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LES ALLIANCES A PLAISANTERIES COMME VOIE
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Ethiopiques n°72.
Littérature, philosophie, art et conflits
1er semestre 2004

Auteur:Méké MEITE [1]

« Il est essentiel que nous soyons nourris de notre culture et de notre histoire si nous voulons créer cette personnalité africaine qui doit être la base intellectuelle de notre avenir panafricain ».
Kwame N’KRUMAH

Les alliances à plaisanteries sont un phénomène social, caractéristique des relations humaines. De même qu’il existe dans certaines sociétés, certaines civilisations des échanges et des hiérarchies entre les membres de familles, de même il existe des liens entre les membres de clans différents.
Ces types de relations ont longtemps été expérimentés dans beaucoup de sociétés africaines pour diverses raisons. La plupart traduisent des relations religieuses, militaires, économiques, juridiques à l’intérieur de la famille, du clan ou entre groupes alliés. Mais le rationalisme (occidental) qui « objective » le réel et le ramène à des « lois empiriquement vérifiables » a fait délaisser ces modes de fonctionnement emblématiques et spécifiques. Signalons toutefois qu’un parallèle peut être établi entre ces alliances à plaisanteries et les railleries ou préjugés qui existent en Europe où l’on considère que le Breton est têtu, l’Italien vantard, le Britannique flegmatique ...
Avec les conflits qui perturbent le monde et singulièrement l’Afrique, force est néanmoins d’admettre que l’histoire n’a pas toujours suivi les prédictions des théoriciens du XIXe siècle comme A. Comte, Karl Marx, Max Weber...Le rationalisme occidental n’a pas toujours su, en effet, prévoir les conflits qui assaillent notre monde ni trouver les solutions adéquates et appropriées.
Notre propos concerne donc un retour à une pratique usuelle, en vigueur dans les sociétés africaines anciennes où des conflits ont existé entre les hommes, celle des alliances à plaisanteries.
Quelle est l’étendue historique de cette forme de règlements des conflits sur notre continent en général et en Afrique de l’Ouest en particulier ?
Sur le plan théorique, notre approche est double : anthropologique et historique. Cependant la première, bien qu’elle cherche à savoir comment les alliances à plaisanteries répondent de manière convergente et /ou divergente aux questions, aux relations entre groupes sociaux en conflits, s’attachera juste à relever quelques alliances entre populations de Côte d’Ivoire et d’ailleurs, si possible, et à indiquer leur fonction.
La deuxième s’appesantit sur le mouvement diachronique ou temporel des constitutions des alliances à plaisanteries et sur leur évolution dans le temps...
Sur le plan méthodologique, notre analyse prend appui sur l’œuvre romanesque d’A.Kourouma.

1. LES FONDEMENTS

1.1.A l’origine

Les alliances à plaisanteries sont donc un phénomène social au service des liens interpersonnels en Afrique. Des parentés à plaisanteries, les formes d’alliances sont nombreuses et multiples. Elles sont un credo nécessaire au maintien et à l’amélioration de bonnes relations entre différents groupes. Dans Monnè, outrages et défis de Kourouma, la ville de Soba ne doit son salut qu’à Soumaré, l’interprète du colon :

« ...Tu as deux fois la chance .Ta première chance est qu’aucun des officiers blancs ne comprend le malinké. ..La seconde est que je me nomme Moussa Soumaré : je suis du clan des Soumaré, les frères à plaisanteries des Kéita et en raison du pacte qui lie nos deux clans depuis les temps immémoriaux, je ne peux te faire du mal. Il ne peut exister que plaisanterie entre Kéita et Soumaré en toute circonstance » (p.36).

Il est vrai que les alliances à plaisanteries peuvent apparaître aux yeux de beaucoup comme un sujet relevant du domaine de la nostalgie. Mais il n’en est rien surtout que la réalité de nos sociétés étend le bien-être de l’homme et du citoyen au delà de l’économique. De là surtout, avec les différents conflits, la mission des sciences humaines (anthropologie, ethnologie, littérature, peinture...) trouve sa véritable portée et des voies nouvelles.
La réalité est implacable et elle montre que les alliances à plaisanteries sont plus qu’un sujet d’actualité qui peut permettre à nos communautés de retrouver leur équilibre.
En effet, ce thème nous paraît être une voie, une piste de résistance à réexplorer quant au fonctionnement de nos sociétés et civilisations africaines. A nos yeux, c’est même un enjeu fondamental pour le fonctionnement communautaire : « ...L’histoire est un tout et la nature ne fait pas de bonds. Le génie humain est un ensemble. De la nébuleuse initiale sont parties les prémices de la civilisation actuelle. Et si les révolutions industrielles ou politiques paraissent chaotiques et surgies du néant, elles ne sont que l’aboutissement de l’œuvre obscure commencée depuis des millénaires » [2].

En effet, toutes les sociétés sont régies par des traits majeurs. Au commencement, les principes de l’autarcie, de l’archaïsme structurent et déterminent la vie communautaire traditionnelle. Ensuite, s’affiche la nécessité de s’ouvrir à d’autres ou de récupérer (phagocyter) des sociétés plus faibles. C’est le principe de toute civilisation.
A un moment donné, celle-ci est guidée par une volonté d’expansion. Par exemple, à la Renaissance, la conquête du nouveau monde, pour les Européens, s’inscrivait dans cette logique.
L’Afrique a connu les mêmes principes. Des royaumes (par la guerre) et des empires ont été créés, disloqués, parfois remplacés par d’autres et ont connu, avec la pénétration coloniale, des Etats forgés de toutes pièces par la volonté du colonisateur. Ainsi en est-il du Worodougou ou Horodougou évoqué dans Les soleils des indépendances de Kourouma. En effet,

« que représente le Horodougou ? Ni une province politique précise, ni un Etat mais une expression géographique dont la détermination n’appartient qu’à l’histoire même du monde manding. Il se présente d’abord comme une vaste zone dans laquelle le monde manding se reconstruit vers le sud, à partir des XVe-XVIe siècles, en suivant les pistes qui vont à la mer. Il est de ce fait un front pionnier du commerce et de l’islam malinké en zone préforestière, c’est-à-dire une espèce de « Limes » aux marges du monde manding, dans les régions proches des « Barbares » de la forêt. Il s’étend, ce Horodougou ou pays de la cola, de la Sierra Leone à la Côte d’Ivoire, soutenu par des centres actifs comme Beyla, Touba, Séguéla , Mankono...Mais à l’aube de la conquête coloniale, cette région et ses classes dirigeantes furent bouleversées par l’aventure samorienne. Bon nombre de clans nobles et guerriers s’étaient engagés aux côtés de l’Almamy et s’étaient déplacés à travers l’espace impérial que dessinaient les armées samoriennes ». [3]

De fait, aucune société ne peut vivre à la fois repliée sur elle-même (principe de l’autarcie) et conquérir d’autres espaces par la guerre (principe de l’expansion). Ces deux notions ne peuvent aller sans un réseau de relations sociales. D’où l’existence d’alliances qui dépassent le cadre intérieur du groupe et même le cadre extérieur pour englober des groupes plus importants. De ces principes d’autarcie et d’expansion, il apparaît qu’une volonté de collaboration entres groupes voisins se soit manifestée dans nos sociétés.
En Côte d’Ivoire, l’alliance des Sénoufo (Gur ou Voltaïque) et des Yacouba (Mandé) s’inscrit dans cette logique.
Certaines raisons auraient conduit les Sénoufo à s’allier aux Yacouba. Il en est de même, entre autres, des Koyaka (Worodougou) et des Sénoufo. Les raisons évoquées sont de plusieurs ordres et nous ne retenons que les suivantes :

- l’occupation territoriale,
- la femme,
- les conflits permanents.

1.2. L’occupation territoriale

Yacouba et Worodougouka appartiennent au groupe Mandé. Les flux migratoires des Sénoufo et Worodougouka des zones sahéliennes vers les zones giboyeuses du Sud ont été des occasions pour ces peuples de s’affronter d’abord, de pactiser par la suite. Précisons que les Sénoufo et les Malinké appartiennent à

« la sous-race la mieux connue (celle) des noirs de la brousse dénommée la Soudanaise. Elle occupe les savanes du sud du Sahara du Sénégal au Kordogan... où des Etats puissants se sont développés, favorables aux contacts et aux emprunts. La race soudanaise a la particularité de regrouper des individus de grande taille, un corps élancé, à la peau très noire » .  [4]

Quant aux Dan ou Yacouba, ils sont de « la sous race guinéenne (qui) occupe la bande forestière qui longe le Golfe de Guinée jusqu’au Cameroun. Les individus possèdent une taille moyenne et pratiquent la culture des tubercules, igname et manioc rendue possible par un climat fait essentiellement de pluies abondantes. S’il y a eu des Etats dans cette région, ils n’égalent pas ceux de la sous race soudanaise ».  [5]

Cependant, bien que de sous races assez différentes, Sénoufo et Yacouba, entretiennent des alliances à plaisanteries, selon la légende (signalons qu’il y a plusieurs versions) que nous détenons, les Yacouba ont reproché aux Sénoufo de s’être introduits dans leur zone spatiale sans prendre la peine de s’annoncer. Ils se seraient donc comportés en vandales car ils ont fait subir des exactions, des sacrilèges aux Yacouba. Ceux-ci, vu qu’ils ne pouvaient s’opposer à ceux-là par la force des armes, rusèrent. Ainsi offrirent-ils au guerrier téméraire Sénoufo une femme.

1.3. La femme

Non seulement le Sénoufo prît goût à ce jeu mais il voulut également prendre par la force la femme du chef Yacouba. Pour laver l’affront subi, les Yacouba exigèrent un bébé panthère et/ou éléphant. Devant le stratagème de la difficulté à réaliser l’improbable, les Yacouba ont réussi à restaurer l’honneur du chef et à faire que les Sénoufo leur soient redevables. Ainsi naquit un lien entre Yacouba et Sénoufo.

« En l’absence d’informations complètes, force est d’avancer pour le moment que les enlèvements de femmes, la prise de captifs sont autant de motifs à avoir occasionné des rixes dans la société traditionnelle. Et il est certain que ces situations aient plus ou moins contribué à l’élaboration d’une alliance solide et durable entre deux groupes ethniques ». [6]

Chez Kourouma, dans Monnè, outrages et défis, l’alliance entre Keïta et Soumaré sauve Soba des foudres du colonisateur.
Au total, l’alliance entre les clans dériverait de trois éléments :

- la volonté d’expansion affichée du Sénoufo à occuper le territoire de l’autre,
- la femme,
- les conflits permanents auxquels il fallait mettre fin.

Ce triptyque se retrouve à l’origine de plusieurs alliances à plaisanteries : Dida/Abbey ; Gouro / Yacouba ; Sénoufo / Koyaka...
Sans entrer dans des considérations anthropologiques ou ethnologiques, nous devons admettre que les alliances à plaisanteries sont une donnée essentielle régissant la vie des hommes à l’intérieur comme à l’extérieur de leur territoire ou zone spatiale d’origine. Ainsi, ce qui fonde les alliances à plaisanteries est un pacte consenti entre les parties contractantes. Elles se construisent sur le lien sacré du sang par le sacrifice humain ( Abbey/Dida) ou par le respect de la parole donnée ( Sénoufo/Yacouba) .


2. QUELQUES ALLIANCES A PLAISANTERIES

Les alliances à plaisanteries sont multiformes. Elles existent entre clans et groupes ethniques différents. Le relevé que nous proposons tient compte, sans être exhaustif, des relations ethniques, géographiques et linguistiques.
Ainsi, d’un point de vue spatial, l’alliance à plaisanterie dépasse le cadre géographique circonscrit au groupe ethnique Mandé pour s’étendre à un autre groupe ethnique, les Gur ou groupe voltaïque.

1.1.Mandé et Gur

Sénoufo/Yacouba
Sénoufo/Koyaka
Koyaka/Lobi
Yacouba/ Gouro

A l’intérieur du groupe ethnique et linguistique Akan, par exemple, les alliances à plaisanteries sont également fort présentes.

1.2. Akan

Abron / Agni
Agni/ Baoulé
Abbey /Abidji
Abidji /Dida
Abbey / Dida
Adjoukrou /Dida
Dida / Neyo
Dida /Godié
Adjoukrou /Ahizi
Ahizi /Alladian
Adjoukrou / Alladian
Dida /Kodê (Baoulé)

Les exemples donnés en 1 et 2 structurent le paysage de la Côte d’Ivoire. Dans la sous région, des alliances à plaisanteries structurent la vie en société : Bénin, Burkina-Faso, Ghana, Gambie, Libéria, Mali, Mauritanie, Sénégal, Sierra Leone, Togo...


1.3. Ailleurs dans la sous région

Mossi/Samo
Mossi/Dafin
Kado/Bozo
Kado /Peul
Yacouba/ Peul
Bambara/Malinké
Dogon/Sonrai

S’il est vrai que l’alliance à plaisanterie existe aussi bien à l’intérieur d’un groupe ethnique donné qu’entre groupes ethniques différents, indiquons qu’elle peut demeurer dans un clan.

1.4. A l’intérieur d’un même clan

Dans une famille, l’alliance à plaisanterie existe entre un grand-père et son petit-fils. Par ailleurs, si nous prenons un clan donné, nous constatons des alliances à plaisanteries entre membres du même clan. Ainsi dans le groupe Worodougou, il existe une alliance entre Koyaka (Mankono) et Worodougouka de Kani.
Ailleurs, l’alliance à plaisanterie régit également les castes : Peuls/forgerons ; horons /griots [7].

Pour Kourouma, dans Monnè, outrages et défis,

« les griots sont les frères de sang des nobles. Ce sont d’authentiques nobles dont les aïeux, à l’époque préislamique du Mandingue, ont accepté la déchéance pour louanger. Un noble ne paraissait pas sans être suivi de son panégyriste... » (p.40).

1.5. Le patronyme

L’alliance peut être patronymique :

Sow (Sidibé)/Sangaré (Barry, Dia, Thiam)
Dieng/ Niang
Coulibaly/Ouattara
Koné (Diarra)/Traoré
Bamba/Touré
Fofana/Soumahoro
Meité/Bakayoko
Dans l’œuvre romanesque d’A. Kourouma, nous trouvons : Kéita /Soumaré Cissé (Kourouma, Komara, Doumouya) /Bamba, Diaby, Touré. De ce qui précède, il apparaît que les alliances à plaisanteries sont une pratique traditionnelle pour prévenir les conflits, les gérer et les régler de manière pacifique. Il est possible d’en faire donc un instrument d’intégration nationale et internationale car les alliances à plaisanteries sont un contrat social qui oblige les alliés à se soumettre à un pacte dont les garants sont la conscience des contractants, Dieu et les ancêtres.
Par ailleurs, les alliances intègrent un pacte de non-agression. C’est aussi un pacte d’assistance et d’aide, un pacte de fraternité ou d’intégration, un pacte de subordination.

« - Je suis ton frère de plaisanterie, donc je te connais. Comme tous les Keïta tu es un fanfaron irréaliste. Je n’ai pas traduit un traître mot de tes rodomontades.
- Fils d’esclave ! Perfide ! s’écria Djigui. (Entre frères de plaisanterie, il est coutumier de se traiter réciproquement d’esclave). Si tu n’étais pas un Soumaré...
- Un Soumaré authentique n’a cure des menaces d’un Keïta. Arrête de gesticuler ; le blanc pourrait avoir des soupçons. Il croit que tu es heureux de l’arrivée des blancs... », Monnè, outrages et défis, p 36/37.

En tant que phénomènes sociaux, les alliances à plaisanteries ne s’expliquent que par rapport à des facteurs collectifs. En effet, il s’agit de normes et de valeurs acceptées comme un tout, un ensemble par un groupe social qui agit et détermine la conscience de chacun des membres du groupe. Ainsi dans nos sociétés anciennes, voire mythiques, les tabous liés aux contrats des alliances à plaisanteries expriment le côté prescriptif de certaines valeurs sociales, religieuses. Transgresser le tabou ou l’alliance revient à subir pour l’individu de la part du groupe des sanctions qui ont une fonction exemplaire, symbolique. La sanction du groupe est le moyen pour celui-ci de s’imposer, de s’affirmer face à l’individu transgresseur.
Il y a plusieurs modes pour réparer la transgression (poulet, cola...). On va donc de l’acte réparateur à « l’amende symbolique ».
Au total, on peut dire que la sanction, la punition du groupe a une fonction rituelle qui renforce la solidarité à l’intérieur d’un groupe mais également à l’extérieur car elle applique la volonté de s’en tenir pour tous à ce qui a été convenu, du moins admis tacitement.
Si les alliances à plaisanteries ont pu servir de régulateur aux conflits, peut-on les réactualiser de nos jours par rapport au contexte de mondialisation, au point de toujours les considérer comme un moyen de règlements des conflits ? N’y a-t-il pas nécessité de rééduquer les mentalités des citoyens pour tirer le meilleur parti des alliances à plaisanteries ?


3. LES ALLIANCES A PLAISANTERIES AUJOURD’HUI

C’est E. Durkheim qui indique que toute conscience collective s’inscrit dans une dimension historique. Il fait bien la distinction entre une société mythique et une société industrialisée. Si dans la société mythique, les individus sont solidaires, c’est parce qu’ils sont assujettis aux mêmes tâches et croient aux mêmes valeurs et aux mêmes tabous. C’est pourquoi les alliances à plaisanteries ont bien fonctionné autrefois. Mais de nos jours, dans nos sociétés industrielles, les individus ne sont plus solidaires parce qu’ils se ressemblent mais parce que leurs rôles et leurs tâches dépendent les uns des autres. Ils sont certes liés mais cette solidarité n’est plus fondée sur des valeurs et des normes communes mais sur « une dépendance réciproque des tâches et des rôles ». Pour le premier type de solidarité, Durkheim utilise le concept de « solidarité organique » et pour le second, celui de « solidarité organique (ou fonctionnelle) ».
On le voit, les alliances à plaisanteries méritent d’être améliorées pour s’adapter aux liens nouveaux qui régissent les rapports des individus dans la société.

3.1. Sur le plan intérieur

Avec les indépendances acquises le 07 août 1960, Houphouët Boigny a posé des liens avec les populations du Nord, par le canal du RDA. Gbon Coulibaly aurait aidé Houphouët Boigny à acquérir le pouvoir au détriment d’un fils du nord, Sékou Sanogo.
Ainsi le pouvoir d’Houphouët Boigny, dès les débuts, a été soutenu par les nordistes. Ce pouvoir akan aurait eu ainsi la caution morale des nordistes. Si cette alliance conjoncturelle ne peut s’appeler « alliance à plaisanterie », force est de reconnaître qu’à la longue, une véritable alliance à plaisanterie aurait été créée. En effet, les dioulas (nordistes) désignent les Baoulés de « brussi » et les Baoulés, les malinkés de Kanga (esclaves) ou « sikésoua ».

3.2.Sur le plan extérieur

Les regroupements régionaux qui n’ont pu aboutir ou atteindre leur objectif fixé pourraient, à notre sens, s’inspirer des alliances entre leurs populations, dans leurs espaces de regroupement afin de tirer le meilleur parti d’une meilleure organisation des ensembles sous-régionaux. En effet, si l’homme est le point de départ et le point d’arrivée de tout développement, l’on pourrait ultérieurement utiliser les alliances à plaisanteries pour faire baisser les tensions entre hommes d’un même espace car le type de société qu’elles instaurent est construit sur le respect des mêmes principes admis par tous. Ainsi, les alliances à plaisanteries ont une fonction politique, économique, juridique, sociale et religieuse.
Les mécanismes de règlement existent déjà par le biais des alliances à plaisanteries, pourquoi ne pas utiliser des pistes déjà existantes pour régler nos problèmes si tant est que l’homme reste la préoccupation de nos politiques ?
La CEAO, la CEDEAO, le Conseil de l’Entente sont des outils existant qu’il faut dynamiser pour aider à pacifier l’Afrique.

CONCLUSION

Au total, les alliances à plaisanteries sont une donnée fondamentale dans la gestion des conflits entre hommes d’un même espace et d’espaces différents. Elles peuvent être récupérées et valorisées pour régir non plus seulement des rapports limités à des clans mais des relations entre membres très divers d’une nation. Par ailleurs, sur un plan plus large, les alliances à plaisanteries transcendent les questions restreintes de nationalité à l’échelle d’un pays. En les actualisant et en développant des mécanismes de régulation, les alliances à plaisanteries ne peuvent-elles pas favoriser une forme fédérative des Etats de la sous région ?

BIBLIOGRAPHIE

AGBOBLI EDO, Kodjo, Géographie et structures économiques en Afrique, Lomé, NEA, 302 p.
COLLECTIF, Essai sur les Soleils des Indépendances, Abidjan, NEA, 1977, 97 p.
DURKHEIM, Emile, Les règles de la méthode sociologique,Paris, quadrige PUF,1982.
KASA, Bya Kasa, Revue ivoirienne d’anthropologie et de sociologie n°2 Abidjan, PUCI, 2001, 196 p.
KODJO, Edem, ... Et demain l’Afrique... Paris, Stock, 1985, 362 p.
KOUROUMA, Ahmadou, Les soleils des indépendances, Paris, Seuil, 1976, 205 p.
- Monnè, outrages et défis, Paris, Seuil, 1992, 287 p.
LEVI-STRAUSS, Claude, L’identité, Paris, Quadrige PUF, 1987, 344 p.
MEITE, Méké, « Les Gardiens du Temple de C.H. Kane : un hymne à la parole du griot ? », Revue En-Quête n°4, Abidjan, PUCI, p 131-147.
MEMEL, Fote, H., Le système de l’adjoukrou (une société lignagère à classe d’age Côte d’Ivoire), Paris, P.A /NEA, 1980, 479 p.
YEDE, Joachim, L’alliance à plaisanterie des Dida et Abidji, Abidjan, Institut d’ethno- sociologie, 1981.


[1] Université de Cocody-Abidjan

[2] WONDJI, Christophe, « L’aspect historique », in Essai sur Les soleils des indépendances, p.21-22.

[3] WONDJI, Christophe, « L’aspect historique », in Essai sur Les soleils des indépendances, p.21-22.

[4] AGBOBLI, Kodjo Edo, Géographie et structures économiques, Lomé, NEA, p.35 (nous soulignons)

[5] AGBOBLI, Kodjo Edo, Géographie et structures économiques, Lomé, NEA, p.35 (nous soulignons)

[6] YEDE, J., L’alliance à plaisanterie des Dida et des Abidji, p. 52.

[7] On pourra lire notre article « Les Gardiens du Temple de Cheikh H. Kane : un hymne à la parole du griot », in En-Quête n°4, Abidjan, PUCI.




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