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LA BIBLE ET LE CORAN AUJOURD’HUI
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Ethiopiques numéro 19
révue socialiste de culture négro-africain
Juillet 1929

Auteur : Amar SAMB

« Comment le message de la Bible et celui du Coran peuvent-ils être accueilli aujourd’hui ? », tel est le thème proposé à notre réflexion par le Secrétariat pour les relations avec l’Islam et le Centre culturel Les Fontaines de Chantilly.
Le développement de ce sujet souffrira certainement de notre appartenance à la religion islamique que nous connaissons le mieux pour deux raisons. Nous la vivons quotidiennement et notre spécialité reste l’islamologie. Sans tomber dans le fanatisme, nous disons aimer naturellement la religion musulmane. Et l’amour aveugle parfois. Le sage de mon village me disait souvent que chaque mère pense que son enfant est le plus beau de tous.
Cependant, comme nous aimons à le dire, un véritable musulman doit être plus chrétien que l’adepte du christianisme. Dans une prière que Juifs, Chrétiens et Musulmans pourraient indifféremment adresser au Dieu d’Abraham, le Coran a fait dire : « Ils (les Croyants) ont déclaré : « Nous ne faisons aucune distinction entre Ses Messagers » [1] ou dans cet autre passage du Livre Saint de l’Islam : « Tu trouveras que les gens les plus proches de ceux qui croient [2], par amitié, sont ceux qui disent : « Nous sommes chrétiens. » C’est que, parmi ceux-ci, se trouvent des prêtres et des moines et que ces gens ne s’enflent point d’orgueil [3] - le Christrianisme ne souffrira point du traitement que lui aura fait subir un homme convaincu de la nécessité du dialogue islamo-chrétien. Rassurons le lecteur.
Cela dit, la Bible et le Coran, étant des livres révélés - auxquels tout musulman a l’impérieux devoir de croire - contiennent un message à peu près identique parce qu’émanant d’un même Dieu, de « la même niche de Lumière » pour reprendre les termes d’Al Ghazall. Pour traiter le sujet proposé, ne devons-nous pas tout d’abord nous interroger sur le sens de ce message et ensuite sur la ou les manières de le faire passer à un monde qui semble, sous peine de se perdre, n’avoir d’autre havre de salut que lui ? Double interrogation à laquelle nous tenterons de répondre dans les pages qui suivent.
De prime abord, les deux messages affirment la même raison d’être de l’humanité : il s’agit de vouer un culte à Dieu, d’adorer celui-ci, l’adoration ne consistant pas seulement en prières, en contemplation, en actes de dévotion - ce qui semble être le seul sens retenu jusque-là par l’Eglise et la Mosquée - mais en efforts physi­ques, intellectuels et moraux pour que la vie vaille la peine d’être vécue, pour que d’un développement harmonieux et intégral sorte un bien-être terrestre qui, par la mise en œuvre de toutes les ressources et potentialités de l’esprit, du corps et du cœur, puisse faire accepter l’idée d’un mieux-être céleste. D’où la nécessité d’une relecture de la Bible et du Coran. Toutes les générations qui viennent ne doivent pas ériger en règle absolue que la compréhension des textes sacrés par les générations qui les avaient précédées et plus particulière­ment celles qui furent contemporaines à leur révélation doive rester intangible, demeure ne varietur.
En effet, il convient d’utiliser tous les moyens de compréhension actuellement mis à la disposition de l’homme pour que celui-ci soit à même de donner l’interprétation moderne qui n’entre forcément pas en contradiction avec celle des Anciens. De tels efforts élargiraient ses connaissances en la religion, partant, renforcerait ses chances d’une application plus conforme aux exigences de son temps sans que cette relecture constitue une trahison du message divin dans son esprit et dans sa lettre. Il faut s’abstenir de restreindre le culte à la seule adoration. On doit se dire que « le travail bien entendu est aussi une prière », la recherche de la justice sociale constitue un acte de dévotion, la quête de la paix pour éviter les guerres s’avère une démarche pieu­se, etc...
Attention ! Il n’est pas question d’adapter la religion aux exigences de notre époque, exigences pouvant se montrer bonnes ou mauvaises. Nous y reviendrons.
Disons que, dans les deux messages, biblique et coranique, il convient, pour l’homme, d’honorer son engagement, de s’en tenir à son choix premier. C’est ainsi que Josué rapporte les termes de l’alliance entre Dieu et les membres de l’Assemblée de Sichem : « Ou vous respectez le Seigneur et vous faites disparaître les idoles, ou vous ne trouvez pas bon de servir le Seigneur et vous choisissez aujourd’hui les dieux que vous voulez servir : les idoles de vos ancêtres ou celles de vos contemporains » [4]. Voici la réponse donnée devant cette alternative : « Jamais de la vie ! Nous servirons le Seigneur. C’est notre Dieu. C’est lui qui nous a déli­vrés. » [5].
Un passage du Coran qui a suscité une littérature considérable chez les mystiques musulmans pour leur avoir permis de voir pourquoi l’homme ressent une attraction vers quelqu’un qui serait son créateur, pose le pacte primordial, le convenant en terme soufi. C’est celui-ci : « Et quand ton Seigneur prit, des enfants d’Adam - de leurs reins - leurs descendants, ce qu’ils les fit témoigner sur eux-mêmes : « Ne suis-je pas votre Seigneur ? » - Eux de dire : « Mais si, nous témoignons !... » [6].
Loin de nous l’idée de minimiser le culte divin. Ne relève-t-on pas encore dans le Coran cette précision : « Je n’ai créé les Démons et les Hommes que pour qu’ils M’adorent » ? [7]. Cette adoration consiste, pour l’homme, à assumer la responsabilité qui est la sienne en sa qualité de Remplaçant du créateur dans l’Univers.


Ce message demeure aussi une vision générale qui contient, bien sûr, la Religion, mais aussi les systèmes politique, social, économique, culturel et moral, bref tous les voies et moyens nécessaires à l’homme pour construire son bonheur sur terre et obtenir sa félicité dans l’autre monde. Chacune des deux Religions, chrétienne et musulmane, contient tout ce qui permet au cœur, au corps et à l’esprit de s’épanouir pleinement.
C’est enfin un message qui se veut avant tout universaliste et qui ne privilégie pas, outre mesure, le spirituel au point de négliger complètement le temporel, mais il est plutôt soucieux d’établir un équilibre harmonieux entre l’esprit et la matière (mais celle-ci) doit être subordonnée à celui-là.
Le Nouveau Testament fourmille de paraboles exaltant le travail productif, condamnant, sans appel, la paresse et l’imprévoyance. Ne suffit-il pas de rappeler la parabole des mines ? Au serviteur qui avait négligé de faire fructifier le capital confié par le Seigneur, le Christ fit ce reproche : « Pourquoi donc n’as-tu pas mis mon argent dans une banque, afin qu’à mon retour, je le retirasse avec un intérêt ? [8]. La notion de pauvreté chrétienne et qui est en honneur en Islam, surtout chez les Mystiques, doit être sinon révisée du moins mieux explicitée. Tout comme l’expression « le Royaume de Dieu » qui est non seulement « dans les cieux », mais aussi « dans les cœurs ».
A mon humble avis, les deux Religions se préoccupent du bonheur terrestre aussi bien que du bonheur cé­leste. « Celui-là, comme dit un célèbre juriste musulman, conditionne celui-ci. » [9].
Toujours dans Luc, on lit : « Je vous le dis, on donnera à celui qui a, mais celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. » Donc l’homme ainsi prévenu, averti, a intérêt à s’efforcer de posséder, honnêtement.
Certains versets coraniques vont dans le sens qui incite à plus d’attentions et de soins à la vie ici-bas, un dépôt à entretenir, à améliorer non seulement pour son propre bien mais pour mériter les félicitations du Sublime Déposant.
Ce sont : « Parmi ce que Dieu t’a donné, recherche la Demeure dernière ! N’oublie pas ta part de la Vie immédiate » [10]. « Quiconque aura été aveugle en cette vie-ci, sera aveugle en la vie dernière et plus égaré encore en chemin. » [11].
On prête au Prophète Mahomet ce propos : « Le meilleur d’entre vous n’est pas celui qui néglige ce monde pour l’autre, ni celui qui abandonne l’autre vie pour celle-ci, mais bien celui qui prend sa part ici-bas et dans l’Au-delà. »
Ces passages bibliques et coraniques administrent la preuve que les deux Religions chrétienne et musulmane ne constituent point un frein au développement bien entendu.


Faire accepter les messages

Comment ce double message peut­ il être accueilli aujourd’hui ?
Il était bon de faire le rappel précédent avant de proposer les moyens par lesquels il sera possible, à notre humble avis, de faire accepter les messages chrétien et coranique par le monde d’aujourd’hui.
- Formation de base. Il convient avant tout de commencer par les tout jeunes, ceux-ci étant les fidèles de demain. Un enseignement en bas âge équivaut à une gravure sur une roche comme dit un proverbe arabe. Est-ce cela qu’avait compris Mahomet qui a déclaré : « Tout enfant naît avec la religion naturelle (fitra). Ce sont ses parents qui en font un Chrétien ou un adepte du Judaïsme ou un adorateur du Feu. »
Ici se pose la responsabilité des parents. S’ils sont athées ou s’ils considèrent comme beaucoup de parents vivant dans une civilisation technicienne par exemple, la religion comme un épiphénomène, leurs enfants ne se soucient guère de la spiritualité. L’euphorie créée par les découvertes scientifiques et les réalisations technologiques du siècle dernier ont abouti à la déchristianisation, source de bien de maux pour la civilisation technicienne qui a bénéficié de cet état d’esprit où l’Esprit est absent.
Un poète a dit : « L’âme est comme un petit enfant ; si on le laisse continuer à téter sa mère, il grandira dans l’allaitement, tandis que si on le sèvre, il abandonnera le sein. » Aussi devra-t-on habituer l’enfant, dès son jeune âge, à l’idée de Dieu et inclure intelligemment un enseignement con­fessionnel dans l’éducation. La religion est d’autant plus ancrée dans l’esprit de l’enfant qu’il grandit au milieu de parents pieux et pratiquants. En effet, l’imitation, partant l’exemple joue un rôle irremplaçable à l’orée de la vie.
- Formation des formateurs. Si les parents, chargés de la première éducation, mieux, de l’initiation à tout, ignorent le sens de leurs faits et gestes en matière de religion, cette insuffisance, grave parce que condam­née par exemple par beaucoup de théologiens musulmans, constituera un handicap sérieux pour l’enfant en tant que futur croyant. Aussi, le milieu familial doit-il être bien pénétré des choses religieuses pour pouvoir communiquer, à bon escient, un enseignement confessionnel aux jeunes.
Un exemple nous a édifié à ce propos. Un riche commerçant polygame qui ne se préoccupe que de trouver les moyens de faire fructifier son né­goce est le père d’une cinquantaine d’enfants dont plusieurs adultes qui ne prient point. Et les autres pratiques religieuses sont le cadet de leur souci, l’alcoolisme les empêche de s’acquitter convenablement de leur métier.
Aussi, la formation des formateurs s’impose-t-elle même en la religion. Il est courant de voir des parents très pieux négliger l’éducation religieuse de leur progéniture. Cette négligence engendre souvent des conflits de générations et une désaffection des jeunes à l’égard de la religion.
-Réinvention d’une nouvelle pédagogie dans l’enseignement confessionnel. Pour faire passer le message chrétien et coranique, de nouveaux moyens de communication et d’instruction doivent être inventés. Il importe de recourir aux mass média, d’utiliser un langage compréhensif, accessible à tout âge, de traiter des thèmes d’actualité subsumés par la foi.
Omar, le troisième calife orthodoxe, a dit : « Elevez vos enfants d’une manière différente de celle par laquelle vous avez été éduqués, car ils sont appelés à vivre dans un monde différent du vôtre. »
Donc il y a lieu de tenir compte des exigences de chaque époque. Mais il n’est pas question d’adapter le message religieux à une époque quelle qu’elle soit ni le subordonner à l’histoire ou aux modes en perpétuel changement dans le temps, dans l’espace, selon les peuples et leur degré d’évolution. Chaque message contient des germes évolutifs cadrant avec le chan­gement entraîné par l’histoire. Chaque message est contemporain à chaque époque. Force est d’admettre l’im­muabilité de l’essentiel des deux religions.
Répétons-le, une relecture s’impose. Notre propre réaction, notre propre compréhension des textes sacrés nous commande cette relecture, car nous sommes devant plusieurs interprétations, souvent tendancieuses parce qu’entreprises pour les besoins de la cause. Il s’avère nécessaire d’inventorier tous les passages ou versets se rapportant à un thème donné pour pouvoir mieux apprécier.


Dans le même ordre d’idées, une traduction nouvelle des textes de base, de la langue dans laquelle ils ont été révélés aux langues de notre époque s’impose. En effet, le manque d’objectivité, la passion partisane, l’incompréhension ont pu dicter de mauvaises traductions.
Nous prenons un exemple dans des traductions en français du Coran, traductions assurées même par des Arabes. Cet exemple est gros de conséquences graves. Le Coran dit : « Les hommes entretiennent les femmes » [12]. Et les traducteurs de rendre cette phrase comme suit : « Les hommes ont autorité sur les femmes » ou « les hommes sont des directeurs pour les femmes » !!!
- Le message chrétien et corani­que doit être approfondi et diffusé par l’étude, la recherche, l’enseigne­ment, par les moyens modernes de communications et d’informations et surtout par le bon exemple, une pra­tique correcte susceptible d’entraîner des imitations réfléchies et dynami­ques. Certes, il y a des précautions à prendre s’agissant de la diffusion d’un message religieux par les mass média qui sont comme la langue d’Esope, la meilleure et la pire des choses. Il ne faut pas que la sublimité du mes­sage devienne, par une vulgarisation inintelligente, une banalisation ou don­ne naissance à une religiosité populai­re qui tourne vite et souvent en un fanatisme et en une recherche effrénée du pouvoir temporel par tous les moyens même condamnés par la re­ligion au nom de laquelle on dit agir pourtant. Parfois se cachent des inté­rêts et des ambitions inavoués sous le couvert du sacré.
- L’importance de l’éducation spirituelle. Une civilisation qui ne repose que sur un support matériel chancèle au moindre choc, crée un vide spirituel et fait se réfugier dans la drogue, la violence, l’individualisme outrancier, l’athéisme desséchant, la délinquance juvénile, les crimes et le suicide, bref cette civilisation engendre tous les maux dont souffre le monde contemporain « qui a enterré Dieu ». C’est contagieux, cette conception d’un type de société vidée de Dieu. Or, le monde est devenu comme un seul pays.
Mais il ne s’agit pas de tomber dans l’excès inverse. L’aventure du « Temple du Peuple » discrédite le sacré. Toute tentative de spiritualisation demeure une entreprise délicate. Son échec détourne de la religion. La retenue est de rigueur, sinon ce sera encore le règne d’une confiance aveugle dans la science où l’on dissocie la théorie de la pratique, l’invention ou la découverte de l’application, le savant de l’utilisateur du produit du savoir, tandis que, en religion, le temporel et la lettre, ne séparent guère de l’esprit, le véritable croyant reste un bon pratiquant, le moralisateur est le premier à montrer dans sa conduite l’éthique qu’il préconise. Cette symbiose entre l’esprit et la lettre se prépare dès le jeune âge, d’où l’importance capitale que revêt l’éducation religieuse.
- Nécessité de vivre avec son temps. Pour que le message chrétien et islamique devienne crédible au niveau non seulement des jeunes, mais aussi au plan des croyants eux-mêmes, il faudrait que les religions concernées fassent leurs les grandes options de l’heure, les revendications actuelles de notre temps et qui ont pour nom : justice sociale, éradication de la guerre, de la maladie, du racisme, de l’analphabétisme, de la faim, ainsi que de l’ensemble des maux qui constituent le sous-développement.
Il s’agit d’orienter les efforts de l’homme vers son mieux-être bien compris au lieu de laisser seul le matérialisme athée assumer la lutte contre de tels fléaux, la défense des droits de l’homme et des libertés de toutes sortes.
Dans ce domaine, il faut reconnaître que l’Eglise catholique mérite une mention spéciale pour avoir très tôt affronté les maux qui gangrènent les malades, les illettrés et les déshérités avec un dévouement, un désintéressement, un courage et une abnégation dignes d’éloge et conformes à la charité chrétienne. Il y a lieu de poursuivre et d’intensifier cet élan généreux, cette sympathie agissante et non contemplative d’une part, et d’autre part, d’essayer de se concerter, dans un dialogue fructueux, avec les autorités de l’Islam pour coordonner les actions philanthropiques qu’inspirent le message de la Bible et celui du Coran.
- Nécessité de défendre sa foi. L’ennemi commun aux deux religions chrétienne et musulmane, c’est avant tout le matérialisme athée qui a toujours confondu Dieu et ses créatures, l’Etre suprême et ses serviteurs, les principes sublimes du Sacré et la pratique qui en a été faite. Ce qu’il faut défendre, c’est la perfection du message chrétien et coranique inspiré par un Etre absolu et l’imperfection de l’homme, être relatif, faible mais perfectible.
L’amalgame relevé tout à l’heure a amené les adversaires de toute foi, de toute croyance à imposer tout le poids des maux qui frappent l’humanité à Dieu ignorant volontairement que chacune des religions révélées, par exemple, demande à l’homme de construire son bonheur, fait comprendre que l’aide divine va souvent à ceux qui déploient des efforts louables, se donnent de la peine et que la prospérité, la richesse matérielle et mo­rale ne s’obtiennent pas quand on reste les bras croisés. Même au sein de chaque religion, le culte ne se réduit pas uniquement à la vie contemplative. L’attitude mystique qui fait vœu d’un renoncement complet à ce monde-ci n’est en aucune manière compatible avec les principes islamiques bien entendus.


Autocritique

Que l’on nous pardonne de recourir à un terme cher au matérialisme athée, à savoir l’autocritique pour appeler les fidèles, hommes, des deux religions à une démocratisation plus poussée dans le partage des charges sacerdotales. L’interprétation tendancieuse du message sacré a réservé aux femmes une portion congrue. Nous nous gardons de rappeler les brimades faites à nos sœurs au cours de l’histoire sainte dirigée par les hommes, même si dans les deux religions des compagnes de l’homme avaient été vénérées pour leur piété, leur sainteté. Il convient de ne point perdre de vue que la Sainte Vierge est la mère du Christ et que sans l’appui, tant matériel que moral, de Khadidia bint Khouwallid, première femme de Mahomet, celui-ci ne se serait pas déterminé à assumer son rôle de prophète. Un partage équitable des charges dans les organes de direction s’avère nécessaire. Si on n’y prend pas garde tout de suite, l’avenir pourra réserver de sérieuses surprises aux hommes pour s’être uniquement réservé des privilèges et des honneurs, même redoutables, que ni le Christianisme ni l’Islam ne leur ont reconnus à eux seuls. Il est temps de cesser de faire des femmes des êtres de seconde zone.
Avant d’appeler les protagonistes d’une guerre à dialoguer en vue d’établir la paix entre eux, les fidèles de chacune des deux religions se doi­vent de cultiver la concorde dans leurs propres rangs afin que les conflits en­tre Catholiques et Protestants ou entre Chiites et Sunnites d’une part, et d’autre part, l’intolérance des adeptes de l’une envers ceux de l’autre soient à jamais bannis. De ce fait, ils auront prêché d’exemple et l’imitation par les autres aura trouvé plus de motifs crédibles et convaincants.
- Nécessité de diffuser sa foi. Si l’on choisit telle ou telle religion, c’est que, en la pensant la meilleure, on y trouve son bien, le moyen d’assurer son salut tant ici-bas que dans l’Au-delà. N’étant pas seul dans ce monde, le fidèle a raison de vouloir du bien pour son prochain. Ce qui justifie la propagande religieuse. L’un des Dix Commandements exige qu’on aime son prochain comme soi-même. Et le Prophète de l’Islam de déclarer : « On n’est un vrai croyant que si ce que l’on aime pour soi même, on le désire aussi pour son frère. »
Donc l’évangélisation, tout comme la propagande en faveur de l’Islam, est conforme au message de la Bible et à celui du Coran.
Deux passages du Saint Livre des Musulmans, par exemple, contiennent, en filigrane les raisons d’un prosélytisme religieux :
« Quelque chose que vous preniez, en butin, sachez que le quint (en) appartient à Dieu, à l’Apôtre, au Proche (de celui-ci), aux Orphelins, aux Pauvres, au Voyageur, si vous croyez en Dieu et à ce qu’il fit descendre sur Son Serviteur, au Jour de la Sal­vation. » Ces lignes concernent le butin de guerre [13]. L’autre passage se rapporte à l’aumône légale, un des cinq piliers de l’Islam : « Les aumônes sont seulement pour les Besogneux, les Pauvres, ceux œuvrant pour elles, ceux dont les cœurs sont ralliés, ainsi que pour les Esclaves, pour les Débiteurs (pour la lutte) dans le Chemin de Dieu et pour le Voyageur. Im­position de Dieu. » [14].
Si les exploités, les économiquement faibles sont entretenus, on les mettra dans des conditions idéales qui leur ouvrent le cœur à la foi, à l’Islam. Ils ont raison les théologiens musulmans qui ont affirmé que leur religion contient des principes élevés du socialisme. La fraternité en Islam a joué un rôle considérable dans la conversion de beaucoup d’hommes. Le Trésor public (Bayt-el-mâl) qu’alimentaient les waqf ou biens de mainmorte, dons faits à l’Islam par des richissimes, servait, entre autres usages à caractère social, à racheter les esclaves et à affranchir les prisonniers musulmans. Toutes ces dispositions d’ordre administratif constituent autant de moyens d’animer un prosélytisme très profitable à l’Islam. Et il n’y a pas de raison de ne pas les voir prendre aujourd’hui d’autres formes plus subtiles pour permettre à la religion musulmane de se répandre par cette voie plutôt que par la manière forte.
L’objectivité nous commande d’avoir signalé ce fait qui n’est certainement pas propre à l’Islam seul. D’autres religions - et elles ont raison - se réservent une sorte de « caisse noire » pour assurer leur diffusion.
En conclusion, disons que devant le vide spirituel qui caractérise la civilisation occidentale, technicienne, qui se mondialise, devant l’engouement subit des jeunes pour les associations, les mouvements à caractère religieux, devant l’échec du scientisme sans foi et du matérialisme athée et révolutionnariste, devant la nécessité de diffuser ce qui est considéré comme un Bien souverain tant pour soi-même que pour ses frères et sœurs en l’humanité, l’homme moderne se doit d’endosser un important harnais pour une croisade de paix, au nom de sa foi ou chrétienne ou musul­mane, pour que « le Royaume de Dieu », « la Jérusalem céleste » et « la Cité idéale » (madînata-l-fâdilah) soient pleinement vécus sur terre.


[1] Coran II, verset 285.

[2] C’est-à-dire les Musulmans.

[3] Coran V, verset 85.

[4] Josué 24, versets 14 et 15.

[5] Josué 24, versets 16 et 17.

[6] Coran VII, 172.

[7] Coran LI, 56.

[8] Luc 23 ; 24.

[9] C’est l’imam Sahnûn dans sa Mudadawwana.

[10] Coran XXVIII, 77.

[11] Coran, XVII, 74.

[12] (12) Coran IV, 38.

[13] Coran VIII, 42. Disons que toutes les guerres entreprises au nom de l’Islam auraient dû être des guerres défensives - beaucoup l’ont été - pour se conformer à l’esprit du message coranique.

[14] Coran IX, 60




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