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« L’ARCHITECTURE DE SURVIE » par Yona Friedman (Editions Casterman)
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Ethiopiques numéro 18
revue socialiste
de culture négro-africaine
avril 1979

Auteur : Robert SAGNA

Avant de dégager le sens de la notion « d’architecture de survie », l’auteur s’interroge sur le pourquoi de cette dernière. Deux raisons essentielles permettent, selon lui de répondre à cette question. Il s’agit d’une part de la paupérisation croissante vers laquelle tend le monde actuel, et de la crise de l’habitat d’autre part.
Selon Friedman, le monde actuel connaît une nouvelle pauvreté, ceci ne signifie point que celle-ci n’a jamais existé, elle a toujours été présente mais connaît une évolution. Le nouveau pauvre dans les pays industrialisés est celui qui ne possède que de l’argent, mais pas en quantité suffisante pour se procurer un logement, de la nourriture, de manière satisfaisante selon les normes et conventions admises. Le nouveau pauvre des pays en développement, quant à lui, provient le plus souvent de la campagne et vit dans les bidonvilles en marge d’une routine urbaine qui lui est fermée.
L’apparition de ce nouveau type de pauvre réfute l’idée selon laquelle l’industrialisation ou une organisation politico-industrielle entraînera la fin du dénuement. Cette paupérisation croissante à laquelle se greffe une crise de l’habitat conduit à la recherche de solutions viables pour tous.
Pour Monsieur Friedman, ce sont les habitants eux-mêmes qui doivent concevoir leur habitat, car ce sont eux les « époux de l’objet d’architecture ». Il s’agit en fait d’une conception nouvelle de la fonction d’architecture, une réinvention car toute architecture a été autrefois une architecture de survie. Celle-ci, selon Friedman, favorise la production de la nourriture, la collecte de l’eau, la protection climatique, la protection des biens privés et collectifs, l’organisation des rapports sociaux et la satisfaction esthétique de chacun. En somme l’architecture de survie sert à libérer l’homme vis-à-vis des autres, à rendre habitables des écosystèmes déjà existants. Cette architecture permet en outre de résoudre les problèmes fondamentaux de la liaison : toit et nourriture qui se posent avec acuité à la plupart des hommes d’aujourd’hui.
Selon l’auteur nous tendons vers un monde de bidonvilles. Ces derniers constituent d’un certain point de vue, les « ateliers de l’avenir ». Ces bidonvilles sont le lieu où se développe une architecture sans traces ou architecture de survie.
Ces bidonvilles sont le lieu où l’habitant, dans sa lutte pour la survie entreprend la réalisation de son projet de vie avec les matériaux dont il dispose ; il s’y érige en architecte et urbaniste.
Ces bidonvilles, selon l’auteur, connaissent une certaine organisation. En effet on y trouve une population regroupée par tribus ou bidonvillages dont les principales activités sont le petit commerce ou l’artisanat local.
L’architecture de survie a pour objet ce que l’auteur appelle « l’habitabilisation de la terre ». La surface de celle-ci est constituée de zones différentes dans lesquelles l’animal « homme » fait aménager son habitat par des moyens différents. C’est ici qu’apparaît l’importance du rôle de l’habitat dans la réalisation d’un projet de vie.


L’habitant doit en effet, après l’acquisition de certaines techniques, pouvoir agir en urbaniste et architecte. Il lui faudra cependant acquérir un certain langage qui lui permettra de « dégager les propriétés inhérentes à la conception de son plan et surtout de mettre en évidence ces propriétés par rapport à son projet de vie ». Dans le cadre de cette architecture de survie, l’habitant est à la fois concepteur et réalisateur de l’objet d’art.
Cette nouvelle tâche, confiée à l’habitant, conduit à une redéfinition du rôle de l’architecte. Celui-ci n’apparaîtra plus comme un créateur, un maître mais plutôt comme un conseiller et un enseignant. En effet selon l’auteur l’architecte, dans une société qui pratique l’autoplanification devra, se limiter à l’enseignement d’un langage et à écrire une grammaire qui puissent permettre au bénéficiaire de l’objet d’art de maîtriser une technique. L’architecte devra en outre servir de conseiller aux habitants auto­planificateurs.
L’architecture de survie réalisée par l’habitant est indispensable à la continuation de la vie. Car dans un monde en paupérisation croissante, il faut inventer de nouvelles façons de se nourrir ; il est nécessaire que l’homme s’adapte à son environnement et vice-versa.
Cette nouvelle architecture doit être largement diffusée et enseignée par le nouvel architecte qui vivra comme le médecin ou l’avocat.
Ces développements, qui affirment la primauté de l’habitant sur l’architecte dans la conception et la réalisation d’un objet d’art, tout en mettant en exergue le caractère épuisable de certaines ressources vitales et l’impuissance de l’industrialisation face à la paupérisation croissante du monde actuel, suscitent les réflexions suivantes de notre part.
L’intérêt de la réflexion que poursuit Yona Friedman est d’inviter les hommes à se rappeler que tout est épuisable, même le stock des éléments indispensables comme l’air, l’eau, la terre. Dès lors une réflexion sur la prévision de ces épuisements est indispensable. Par cette réflexion, l’auteur attire notre attention sur l’essentiel de la vie humaine : l’air, l’eau, l’énergie, et sur la nécessité d’une meilleure organisation pour l’utilisation de ces ressources.
Cependant le fait de croire en cette possibilité d’organisation, ne devrait pas faire oublier la difficulté de son application ; car il ne suffit pas de se concerter pour aboutir à un accord. La consultation peut en effet révéler l’impossibilité de l’entente, du moins dans l’immédiat.
La deuxième observation que l’on peut faire est l’importance de la place réservée à l’habitant qui doit pouvoir agir en architecte et urbaniste grâce à l’autoplanification. Mais la pédagogie de cette dernière est plutôt une utopie séduisante. Elle est une vue à long terme sur l’habitat et sa fonction sociale ; cette vue nécessite une étude laquelle suppose une réflexion qui se dégage du milieu de vie de l’habitant.
L’autoplanification suppose une formation intellectuelle et humaine assez poussée. Cet aspect ne semble pas revêtir pour Friedman, l’importance qu’on peut lui accorder.
Enfin bâtir l’autoplanification sur une vue pessimiste de l’industrialisation moderne ne console pas : il faut que l’industrie intervienne pour rendre la terre plus habitable, pour permettre à l’être d’exister plus fortement. Mais il faut aussi une architecture de survie qui n’est, à mon avis, rien d’autre qu’une harmonie entre la manière de vivre et la manière de construire ; une réconciliation positive entre le technique et l’humain.





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