[ Article publié sur http://ethiopiques.refer.sn ]

2. Développement et sociétés
- RECHERCHE ET POSSIBLITES PETROLIERES DU SENEGAL


Ethiopiques numéro 13
revue socialiste
de culuture négro-africaine, 1978

Auteur : Oumar Dia

La récente décision du gouvernement vénézuélien d’envoyer une mission pétrolière au Sénégal (Novembre 1977) confère un aspect nouveau d’actualité à ces réflexions d’Oumar Dia.
La crise pétrolière continue de secouer les pays industrialisés. Elle va nécessairement provoquer une mobilisation et une réorientation de la recherche énergétique et de l’exploration pétrolière. Il ne se passe pratiquement pas de jour sans qu’une solution ne soit proposée. Toutes ou presque demandent un temps de mille en œuvre fort long pour les études, recherches, développement, construction, reconversion (gazéification du charbon, extraction de l’huile des schistes bitumeux, énergie nucléaire, énergie solaire, exploration « offshore » profond). Ce sont en définitive toujours des solutions à plus de dix ans d’échéance.
Cette crise, sous d’autres formes a aussi finalement, par contre-coup, pénalisé certains pays en voie de développement potentiellement pétroliers, dont les balances commerciales se sont détériorées rapidement et dans des proportions inquiétantes. Ces pays ne peuvent plus ignorer, sans réagir, leur fragilité fondamentale tant qu’ils restent dans cet état d’extrême dépendance en matière d’approvisionnement. Alors, se posent à leur niveau, les difficultés de définir une politique pétrolière cohérente tant au stade de l’exploration que de la mise en exploitation de gisements nouveaux, ou même anciens revalorisés par la nouvelle conjoncture, face aux Sociétés pétrolières internationales organisées en puissants cartels intégrés disposant de moyens technologiques et financiers.
Les données du problème (moyens analytiques de l’exploration faisant appel à une technologie de pointe, grande pénurie de moyens matériels et humains) sont telles que ces pays sont provisoirement écartés des recherches et de la définition des objectifs pétroliers.
En fait et dans ces conditions, l’exploration des hydrocarbures s’inscrit dans un cadre administratif et politique aux multiples facettes. Le point de vue de la société prospectrice ne coïncide que rarement avec celui du pays prospecté. Si cette société, inventrice de gisements éventuels, se préoccupe d’abord de découvrir le maximum de produits de bonne qualité dans les conditions les plus économiquement rentables, l’Etat, propriétaire des richesses cachées et longtemps inconnues dans son sous-sol, veille à la mise en valeur de son territoire qui doit lui assurer le revenu le plus élevé, ou, dans certaines conditions, lui fournir une certaine sécurité dans ses approvisionnements.
De cette double exigence, non nécessairement opposée, est née la diversité des régimes miniers qui ont tous pour objectif d’assurer la meilleure mise en valeur du pays tout en encourageant les concessionnaires à prospecter le plus activement possible.
Dans la plupart des pays, le sous-sol est la propriété de l’Etat ; celui-ci en confie la reconnaissance et l’exploitation, en régime libéral, à des sociétés privées à qui il impose un cahier de charges. C’est bien le cas du Sénégal où le cadre juridique de la recherche pétrolière défini par des textes (code pétrolier par ordonnance n° 60. 24/MTP du 10-10-1960 fixant le régime juridique et fiscal de la recherche, de l’exploitation et du transport des hydrocarbures ; décret n° 64-261 du 24-3-1964 fixant les conditions d’application de l’ordonnance n° 6024 ; décret n° 64-363 du 20-5-1964 approuvant une convention type d’établissement) a été mis en place tout au début de notre indépendance pour soutenir et stimuler l’effort de recherche pétrolière entreprise depuis 1952.
La République du Sénégal occupe les deux-tiers d’un bassin côtier ouvert sur l’Atlantique. Ce bassin, d’une superficie d’environ 400.000 km2, s’étend sur plus de 1.000 Km de long du Sahara Espagnol à la Guinée Bissau ; sa largeur Est-Ouest atteint 600 Km au parallèle de Dakar ; des terrains secondaires (II) et tertiaires (III) le constituent.
L’essentiel des connaissances sur la stratigraphie, les conditions de sédimentation, la géologie profonde, a été acquis par les pétroliers dans leurs investigations pour trouver les conditions favorables à la genèse et à l’accumulation des hydrocarbures : terrains sédimentaires d’origine marine ou lagunaire en volume suffisant, présence de roches-magasins, de roches mères, de roches de couverture, de « pièges à gaz ou à pétrole ».
Le bassin était jadis considéré comme dépourvu d’intérêt pétrolier à la suite d’idées préconçues (bassin pelliculaire, conditions d’affleurements défavorables).
Malgré les indices de bitumes signalés dès 1917 dans les forages de recherche d’eau implantés dans la Pres-qu’île du Cap-Vert, ce ne fut qu’en 1952, dans le cadre d’une enquête générale sur les ressources en hydrocarbures des territoires de l’ex-A.O.F. que le Bureau de Recherches Pétrolières (B.R.P.) fit inventorier les possibilités éventuelles du Sénégal par la mission de Préreconnaissance pétrolière (M.P.P.-A.O.F.) jusqu’en 1955. C’était alors le début de l’exploration pétrolière dans le bassin. Des résultats encourageants furent obtenus, en particulier, sur l’épaisseur de la série sédimentaire de comblement, à la suite des travaux de géologie dans la région de Dakar, de géophysique dans la région de Thiès, travaux appuyés par quatre forages dont Tienaba qui, descendu jusqu’à 3.400 m. sans rencontrer de socle, permit à de nouvelles sociétés de recherches plus puissantes de relayer la M.P.P.-A.O.F., après sa dissolution.
Après ces prémices, l’historique des recherches pétrolières illustre de façon frappante l’évolution de la tactique de recherches pétrolières en fonction des progrès technologiques et l’intérêt grandissant porté sur le bassin par les grands groupes pétroliers internationaux.
La prospection pétrolière qui s’est développée jusqu’ici d’une manière indirecte dans une perspective géométrique, avec la recherche de structures, de corps sableux, de masses récifales..., plus récemment, tend à s’orienter dorénavant vers une voie plus directe, par la recherche systématique des faciès pétroligènes, par la détection des accumulations à partir des indices.
Trois périodes peuvent être distinguées :
- recherches actives à terre, de 1952 à 1961,
- recherches « off-shore » (en mer), après 1962,
- reprise de l’exploration à terre, à partir de 1971.


Recherches à terre (1952-1961)

Créée en 1955, la Société Africaine des Pétroles (S.A.P.) prit la suite de la M.P.P.-A.O.F. et développa les recherches de géophysique sur ses permis à Dakar et Saint-Louis ; elle multiplia les forages dans la région Dakar-Rufisque.
Dans cette zone e1le obtint des résultats encourageants et décida alors d’effectuer une dizaine de forages à 2.000 mètres entre 1960 et 1962. Le forage Diam Niadé n° 2 (D. N. 2) donnait en 1959 environ 10.000 m3 de gaz (G) et au début de 1960 le forage D. N. 4 rencontrait du gaz, puis de l’huile (H) à 1.000 m dans une lentille de sable ; il devait produire 10m3/jour pendant un an et demi. Cette production de quelque 5.000 m3 d’huile était la première production sénégalaise de pétrole. Ce pétrole fut par la suite stocké et raffiné par la Société africaine de raffinage (S.A.R.).
Il était prouvé que le bassin recelait du pétrole, le problème essentiel restant d’en découvrir en quantité suffisante pour permettre une exploitation économiquement rentable.
Dans ce but, de nombreux forages nouveaux furent implantés et donnèrent des indices de gaz, d’huile mais aucune production commerciale. 1960 fut l’année de l’espoir, de l’optimisme dans la recherche pétrolière. Mais les nombreux forages stériles rencontrés entre 1960-1962 obligèrent la S.A.P. à interrompre ses activités en octobre 1962.
La Société des Pétroles du Sénégal (S.p.s.) fondée en 1956, couvrit son périmètre (permis Sénégal, Koungheul, Casamance) d’un réseau de sismique-réflexion, sismique-réfraction pour délimiter les zones favorables. Les forages (dont Balandine 4.000 mètres) implantés entre 1957 et 1961 étaient pratiquement dépourvus d’indices d’hydrocarbures et la S.p.s. décida de se retirer.
La Compagnie Pétrolière Total Afrique de l’Ouest (Co.pe.t.a.o), filiale de la Compagnie Française des Pétroles, fut constituée en 1959 et obtint le permis Casamance de 18.000 km2 avec une prolongation en mer de 6.500 km2 environ ; dès octobre 1959, elle démarra les recherches géologiques et géophysiques ( sismique-reflexion, sismique-réfraction) et fit son premier forage à Diana-Malari, malheureusement sec, comme ceux d’ailleurs implantés dans la région par la B.P. en Gambie et Esso-New-Jersey en Guinée Bissau.
Au début de 1962, ces sociétés (S.a. p., S.p.s., Co.pe.t.a.o) avaient implanté quelque 80 forages et investi plus de 10 milliards de francs CFA. Cet effort, considérable à l’époque, n’ayant abouti qu’à la découverte de la S.a.p. (D.N. 4), l’espoir de trouver « un gisement commercialement exploitable à terre » était pratiquement perdu. Tirant les conséquences de cet état de faits, les sociétés pétrolières travaillant dans tout le bassin décidèrent d’interrompre provisoirement les recherches à terre.
Ces dernières avaient toutefois permis une meilleure connaissance de la géologie du bassin, fourni la preuve de l’existence d’hydrocarbures, et précisé l’amélioration des caractéristiques pétrolières vers l’Atlantique.
Cette décision, hâtive et surtout conjoncturelle, pénalisa pendant 10 ans l’exploration pétrolière à terre (« on-shore »).


Recherches en mer (« off-shore »)

Devant cet échec général des recherches à terre et les limites des moyens analytiques mis en œuvre, il fut décidé de reporter tout l’effort sur l’exploration « off-shore ». En effet, la grande extension du plateau continental, les nouve1les données géologiques, le coût de la prospection devenu moins élevé que sur terre (facilité de déplacement donnée par la mer, avantages apportés à la mise en œuvre de procédés de sismique) offraient des perspectives nouvelles tant techniques qu’économiques.
La S.p.s. demanda et obtint un permis en mer au large du Saloum ; elle y fit effectuer une campagne de sismique comme la B.P. en Gambie.
Le Service des Mines du Sénégal fit faire en 1963 une campagne de sismique marine dans le Golfe de Rufisque.
La Co.pe.t.a.o. fit effectuer une campagne de sismique de reconnaissance en mer par la Compagnie Générale de Géophysique (C.g.g.) ; la découverte de cinq anomalies au large de l’embouchure de la Casamance relança la recherche. Une deuxième campagne sismique en mit en évidence cinq autres dans le nouveau permis Kolda, ce qui portait à dix les anomalies sismiques.
La Co.pe.t.a.o se préoccupa alors d’en élucider et d’en préciser la forme, la nature et l’origine par des études géophysiques (sismique-réflexion de détail, gravimétrie, sparker) et de sondages en mer. Ces travaux confirmèrent : les emplacements indiqués auparavant et montrèrent qu’il s’agissait de « dôme de sel » susceptibles de « piéger » les hydrocarbures dans les formations secondaires et tertiaires.
En conséquence, la décision d’effectuer des forages profonds en mer fut donc prise à la fin de 1963. Ces forages « off-shore » coûtant trois à quatre fois plus cher qu’à terre et nécessitant un matériel très spécialisé (barges de forages) et un soutien logistique énorme (flottille de bateaux, hélicoptère), ils furent l’objet d’études technico-économiques minutieuses (conditions du milieu marin, hydrographie, choix et construction du type de barge, étude de la base de ravitaillement de Diogué...). En août 1964, la Co.pe.t.a.o signa le contrat de construction d’une barge avec la Société Forasol associée avec des chantiers hollandais de construction et Cosifor.
La plate-forme « Ile de France » était conçue pour forer jusqu’à 1.600 mètres à travers me profondeur d’eau de 60 m. au maximum.
Dès lors, elle se préoccupa, outre les études, en tous domaines (fonds marins, météo), de la mise en place de l’ensemble de l’infrastructure terrestre, marine et aérienne servant de support à cette grande entreprise avant la fin de l’été 1965.
La Co.pe.t.a.o effectua de nombreux forages off-shore avec cette barge « Ile de France » entre 1965 et 1969. En avril 1968 fut mis en évidence le gisement d’huile lourde « Dôme Flore, dans des formations tertiaires ; cette huile était constituée de bruts soufrés avec des contaminés méta1liques (en somme une huile de densité 1,06 avec 50% d’aromatiques, 30% de paraffiniques, 20 % d’asphaltenes). Les réserves du gisement turent estimées à 100 millions de tonnes autorisant l5 ans d’exploitation.
Les études de rentabilité d’une mise en production du gisement s’étaient révélées, à l’époque économiquement défavorables. En effet les difficultés techniques de récupération du brut lourd et en mer les investissements importants prévus (50 milliards de francs CFA), la quantité des réserves, le prix de revient du baril (estimé à 3,05 dollars en 1973, soit 760 F) ne permettaient pas d’assurer une exploitabilité commerciale. L’exploitation ne pouvait donc être envisagée.
Les campagnes de sondages effectués, en 1970, par la Total Texas Gulf née de l’association Co.pe.t.a.o. et Casamance Petroleum Cy, révélèrent l’existence d’indices d’huile de bonne qualité dans les formations secondaires. Toutefois, après ces résultats encourageants, les cinq forages implantés en 1971 pour évaluer l’importance des indices furent décevants. En juin 1971, la Total Texas Gulf décida de suspendre ses recherches et de renoncer au permis Casamance pour demander un autre permis comportant une prolongation « off-shore » profond (200 m. à 3.500 m.).
La Société Esso Exploration Sénégal Inc., fondée en juin 1965, obtint les permis Dakar-Marin et Sangomar sur le plateau continental. Elle procéda à des études géophysiques (aéromagnétisme, sismique), géologiques ; elle compila et réinterpréta les résultats concernant l’exploration pétrolière antérieure à 1965 et fit effectuer entre 1968 et 1972, 6 forages « off-shore », dont deux donnèrent des indices dans des formations gréseuses du Crétacé supérieur (asphalte et huile). Les résultats continuent d’être interprétés en vue d’un programme de recherches complémentaires.
La Société Shell-Senrex, constituée en janvier 1971, débuta les travaux d’exploration par une campagne de sismique-réflexion en mer par la Geo-physical Service International (G .S.I.) et sur terre par la C.g.g. et Ray-Mandrel dans les deux permis recouvrant les régions de Saint-Louis, Diourbel, Kaolack et Thiès alors qu’au même moment le Bureau d’études géologiques et géophysiques (B.E.G.G.) avait été commis pour une étude du bassin à partir des données des explorations précédentes. En 1972, la reconnaissance sismique s’était poursuivie ; les deux compagnies de géophysiques (RAY et C.G.G.) installèrent à Dakar un centre de traitement digital permettant d’élaborer, sur place, les profils sismiques à partir d’enregistrements magnétiques, l’activité du B.E. G.G. portant sur l’interprétation des sections sismiques terrestres et marines.
Pendant la période 1972-1973, le Consortium allemand Deminex et la Pecten Sénégal Cy avaient pris une participation de 30 à 35 % dans les permis Shell-Senrex sauf pour la prolongation « off-shore » profond.
L’activité sismique s’est poursuivie, en 1973-1974, en mer (Thiès et Casamance occidentale) et sur terre (Thiès, Casamance, Sine-Saloum, Saint-Louis). L’interprétation des données sismiques et géologiques fut effectuée par le B.E.G.G., l’étude des échantillons de carottes et de déblais de forages par les laboratoires Shell de Rijswijk (Hol1ande). Les premiers résultats de l’interprétation des données géophysiques indiquent l’existence probable d’anomalies sismiques significatives qui feront l’objet d’une campagne de forages au cours de 1975 (un forage « off-shore » et deux « on-shore ») .
Les recherches en mer, au Sénégal, ont donc révélé la présence d’hydrocarbures comme sur les autres plates-formes des bassins littoraux du Golfe de Guinée et notamment le gisement d’huile lourde du « Dôme Flore » au large de l’embouchure de la Casamance. Ces découvertes ouvrent donc des perspectives nouvelles, relativement optimistes dans l’exploration « off-shore »


Reprise de la recherche pétrolière à terre à partir de 1971.

Grâce, certainement, à l’appoint des nouvelles techniques et de meilleurs outils, la Shell-Senrex a repris, depuis 1971, les recherches à terre. Une attention particulière a été accordée aux zones ayant fait l’objet d’une prospection qualifiée de « serrée », à l’époque, souvent d’une manière plus apparente que réelle ; en effet les progrès des connaissances géologiques aussi bien que des techniques géophysiques, ou autres, doivent sans cesse nous amener à reconsidérer tel problème ou telle région, en se rappelant qu’un « prospect » que l’on croit reconnu, à une époque donnée, apparaît bien souvent inconnu quelques années plus tard. Dans l’état actuel des travaux (sismiques, géologie, traitement des données antérieures), il est encore tôt pour préjuger de l’importance de la qualité des résultats et des découvertes à venir.
Après vingt ans de recherches pétrolières, de 1954 à 1974, au cours desquels quelques 25 milliards de francs CFA ont été investis, plus de 100 forages effectués et les moyens analytiques les plus modernes d’exploration employés, les résultats obtenus sont néanmoins très encourageants et des plus prometteurs. Ils sont encore plus appréciables quand on essaie de juger d’après l’exemple du Gabon où il a été nécessaire de soutenir un gros effort technique et financier pour parvenir au succès, et de vaincre les difficultés qui ont fait obstacles aux prospecteurs dans l’exploration pétrolière depuis 1928 avant la découverte du premier gisement productif en 1956.
En plus des connaissances nouvelles sur la série stratigraphique, la sédimentation (faciès pétroligènes), et la géologie profonde du bassin, l’existence d’hydrocarbures a été prouvée aussi bien en mer qu’à terre. La Copetao a découvert en « off-shore » le gisement d’huile lourde, le « Dôme Flore », dont les réserves ont été évaluées à 100 millions de tonnes ; elle a signalé des accumulations de soufre liées aux « cap-rocks » des dômes salifères étudiés depuis 1969 par la Total Compagnie Minière du Sénégal et des indices d’huile de bonne qualité.
Les Sociétés Esso et Shell-Senrex continuent l’interprétation des résultats des campagnes de sismiques ou de forages en vue d’une meilleure connaissance du bassin pour un programme de recherches complémentaires ultérieures.
Le Ministère du Développement Industriel se préoccupe actuellement de la reprise de l’étude de rentabilité de l’exploitation du « Dôme Flore » et de la valorisation des produits par une compagnie pétrolière, à la lumière des nouvelles données sur la hausse des prix du brut d’une part, des progrès technologiques remarquables, mais coûteux, obtenus dans le domaine de la mise en production de gisement « on-shore » à huile lourde au Canada et aux Etats-Unis, et de celui de l’exploitation en mer, en France, par l’I.F.F. (Flexoforage), l’E.R.A P. (plate-forme Elfocéan, réservoir sous-marin), la C.F.P. (installation des têtes de puits sur les fonds océaniques) d’autre part.
L’utilisation industrielle du gisement de gaz déjà envisagée par la S.A.P. en 1969 devrait être réactualisée et réétudiée pour l’approvisionnement de Dakar en énergie, par exemple par le relais de la centrale du Cap des Biches.
Les travaux entrepris, depuis 1959, par la T.C.M.S. sur le soufre des dômes salifères, situés au large de la Casamance, devraient aussi être poursuivis pour une estimation des réserves, pour des études de rentabilité de l’exploitation.
Ces nouvelles considérations sur les gisements potentiellement productifs, en fonction de la nouvelle situation créée par la flambée des prix du brut, amèneront, à très court terme, un début de solution à nos problèmes énergétiques.
Toutefois dans l’état actuel de la recherche pétrolière au Sénégal et de nos priorités de développement, il est certain que, ne disposant pas de moyens matériels et humains suffisants, l’action du Service des Mines et de la Géologie reste limitée et confinée aux tâches administratives. En fait et dans le cadre juridique établi, le rôle primordial de ce service est de veiller à l’application stricte des clauses de la convention d’établissement ainsi qu’il est stipulé par le décret 64-363 du 20-5-1964 en ses articles 20, 21, 22, 23. En effet, les renseignements consignés dans des rapports techniques fournis par le concessionnaire, et qui devraient être mieux élaborés et plus suivis qu’ils ne le sont actuellement, devraient permettre une meilleure appréciation de l’état des travaux d’exploration, une possibilité aux mines de se faire une « opinion ».
Tout en essayant de faire face à cette situation, la formation des cadres de cette spécialité est une nécessité primordiale pour définir une politique pétrolière, cohérente et réaliste, devant aboutir, à long terme, à une prise en main progressive de l’exploration par une participation de plus en plus importante, surtout en ce qui concerne les prestations de service.
L’évolution extrêmement rapide des techniques de l’exploration et de l’exploitation, tant à terre que sur mer, alliée à la nécessité absolue de soutenir et de stimuler l’effort de recherche entrepris, et à la volonté manifeste de trouver un gisement productif, invite à demeurer optimiste. La prolongation du continent dite « off-shore », profond au-delà des 200 mètres de profondeur reste un espoir majeur pour notre pays.
L’aventure de la prospection pétrolière en mer, commencée il y a 20 ans seulement, a conduit pour l’instant à la profondeur de 200 m. On a toute raison de penser que le saut pour passer de 200 à 2.000 m. ne sera pas plus difficile à franchir que celui qui a permis de passer de 0 à 200 m., du moins sur le plan technologique. Mais les découvertes océanographiques récentes (travaux de Glomar Challenger, de Jean Charcot, des pétroliers) montrent que l’exploration et l’exploitation en mer profonde, considérées comme possibles, posent déjà un problème juridique. Le débat sur la propriété nationale ou l’internationalisation des fonds océaniques, au-delà des limites des plateaux continentaux, reste ouvert.
Les conférences récentes de Caracas et de Genève sur le droit de la mer ont souligné la complexité du problème et les nombreuses difficultés rencontrées par les pays en voie de développement pour asseoir une politique favorisant toute recherche aboutissant à une meilleure indépendance pour l’approvisionnement en énergie.