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LE THEME CHAMATIQUE DANS LES SOURCES RABBINIQUES DU PROCHE-ORIENT, DU DEBUT DE L’ERE CHRETIENNE AU XIIIeme SIECLE
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Ethiopiques numéro 40-41
Revue trimestrielle de culture négro-africaine
Nouvelle série - 1er trimestre 1985 - volume III n°1-2

Auteur : Simone Bakchine DUMONT

Introduction

L’idée que la malédiction prononcée par Noé à l’égard de Canaan affecta Cham et par voie de conséquence ses descendants, le peuple noir, constitue l’essence du mythe chamitique. Le thème dans ses divers développements a engendré au cours des siècles des schémas simplistes et automatiques basés sur la condamnation originelle des Noirs et leur infériorité par rapport au reste de l’humanité. Le mythe bien entendu, ne peut être tenu pour seul responsable de toute l’idéologie anti-noire développée jusqu’à ce jour, mais il n’en demeure pas moins, qu’il a fourni des éléments précieux à l’élaboration de tels concepts et a joué un rôle non négligeable dans la légitimation de la traite et l’esclavage des Noirs. Le récit biblique semble pourtant fort clair :
« Noé d’abord cultivateur, planta une vigne. Il but de son vin et s’enivra et il se mit nu au milieu de sa tente. Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père et alla dehors l’annoncer à ses deux frères. Sem et Japhet prirent la couverture, la déployèrent sur leurs épaules, et marchant à reculons, couvrirent la nudité de leur père, mais ne la virent point, leur visage étant retourné. Noé réveillé de son ivresse, connut ce que lui avait fait son plus jeune fils, et il dit « maudit soit Canaan ! Qu’il soit l’esclave des esclaves de ses frères ». Il ajouta « Soit Béni l’Eternel Divinité de Sem, et que Canaan soit leur esclave ! Que Dieu agrandisse Japhet ! Qu’il réside dans les tentes de Sem, et que Canaan soit leur esclave ! » (Gen IX 20-27).
Il apparaît donc intéressant d’effectuer une enquête sur les commentaires rabbiniques du texte scripturaire, afin de dégager la conception judaïque de la malédiction et du thème chamitique et de définir les facteurs qui ont déterminé cette conception. Nous pourrons alors voir si ces sources contiennent ou non des éléments qui ont contribué à l’élaboration du mythe comme l’affirment certains chercheurs.

Nos sources

Pour ce qui concerne la Bible, on peut affirmer que le canon de la Torah (Pentateuque), était déjà arrêté à l’époque d’Ezrah (Ve siècle av. l’E.C.), mais ce n’est qu’au IIe siècle de l’E.C, que les Ecritures sont closes et forment un tout. Rappelons que depuis 63 av. l’E.C., date de la prise de Jérusalem par Pompée, la Palestine fait partie de l’Empire romain. Deux soulèvements importants marquent le début de cette occupation, le premier en 66 de l’E.C., est réprimé par Titus qui investit Jérusalem et fait incendier le Temple (70) ; le second dit révolte de Bar Kochba en 135, est également écrasé. Les Juifs sont déportés, vendus beaucoup s’enfuient. La ville de Jérusalem est interdite à ceux qui restent. Ces événements favorisent le développement d’un besoin de cohésion religieuse et d’unité nationale. Les dirigeants préconisent alors la stabilisation d’un texte unique définitif.
La littérature talmudique et midrashique constitue le matériau fondamental de notre étude. Les changements constants de la situation politique et économique en Palestine, ont nécessité une adaptation continuelle du texte scripturaire, impossible à satisfaire puisqu’il est par essence immuable, d’où le développement de la loi orale. La méthode employée par les Savants est le midrash, terme dérivé du verbe darash qui signifie effectuer une recherche sur un passage biblique, le commenter, l’interpréter. Ce procédé est appliqué au corpus législatif (midrash halakique) et aux récits et événements historiques contés par la Bible, en leur donnant une dimension légendaire, mythique, c’est le midrashaggadique. La transcription de toute cette tradition est généralement liée à des difficultés ou des catastrophes de dimension nationale. Citons en particulier la destruction du Temple et la diaspora qui engendrent le développement d’un esprit de syncrétisme propice à la multiplication des sectes. L’une d’elles donne naissance à un schisme puis à une religion indépendante, le christianisme. Celui-ci s’avère d’autant plus inquiétant pour la survie du judaïsme, qu’il intègre les doctrines traditionnelles qui donnent à la minorité juive ses raisons d’être. Les solutions de recours pour surmonter la crise vont être centrées sur l’unification et l’obligation de se soumettre rigoureusement à la Loi qui dans le même temps est adaptée aux besoins de l’environnement. Opprimés par le pouvoir byzantin, les Juifs tendent par deux fois la main à ses ennemis, en 614 aux Perses, puis en 634 aux Arabes, mais ils n’obtiendront jamais le droit de se gouverner. De plus ils vont être, sous la domination islamique des tributaires soumis au statut de dhimmi, qui les écarte de toute participation aux affaires politiques et administratives.
Nous avons traduit des extraits des ouvrages suivants : le Talmud palestinien ou Talmud de Jérusalem terminé au Ve siècle, le Talmud babylonien ou Talmud Babli rédigé à la fin du Ve siècle, différents midrashim composés en Palestine et dont les plus importants pour notre sujet sontle Bereshit Rabbah grand midrash exégétique sur la Genèse rédigé entre 400 et 500 ; le Midrash Tanhuma ou Yelammednu, midrash homélitique sur la Torah écrit entre 775 et 900 ; le Pirké de Rabbi Eliézer qui date du IXe siècle. A ceci nous avons ajouté deux compilations midrashiques le Yalkut Shimoni élaboré dans un climat de persécutions par Siméon ha Darchan de Francfort au XIIIe siècle, et le Midrash ha Gadol, ouvrage yéménite composé par David ben Amram alors que les Juifs yéménites étaient l’objet de massacres (XIIIe siècle).


1. Le judaïsme sous la domination romaine, Noé, rédempteur de l’humanité

Dès le début de l’occupation, la politique fiscale romaine engendre une paupérisation inquiétante des masses, et profite à une minorité juive composée d’aristocrates fonciers, de prêtres et de percepteurs d’impôts. Pendant cette période et pour répondre à une situation qui semble désespérée, la croyance en l’avènement d’une ère de paix et de gloire éternelle se renforce. Les vieux rêves messianiques s’amplifient. Le courant judéo-hellénique présente Noé comme « un nouvel Adam, à la fois dernier homme de la première lignée humaine et premier de la seconde. Philon l’assimile non pas avec l’homme façonné, mais avec l’homme fait à l’image, c’est-à-dire l’homme idéal investi de l’autorité royale » [1]. Dans le premier et second livre des oracles sibyllins il est « le prophète du repentir, dépêché par Dieu vers l’humanité perverse, pour l’exhorter à la pénitence et prévenir le déluge » [2].
Après les échecs de 70 et de 135 les Rabbins concentrent leurs efforts pour construire un système solidement organisé, d’actions et de croyances susceptibles de conserver le judaïsme dans son intégrité. Face au christianisme qui se réclame unique héritier de Ecritures, ils exaltent la vie des patriarches en tant qu’exemple éthique et religieux, et comme témoignage du fait que Dieu n’oublie pas ceux qu’il a élus. Dans la Bible Noé est épargné parce qu’il « fut un homme juste entre ses contemporains et se conduisit selon Dieu » (Gen VI 9), les Rabbins rapporteurs d’une tradition vieille de plusieurs siècles, prouvent qu’il est effectivement digne d’être le rédempteur de l’humanité. Il est présenté comme le seul de sa génération à croire en Dieu et à lui vouer une confiance. Ses contemporains, qui selon R. Yohanan « aimaient l’idolâtrie, haïssaient le Saint béni soit-Il et provoquèrent sa jalousie » (Ber R 28,8) seront par contre anéantis. Ici le terme idolâtrie vise autant le polythéisme que le christianisme ; il inclura évidemment plus tard l’islamisme ; le Tanhuma (Noé ,24) nous informe que « la deuxième génération n’a rien appris de la première, ni la troisième de la seconde... ainsi en est-il des méchants... de cette manière a agi la génération d’Enoch, ils ont pratiqué l’idolâtrie... Que fit le Saint béni soit-Il ? Il appela les eaux pour les submerger... ».
Dans le système élaboré par les Rabbins, une place est réservée au renforcement des pratiques culturelles. La circoncision est d’autant plus exaltée qu’elle est un moyen efficace de lutter contre les revendications chrétiennes. En glorifiant le symbole de l’alliance avec Dieu, ils intensifient chez leurs coreligionnaires le sentiment d’appartenance au peuple élu et accentuent dans le même temps la différence entre les deux religions. Dans cette perspective, ils n’hésitent pas à affirmer que « Noé fut juste et droit parce que né circoncis » (Ber R 3.7) ; un autre commentaire déclare que « dans le monde à venir Abraham se tient assis à l’entrée de la Géhenne, et ne laisse aucun circoncis y descendre » (M. Av. 3,6 [3].
Enfin ils préconisent l’étude de la Torah comme principal remède à tous les maux publics et privés et antidote ultime à la domination étrangère. Rappelons que les sept lois noachides élaborées par les Rabbins à partir des commandements adressés à Adam (Gen 11,16) et à Noé et ses fils (Gen IX, 1-7) sont considérées comme universelles cependant que les Juifs doivent observer la Torah dans son intégrité.
Dans les commentaires, la sexualité constitue un des mécanismes vitaux de la malédiction. Au niveau éthique, les Rabbins insistent sur son côté disciplinaire et restrictif, mais ils n’exigent pas un ascétisme ou une pruderie excessive. L’instinct sexuel n’est pas considéré comme un péché dans la mesure où il incite l’homme à procréer, et si selon la tradition, Dieu interdit aux habitants de l’arche d’avoir des relations sexuelles, c’est disent les Rabbins pour participer aux souffrances de l’humanité et ne pas reconstruire en procréant ce qu’il a décidé de supprimer pour un temps. En fait, leur enseignement concernant la sexualité légitime et les prohibitions sexuelles apparaît comme une politique nataliste nécessaire à la survie de la comm­nauté. Après les échecs des deux soulèvements, le mariage et la procréation sont plus que jamais valorisés. La procréation est d’ailleurs le premier devoir qui incombe à Noé et à ses fils à la sortie de l’arche [4]. Les transgres­sions et les perversions sexuelles font l’objet d’une réglementation rigoureuse ; les interdits portent sur l’adultère, la licence, l’inceste, l’homosexualité, la sodomie et la castration que nous incorporons à ce paragraphe car elle engendre la stérilité. On peut lire dans le Bereshit Rabbah (26.5) « R. Huna a dit au nom de R. Joseph [5] : la génération du déluge ne fut pas effacée de la terre avant qu’elle ne compose des chansons nuptiales en l’honneur de la pédérastie et de la bestialité ».

II. Les désobéissances de Noé : Un discours en fonction de la situation du monde juif.

Dans les Ecritures, seul l’excès de boisson entraîne les conséquences que nous savons, déshonneur de Noé, malédiction de Canaan. Par contre, plusieurs midrashim, composés à diverses époques en Palestine et ailleurs, interprètent le début du verset biblique « Noé d’abord cultivateur » (littéralement commença à être un homme de la terre), comme une dégradation du personnage par rapport à ce qu’il était antérieurement. De « juste » il devient « profane » et nombreux sont les commentaires qui expliquent les raisons de ce nouvel épithète. Leur intérêt pour notre sujet réside d’une part dans les mobiles ponctuels qui ont déterminé le développement du thème, et d’autre part dans le fait qu’ils préparent le récit exégétique concernant la malédiction. Pour expliquer la désacralisation de Noé, les Rabbins développent trois arguments :

a) L’interprétation linguistique qui permet de modifier le sens originel du texte scripturaire. Ainsi certains commentateurs en faisant dériver le verbe « va yahel » (il commença) de « hol » (profane), affirment que Noé s’est profané lui-même, c’est-à-dire qu’il s’est dégradé [6].
b) Un jugement critique sur l’activité agricole de Noé, qui pourrait révéler une déconsidération du travail de la terre ou de la plantation de la vigne. En fait il semblerait plutôt que les Rabbins font allusion ici à l’antagonisme qui opposait les savants à ceux qu’on appelait « am ha arez » (littéralement le peuple de la terre). Au début de l’E.C. ce terme s’appliquait de manière méprisante aux individus considérés comme ignorants parce qu’ils n’observaient pas la loi ; en réalité la plupart d’entre eux étaient issus de la masse paysanne, qui accablée d’impôts se trouvait dans l’impossibilité de verser la dîme sacerdotale, dont la nourriture était estimée impure puisque l’on pouvait présumer qu’elle contenait encore la dîme du Lévite. Au cours des siècles suivants cette animosité finit par disparaître, mais le terme continua à être utilisé péjorativ­ment à l’encontre de ceux qui ignoraient ou ne respectaient pas la Loi. Pour ce qui concerne la vigne, c’est évidemment l’ivresse plutôt que la plantation qui est condamnée dans les textes et les Rabbins sont unanimes à blâmer très sévèrement l’excès de boisson du patriarche. Ils introduisent ainsi le thème de la désobéissance qui sera par la suite appliqué à Cham et Canaan.
c) Le troisième argument qui porte sur la désobéissance de Noé évoque la participation du démon Asmodée à la plantation de la vigne, et l’ivresse, conséquence logique des événements précédents. Cette ultime étape permet aux Rabbins de démontrer les retentissements désastreux et à longs termes d’une attitude répréhensible. Auparavant les dirigeants du peuple juif avaient lutté contre l’orgiasme, les abus d’alcool et la débauche sexuelle des cultes de Baal. Dans les premiers siècles de l’E.C. de nombreux colons romains menaient une vie peu conforme à l’éthique juive. L’influence pernicieuse que pouvaient exercer leurs libations et leurs mœurs licencieuses effrayaient inévitablement les Rabbins qui travaillaient à la consolidation du judaïsme, d’où la sévérité de leur réquisitoire dans le récit exégétique : « ...il but sans mesure et se rendit méprisable. R. Hiyya ben Abba [7] a dit : le même jour il a planté, il a bu et s’est rendu méprisable » (Ber R. 36,4). Pour ce qui concerne les exégèses du Tanhuma et du Midrash ha Gadol, il est évident qu’à la tradition analysée ci-dessus, s’ajoute celle du milieu musulman où l’usage de l’alcool est sévèrement prohibé.
A notre avis les Rabbins se sont employés à prouver la culpabilité de Noé pour deux raisons fondamentales. On peut discerner en premier lieu un désir de disqualifier le patriarche par rapport à Moise dans la mesure où les noachides, lois adressées aux hommes par Dieu possèdent un caractère universel cependant que la Loi mosaïque, expression parfaitement finie de la volonté divine, est léguée au peuple juif, il est d’ailleurs écrit dans le Bereshit Rabbah (36,2) « R. Bera­hia [8] a dit : Moïse fut plus cher à Dieu que Noé, car Noé fut appelé « homme juste (Gen II, 19) puis « homme de la terre », mais Moise après avoir été appelé « l’Egyptien » (Ex II, 19) fut appelé « l’homme de Dieu » (Dieu XXXIII n1). Il fut plus aimé que Noé qui finit castré ». Ajoutons que le terme noachide est parfois utilisé dans les commentaires pour désigner les autres, c’est-à-dire ceux qui ne font pas partie d’Israël. En second lieu la désacralisation de Noé, permet aux Rabbins d’expliquer l’attitude de Cham, de justifier la malédiction qui va peser sur une partie de sa descendance, et d’enseigner au peuple juif que même un juste élu par Dieu peut être puni lorsqu’il transgresse ses commandements.


III. Les conséquences de l’ivresse de Noé. De la notion de responsabilité individuelle et collective dans le monde judaïque.

« Il but sans mesure et se rendit méprisable. R. Hiyya ben Abba a dit : le même jour il a planté, il a bu et s’est rendu méprisable » (Ber R. 36,4).
Pour expliquer ce commentaire, les Rabbins basent leur analyse sur les conséquences de l’attitude du patriarche. Noé a agi en irresponsable devant Dieu et les hommes, les actes qu’il a commis sont la source de nombreux maux pour les générations futures. En outre, ils permettent à Cham et à Canaan de manifester leur perversité et de sombrer dans l’immoralité. Partant de là, le secteur chamite devient le secteur de l’erreur et de la désobéissance.
En épargnant Noé et ses fils, Dieu les a investis d’une double responsabilité, une responsabilité physique qui vise à recréer l’humanité et à l’accroître selon le verset biblique « croissez et multipliez » (Gen IX, 1), une responsabilité morale, ils doivent par une attitude irréprochable inciter la nouvelle humanité à ne pas retomber dans les erreurs de la précédente. Ces deux thèmes qui transparaissent à travers le récit exégétique s’appliquent aisément au problème de la création et de la notion de responsabilité individuelle et collective dans le monde juif. Nous avons déjà souligné l’importance vitale de la procréation après les échecs des soulève­ments de 70 et de 135. Les Rabbins s’efforcent désormais d’inculquer au peuple juif ce concept de double responsabilité, afin qu’il prenne conscience que sur lui repose la survie du judaïsme, tant au plan physique que moral. Dans ce contexte l’ivresse de Noé et ses conséquences, constituent une leçon pédagogique particulièrement édifiante. En découvrant la nudité de son père, Cham le déshonore et offense Dieu puisqu’il viole ses commandements. Dans le rapport Noé/Cham le texte biblique introduit un troisième personnage Canaan, sur qui retombe la punition. Pour expliquer et justifier un châtiment, les Rabbins invoquent plusieurs raisons ; citons en deux à titre d’exemple : « Cham a péché et Canaan est maudit ; controverse entre R. Judah et R. Néhémia, R. Judah a dit : parce qu’il est écrit « Dieu bénit Noé et ses fils » (Gen IX 21), et que la malédiction ne peut résider dans un endroit où règne la bénédiction il est dit « maudit soit Canaan ». R. Néhémia a expliqué que ce fut Canaan qui l’a vu le premier et les en a informés, en conséquence la malédiction revient à celui qui a mal agi » (Ber R 36,7). Ajoutons que si la participation de Canaan légitime la malédiction, elle permet, pour des motifs historiques que nous exposerons ultérieurement, de condamner le père des Cananéens et par extension le peuple tout entier.
Le récit exégétique qui puise ses sources dans la tradition, révèle une autre faute commise par Cham bien avant l’ivresse de son père et tout à fait ... révélatrice de l’aspect immoral et pervers de son caractère. Nous avons évoqué les motifs del’interdiction sexuelle qui pèse sur tous les habitants de l’arche, or certains dont Cham, violent le commandement en pas­sant outre l’interdit.
« R. Hiyya ben Abba a dit :
« Ils ont eu le privilège d’être sauvés (du déluge). On nous a enseigné que Cham, le chien et le corbeau ont mal agi. Cham est devenu noir, le chien est devenu singulier dans sa manière de copuler et le corbeau est différent des autres créatures (dans sa reproduction) (Talmud de Jérusalem. Taan 1.64d).
« R. Hiyya ben Abba a dit : Cham et le chien ont copulé dans l’arche, c’est pourquoi Cham est devenu noir, et le chien expose publiquement sa copulation, (Ber R. 36,7).
« Nos Rabbins nous ont enseigné : trois ont copulé dans l’arche et tous trois furent punis, le chien, le corbeau et Cham. Le chien fut condamné à rester attaché, le corbeau à expectorer (sa semence dans le bec de sa compagne) et Cham fut frappé dans sa peau » (Sanh 108b). L’association du chien et du corbeau à Cham ne peut être comprise qu’au niveau symbolique. Ces deux animaux traités avec un profond mépris dans les textes rabbiniques accentuent le caractère corrompu et dépravé du personnage.
A la sortie de l’arche et face à l’ivresse de Noé, Cham et Canaan ont selon les commentaires deux attitudes condamnables, l’une qui engendre son déshonneur moral, l’autre son déshonneur physique. Le Judaïsme prohibe toute mise à nu du corps ; à l’époque, cette lutte visait les Cananéens qui représentaient pour les Hébreux les tenants de l’impudeur et du vice, elle devait se renforcer par la suite pour marquer l’opposition avec le gymnaste hellénique [9] ; en hébreu l’expression découvrir la nudité désigne d’ailleurs un acte incestueux. Le dossier établi par les Rabbins à l’encontre de Cham et de son fils est rendu encore plus accablant par le fait qu’ils vont dévoiler la honte de Noé à tout le monde (exégèse rabbinique du terme « dehors »). Pour ce qui concerne le déshonneur physique du patriarche Je Talmud Babli (Sanh 70a) rapporte une controverse entre deux Rabbins Rav et R. Samuel [10], où l’on affirme que Cham l’a castré, et l’autre qu’il l’a sodomisé, et le texte conclut que les deux affronts ont été perp­trés. Le Bereshit Rabbah (36,3) nous informe que « Moïse fut plus cher à Dieu que Noé qui finit castré » ; et il est ajouté plus loin « R. Huna a dit au nom de R. Joseph tu m’as empêché de faire une chose qui se fait dans l’obscurité... » cependant que le Tan­huma (Noah 21) précise que Noé dit à Cham « tu ne m’as pas laissé mettre au monde un quatrième enfant. Cham a outragé son père ». Enfin le Midrash ha Gadol accuse Cham d’avoir castré son père pour na pas partager la terre avec un quatrième frère. Ici Misraim Kush et Put sont également impliqués dans la malédiction.
L’introduction de ces deux actes entraîne de toute évidence un réquisitoire sans appel envers Cham et sa descendance ; rappelons que la sodomisation considérée comme un acte criminel par le code moral de la Torah entraîne la peine capitale ; la rigueur du châtiment est probablement une défense contre les mœurs cananéennes et égyptiennes. La castration est également prohibée par le Judaïsme, incluse dans les noachides cette défense prend alors une valeur universelle.
Pour les fautes qu’ils ont commises, les coupables vont, conformément à l’éthique juive, subir un châtiment. Dans les Ecritures, Canaan est le seul maudit, il sera l’esclave des esclaves de ses frères, et l’esclave de Sem et de Japhet. Au cours des siècles la tradition va ajouter de nombreux éléments au discours initial et le récit exégétique riche de toute cette substance évolue lui aussi dans le temps et dans l’espace.
Dans les premiers commentaires, Cham subit deux punitions, le noircissement et l’esclavage. Trois textes évoquent le premier châtiment :
« R. Hiyya bar Abba a dit : Cham, le chien et le corbeau ont mal agi dans l’arche. Cham est devenu noir » (Taan 1, 64 d).
« R. Huna a dit au nom de R. Joseph : ta descendance sera laide et noire. R. Hiyya ben Abba a dit Cham est devenu noir. R. Lévi a dit : (ceci peut être comparé à) celui qui frappe à son effigie dans la cour du Roi. Le Roi dit : j’ordonne que son visage soit noirci (couvert de suie) et que sa monnaie n’ait pas cours. Ainsi Cham et le chien ont copulé dans l’arche et c’est pourquoi Cham est devenu noir (noirci) » (Ber R 36,7).
Nos Rabbins ont enseigné :
« Cham fut frappé dans sa peau » (Sanh 108 b).
Plusieurs questions se posent au niveau de la signification de ces exégèses, s’agit-il d’une interprétation linguistique ? symbolique ? ou du désir d’expliquer par le biais d’un récit aggadique l’origine de la couleur noire de certains peuples qui selon l’ancien testament descendent de Cham ?
a) Le terme hébreu utilisé dans les commentaires pour désigner la punition est « mefuham » qui est un participe passif (pual) correspondant à l’actif mefahem), employé ici comme adjectif et provenant du verbe p.h.m ; il signifie noir (comme le charbon), noircir. Le mot hébreu qui désigne le charbon est par ailleurs péham. On pourrait donc penser que les Rabbins ont élaboré un jeu de mots à partir de ham pour montrer la punition du fils de Noé Cham. Mais cette interprétation ne peut à elle seule expliquer le midrash, et la parabole de R. Lévi nous oblige à orienter nos recherches dans une autre direction. Le thème central de cette parabole est la monnaie, l’émetteur viole d’une part la Loi divine puisqu’en frappant son effigie, il passe outre l’interdiction de la Torah concernant la représentation des images (Lev XXVI, 1), et d’autre part la Loi des hommes, la frappe de la monnaie étant une prérogative royale ; d’où le double aspect de la punition, la monnaie n’aura pas cours, le faussaire échoue dans sa tentative de prise de pouvoir, et son visage noirci (recouvert de suie), en violant la Loi divine il s’assimile aux idolâtres et subit le même sort que celui réservé à leurs temples. Les textes rabbiniques précisent en effet cette coutume. « On marque les sites d’un temple idolâtre en noircissant ses débris un charbon » [11]. La relation de la parabole avec Cham se fait aisément, dans l’arche il viole d’une part la Loi divine, l’interdiction vient de Dieu, et d’autre part la Loi des hommes, Noé est investi tout comme le Roi, de la responsabilité de faire respecter ses ordres. En passant outre, Cham tente de prendre sa place. Idolâtre parce qu’insoumis à Dieu, son visage sera noirci, et il échoue dans sa tentative d’écarter Noé. Il est ensuite considéré comme le dégradé, le dépravé face à Sem et Japhet. Le midrash se trouve ainsi bien intégré dans le système pédagogique des Rabbins et sa fonction dans cette perspective est d’enseigner aux Juifs la soumission à la Loi s’ils veulent éviter d’être châtiés. Il y a lieu cependant de s’interroger sur l’emploi de la couleur noire en tant que symbole négatif. Au cours d’une étude remarquable sur la symbolique des couleurs dans la tradition et la mystique juive [12], G. Scholem met en relief la luminosité des couleurs attribuées aux éléments sacrés, et l’exclusion du noir. Dans les Ecritures et la littérature talmudique, le blanc symbolise la pureté par opposition au noir et au sombre qui sont le contraire de la vie, de la lumière ; le noir est en outre souvent attesté comme couleur de deuil. Ainsi s’ébauche une théorie des contrastes où la luminosité s’oppose au sombre, la lumière aux ténèbres, le blanc symbole de la pureté au noir qui devient dans le contexte symbole de l’impureté, et par extension du péché. Un docteur du IIe siècle recommande d’ailleurs à quiconque ne peut triompher de son instinct et succombe à la tentation sexuelle de se vêtir de noir avant de s’adonner à ce dont il ne peut s’abstenir [13].
Le noircissement de Cham peut donc s’expliquer à partir de la symbolique des couleurs dans le monde judaïque ; mais il faut cependant noter que noircir n’est pas être noir et qu’il ne s’agit pas d’un état mais de la forme d’un châtiment. Par delà cette notion d’autres données qui transcendent l’étude symbolique s’ajoutent puisque parmi les descendants de Cham, certains sont effectivement noirs ; et par ailleurs R. Huna affirme au nom de R. Joseph « Ta descendance sera noire ». Nous devons donc rechercher si la punition est uniquement l’expression d’un symbole, ou si elle s’appuie sur un soubassement qui admettrait une échelle de valeur, défavorisant une partie de l’humanité du seul fait de sa couleur noire. Dans ce cas la symbolique des couleurs interviendrait dans le fonctionnement du midrash mais n’en constituerait pas l’essence.
Pour ce qui concerne la deuxième punition, un seul commentaire rapporte que Cham sera soumis à l’esclavage : « Cet homme (Cham) sera l’esclave de ses frères qui sont mes esclaves » (Ber R 36,7). Le fait que Noé déclare ses autres fils esclaves retire toute réalité au châtiment ; il est probable que le commentateur ait voulu entendre que Cham servira ses frères comme ceux-ci servent leur père, c’est-à-dire qu’il sera le dernier dans la hiérarchie familiale. Néanmoins, seule l’étude des fils de Cham permettra de confirmer cette hypothèse, et de voir, si dans la tradition juive l’état d’esclave est lié ou non à la condition d’homme noir.
Les renseignements concernant les descendants de Canaan, le peuple cananéen sont dans les sources bibliques et post bibliques. Pour les Rabbins il constituait une population sémique du nord ouest de l’Asie, composée à l’origine d’agriculteurs. Après l’invasion des Hébreux, convaincus par une longue tradition d’être les propriétaires légitimes de leur terre, les Cananéens prennent la tête de l’expansion du commerce méditerranéen et deviennent ces fameux navigateurs connus sous le nom de Phéniciens. Ce n’est qu’à l’époque de Salomon qu’ils disparaissent en tant qu’entité nationale, mais certains textes prouvent que jusqu’à la période romaine, ces derniers continuèrent à se qualifier du nom de leurs ancêtres. La malédiction biblique s’explique par la nature des relations qui ont existé entre les deux peuples après l’invasion israélite. L’influence des cultes locaux sur les nouveaux venus devait provoquer une réaction importante chez les vrais sectataires de l’authentique religion mosaïque, et à la guerre de conquête se superposa une lutte contre ses influences. En outre la malédiction prend également la forme d’un mythe politique comportant des éléments de chauvinisme national. Au cours des siècles les causes de cette attitude disparaissent mais le mythe demeure, la tradition le transmet de génération en génération, et ce n’est plus un peuple qu’elle vise mais tous ceux qui s’apparentent aux idolâtres, c’est-à-dire les autres. Canaan devient le symbole du mal et le terme lui même prend une valeur symbolique, il désigne désormais aussi bien le peuple que l’esclave non hébreu (Kidd 49 b). Enfin certains Rabbins donnent à la malédiction une dimension plus restreinte en faisant allusion aux rapports hiérarchiques de la cellule familiale, où Canaan occupe la dernière place et doit servir ses aînés, concept qui rejoint le mythe politique et donne symboli­uement la préséance à toute la descendance de Noé sur Canaan.
Dans les commentaires post-talmudiques, la malédiction subsiste, mais ses conséquences sont étendues à tous les fils de Cham et la couleur noire y est représentée comme un état du secteur chamite. Dans le Pirké de R. Eliézer (24) Sem et ses fils sont noirs et beaux, Cham et ses fils noirs comme le corbeau, Japhet et ses fils blancs et beaux, le Midrash ha Gadol diffère de ce texte par un élément particulièrement important, Sem et ses fils y sont blancs et magnifiques. L’esclavage affecte toute la descendance de Cham. Ces textes résultent évidemment de schémas étrangers aux exégèses précédentes, et c’est par l’étude du contexte historique et social dans lequel ils ont été composés que nous pourrons déterminer les causes du changement de la pensée rabbinique.


IV. Cham et sa descendance face à Sem et Japhet, un récit exégétique élaboré en fonction de la morale et de la survie d’Israël

Considérons à présent les autres descendants de Cham, Put, Kush et Misraim. Les sources fournissent peu d’éléments sur Put. Seul R. Simon ben Lakish rapporte qu’il constituait une entité distincte. (Ber R 37,2) mais il ne fait aucune allusion au lieu occupé par sa descendance. Les Septantes traduisent Put par Libyens et les Targumim par Allihroq, cité qui selon P. S. Alexander serait peut être Heracleopolis Magna, en moyenne Egypte au sud du Fayoum. Un midrash situe Put à côté de Canaan dans la construction de la tour de Babel, mais il est difficile d’ajouter foi à ce texte puisque son but est de prouver que tous les fils de Cham ont participé à la rébellion contre Dieu [14].
Le récit exégétique renferme par contre de nombreuses catégories de références au terme kush. Dans les Ecritures il est localisé en Afrique ou en Asie [15]. Les Septantes traduisent l’homme kush par Aethiops qui signifie visage brûlé, et le pays par Aethiopia. Les Targumim lui donne le nom d’Arabia.
Le Talmud Babli (Meg 11a) et les Targumim (Esther 1) font état d’une connection entre l’Inde et l’Ethiopie ; il est probable que les connaissances des Rabbins dérivent des conceptions géogr­phiques de l’époque. J., Devisse [16] écrit à ce sujet : « Pline situe l’Ethiopie au sud de l’ensemble Africa-Libya, en arc de cercle depuis le sud de l’Egypte dont elle est séparée par l’île de Méroé jusqu’à l’océan... Tant à l’est qu’à l’ouest, les limites de l’Ethiopie sont encore plus floues que celles de l’Afrique. A l’est le Nil la « ceinture », elle va parfois jusqu’au pays des Sabéens ou même jusqu’à l’Indus, à l’ouest on sait peu de choses du dangereux océan qui la borde ». Concernant un ouvrage anonyme du IVe siècle qui se rattache à la Genèse [17], il précise que « l’Ethiopie y fait face à l’Inde et qu’une autre Ethiopie borde la mer rouge » ; sans doute faut-il voir, conclut-il dans cet allongement oriental de l’Ethiopie, l’influence de Ptolémée.
Dans les textes rabbiniques les indications concernant le pays relèvent de l’affabulation, Kush y recouvre une bonne partie de la terre.
Peu de renseignements sont donnés sur les fils de Kush. Les Targumim les localisent tous en Afrique à l’exception de Havila et de Nemrod. Ce dernier fait par contre l’objet de plusieurs commentaires, il est certain que le récit biblique, les légendes et les mythes transmis par la tradition orale ont favorisé ces développements. Nemrod y apparaît comme le premier puissant de la terre, le premier qui régna sur les peuples après les avoir vaincus. Le Bereshit Rabbah situe son royaume en Mésopotamie. A l’instar des héros de l’antiquité et probablement sous l’influence de légendes byzantines et perses, sa force est attribuée à des pouvoirs surnaturels, mais il l’utilise pour faire le mal. Entraîné par Cham dans la voie de la perversion, il est le premier à se rebeller contre Dieu (Ber R 37,2). Principal instigateur de la construction de la tour de Babel, il est également le premier à façonner des idoles et à se proclamer un des dieux [18]. Enfin archétype de l’oppresseur, les Rabbins le comparent à Essü, qui selon la tradition est le père d’Edom ancêtre des Romains, parallèle qui leur permet de revenir à une réalité plus concrète et de prouver que les vainqueurs sont ennemis du bien des Juifs et de Dieu. S’il est affirmé dans le Pirké de R. Eliézer (Noé 24) qu’il fut un esclave, il s’agit sans aucun doute de la projection d’un désir, du symbole magique de la parole et non d’un fait réel.
La Bible mentionne des individus du pays de Kush. Dans le Livre des Rois (II. XIX,9) il est écrit « Le Roi d’Assyrie reçut l’information suivante, Tirarka Roi de Kush, marche contre toi pour te combattre ». Ce roi est sans nul doute Tiharka, qui régna de 690 à 664 av. l’E.C., et dont le père Shabaka avait soumis la vallée du Nil à l’Empire de Kush et fondé la XXVe dynastie. Isaïe critique d’ailleurs violemment le Roi de Judée Ezéchias qui recherchait l’appui des Pharaons de cette dynastie, et le met en garde contre la puissance kushite. Il est probable que la vision de la menace réelle qu’a pu exercer Kush sur Israël subsiste dans la tradition judaïque. Il en est de Kush comme de Canaan de Nemrod et nous le verrons de Misraim ; ils sont tous impliqués dans la construction de la tour de Babel et par conséquent rebelles à Dieu ; leur châtiment est à la mesure de leurs péchés, ils seront réduits selon la tradition, à l’esclavage par le Roi d’Assyrie [19], réactualisée cette menace vise évidemment les Romains nouveaux, ennemis des Juifs.
Le terme kushi est utilisé pour définir certains concepts. Il désigne en premier lieu l’homme noir quelle que soit son origine. Un Rabbin note que le Kushi est différent des autres hommes par la couleur de sa peau, de même qu’un homme très rouge, très blanc, bossu ou frappé d’hydropisie (berakot 58b). D’autres commentaires expliquent que le terme signifie différence, il qualifie la femme de Moïse (Nb XII, 1) disent les Rabbins parce qu’elle diffère des autres par sa beauté, et se trouve appliqué aux enfants d’Israël (Am IX, 7) « car de même que le corps du Kushit est différent de toutes les créatures, les Israélites sont différents de toutes les nations par leurs manières et leurs bonnes actions ». (P.D.R. 30). Devons-nous voir dans le premier midrash un refus d’accepter pour Moïse une femme noire, et par conséquent un rejet qui transcenderait le concept de la différence ? Pourquoi par ailleurs le parallèle avec la beauté ? Un autre commentaire pourrait réfuter l’idée de rejet, à propos du frère de Rébékah qui s’appelait Laban , il est écrit : « R. Isaac a dit qu’ il était exceptionnellement blanc. R. Berahia a dit qu’il était raffiné en méchanceté » [20]. Laban signifiant blanc en hébreu, il serait selon le texte, blanchi par sa méchanceté, en outre l’assertion de R. Isaac laisse supposer que les Juifs sont peut être eux-mêmes de teint foncé et que la distinction n’est qu’une question de nuances. Rappelons à ce propos que dans le Pirké de R. Eliézer (24) « les enfants de Sem sont noirs et beaux et ceux de Cham noirs comme le corbeau ». Enfin si la couleur noire est congénitale elle n’est pas toujours héréditaire ; dans un récit aggadique, un Rabbin explique à un couple noir étonné d’avoir eu un enfant blanc que ceci était dû au fait que la mère s’était regardée dans un miroir blanc pendant la gestation. (Ber D 73,10). Enfin le terme kushi désigne d’autres peuples que les Indiens et les autochtones du pays de Kush, par exemple les Ismaélites qui vendirent Joseph à Putifar, comme l’indique un texte du Bereshit Rabah (86,3), « Putifar l’Egyptien » (Gen XXXIX 1), il était rusé ; en quoi consistait sa ruse ? Il raisonnait, partout un Germani vend un Kushi, cependant qu’ici un Kushi est entrain de vendre un Germani. C’est étonnant, il n’est sûrement pas un esclave » (Ber R 86,3).
Les Noirs seraient donc ici les Ismaélites fils d’Ismaël, dont la généalogie remonte à Sem, cependant que Joseph est appelé germani, terme qui signifie dans ce contexte un homme blanc [21]. On peut donc se demander qui sont les Noirs vendus comme esclaves ? Les Ismaélites ? Ceci serait en contradiction totale avec la tradition ; les Indiens ? Les textes n’y font jamais allusion : les Kushim du pays de Kush ? Ils ne sont jamais condamnés spécifiquement. Le fait que ce discours soit attribué à Putifar pour montrer combien son esprit était retors ne permet pas de conclure à l’existence d’une relation homme noir /esclave dans l’esprit du commentateur. Il est possible que le thème se situe au niveau du symbole, et que l’on ait voulu opposer la noirceur des marchands à la pureté de Joseph.
Enfin par extension le terme est employé pour désigner l’aspect d’une chose détériorée qui ne peut être utilisée pour le rite cultuel comme un ethrog kushi (citron noir), un vin kushi. La dégradation de ces aliments symbolise de toute évidence l’idée d’impureté. Ces thèmes relèvent encore de la symbolique des couleurs dans la tradition juive, et permettent de réaffirmer que dans le récit exégétique le noircissement des choses ou des créatures signifie uniquement leur dégradation physique et moral et concrétise leur impureté. Mais nous avons pu constater qu’il n’existe dans la tradition juive du monde antique et talmudique aucune conception d’inégalité raciale qui mettrait l’homme noir au bas d’une échelle des valeurs sociales. S’il est considéré comme différent des autres par sa couleur, il en est de même pour l’homme trop blanc ainsi que le prouve l’exégèse concernant le frère de Rébékah.
Les divers textes montrent sans conteste que Misraim est identifié à l’Egypte. Il est par ailleurs certain aujourd’hui, que des clans hébreux aient résidé dans ce pays et l’aient quitté brusquement parce que les conditions d’existence étaient trop pénibles. Cette sortie considérée par Israël comme un des événements capitaux de son histoire, représente dans la tradition l’éveil d’une conscience nationale qui repose sur l’acceptation générale du Dieu de Moïse. L’Egypte devient la maison d’esclavage du peuple tout entier, et l’exode le symbole de la délivrance. Par la suite lorsque l’affaiblissement de l’Egypte écarte tout danger, la tradition maintient ce sentiment d’hostilité, et le récit exégétique ne fait que reproduire cet état en utilisant les mêmes procédés dialectiques que ceux employés pour les autres fils de Cham. En tant que tel Misraim hérite avec sa descendance soit de la couleur noire soit de la condition d’esclave. Nous comprenons donc pourquoi le secteur chamite est celui de l’erreur et de la désobéissance. Il est également possible d’affirmer à présent que les textes du monde talmudique ne contiennent aucune exégèse rapportant que la malédiction s’attache aux Noirs, pas plus qu’il n’est dit que la faute de Cham est retombée sur Kush et que sa descendance est condamnée comme l’affirment certains chercheurs [22].
Les données sont différentes dans les ouvrages postérieurs au monde talmudique. Les éditions du Tanhuma que nous avons consultées ne mentionnent pas le noircissement de Cham [23]. Dans le Pirké de R. Eliézer la connotation symbolique disparaît au profit d’une simple constatation anthropologique :
« Il (Dieu) bénit Cham et ses fils qui étaient noirs comme le corbeau, et leur donna la côte de la mer » [24]. Il est précisé dans le même temps que Sem et ses fils étaient noirs et beaux, et Japhet et ses fils entièrement blancs et beaux. La différence entre Sem et Cham se situe donc au niveau de la beauté pour les uns et de la comparaison avec le corbeau pour les autres. Il est évident qu’une étape a été franchie. « Byzance écrit J. Devisse, a peut-être inventé cette idée de rattacher généalogiquement les Noirs à Cham et lui a en tout cas accordé une place » (24). A la lumière des sources précédemment analysées on pourrait émettre l’hypothèse que Byzance a admis comme principe ce qui n’était dans la littérature rabbinique qu’à l’état de symbole. « Les chrétientés des pays musulmans ajoute l’auteur, celles d’Ethiopie ont fait de même sans y attacher d’intentions péjoratives, l’Islam a repris à sa manière ces explications généalogiques » [25]. Le Pirké de R. Eliézer ne fait donc que reproduire les concepts de son environnement, et n’y insère pas l’idée d’une malédiction rattachée aux Noirs. S’il est affirmé dans un passage précédent que tous les fils de Cham sont esclaves, il ne pourrait y avoir dans l’esprit de l’auteur une corrélation entre cette condition et la couleur noire puisqu’elle affecte également Sem et ses fils. Il n’en demeure pas moins qu’il reste peu à faire pour qu’une nouvelle étape soit franchie et que ce développement s’accomplisse.
Dans le Midrash ha Gadol, Sem et sa descendance sont blancs et magnifiques cependant que Cham et ses fils demeurent noirs comme le corbeau. Un passage nous informe que la malédiction pèse sur lui pour des générations parce qu’il a castré son père. Le texte, par contre ne fait aucune allusion à Kush et à sa filiation avec les Ethiopiens que les Juifs yéménites connaissent pourtant bien. A notre avis le blanchissement de Sem serait le résultat de plusieurs facteurs :
-Une hostilité envers les Noirs qui daterait du VIe siècle. Les Juifs étaient alors organisés en puissantes colonies et le Roi du Yémen Himyarite qui était juif ou judaïsant persécutait violemment les Chrétiens de son royaume. Cette attitude provoqua l’intervention des Ethiopiens christianisés depuis le IVe siècle ; vainqueurs, ils opprimèrent et massacrèrent les Juifs jusqu’à l’arrivée des Perses dont la domination prit fin avec l’arrivée de Mahomet.
Le développement dans les civilisations héritières de l’antiquité d’une répulsion pour la couleur noire, symbole de péché et de démon.
Le regard de l’Islam sur les Noirs peut également avoir développé une conception d’inégalité raciale, même si idéologiquement il rejette ce concept. Il ne faut cependant pas perdre de vue que le Musulman réduit à l’esclavage aussi bien le Noir que le Blanc, et qu’il n’existe pas chez lui de théorie raciale à ce propos.
Enfin il est possible que, dans la mesure où en terre d’Islam les Noirs musulmans faisaient fonction de mercenaires et de guerriers, les Juifs aient eu avec eux des rapports négatifs.
Nous pouvons donc admettre que si ce midrash ne contient pas d’idéologie raciale de l’esclavage, il reflète néanmoins une certaine conception d’hostilité envers l’élément noir.
Nous nous sommes jusqu’ici attachés à étudier les rapports de Noé avec Cham et ses descendants parce qu’ils sont directement impliqués dans la malédiction. Restent à présent Sem et Japhet, ancêtres selon la tradition biblique de deux tiers de l’humanité et qui se situent par leur attitude à l’opposé de Cham. Il ne faut jamais perdre de vue que le thème central des sources bibliques et rabbiniques n’est pas l’histoire de l’humanité, mais celle du peuple juif et que toutes les références gravitent autour de ce thème. C’est la saga d’Israël dont Sem est l’ancêtre qui nous est racontée, et il n’est pas question d’une conception dualiste où s’affronteraient le bien et le mal, mais d’une réflexion élaborée à partir des récits traditionnels sur les mérites de cet ancêtre, susceptible de prouver qu’il porte en lui les germes de l’élection d’Israël par Dieu. L’introduction dans le récit exégétique de degrés moraux entre l’attitude de Sem et de Japhet face à la nudité de leur père œuvre dans ce sens.
Dans le récit biblique Sem et Japhet recouvrent ensemble Noé, par contre le récit exégétique privilégie Sem, et lui en attribue l’initiative (Ber R. 36,6). La relation sur Noé qui est une introduction à la saga d’Israël, dote Sem, géniteur du peuple juif, de toutes les qualités morales qui caractérisent Abraham, Isaac et Jacob, et permettront l’élection d’Israël par Dieu. Dans les commentaires, le comportement de Sem est donc supérieur à celui de son frère, et ceci explique la nature des récompenses de chacun. Sem reçoit « le Tallit » (Ber R. 36,6), manteau de prières dont les franges tsit tsit, placées aux quatre coins rappellent les commandements de Dieu aux enfants d’Israël ; à Japhet est légué « le pallium » manteau porté par les Grecs qui consacre probablement dans l’esprit du commentateur sa dignité et celle de sa descendance. Alexandre de Macédoine est d’ailleurs profondément vénéré dans la tradition juive. Cette prééminence apparaît dans tous les honneurs accordés aux descendants de Japhet, et le fait que dans les Ecritures le nom de Sem soit associé à celui de Dieu est considéré comme une grande distinction. Les Rabbins soulignent que la Shehinab (présence divine) ne peut résider que dans ses tentes et qu’Elle fut absente du second Temple construit par Cyrus [26], l’un des descendants de Japhet [27].
Ces considérations sur les récompenses et la punition octroyées aux fils de Noé, soulèvent le problème de la division de l’humanité en trois états, sacerdoce, pouvoir temporel et servage. Dans un article consacré à ce thème, G. Vajda (V. 27) note de dévelopement de cette conception dans l’œuvre d’El Hanan, un auteur anglo-juif du XIIIe siècle. Pour lui, il ne fait aucun doute que ce Rabbin a subi l’influence de l’idéologie chrétienne du Moyen Age occidental, car dit-il, cette conception est absolument étrangère à la tradition juive antérieure et même postérieure. Notre analyse permet d’accepter cette thèse, et l’attribution du Tallit à Sem n’implique pas l’idée d’une fonction sacerdotale assignée au peuple juif. Par ce don il a seulement reçu le privilège d’obéir aux commandements divins, mais il ne possède aucun rôle religieux au sein de l’humanité. Par ailleurs le fait que Nemrod ait été le premier Roi, contribue à rejeter l’existence d’un tel schéma dans la pensée rabbinique.
Les travaux exécutés sur la toponymie du récit exégétique permettent de localiser les descendants de Japhet au nord d’Israël soit en Asie mineure soit dans des régions situées au nord-ouest, à l’ouest et à l’est de l’Asie mineure en Thrace, en Macédoine en Grèce, le Bereshit Rabbah (37,1) fait même allusion à l’Italie pour les Kittim. Ils sont blancs dans tous les textes, et ne participent pas comme les fils de Sem à la construction de la tour de Babel. Les Rabbins notent néanmoins l’antagonisme qui opposa le monde grec aux Juifs en rapportant que les Dodanim (fils de Yaban) ont opprimé Israël (Ber R. 37,1).
Pour ce qui concerne les générations issues de Sem, les exégèses rabbiniques sont en grande partie centrées sur Arphaxad et sa descendance. Cette démarche permet évidemment aux comment­teurs de décrire avec précision la filiation d’Abraham, et partant de là du peuple juif. Des recherches basées sur les sources rabbiniques [28] localisent les peuples issus de Yoktan dans la région du Tigre et de l’Euphrate. La tradition biblique affirme en outre qu’Abraham est originaire d’Our Yasdim en Chaldée. Le Midrash ha Gadol (1,182), rapporte qu’à « Sem il est revenu six écritures, le misrai, le lebani, l’assuri, l’ivri (hébreu) le kash (chaldéen) et le gotashi. A Sem est échu une écriture de plus qu’à ses frères et c’est l’ivri qu’employa le Saint béni soit-il sur le Mont Sinaï. « Plusieurs textes affirment d’ailleurs que l’hébreu était la langue utilisée par les peuples avant que Dieu ne confondit leur langage [29].
Nous avons souligné précédemment qu’Israël était la préoccupation fondamentale, le moteur déterminant du fonctionnement de la pensée rabbinique ; cette réflexion est parfaitement illustrée par les différents midrashim sur les descendants de Noé et la division de la terre. Un passage du Midrash ha Gadol précise que 12 pays correspondant aux 12 tribus d’Israël ont été donnés aux Hébreux, un autre que le Saint béni soit-Il a pris 12 pays et les leur a mis de côté et ce sont Canaan, Sidon, Heth, Jebusi, Amavi, Girgachi, Hovi, Iraki, Sini, Arwadi et Samari. Ce même midrash ajoute qu’Israël élu de Dieu occupe une place exceptionnelle au sein des nations. La glorification d’Israël dans ces textes exprime d’une part l’un des concepts fondamentaux de toute l’idéologie juive traditionnelle et rappelle les thèmes essentiels de l’enseignement rabbinique à savoir : redonner confiance aux Juifs dans leur destin de peuple élu alors qu’ils traversent des périodes de grande adversité, combattre toutes les influences extérieures susceptibles d’entamer cette conviction et par voie de conséquence l’édifice judaïque, prouver que Dieu récompense les justes c’est-à-dire ceux qui lui sont entièrement soumis, et qu’il condamne par opposition les peuples iniques, désobéissants et idolâtres.


Conclusion

La diversité des sources qui traitent du thème chamitique, les éléments d’interprétation qui tout en se rattachant au texte biblique s’en écartent pour devenir mythes et symboles, ont rendu nécessaire une enquête préalable sur le but originel des sources, leur structure, les influences et les motivations qui ont déterminé les divers développements du thème. Nous avons constaté que le fonctionnement de la pensée rabbinique dans ses modes d’expression ne peut être perçu si on fait abstraction de l’environnement géographique, humain, et du contexte historique. Les légendes, les mythes, les symboles font apparaître tous les problèmes concrets de la Loi et du comportement. La vie des patriarches est exaltée en tant qu’exemple éthique et religieux, mais Noé connaît le déshonneur lorsqu’il s’avise de négliger les commandements divins. La sphère sexuelle est réglementée dans ses moindres replis et les transgressions définitivement condamnées. Dans une telle perspective, le secteur chamite offre une source inépuisable d’exemples.
Dans les textes rabbiniques des premiers siècles de l’E.C., le noircissement de Cham et parfois celui de sa descendance, qui sanctionne la violation du commandement divin, a une valeur exclusivement symbolique. Il n’est d’ailleurs jamais affirmé que parce que Cham a péché, Kush et ses fils sont effectivement noirs. De même l’élargissement de la malédiction biblique aux autres descendants de Cham exprime symboliquement le désir de voir annihiler la puissance ennemie, et permet par une actualisation du passé d’espérer l’anéantissement de celle des oppresseurs du moment. Mais il n’existe pas dans les commentaires de trace d’une malédiction retombant directement sur les fils de Kush, pas plus qu’on ne trouve de conception d’inégalité raciale basée sur la couleur de la peau. Ces thèmes sont d’ailleurs marginaux, l’attention des Rabbins étant centrée sur les problèmes qui touchent l’existence concrète d’Israël et la survie du judaïsme.
Les textes postérieurs révèlent une évolution certaine du fonctionnement exégétique. En Palestine, dans le contexte du Pirké de R. Eliézer, il n’est cependant jamais établi de corrélation entre la couleur noire et l’esclavage puisque les fils de Sem sont également noirs. Dans le Midrash ha Gadol le blanchissement de Sem pourrait symboliser une hostilité des Juifs envers les Ethiopiens et exprimer un regard défavorable du milieu environnant sur le Noir mais les connaissances sont encore insuffisantes pour l’affirmer totalement.

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- Yalkut Shimoni vol. 1 Varsovie 1876, Ed. Horeb 1924.

ABREVIATION DES SOURCES BIBLIQUES ET RABBINIQUES

Am : Amos (Bible)
Av : Avot
Ber R : Bereshit Rabbah
Ber : Berakoth
Deut : Deutéronome (Bible)
Ex R : Exode Rabbah
Ex : Exode (Bible)
Gen. Genèse (Bible)
Kidd : Kiddushin
Lev : Lévitique (Bible)
Meg : Megillah
M.H.G. : Midrasah ha Gadol
Nb : Nombres (Bible)
P.D.R.E. : Pirké de Rabbi Eliézer
Pes : Pesahim
Prov ; Proverbes (Bible)
Sanh : Sanhédrin
So : Sotah
Tanh : Tanhuma
Yalk Shim : Yalkut Shimoni Yom : Yoma
Ec : L’Ecclésiaste (Kohelet) (Bible)

ABREVIATION DES TERMES

R. : Rabbi
E.c. : Ere chrétienne


[1] V. Nikiprowetski La troisième Sybille pp.4, 6, 7.

[2] Idem

[3] Géhenne : lieu de tourments réservés aux méchants après la mort

[4] Ber R. 32,2 ; P.D.R.E. 24.

[5] R. Huna ben Abin Amora palestinien de la quatrième génération. Il résida quelques temps à Babylone.
R. Joseph (bar Hiyya) Amora babylonien de la troisième génération mort en 333.

[6] Ber R. 36,3 Tanh (Noé 20) Valk. Shim Noé 9

[7] R. Hiyya ben Abba Tanna palestinien à la cinquième génération. Fin du IIe siècle de l’E.C. Né à Kalpiri près de Sura en Babylone il se rendit en Palestine et résida à Tibériade.

[8] R. Berahia Amora palestinien de la cinquième génération. IXe siècle de l’E.C.

[9] Cf. Max Wéber Le judaïsme antique p. 264. Plon Paris 1970.

[10] R. Akiba mort en 237 de l’E.C., Amora babylonien de la 1regénération. Fondateur de l’école de Sura.
R. Samuel Amora babylonien de la 1re génération mort en 254.

[11] Y. Maas Sh. V. bog 55d, tosef ib, 5.13 cité dans Jastrow.

[12] Diogène Revue trimestrielle. Gallimard n° 108 1979 p. 107.

[13] Talmud Babli Kidd 4Oa.

[14] Tanh Noé 25.

[15] Thèse d’Umberto Cassuto A commentary on the book of Genesis p. 198. Jérusalem 1961.

[16] J. Devisse L’image du noir dans l’art occidental. II. Des premiers siècles chrétiens aux grandes découvertes. T. I. p. 147. Paris 1979.

[17] Ibid. p. 219, note 166. Liber generationis p. 101.

[18] Ber. R. 42,4 ; PD.R. E 24.

[19] Ber R 38.7-8 ; Tanh Noé 21.

[20] Ber R 60.7 ; Nombres Rabbah 10,5 ; Midrash Rabbati 4,3.

[21] Dans les commentaires et les Targumim le pays de Magog est identifié à Germania, région située, généralement dans le pays des Cimmériens au bord de la mer caspienne.

[22] Cf Edith Sanders The hamitic Hypothésis its origins and functions intime perspective J.A.H. 1969 pp. 521-532. R. Patai and R. Graves hebrew Myths 1964 p. 121.

[23] De nombreux manuscrits n’ont pas encore été publiés.

[24] J. Devisse op cité p. 55.

[25] Ibid., p. 56.

[26] Cyrus 555-529 av l’E.C., fondateur de l’Empire perse. En 528 il permet aux Juifs exilés à Babylone de rentrer en Palestine et de reconstruire leur Temple.

[27] G. Vajda De quelques Infiltrations chrétiennes dans l’œuvre d’un auteur anglo-juif du XIIIe siècle, pp. 15-35. Archives d’Histoire doctrinale et littéraire du Moyen-Age. Paris 1961.

[28] Obermeyer Landshaft. pp. 100-125.

[29] P.D.R.E. 24 ; Tanh 24. Rashi.




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