à connaître ces aspirations, les soumettre à une critique raisonnable, dialoguer avec ceux qui l’expriment.
2. - Opter résolument pour la modernité. Ceci implique le rejet de tout archaïsme et des formes périmées. Dans le langage, l’écriture et la symbolique, s’appuyer sur ce qui passe et sur ce qui vit aujourd’hui.
3. - Réinterpréter les valeurs du passé
- en allant aux racines du passé ;
- en sauvegardant la sagesse des Anciens ;
- en utilisant de plus en plus dans l’éducation les langues nationales ;
- en utilisant l’histoire locale, la culture locale.
Il s’agit de transmettre l’héritage du passé, mais dans une forme moderne.
4. - Associer les familles à cette revalorisation de l’héritage national.
Ne pas les convoquer seulement les jours de grève ou de crise, mais à toutes les étapes de l’élaboration et de la mise en route de cette nouvelle politique. Ainsi se réalisera partiellement la démarginalisation de la sagesse traditionnelle.
5. - Respecter ce qui est religieux. Dans le cadre institutionnel de la laïcité, promouvoir le respect des valeurs religieuses, des institutions et des activités religieuses.
Il ne s’agit pas de soutenir telle ou telle religion, ni de porter des jugements. Il s’agit de cesser, dans certains milieux, de détruire le sens religieux des jeunes. Ceci est inadmissible dans un pays religieux, pluraliste, tolérant, dont la culture est imprégnée de spiritualité. Nul ne doit être autorisé à l’affaiblir, dans le cadre de l’éducation ou de l’enseignement.
6. - Une priorité nationale. L’élaboration et la mise en œuvre d’une politique éducationnelle visant à insérer les aspects les plus valables des valeurs traditionnelles sénégalaises doit constituer une priorité nationale.


LES PRIORITES

Quatre valeurs méritent d’être prônées en priorité, à cause de leur importance dans la qualité des hommes, et pour leur importance dans la construction nationale :
1. - La solidarité des groupes, avec l’esprit de partage, de discipline de groupe librement consentie et de participation à la vie de la communauté.
2. - Le courage et l’effort continu, dans le travail, la lutte, les compétitions, de toute sorte, avec les vertus ancestrales. .
3. - La conscience professionnelle, qui refuse, pour l’honneur, la tricherie, la mauvaise qualité du travail, le manque de conscience, le détournement, mais qui rejoint les vertus ancestrales du Wargal et du Jom.
4. - Le téranga. Respect des aînés, respect des adultes et anciens, respect de ses supérieurs et de soi-même.
Le tédanga se manifestera par une politesse sénégalaise, impliquant des gestes et des formules de politesse, spécifiquement sénégalaises.

LES MOYENS DE CETTE POLITIQUE

1. Pour recommander l’utilisation des langues nationales, de l’histoire nationale et de la littérature nationale dans les programmes.
2. - Pour recommander de sensibiliser les enseignants et les élèves-maîtres en formation aux objectifs et aux priorités de cette politique éducationnelle.
3. - L’école doit apporter de plus en plus, non seulement l’instruction, mais la sagesse que donnait l’initiation et l’éducation traditionnelle. La possibilité de regrouper pendant quatre ou six années des groupes de jeunes aussi importants, offre une possibilité de mise en œuvre de cette politique.
4. - Les activités parascolaires, si développées dans d’autres pays, surtout de langue anglaise, offrent également des possibilités de regroupement en dehors de l’ambiance scolaire, et plus proches des jeunes,

VERS LES FAMILLES

Les associations familiales doivent élargir leurs centres d’intérêt par rapport à l’école. Si elles sont motivées, elles intègreront davantage leurs écoles dans la vie du village. De même que les directeurs et les enseignants se sentiront mieux intégrés dans la vie et les structures du village. Ce problème de la réussite de l’intégration des enseignants dans la communauté villageoise est crucial. Si le Kasak et le Ndut ont autrefois réussi leur mission éducative de la jeunesse, c’est parce qu’ils associaient dans une seule communauté éducative, Sages, chefs de famille, encadreurs, jeunes initiés. La communauté éducative au niveau du village doit se reformer autour de l’école.

VERS LA SOCIETE

Les pouvoirs publics, à tous les niveaux, depuis la Communauté rurale et l’Arrondissement jusqu’au Gouvernement, en passant par le Département et la Région, peuvent contribuer à faire prendre conscience de la gravité de ces problèmes aux Sénégalaises et aux Sénégalais, en appuyant de leur haute autorité les orientations qui seront proposées au Colloque.
Des expériences peuvent être tentées à l’occasion des Colonies de vacances ou des Camps, à condition de ne pas prétendre reproduire les Kasak et de respecter à cet égard le IIe Principe d’Action que nous avons proposé.

VERS LES CONFESSIONS RELIGIEUSES

L’éducation la plus profonde est sans doute l’éducation religieuse, car elle saisit la personne « corps et âme ». Novices, Postulants, Séminaristes, Disciples de Confréries suivent, parfois pendant de longues années, une formation qui n’est pas la même selon les vocations, et qui s’adresse à une élite spirituelle. Même dans le cadre d’une telle formation, doit se réaliser la réinterprétation des valeurs traditionnelles. Prenons comme exemple le concept du Jom dans la vie monastique. Dans l’interprétation traditionnelle courante, le Jom suscite le sang froid, la grandeur d’âme, parfois même le refus de s’incliner devant l’adversité. Il n’est pas rare que le jeune moine refuse de s’humilier au nom du Jom et de justifier son attitude au nom d’une valeur de sa culture. Une éducation plus profonde de la valeur du Jom devait au contraire faire découvrir que le Jom monastique est une valeur qui doit aider à accepter toutes les observances régulières. Les éducateurs religieux de toute confession doivent être intéressés à la question. Le Colloque ne manquera pas de leur adresser un appel pour qu’ils contribuent pour leur part à la réintégration et à l’insertion des valeurs traditionnelles sénégalaises dans toutes les formes de l’éducation.





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